Il y a quelques semaines, la présidente de la région Poitou-Charentes, Ségolène Royal, s'était réintroduite dans le jeu médiatique en annonçant la mise en place de chèques contraception à destination des lycéennes le désirant. Les infirmiers scolaires auraient dû gérer ces dispositifs. La hiérarchie de l'Education nationale a tout fait pour faire échouer ces distributions.
Mon premier point de désaccord apparaît avec Luc Chatel, se prononçant dans le Monde du 19 novembre sur la question : « Distribuer des chèques contraception dans les lycées, c'est donner le sentiment que l'école ne fait rien en matière de prévention […]. Or ce n'est pas vrai. La distribution de préservatifs y est généralisée. » Le problème, c'est que notre ministre est hors-sujet. Certes, des préservatifs sont distribués dans les lycées. En général, un distributeur est localisé à l'infirmerie du lycée. Pourtant, ces capotes en libre-accès (payantes tout de même) n'ont jamais eu pour but de faciliter la contraception, mais de lutter contre le SIDA. On a tendance à oublier que le préservatif joue un double-rôle, et qu'il est encore le seul moyen complètement efficace pour éviter la transmission de la maladie. Il est d'ailleurs étrange que Chatel utilise cet argument, car finalement, l'école ne s'est jamais mêlée de la sexualité des ados, autrement que pour y jouer un rôle de prévention des IST. Le ministre se trompe donc de prévention, même si certains jeunes peuvent avoir les deux idées en tête. Je suis persuadé que si le SIDA était éradiquée, les préservatifs seraient rapidement éradiqués des lycées.
Et de là surgit mon second point de désaccord, avec Juan de Sarkofrance cette fois-ci. Dans son billet, il dit ainsi : « Voici donc la conception de Luc Chatel: les garçons peuvent être autonomes, les filles n'ont pas le droit à la maîtrise de leur sexualité. » Juan, toi aussi, tu oublies le problème du SIDA. Même si les gamines avaient accès à la contraception dans les établissements scolaires, l'emploi du préservatif resterait une nécessité absolue. Même autonomisée sur la contraception dans l'école, les jeunes filles devront encore être dépendantes de la capote. Que l'Education nationale fasse du soutien à la capote sa priorité n'est donc pas incohérent, même si Chatel l'instrumentalise ensuite à des fins politiques. J'ai parfois entendu des élèves prétendre que la pilule les protégeait du SIDA. De plus, une femme peut très bien avoir des préservatifs sur elle et les imposer à son partenaire, non ?
Pourtant, la question reste importante, car les grossesses précoces existent. Chaque année, dans mon lycée dit difficile, des élèves cessent brutalement de venir en cours pour avorter ou deviennent jeunes mamans. Certes, elles ne sont pas nombreuses, mais elles illustrent le fait que la contraception n'est pas encore une évidence pour une partie des Français et que le SIDA reste négligé. Là encore, il me semble que le discours, s'il devait y en avoir un, devrait uniquement se situer sur le terrain de la prévention, et que la faciliter n'est pas une mauvaise idée.
J'aurais tendance à proposer une gratuité des moyens de contraception (masculins et féminins) pour les moins de 18 ans, avec soutien de la CNAM, mais en articulant bien les IST et la question de la reproduction (les deux sont liés dans le même acte). La distribution doit-elle pour autant avoir lieu à l'école ? Pourrait-on le faire dans les pharmacies, sans avoir besoin d'aucun chèque, avec une simple carte d'identité ? Et pourquoi ne pas lancer le débat ?








4 commentaires:
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