lundi 30 novembre 2009

Comment gérer le référendum ? Quelques éléments de réponse.

Depuis hier soir, la question suisse et ses minarets agite profondément la classe bloguesque. Certes, il y a de quoi, car les Suisses ont pris une décision plus qu’étonnante. Si on analyse bien leur choix, on peut considérer que les Suisses viennent de refuser aux citoyens musulmans le droit, sur leur territoire, de manifester la présence d’une mosquée par ses symboles habituels, comme le minaret.

Personnellement, j’admets que je ne suis pas particulièrement touché par cette question. Je pense qu’on peut très bien prier son dieu sans avoir un minaret, un clocher ou autre chose. Cependant, je crois que les Suisses, en interdisant un seul type de signe extérieur, ont montré une volonté de stigmatiser l’islam qui n’est pas rassurante.

Et pourtant, cher lecteur, le peuple s’est exprimé. Certes, il a dit une connerie, selon moi, mais ce n’est pas une raison pour nier la légitimité de sa parole. Immédiatement, les opposants au référendum se sont jetés dans la brèche pour essayer de démontrer que cette crise illustrait l’instrumentalisation possible du référendum. Est-ce une raison pour s’en défaire ???

Ma réponse est négative. Ce vote suisse révèle des problèmes importants, mais dire maintenant qu’on va marcher sur la parole du peuple quand elle ne nous plaît pas ne peut être une voie cohérente. Laissons les Suisses assumer la responsabilité de leur choix : nous verrons ce qui se passera dans les prochaines années. Personnellement, j’avais dénoncé les supporteurs du traité de Lisbonne lorsqu’ils avaient écrasé les Irlandais de reproches puis les avaient obligés à revoter, pour leur interdire un troisième revote ensuite, une fois la réponse positive obtenue.

Cependant, il ne faut pas non plus marquer dans le marbre toute parole issue d’un référendum. Les parlementaires le savent bien : eux-mêmes réforment régulièrement des lois qu’ils viennent à peine de voter. Cependant, il faudrait aussi réglementer les procédures pour qu’on ne puisse pas revenir sur un référendum tous les matins, d’abord parce que cela banaliserait le recours au peuple, et ensuite parce que les manipulations pourraient être permanentes.

On pourrait faire la proposition suivante pour la France, que je vous soumets, cher lecteur :
  • Tout d’abord, il faut définir les domaines dans lequel un référendum peut se dérouler. Pour moi, il intervient dans le domaine de la loi, et non pas du règlement. Je ne crois donc pas, pour répondre au Faucon, qu’il faille le limiter sur les questions de société par exemple, puisque la loi peut y intervenir. Mais cependant, accrochons-nous bien à l’article 34 de la constitution et n’hésitons pas à invalider, au titre de l’article 37, un référendum sur des questions réglementaires.
  • On pourrait ensuite estimer que, suite au résultat d’un référendum, les parlementaires ne peuvent retoucher à la question dans un sens inverse au résultat du vote et un nouveau référendum sur la même question ne pourrait être remis sur le tapis. Donnons le pouvoir aux citoyens de déférer tout cas litigieux au conseil constitutionnel.
  • Cependant, comme on ne peut pas figer la loi dans le marbre (à l’exception de la constitution, mais qui doit tout de même être réformée si besoin selon des procédures plus strictes), mettons en place un délai. Par exemple, on pourrait considérer que les Suisses (ou les Français) ne pourraient revenir sur un sujet avant cinq ans, ce qui permet d’évaluer l’impact de la décision prise, de laisser passer une élection présidentielle au moins, et de réfléchir sans la passion du moment. Ce délai écoulé, les parlementaires ou un référendum pourraient revenir dessus.

Dans tous les cas, il est évident que le référendum et l’ouverture de notre système vers une démocratie semi-directe, que je souhaite ardemment, n’aille pas de paire avec une réelle réflexion sur ses enjeux et sur les manipulations populistes possibles. Au travail !

La droite casse les outils de contrôle de la concurrence.

Ce matin, sur France Inter, nous avons eu la joie d'entendre, à la fin de l'émission « service public », une communication entre la présentatrice de l'émission et un membre de la CGT de la DGCCRF, l'organisme public de lutte contre les fraudes. Les personnels manifestaient ce matin à Paris. Le syndicaliste expliquait que l'organisme allait perdre 117 postes l'an prochain, ce qui équivalait, en proportion, à une réduction de 30 000 postes dans l'Education nationale.

Cette coupe budgétaire est passionnante. Normalement, dans une société de marché, pour nos petits camarades libéraux, la notion de concurrence doit s'appliquer pour tous et dans tous les domaines. Or, pour que le citoyen sache à quoi et avec qui il fait affaire, il faut bien qu'il puisse avoir une institution qui lui garantisse qu'il n'est pas en train de se faire arnaquer. Certes, les économistes libéraux nous disent que les acteurs savent mettre en œuvre leurs intérêts. C'est une utopie : par définition, le profit s'appuie sur l'opacité, sur l'image et sur l'absence d'informations claires sur ce qu'on achète.

Voici donc un gouvernement d'inspiration libérale qui est en train de sabrer un organisme censé garantir la concurrence « non-faussée ». Les contradictions de nos équipes dirigeantes font sourire, si elle ne nous font pas pleurer.

samedi 28 novembre 2009

Deux mauvaises interprétations de la place de la contraception dans les lycées.

En lisant ce billet, j'ai dû me résoudre au fait que se révélaient deux points de désaccords entre moi et deux personnalités publiques d'importance nationale.

Il y a quelques semaines, la présidente de la région Poitou-Charentes, Ségolène Royal, s'était réintroduite dans le jeu médiatique en annonçant la mise en place de chèques contraception à destination des lycéennes le désirant. Les infirmiers scolaires auraient dû gérer ces dispositifs. La hiérarchie de l'Education nationale a tout fait pour faire échouer ces distributions.

Mon premier point de désaccord apparaît avec Luc Chatel, se prononçant dans le Monde du 19 novembre sur la question : « Distribuer des chèques contraception dans les lycées, c'est donner le sentiment que l'école ne fait rien en matière de prévention […]. Or ce n'est pas vrai. La distribution de préservatifs y est généralisée. » Le problème, c'est que notre ministre est hors-sujet. Certes, des préservatifs sont distribués dans les lycées. En général, un distributeur est localisé à l'infirmerie du lycée. Pourtant, ces capotes en libre-accès (payantes tout de même) n'ont jamais eu pour but de faciliter la contraception, mais de lutter contre le SIDA. On a tendance à oublier que le préservatif joue un double-rôle, et qu'il est encore le seul moyen complètement efficace pour éviter la transmission de la maladie. Il est d'ailleurs étrange que Chatel utilise cet argument, car finalement, l'école ne s'est jamais mêlée de la sexualité des ados, autrement que pour y jouer un rôle de prévention des IST. Le ministre se trompe donc de prévention, même si certains jeunes peuvent avoir les deux idées en tête. Je suis persuadé que si le SIDA était éradiquée, les préservatifs seraient rapidement éradiqués des lycées.

Et de là surgit mon second point de désaccord, avec Juan de Sarkofrance cette fois-ci. Dans son billet, il dit ainsi : « Voici donc la conception de Luc Chatel: les garçons peuvent être autonomes, les filles n'ont pas le droit à la maîtrise de leur sexualité. » Juan, toi aussi, tu oublies le problème du SIDA. Même si les gamines avaient accès à la contraception dans les établissements scolaires, l'emploi du préservatif resterait une nécessité absolue. Même autonomisée sur la contraception dans l'école, les jeunes filles devront encore être dépendantes de la capote. Que l'Education nationale fasse du soutien à la capote sa priorité n'est donc pas incohérent, même si Chatel l'instrumentalise ensuite à des fins politiques. J'ai parfois entendu des élèves prétendre que la pilule les protégeait du SIDA. De plus, une femme peut très bien avoir des préservatifs sur elle et les imposer à son partenaire, non ?

Pourtant, la question reste importante, car les grossesses précoces existent. Chaque année, dans mon lycée dit difficile, des élèves cessent brutalement de venir en cours pour avorter ou deviennent jeunes mamans. Certes, elles ne sont pas nombreuses, mais elles illustrent le fait que la contraception n'est pas encore une évidence pour une partie des Français et que le SIDA reste négligé. Là encore, il me semble que le discours, s'il devait y en avoir un, devrait uniquement se situer sur le terrain de la prévention, et que la faciliter n'est pas une mauvaise idée.

J'aurais tendance à proposer une gratuité des moyens de contraception (masculins et féminins) pour les moins de 18 ans, avec soutien de la CNAM, mais en articulant bien les IST et la question de la reproduction (les deux sont liés dans le même acte). La distribution doit-elle pour autant avoir lieu à l'école ? Pourrait-on le faire dans les pharmacies, sans avoir besoin d'aucun chèque, avec une simple carte d'identité ? Et pourquoi ne pas lancer le débat ?

vendredi 27 novembre 2009

"Notetonprof.com", nouveau site de notation des enseignants.

Le Café pédagogique nous l'apprend ce matin : un nouveau site de notation des enseignants vient de s'ouvrir.

Les élèves ont une vrai palette de notation : intérêt, clarté, niveau de connaissance, disponibilité...

Cela nous promet encore toute une série de dérives.

Luc Chatel n'a encore rien dit sur ce site. Il doit être trop occupé par la réforme des lycées. Attendons de voir.

jeudi 26 novembre 2009

"Valérie Pécresse ment"

C'est à lire ici.

Merci à Dagrouik pour l'information.

L'histoire-géographie disparaît en S : quelques éléments de réflexion.

Les principaux éléments de la réforme des lycées ne sont pas encore ressortis dans les médias non-enseignants. C'est finalement assez cohérent. Comprendre le fonctionnement de l'Éducation nationale n'est pas évident pour des personnes ne maîtrisant pas les arcanes de ce système administratif. Le gouvernement s'étant évertué à dire que la réforme n'aurait pas d'impact, les commentateurs de la vie politique suivent.

Or, dans notre beau pays, la France, il y a toujours des thèmes qui font réagir alors que nous, enseignants, y restons assez peu sensibles.

Ainsi est-ce le cas de la suppression de l'histoire-géographie obligatoire en S. Tu vas me dire, cher lecteur : « mais, Privilégié, tu ne vas pas défendre ta propre discipline ? Tu vas nous écrire ici que cela n'a pas d'importance ? Quel est ton objectif ? Défends-tu les Sarkozy, Chatel et consorts ? »

Avant de réagir à ton courroux, quelques explications. Les élèves inscrits en lycée général reçoivent un enseignement important en histoire et géographie, mais moins que par le passé. Actuellement, trois heures et demi par semaine sont dispensées en seconde, quatre heures en première et terminale ES et L, 2h30 en 1ère S et 2h30 ou 3h00 en Tle S. Les S ont déjà un programme plus léger que celui des autres, mais ils ont souvent aussi les meilleurs résultats. Personnellement, mes classes de S ont toujours été largement meilleures (plus curieuses, plus motivées et plus solides) que les autres. Cette aberration est due à l'inégalité des filières que la réforme aurait due modifier, les meilleurs élèves, y compris sans intérêt pour les sciences, allant en S.

La nouvelle structure propose de passer les secondes à 3h00, les 1ères dans leur ensemble à 4 heures, les Tle ES et L à 4 heures et les Tle S sans horaire obligatoire mais avec une option possible de 2h par semaine. Si on fait la somme globale (en considérant que peu de S prendront l'option et qu'il y aura donc moins d'élèves), on arrive ainsi à gratter 30 mn en seconde (ce qui représente une heure-prof, car cette demi-heure était effectuée en alternance pour les élèves, un demi-groupe ayant une heure chaque semaine) et des heures en terminale S, malgré la hausse d'1h30 en 1ère S. Cette évolution a été continue. Depuis 1990, les élèves ont perdu presque une année d'histoire-géographie en volume (c'est aussi le cas en maths et en français), à force de réduire les horaires hebdomadaires. C'est un vrai problème, d'autant plus que rien ne démontre que cette baisse régulière des cours aide nos élèves à être meilleurs...

Cependant, cher lecteur, je ne suis pas choqué, si l'on considère que la terminale est une étape de spécialisation vers l'universitaire. Je le deviens plus si l'on conçoit le lycée comme un moyen de donner au citoyen une formation générale et humaniste, permettant de se lancer dans n'importe quelles études mais aussi de devenir un citoyen apte à comprendre le monde et son pays et à prendre des décisions politiques le jour venu.

Cette conception-là est la mienne, et dans ce cas, des études d'histoire et de géographie généralistes et solides prennent leur sens. Dans l'autre cas, si on veut commencer, dès 17 ans, à fabriquer des scientifiques purs, pourquoi pas supprimer les cours d'histoire-géographie ?

A mon sens, si on voulait poursuivre la massification de l'enseignement et amener plus d'élèves vers des études à haut-niveau de connaissance (ce qui va dans le sens des traités européens), le lycée devrait être de moins en moins spécialisé et offrir une formation généraliste et humaniste solide, avec éventuellement des colorations, en fonction de leurs intérêts, mis par les élèves sur leurs choix de matière.

Mais de toute façon, le débat n'est pas là. La réforme proposée aujourd'hui vise simplement à réduire les dépenses. Le débat ci-dessus est bien au-dessus de ça, et peut-être, dans un futur je l'espère proche, pourrons-nous débattre, entre démocrates, de ce que nous voulons pour la formation de nos enfants...

PS : tu trouveras dans cette perle tous mes billets sur la réforme du lycée depuis octobre 2008. Bonne découverte !

 Le privilégié et la réforme du lycée. 

mercredi 25 novembre 2009

Les médias continuent : désinformation ou manque d’information sur la grève des profs ?

J'avais déjà, cher lecteur, râlé sur la couverture de la réforme des lycées par Le Monde. Les informations réelles commencent à se diffuser et étonnent apparemment. Il est vrai que les discours sur cette réforme ont été tellement flou (à dessein j'en suis sûr) qu'il est normal que nous en soyons là.

Là, je voudrais rebondir sur les articles publiés dans la presse sur la grève d'hier. Si on suit les chiffres des syndicats, dans un contexte difficile et alors que seulement trois syndicats appelaient, la grève est un succès relatif. Le primaire a bougé à 40% et le secondaire dans les mêmes proportions. Dans le 93, on était autour de 47% dans le secondaire et de 55% dans le primaire. C'est donc une belle grève. Certes, je ne m'attendais pas à un réel succès, mais les annonces récentes sur la masterisation et sur la réforme des lycées ont retourné une partie des collègues.

Pourtant, la presse a eu une analyse très partielle. Elle n'a parlé de ce mouvement que très tardivement, alors que la FSU a lancé l'appel il y a plus d'un mois. Elle a occulté la Poste et les banques, et n'a parlé au départ que du primaire, pour indiquer aux parents qu'ils risquaient d'avoir des problèmes avec leurs gosses. Mardi matin, France Inter évoque un échec pendant que Le Monde annonce simplement le déroulement d'une grève, s'appuyant sur les chiffres ministériels alors que tout le monde, dans le milieu, sait qu'ils sont faux. Et puis, mardi soir, les journaux changent d'avis et parlent de bilan mitigé, ce qui colle plus à la réalité.

Il est vrai que le cortège parisien manquait d'éclat. A l'évidence, les enseignants ne se sont pas précipités à la manif. Cependant, ces traitements de la presse me semblent mous, soit par choix délibéré, soit sans doute par manque d'information.

Il faut dire aussi que nous ne sommes pas aidés par nos leaders syndicaux. Malgré le respect que j'ai pour Gérard Aschieri, je l'ai encore trouvé mauvais hier matin. Le voilà qui nous dit que la grève n'est pas suffisante et que le rapport de force instauré ne suffit pas. Merci pour les 40% de collègues qui viennent de jeter par la fenêtre un trentième de leur salaire par la fenêtre. Ne pourrait-on pas avoir, pour une fois, une phrase positive ? Féliciter les collègues qui se sont bougés, et dire qu'il faudra encore le faire pour que cela pèse réellement ?

En clair, si on veut que l'éducation ne continue pas sa dégringolade, il y a encore du boulot de tous les côtés.

PS : si tu veux en parler, cher lecteur, je pars de suite pour la République des Blogs. A de suite…

lundi 23 novembre 2009

Les cadres des partis de gauche écrasent les militants : l'exemple de Vincent Peillon.

Ce matin, Vincent Peillon était l’invité de France Inter. Jusque là, rien que de très habituel. Il venait simplement essayer de se sortir de son conflit avec Ségolène Royal. En clair, comme je le pense beaucoup de Français, je me fichais totalement de ce sujet : il y a bien d’autres sujets importants en ce moment dans l’actualité. Or, dans la seconde partie de l’émission, Peillon rappelait qu’il avait été élu à l’intérieur du parti par les militants et que le PS était un parti démocratique.

Et là, aux alentours de la 13e minute, une auditrice, se prénommant Yvette, fit une intervention pour dire sa déception face au courant « Espoir à gauche », et en particulier face à la représentativité des militants en son sein. Elle affirma n’avoir jamais voté que pour son premier fédéral. Ne connaissant pas l’organisation interne du PS, je ne peux savoir moi-même si elle disait vrai ou pas. Elle se désola ensuite du consensus chez les cadres du parti sur l’oubli de la manipulation des votes du Congrès de Reims.

Cependant, ce n’est pas mon sujet, mais la réponse de Vincent Peillon. Celui-ci affirma à l’auditrice que c’est elle qui était le symbole de l’effondrement moral du PS, en venant se plaindre à la radio de ce type de choses. J’étais éberlué. En effet, si tu diriges un parti démocratique, c’est que tu estimes que les militants de base sont importants. Il en est de même dans un syndicaliste ou un responsable associatif : le militant est à la base de tout. Sans lui, on n’existe pas.

Or, c’est avec un mépris profond que le cadre l’écrasa de sa superbe. Ce type de comportement est à l’opposé de ma vision du politique. Pour moi, lorsqu’une personne qui a pris la peine de verser une cotisation et de s’engager suffisamment pour être dans un courant s’exprime publiquement, on lui répond poliment et avec respect, même si c’est pour lui expliquer qu’elle dit n’importe quoi. Il est vraiment dommage que des dirigeants de gauche aient ce type de réaction.

J’espère que nos dirigeants politiques vont être capables de changer un peu. Si c’est pour faire du Sarkozy de gauche, ce n’est pas vraiment la peine, on est déjà servi

dimanche 22 novembre 2009

samedi 21 novembre 2009

La notion de Panthéon : à revoir.

L'affaire du transfert des cendres d'Albert Camus vient de rebondir ce soir, avec le refus de son fils d'accepter la demande présidentielle. Je vais laisser la polémique à mes camarades pour me poser ce soir une question simple : pourquoi ressortir maintenant le Panthéon ?

Faisons, quelques instants, un peu d'histoire : depuis 1791, avec deux interruptions tout de même, le Panthéon a été conçu comme un temple civique, censé glorifier d'abord les héros de la Révolution française, puis la République et en même temps la France et sa riche histoire. Ainsi, toute une disposition particulière des corps de ces grands hommes (il n'y a qu'une femme dans mon souvenir, Marie Curie) est organisée pour symboliser une histoire de notre pays. La première fois que j'ai visité ce monument, je me souviens avoir été très frappé par la mise en scène autour des deux corps de Voltaire et de Rousseau, mis face à face, dans le but de symboliser leur affrontement philosophique, si important pour les révolutionnaires.

Au XIXe siècle, cette église républicaine avait un sens, avec une jeune révolution qui tentait de survivre et de s'affirmer face aux multiples symboles royaux. Ensuite, progressivement et malgré l'influence des deux Empires, la République a repris le Panthéon à son compte et s'en est largement servi. La Ve République n'a pas démérité, puisqu'elle a fait entrer 10 personnes au Panthéon, Alexandre Dumas étant le dernier à avoir été installé là, en 2002. Sarkozy se place donc dans une vieille tradition pour les présidents de la Ve, puisque De Gaulle, Mitterrand et Chirac avaient déjà eu cette pratique.

Pourtant, dans une société moderne et stabilisée, je ne vois pas bien l'intérêt de poursuivre ce genre d'actions. Qui, aujourd'hui, se soucie de savoir qui entre dans ce temple ? Je ne dis pas que Camus ne méritait pas cet honneur, mais que cela n'a plus grand sens aujourd'hui. De plus, s'il ne s'agit plus d'installer la Révolution ou la République, c'est donc bien pour un usage strictement politicien qu'on use encore de cet endroit. Enfin, il s'agit encore d'une manière, pour l'État, de fixer sa version de l'histoire, en décidant qu'un écrivain, ici Camus, a eu, pour notre pays, davantage d'importance qu'un autre. Le fait que Sarkozy prenne cette initiative n'est pas innocent : il avait déjà décidé que Môquet était le symbole de la résistance. Voici maintenant venu le temps du symbole de la littérature.

Le Panthéon est aujourd'hui un monument, une source sur la manière dont notre État, à certains moments, s'est mis en scène et a mis en scène les acteurs de notre histoire. Il est passionnant pour cela. Maintenant, il serait temps que l'État sorte de ces actes politiques et cesse de vouloir instrumentaliser notre histoire. Laissons aux spécialistes, aux historiens, aux citoyens eux-mêmes, la liberté de choisir leurs écrivains. En proposant d'ailleurs l'étude de certaines œuvres aux enfants dans les programmes scolaires, la République prend déjà le parti de privilégier certains auteurs contre d'autres. Cela devrait largement nous suffire, sans y ajouter ce décorum, matinée de manipulations politiques grossières…

Les sans-papiers de la Porte de Lilas mobilisent.

Grâce à ce blog, nous apprenons que les grévistes sans-papiers de la Porte des Lilas, engagés par la société SELPRO, organisent ce soir, le samedi 21 novembre, une nuit blanche de la solidarité.

Si vous êtes dans le coin, allez leur dire bonjour et discuter avec eux. Vous passerez un bon moment.

jeudi 19 novembre 2009

Les journalistes m’énervent : vérifiez vos informations, nom d’une pipe !

Les journalistes ont une lourde tendance, lorsqu'ils ne maîtrisent pas un sujet, à dire des bêtises. Un exemple ce soir…

Aujourd'hui, Luc Chatel a dévoilé son projet définitif de réforme des lycées, projet très inquiétant sur lequel je vais revenir dans les prochains jours. Une journaliste du Monde publie un petit article en y insérant deux interviews de représentants syndicaux du SE-UNSA et du SNES-FSU.

Et puis, voilà que je lis cette phrase :

« Négociée durant de longs mois avec les partenaires syndicaux, le projet est bien accueilli par le syndicat des enseignants (SE). »
Cette phrase est tout simplement fausse. Je m'explique.

A la fin de la dernière année scolaire, Richard Descoings a présidé une commission réfléchissant au lycée. Il a reçu les syndicats et les a écoutés, mais il n'a rien négocié. Son rapport a repris certaines positions syndicales, mais uniquement celles que Descoings trouvait acceptable.

Le 12 octobre, Sarkozy a fait un discours. Certes, quelques éléments défendus par les syndicats ont été repris, mais ils sont bien maigres. Or, Sarkozy n'a négocié avec personne (ce n'est pas son genre).

Depuis, Luc Chatel a reçu plusieurs fois les dirigeants de quelques syndicats seulement (SNES, SGEN, UNSA…), soit les syndicats ayant signé les points de convergence avec le ministère à la mi-2008. En clair, on enterre la dizaine d'organisations restantes, dont certaines importantes (SUD et la CGT) et le syndicat de droite des profs (SNALC-CSEN). Il a beaucoup écouté, mais n'a rien négocié du tout. Et aujourd'hui, sort un projet qui n'a pas vraiment évolué depuis le discours de Sarkozy. Que le SE trouve ce projet intéressant, c'est une autre chose : cela prouve juste que ce syndicat est davantage en accord avec le gouvernement que les autres.

Mais peut-être est-ce un problème de vocabulaire ? Pour moi, une négociation signifie qu'on confronte deux visions, qu'on tente d'en faire une synthèse et qu'on aboutit à un accord acceptable pour les deux parties. En cas d'échec, on engage une épreuve de force. Apparemment, pour les médias, une négociation, cela consiste à écouter les différents acteurs d'un milieu, puis à faire ce que l'on veut.

On a bien besoin d'un rapport de force, et pas seulement avec Luc Chatel

mercredi 18 novembre 2009

Doit-on forcément être dirigé par des egos surdimensionnés ?

C'est la question que se sont posés aujourd'hui Authueil et Nicolas, à propos de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy. Question pertinente, à mon avis, mais dont la réponse est évidente.

Qui peut bien vouloir, cher lecteur, prendre la tête d'un pays de plus de 60 millions d'habitants, avec toutes les responsabilités que cela implique, n'est-ce pas déjà être névrosé ? De Gaulle, Mitterrand, Clémenceau, Blum n'étaient-ils pas eux-mêmes travaillées par des egos surdimensionnés ?

La question pour les citoyens serait plutôt de savoir comment désigner celui ou celle qui serait le moins atteint, dont les névroses ne ruineraient pas totalement l'action politique. A l'évidence, Sarkozy comme Royal correspondent pourtant complètement à cette situation. Authueil pense que nous n'avions pas d'autres choix en 2007, et il a sans doute raison.

C'est effrayant, d'imaginer les inconscients des personnes qui nous dirigent. C'est encore plus effrayant de penser que j'ai donné ma voix à l'un d'entre eux lors des dernières élections.

Finalement, qui est le plus névrosé ? Le politique déséquilibré ou l'électeur qui l'a mis au pouvoir ?

Nicolas Sarkozy progresse...

Certains accusent Nicolas Sarkozy d'avoir été lâche hier, en préférant partir en vacances en Arabie Saoudite plutôt que d'affronter les maires de France.

Ils ont tort.

Le Président a enfin compris à quoi sert un Premier ministre.

En effet, Fillon a servi de défouloir et de fusible hier aux élus.

Espérons que le chef de l'État puisse maintenant acquérir l'idée de séparation des pouvoirs et d'équilibre des pouvoirs, et il aura saisi complètement les recettes de cuisine de la Ve République.

mardi 17 novembre 2009

Les deux heures d'accompagnement éducatif en lycée : dégradation des cours et renoncement des enseignants.

La réforme des lycées est en plein chantier, et ce malgré les rejets de plus en plus massifs de la profession. Cette réforme contient de nombreux aspects vraiment négatifs, que le président a tenté de lisser dans un discours très consensuel. Les médias l'ont soutenu massivement dans cette stratégie, continuant à dire que le projet ne contenait absolument rien de grave, voire qu'il était inoffensif.

En réalité, une fois n'est pas coutume, le gouvernement est en train de mettre en œuvre une réforme dont le but est de réduire massivement les dépenses publiques. Le lycée est parfait pour cela : il coûte cher et le ministère lorgne dessus depuis longtemps. Cela était déjà le cas avec la suppression du redoublement, mais il y a d'autres aspects.

Pour vendre son projet, Sarkozy a insisté sur les deux heures d'accompagnement éducatif. Contrairement aux expérimentations déjà effectuées dans 200 lycées dit difficiles, ce système concerne tous les élèves qui se verront attribuer deux heures d'accompagnement à la place de deux heures de cours. Comme le système devient obligatoire, les élèves pourraient recevoir soit du soutien, soit du renforcement pour les bons élèves, soit de l'aide à l'orientation (sûrement effectuée par les enseignants eux-mêmes, totalement incompétents sur cette question), soit des stages de « correction de trajectoire » pour pouvoir changer de filière en première.

Où se trouve l'économie, vu qu'on maintient le même taux-horaire ? Pour que le nombre d'heures de cours des élèves n'augmente pas, les pouvoirs publics ont décidé de transformer deux heures de cours existantes en heures d'accompagnement. Ces deux heures seront sûrement les deux heures d'aide individualisée qui existaient déjà mais qui ne concernaient que quelques élèves par semaine en maths et en français. Ces heures vont donc devenir obligatoire pour tous, ce qui correspond, bizarrement, à une augmentation de la présence en cours, ce qui peut paraître totalement contradictoire. Or, ces heures vont permettre au ministère de justifier le maintien d'effectifs pléthoriques dans nos classes. La logique est simple : continuer à dire aux élèves que le cours n'est pas le plus important (puisqu'il est chargé à bloc) et qu'on ne peut pas s'y faire aider, mais que l'aide est fournie par le ministère en parallèle. Régulièrement, la présence en cours est ainsi dévalorisée par le système. On poursuit la même stratégie de replâtrage.

Les élèves recevront donc des enseignements différents dans le même lycée, mais aussi au plan national. Même si des textes de cadrage doivent être publiés, on peut supposer que chaque établissement fera sa sauce. Dans mon lycée dit difficile, on fera du soutien ou des ateliers d'écriture, pendant que dans les lycées centraux de Paris, on renforcera encore plus des élèves déjà avantagés pour les préparer aux parcours élitistes.

Pourtant, beaucoup d'enseignants accrochent, convaincus que les cours sont devenus si inefficaces qu'il nous faut mettre en œuvre ces aides. Pourtant, les collègues se posent de moins en moins la question de connaître les causes de ces difficultés en cours. Comment peut-on avoir une attention pour chaque élève dans des classes à 35 voire à plus ? Comment peut-on mettre en place des aides pour les élèves lorsqu'on a un programme énorme à boucler et que l'on voit les élèves 2h30 par semaine, à 35 ? Persuadés qu'ils ne l'emporteront plus, les profs se rabattent sur cette solution-placebo qu'est le soutien scolaire. Système inégalitaire et symbole de notre défaite dans la recherche d'une école de qualité, il est de plus en plus accepté voire soutenu.

Et si, chers collègues, nous redevenions un peu fiers de notre travail et que nous affirmions ce que nous voulons ?

dimanche 15 novembre 2009

La grève du 24 novembre se transforme progressivement en grève interprofessionnelle.

Au départ, la grève du 24 novembre pouvait ressembler à toutes les traditionnelles grèves d'automne de l'Education nationale, malgré un contexte de réforme de plus en plus lourd. Elle s'annonçait même plutôt faiblarde, et aujourd'hui, cher lecteur, je suis parfaitement incapable de te dire ce qui se passera dans mon propre lycée dit difficile. La FSU était partie seule pour lancer un appel, rejointe par SUD-Education et la CGT. Les autres organisations restent l'arme au pied, mais ce n'est pas inhabituel dans notre profession, et si le mouvement s'annonce suivi, il y a des chances que les choses bougent.

Et puis, plus récemment, plusieurs syndicats de la Poste ont annoncé un appel à la grève ce même jour. L'appel est plus conséquent puisque la CGT, SUD, FO, la CFDT et la CFTC se sont déclarées. Sur ces organisations, trois appellent à lancer un mouvement de grève reconductible.

Enfin, ce mouvement du secteur public se double d'un appel du secteur privé, et plus particulièrement dans les… banques ! Alors que les bénéfices sont de retour dans le secteur bancaire, les négociations salariales bancaires ont été un échec. Plusieurs intersyndicales, en particulier à la Société Générale et chez HSBC, appellent donc à la grève pour obtenir une meilleure répartition des richesses à l'intérieur de leurs entreprises.

Voilà qui annonce une intéressante journée de mobilisation qui devrait dépasser les habituels silences de la censure médiatique…

samedi 14 novembre 2009

Quel macho êtes-vous ?

En ce moment, la question des rapports hommes-femmes traverse la blogosphère à cause du documentaire « la domination masculine », que je n'ai pas vu par ailleurs.

Pour lancer le débat, Juan, que j'ai souvent embêté avec des chaînes, me demande de répondre à la question suivante : quelles sont les 5 preuves du machisme quotidien de votre (ex)conjoint ? Faisant preuve d'un esprit non-machiste militant, je me suis tourné vers la Privilégiée pour lui demander ce qu'elle dirait, et, vu sa réflexion, j'ai décidé d'oublier cette bonne idée pour tenter de répondre à la question par moi-même.

Alors, pour faire simple :

  • Je tente toujours de prendre le volant, même si je ne suis pas vraiment en état de conduire, perpétuant la domination masculine sur la voiture.
  • Je suis toujours inquiet pour la Privilégiée lorsqu'elle s'aventure seule dans notre belle capitale, alors que je supporte très mal qu'elle me manifeste sa propre inquiétude.
  • J'aime les blagues machos, que je n'hésite pas à déverser à nos proches alors qu'elle est présente. Par exemple, lorsque ses amies appellent, je leur dis de rappeler plus tard parce que ma conjointe fait la vaisselle. Une amie nous a même surnommés « Chouchou et Loulou », ce qui n'est pas très bon signe.
  • Lorsque nous nous rendons chez le banquier, j'estime que c'est à moi de parler ! On ne va pas laisser les gonzesses s'occuper du pognon, non ???
  • Je suis toujours en train de surveiller ce qu'elle boit, alors que j'estime que je peux boire, en sa présence, sans retenue. La beuverie est vraiment un truc d'homme.

Après ce billet qui ne va pas redorer mon blason de blogueur, je passe le bâton merdeux à Manuel (ignoble macho par excellence), le Faucon, Homer, Le Coucou et Mtislav.

La fausse solitude des enseignants.

Grâce à un commentaire, je suis tombé sur ce billet dans lequel l'auteure s'interrogeait sur la solitude supposée des enseignants. Lorsque j'étais jeune prof, ce sujet me passionnait. Si on regarde concrètement le métier de prof, nous ne sommes que rarement seuls. Nous sommes face à des classes très bien remplies tout au long de la journée. Lorsque cela n'est pas le cas, nous nous retrouvons dans des salles des profs tellement mal fichues que nous sommes obligés de côtoyer nos congénères enseignants. Certes, on peut largement éviter sa hiérarchie, si on le souhaite, mais quand elle le décide, elle ne vous évite pas, elle.

Pourtant, ce sentiment de solitude est permanent. Je l'ai moi-même ressenti au début de ma carrière. En effet, ce que l'on vit avec une classe est unique. Chaque enfant interagit avec chaque enseignant de manière particulière, et chaque classe adopte donc une posture spécifique face à chaque enseignant. Certes, des traits communs ressurgissent (on les retrouve lors des conseils de classe) mais chaque situation est unique. Pour aborder ces problèmes, inutile de chercher du réconfort du côté de sa hiérarchie, qui ne s'intéressera à vous que si vous êtes installé depuis longtemps dans le bahut, si vous êtes quelqu'un d'influent localement ou si vous adhérez à un syndicat qui peut vraiment lui pourrir la vie en cas de conflit.

Reste la salle des profs, et c'est là que tout se joue. La plupart des enseignants rencontre des difficultés avec ses classes. Ces situations sont plus ou moins bien vécues, et les réactions de chaque collègue évoluent avec le temps. Normalement, les choses se passent de mieux en mieux avec les élèves, expérience aidant, mais des collègues peuvent parfois rencontrer à nouveau des difficultés, dès qu'ils connaissent des problèmes dans leur vie personnelle, qu'ils sont emmerdés par la hiérarchie ou qu'ils commencent à se lasser de leur boulot (ce qui arrive apparemment de plus en plus fréquemment, mais je n'en suis heureusement pas encore là). C'est dans ces moments-là que le sentiment de solitude peut poser vraiment problème.

Or, cette solitude se heurte à un autre aspect de la mentalité enseignante : l'individualisme. Même si le stéréotype du prof veut qu'il soit toujours dans l'action collective, l'enseignant est, du fait de ce rapport individuel aux élèves, dans un mode de pensée individualiste. Il a donc du mal à confier sa difficulté à ses collègues qu'il peut croiser dans la mythique salle des profs, et il considérera parfois que cette confession pourrait être un signe de nullité par rapport à ses collègues qui, eux, ne disent absolument rien. Ce phénomène est d'autant plus vrai dans les bahuts calmes, où il n'y a pas de raison de souder les individus entre eux et où les conflits d'ego s'expriment plus facilement.

Pourtant, j'ai pu observer une réaction quasi-systématique. Lorsqu'un collègue arrive en salle des profs, demande un conseil voire s'écroule parce qu'il vient vraiment de vivre quelque chose de difficile, la solidarité est immédiate. On l'écoute, on tente de le réconforter, on en discute, on évoque nos propres expériences, et de solitude, il ne reste absolument plus rien.

Cette solitude des enseignants viendrait donc d'une réserve, d'une pudeur, d'une crainte du regard de l'autre, de cet individualisme florissant chez nous et de la structure même du métier.

Une seule solution : ouvrez-la, chers collègues !

vendredi 13 novembre 2009

Mon syndicaliste idéal.

Cher lecteur, j'ai envie, en cette veille de week-end, de te parler du travail, et plus particulièrement d'un personnage du monde du travail, le représentant syndical. Je commence ainsi ma série de billets sur le syndicalisme.

Attention, il ne s'agit pas de parler ici des syndicalistes qui occupent les directions des grands syndicats. J'en parlerai sans doute, dans un futur billet.

Ce soir, je veux te parler du syndicaliste de terrain, celui que l'on voit tous les jours. Dans l'éducation, ces personnages ne sont pas si fréquents. Je ne te parle pas des syndiqués : près de 20% des profs ont encore une carte syndicale, mais comme dans toutes les organisations de ce type, la plupart ne militent pas. En général, dans un gros collège ou dans un lycée, on trouve deux ou trois véritables actifs, en fait plus souvent un seul.

Pour moi, un syndicaliste, pour pouvoir être utile aux collègues, doit avoir quelques caractéristiques qui peuvent rendre son action plus aisée :

  • Première caractéristique : le syndicaliste ne peut qu'être quelqu'un de reconnu par ses pairs pour la qualité de son travail dans sa spécialité. C'est un point primordial : le syndicaliste qui ne serait pas vu comme un bon collègue ne pourrait pas s'attirer le soutien des autres. De plus, il est évident qu'une personne en difficulté dans son travail pourrait faire penser qu'il se lance dans le militantisme pour sauver son poste.
  • Le représentant syndical est forcément une personne sociable. Il passe son temps à écouter ce qui se passe dans les différents secteurs de son établissement, est attentif à toutes les catégories de personnel (sans aucun mépris pour personne), tente de détecter les éventuels problèmes présents chez ses collègues qu'il n'aurait même pas imaginé.
  • Le représentant syndical est un vecteur d'information : il se tient au courant de ce qui se passe, plus généralement, dans sa profession, dans son entreprise, dans son pays. Il est attentif aux informations que lui transmet son syndicat, mais suit aussi ce que publient les autres centrales. Il devrait suivre les grands débats nationaux sur les questions sociales.
  • Le représentant syndical est un démocrate obstiné. Contrairement aux élus politiques qui se désintéressent de leurs électeurs dès l'élection passée, le représentant syndical de base passe son temps à consulter ses collègues. Il doit parfois admettre de défendre des demandes auxquelles il ne souscrit pas. En clair, c'est un passionné de démocratie directe.
  • Le représentant syndical ne peut avoir peur de sa hiérarchie. C'est terriblement dur, parce que la hiérarchie met sur lui une pression importante. C'est d'autant plus dur que les collègues, peu au fait de cette situation, ne montreront que peu de gratitude au syndicaliste mais le gratifieront de beaucoup d'agressivité en cas de difficulté.
  • Enfin, on reconnaît le bon syndicaliste à son usage du rapport de force. Il sait déclencher un conflit quand il sent que ses collègues le souhaitent et que le contexte le permet. Par contre, il est responsable et n'appelle pas à l'action pour n'importe quoi. Il se doit aussi de faire comprendre à ses collègues que la défaite peut aussi arriver, et qu'il faut pouvoir sortir d'un conflit. Un vrai rôle d'équilibriste…

Évidemment, il s'agit d'un portrait idéal, et la plupart des militants que j'ai pu connaître ne réunissaient pas toutes ces caractéristiques. Il s'agit d'un assemblage d'une dizaine de personnes différentes.

Et toi, cher lecteur, comment est ton représentant syndical idéal ?

mercredi 11 novembre 2009

Maintenir le 11 novembre a un sens.

L'an dernier, nous avions eu un rapport d'une commission dirigée par André Kaspi, nous proposant de réduire le nombre de commémorations officielles, rapport rapidement enterré sous la pile de la multitude de rapports produits par nos institutions.

Aujourd'hui, le président remet en cause la célébration de la fin de la première guerre mondiale, en voulant transformer cette journée en un symbole de la réconciliation franco-allemande. Un prétexte fut trouvé : il n'y a plus de poilu en vie, et donc plus de besoin de commémorer la fin de ce carnage.

Pourtant, le 11 novembre est l'une des commémorations les plus importantes. Il ne s'agit pas de célébrer la gloire de la nation victorieuse ni la victoire contre les boches.

Le 11 novembre marque la fin de la plus grande boucherie militaire de notre histoire (la 2ème a fait moins de morts en France, même en y incluant les victimes civiles). Notre société fut durablement marquée par la violence qui s'installa dans les rapports politiques durant les vingt années suivantes. La paix qui en sortit ne fut qu'un pis-aller dramatique. Enfin, ce conflit fut l'un des fondements des totalitarismes qui s'installèrent en Europe durant les années suivantes. La première guerre mondiale est donc un élément fondateur de notre histoire récente, et ne pas en parler, sous prétexte que le dernier poilu n'est plus, est d'autant plus insultant à l'égard de ces hommes, sacrifiés par nos gouvernements.

Commémorer cette date est donc primordial, et il n'y a en plus aucun sens à en faire une journée franco-allemande. Pourquoi ne pas plutôt choisir la date-anniversaire du Traité de l'Elysée, par exemple, sans avoir besoin d'y coller un jour férié ? Je n'essaie pas de dire que la relation avec l'Allemagne n'a aucune importance, bien au contraire, mais que, dans la multitude de commémorations qui ponctuent l'année, le 11 novembre n'était certainement pas celle qu'il fallait faire disparaître.

Et si on se débarrassait de l'une de ces fêtes religieuses catholiques dont la majorité des Français se moquent, et qu'on déplaçait le jour férié sur la date du traité de l'Elysée, le 22 janvier ?

mardi 10 novembre 2009

Camarades, réjouissons-nous de la chute du Mur.

Bon, maintenant que l'ensemble de nos élites a célébré la fin du bloc soviétique, il est temps de s'exprimer sur ce sujet, totalement d'actualité malgré les vingt années qui nous séparent.

Contrairement à de nombreux militants de gauche, et même si j'étais encore un tout jeune homme en 1989, je dois dire que la chute du Mur a été une véritable joie. En effet, enfin, la version totalitaire du socialisme s'écroulait. La gauche avait été polluée, depuis le début du siècle, par ces théories basées sur les avant-gardes éclairées et sur les révolutions et dictatures sanglantes, qui ne faisaient que reproduire des systèmes identiques à ce qui pouvait se faire de pire dans le monde capitaliste. Certes, l'effritement du marxisme-léninisme était perceptible depuis les années 1960, mais cet effondrement aurait dû nous permettre de passer un cap.

En effet, la leçon est claire : pour construire un système alternatif au capitalisme, la seule voie possible est la démocratie. Nous devrions tous être prêts à envisager que la critique d'un autre système subsiste, toujours, continuant sans cesse à nous montrer ce que nous faisons mal. L'URSS a fait faillite à cause de cette incapacité d'entendre toute critique de son système, de l'impossibilité de remettre en cause ses apparatchiks, de son inefficacité économique et sociale. L'URSS est morte, et c'est tant mieux.

D'autant plus que le vainqueur de ce conflit n'est pas le libéralisme. Ah, cher lecteur, depuis trois jours, les libéraux affirment leur triomphe. Pourtant, ne soyons pas dupe. Le système qui a existé dans les pays développés durant les Trente Glorieuses n'avait rien de libéral. Au contraire, les pays européens ont développé des systèmes sociaux complexes, des relations sociales denses avec un vrai poids des syndicats, une intervention régulière de l'Etat, tout cela dans un cadre démocratique et quelle que soit la couleur de la majorité en place, très souvent conservatrice. Cette organisation a produit une des croissances les plus fortes de l'histoire humaine et une formidable amélioration des conditions de vie en Occident, dans un cadre totalement démocratique. Nos camarades de l'Est ont perçu cette réussite, et ont bien compris que leur modèle, malgré ses bonnes intentions, ne leur permettaient pas de vivre mieux et les obligeaient à supporter le poids d'une dictature sans aucune légitimité.

Le libéralisme nouvelle version n'a commencé à s'imposer qu'au début des années 1980, et on peut douter qu'il ait eu un impact réel sur l'URSS et ses satellites. Les défauts du système, la crise économique, la guerre en Afghanistan, les souffrances des populations ont eu bien plus de poids. Par contre, le libéralisme est le premier à se targuer d'une victoire usurpée. Je rappelle que ce sont les économies libérales des années 1920 en Europe qui ont échoué et ont failli basculer dans le communisme, pour finalement s'écraser dans le fascisme (heureusement que la Tchécoslovaquie jusqu'en 1938, la France jusqu'en 1940 et le Royaume-Uni ont sauvé l'honneur).

Nous n'avons pas, camarades, à avoir honte de nos ancêtres et du passé de la gauche. L'idéal communiste pouvait largement séduire, l'existence d'un pays socialiste aussi influent que l'URSS leurrer. Au contraire, nous pouvons nous dire que tout est encore à faire, que nos idées ont eu des succès mais qu'elles sont encore largement perfectibles, et qu'il est temps de reprendre l'offensive contre une société capitaliste et de plus en plus libérale qui soulève questionnements et critiques sur l'ensemble de la planète.

Rangeons le Mur dans nos souvenirs, dans le dossier des leçons importantes de l'histoire, et avançons. Contrairement à ce que nous pensons souvent, le meilleur est devant nous !

PS : dans les idées démocratiques et à soutenir, Luc Mandret souligne une phrase cohérente et pleine de bon sens de Ségolène Royal. Pour une fois, il faut en profiter.

dimanche 8 novembre 2009

La chaîne du redoublement : faut-il maintenir cette spécificité de l’Education nationale ?

On commence maintenant à se rendre compte des différents aspects de la réforme des lycées que Nicolas Sarkozy a annoncé il y a bientôt un mois. En effet, son VRP… euh, son ministre, Luc Chatel, distille très lentement les éléments techniques sur ce qu'il adviendra du lycée français.

Dans le discours de Nicolas Sarkozy, une annonce est passée relativement inaperçue, et pourtant, elle est réellement porteuse de nombreuses remises en cause du système éducatif français : « le redoublement doit devenir l'exception. »

Ah, le redoublement… Il n'a cessé de se réduire en France. Aujourd'hui, on ne peut plus redoubler en collège sans que les parents l'acceptent, et seul le passage de la seconde à la première reste sous le contrôle du système éducatif. Régulièrement, l'OCDE nous tacle sur ce système jugé totalement inefficace. En effet, en seconde, environ 15% des élèves redoublent, et dans certains lycées difficiles, comme le mien, on monte, les mauvaises années, à près de 30% de redoublement, voire plus… Ce sujet est un thème passionnel, d'abord entre enseignants, mais aussi entre citoyens de courants politiques différents.

J'ai d'ailleurs été très surpris que ce soit un président de droite, plutôt conservateur, qui annonce cette mesure, mais je te rassure de suite, cher lecteur, la logique est évidente : le redoublement coûte chaque année à la nation 7 milliards d'euros ! Le président ayant indiqué qu'on maintiendrait les moyens humains au lycée, qu'à cela ne tienne ! Dans deux ans, on commencera à supprimer des places en seconde puisqu'il n'y aura plus les 15% de redoublants pour les occuper, et les moyens diminueront d'eux-mêmes (je parle bien sûr des postes d'enseignant ici). Il ne restera plus que le redoublement en terminale, mais attention, le président n'a encore rien dit sur la question. Encore une fois, la logique financière prédomine, sans qu'on se pose de questions sur l'efficacité ou l'inefficacité de la mesure.

Personnellement, j'ai toujours été très partagé sur cette question. A l'évidence, et malgré toutes les bonnes intentions des profs, le redoublement reste vécu comme une punition par les élèves, et dans la très grande majorité des cas, comme les grandes difficultés ne sont pas traitées par l'Education nationale, les élèves restent exactement au même niveau et font un passage en première catastrophique, voire sont réorientés vers les autres lycées ou vers Pôle emploi. Depuis huit ans que j'enseigne, je n'ai connu que deux élèves dont les redoublements ont semblé avoir une réelle efficacité, et peut-être deux autres cette année, mais il est encore un peu tôt pour le dire. Ces cas correspondent à des situations très particulières. Attention, je parle ici du redoublement en seconde, car en terminale, c'est différent. La très grande majorité des redoublants finit par obtenir son baccalauréat au deuxième coup, même dans un lycée général très difficile comme le mien.

La mesure vaut-elle le coût ? Ma pratique professionnelle m'empêche de répondre, mais je crains qu'elle ne bénéficie qu'à une toute petite minorité des victimes de cette mesure. Il y a aussi un côté social au problème. Aujourd'hui, les redoublements sont inégalement répartis : ils se concentrent dans les quartiers populaires où prédominent nos concitoyens les plus pauvres. De fait, ils sont souvent vécus comme une discrimination sociale.

Comme je le disais plus haut, les enseignants sont très partagés. Certains s'opposent totalement au principe, d'autres estiment que c'est l'une des seules armes que nous avons pour obliger les élèves à travailler sérieusement en seconde. Cependant, je crois que la majorité reste très dubitative mais est consciente qu'il s'agit là d'un pilier d'un système français très hiérarchisé et totalement appuyé sur la contrainte et la mise sous pression, voire l'humiliation, des élèves.

Ce débat concerne aussi l'ensemble des citoyens, qui sont parents d'élèves, qui ont déjà, peut-être, doublé eux-mêmes et qui sans doute des choses à en dire, et se réduire à l'argument financier est, comme d'habitude, extrêmement réducteur.

Alors, j'avais envie de lancer une chaîne sur le sujet. Je sais que les chaînes éducatives ont peu de succès dans la blogosphère française, mais je trouve que ce sujet, même s'il n'est pas un grand sujet, pose de vraies questions sur nos visions de la société et la manière dont nous voulons élever nos enfants.

Je voudrais donc avoir l'avis de mes contradicteurs habituels sur les sujets éducatifs (Suzanne, Oaz, Cycee, l'Hérétique, SOS Education, MGP) mais peut-être aussi d'amis (Manuel et Fabrice ?) et de contradicteurs moins centrés sur l'éducation comme le Faucon, Rubin, Hypos (je sais qu'elle a des proches dans le système éducatif) et pourquoi pas Sarkofrance, qui en aurait aussi ?

Et puis, qui veut, parce que j'aimerais bien voir ce que les citoyens non-enseignants en pensent…

samedi 7 novembre 2009

Identité nationale ta mère !

Depuis que le gouvernement a lancé sa charge sur l'identité nationale, malgré le piège évident qu'elle représente, les blogueurs ne cessent de publier des billets, certains assez touchants et même intéressants, d'autres que je trouve parfois étonnant.

Par exemple, l'Hérétique nous propose un système de points pour accéder à la nationalité française. J'espère qu'il proposera de déclasser l'ensemble de nos concitoyens qui "sifflent l'hymne national, brûlent notre drapeau, s'en prennent à nos institutions et à nos forces de protection (police, pompiers, ambulances et hôpitaux), agressent et/ou volent ceux dont on veut être le concitoyen". Ainsi, avec la dernière partie de la phrase, on pourrait se débarrasser d'une bonne partie de la classe politique française et de nos élites, comme certains banquiers par exemple.

Tiens, c'est marrant. En plein débat sur ce thème, les sans-papiers mènent un mouvement social d'ampleur mais qui reste peu évoqué par la presse, pour obtenir le respect de leurs droits élémentaires. A la Porte des Lilas, ils sont toujours là, depuis le 12 octobre ! Heureusement que les blogs québécois estiment nécessaire de relayer l'information...

Bon, pour en finir avec ce thème, j'ai envie de te faire partager, cher lecteur, un texte assez connu par ailleurs de Fustel de Coulanges, que je travaillais avec mes élèves dans l'ancien programme d'histoire-géographie, et qui les fait assez bien réagir :

En octobre 1870, l’historien français Fustel de Coulanges répond à l’historien allemand Th. Mommsen. Celui-ci avait affirmé que l’Alsace était allemande en s’appuyant sur des arguments ethniques et linguistiques.

« […] Vous croyez avoir prouvé que l’Alsace est de nationalité allemande, parce que sa population est de race germanique et parce que son langage est allemand. Mais je m’étonne qu’un historien comme vous affecte d’ignorer que ce n’est ni la race ni la langue qui fait la nationalité.
Ce n’est pas la race : jetez en effet les yeux sur l’Europe et vous verrez bien que les peuples ne sont presque jamais constitués d’après leur origine primitive. Les convenances géographiques, les intérêts politiques ou commerciaux sont ce qui a groupé les populations et fondé les États. Chaque nation s’est ainsi peu à peu formée, […] sans qu’on se soit préoccupé de ces raisons ethnographiques que vous voudriez mettre à la mode. Si les nations correspondaient aux races, […], la Russie et l’Autriche se diviseraient chacune en trois ou quatre tronçons. Votre théorie des races est contraire à tout l’état actuel de l’Europe. Si elle venait à prévaloir, le monde entier serait à refaire.
La langue n’est pas non plus le signe caractéristique de la nationalité. On parle cinq langues, et pourtant, personne ne s’avise de douter de notre unité nationale. […]. Vous vous targuez de ce qu’on parle allemand à Strasbourg ; en est-il moins vrai que c’est à Strasbourg que l’on a chanté pour la première fois notre Marseillaise.
Ce qui distingue les nations, ce n’est ni la race ni la langue. Les hommes sentent dans leur cœur qu’ils sont un même peuple lorsqu’ils ont une communauté d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs et d’espérances. […]. Voilà pourquoi les hommes veulent marcher ensemble, ensemble travailler, ensemble combattre, vivre et mourir les uns pour les autres. […]. Il se peut que l’Alsace soit allemande par la race et par le langage. Mais par la nationalité et le sentiment de la patrie, elle est française. Et savez-vous ce qui l’a rendu française ? Ce n’est pas Louis XIV, c’est notre révolution de 1789. […].
Vous êtes, Monsieur, un historien éminent mais, quand nous parlons du présent, ne fixons pas trop les yeux sur l’histoire. La race, c’est de l’histoire, c’est du passé. La langue, c’est encore de l’histoire, c’est le reste et le signe d’un passé lointain. Ce qui est actuel et vivant, ce sont les volontés, les idées, les intérêts, les affections. L’histoire vous dit peut-être que l’Alsace est un pays allemand ; mais le présent vous prouve qu’elle est un pays français. […].
Soyons plutôt de notre temps. Nous avons aujourd’hui quelque chose de mieux que l’histoire pour nous guider. Nous possédons au XIXe siècle un principe de droit public […]. Notre principe à nous est qu’une population ne peut être gouvernée que par les institutions qu’elle accepte librement, et qu’elle ne doit aussi faire partie d’un État que par sa volonté et son consentement libre. […]. Si l’Alsace est et reste française, c’est uniquement parce qu’elle veut l’être. Vous ne la ferez allemande que si elle avait un jour quelques raisons pour vouloir être allemande. »

Fustel de Coulanges, L’Alsace est-elle allemande ou française ?, Réponse à Th. Mommsen, professeur à Berlin, 1870.

Franchement, j'envie le Faucon de pouvoir ainsi partir en vacances...

Ouh, le privilégié qui se plaint de ne pas avoir de vacances : c'est fait exprès pour attirer les trolls ! Je vais bientôt être la Rama Yade de la blogosphère...

vendredi 6 novembre 2009

La chaîne des trois premiers billets politiques.

Ce soir, je n'avais pas envie de bloguer. J'avais bien l'intention, ce matin, de parler de la Cour des comptes, qui découvre deux ans après que les enseignants l'aient crié sur tous les toits, que la suppression de la carte scolaire créait des ghettos, mais enfin, je trouve cette phrase largement suffisante.

Alors, soyons léger. Polluxe m'a tagué dans une chaîne visant à faire le bilan de mes trois premiers billets politiques, voire si j'y adhère toujours aujourd'hui et comment je les juge, avec le recul et plus d'un an et demi de blogage. Plusieurs ont déjà répondu, et je prends donc le train en route.

Trois billets, donc, que j'avais écrit alors que je me trouvais aux États-Unis, chez ma sœur et sa famille. Ils venaient de me convaincre de me lancer dans le blogage public :

  • Le tout premier, « Qu'est-ce qu'un enseignant performant??? Une question bien difficile à éclaircir... », n'est pas totalement incohérent, mais il est lourdement écrit et est bien loin de résumer le problème. J'ai ensuite tenté de ré-aborder ce thème à plusieurs reprises, plus ou moins bien d'ailleurs.
  • Le deuxième était, déjà, consacré aux suppressions de postes dans l'éducation, dont la première vague était en cours. Là, je ne renie rien de ce billet, toujours totalement d'actualité, avec la masterisation et la réforme des lycées.
  • Le troisième, « La société "Fat free" », a longtemps figuré parmi mes billets préférés. J'aime bien les récits de voyage, même les miens (je sais, je suis arrogant !)

Bon, allez, on fait tourner : je désigne Manuel, Fabrice, Rimbus, Oaz, Suzanne et Homer. Au travail !

Mon Wikiopole.



Bon, c'est un billet pour rien, mais j'adore ces tentatives de rendre réelle et visible la trame virtuelle d'internet. Wikiopole est une tentative, parmi d'autres...

jeudi 5 novembre 2009

Robert Hue, sauveur de la gauche ?

Stef me demande si je pense que l'initiative de Robert Hue, c'est-à-dire la création du Mouvement Unitaire Progressiste, peut représenter une possibilité pour un rassemblement de la gauche. J'ai d'ailleurs eu de la chance de repérer ce lien, car Stef, tu as mis un lien feedburner : heureusement que je suis abonné à ton blog.

Au départ, cher lecteur, j'ai cru que c'était une blague...

Et puis, j'ai écouté l'interview. Bon...

Il ne dit pas n'importe quoi, mais de là à penser qu'il peut incarner réellement un renouvellement, lui qui fut dirigeant du PCF et candidat de ce parti à la présidentielle...

Attendons de voir, avec beaucoup de scepticisme tout de même...

PS : tiens, certains croient que la Confédération Européenne des Syndicats défend des positions qui sont majoritaires chez les syndiqués. Etonnant, non ?

mercredi 4 novembre 2009

Le débat sur l'identité nationale serait imposé à l'école par Luc Chatel.

Alors que je me targuais, il y a quelques jours, de pouvoir échapper à ce pénible débat sur l'identité nationale, et que je conspuais la blogosphère de gauche qui tombait à pieds joints dans le piège du gouvernement, voilà que le débat m'est imposé !

Je l'apprend par Hypos aujourd'hui : Luc Chatel veut étendre ce débat aux écoles... Cela se fera dans les cours d'éducation civique, et le ministre fait bien sûr confiance aux enseignants pour mener les choses.

Étant professeur d'histoire-géographie, c'est encore sur moi que ce nouveau gadget va tomber. Après le "tous les enfants doivent admirer Guy Môquet", le "tous les enfants doivent voir les 200 films que j'aime" et le "tous les enfants doivent adopter un petit enfant juif mort dans les camps", voici maintenant le "tous les enfants doivent parler de l'identité nationale en cours".

J'attends avec joie et bonheur la circulaire qui va nous imposer cela, en espérant que le ministre, se rendant compte qu'il a fait une grosse bévue, oublie de la publier...

"Nous ne sommes pas des cobayes !"

Tiens, voilà une pétition, lancée par le SNES Créteil, qui me plaît bien.

Le texte en est le suivant :

"Monsieur le Président de la République,
En révélant les orientations de la future réforme des lycées mardi 13 octobre, vous avez à de nombreuses reprises relevé l'inégalité des destins scolaires des enfants en fonction de la classe sociale de leurs parents. Cette préoccupation ne peut que rencontrer les nôtres, dans une académie marquée précisément par de fortes inégalités sociales. Vous vous êtes d'ailleurs rendu, dans l'après-midi, dans un lycée du Val-de-Marne. L'attention que vous portez à notre académie, nous conduit aujourd'hui à vous interpeller.
Depuis de longs mois, le Recteur de Créteil a en effet multiplié les expérimentations les plus diverses, qui ont toutes en commun de n'avoir jamais été discutées au préalable avec les représentants des personnels, des parents ou des lycéens. Les plus anciennes n'ont donné lieu à aucune évaluation ou bilan critique. Les plus récentes, comme la fameuse « cagnotte » attribuée aux classes de trois lycées professionnels, ont indigné bien au-delà de nos rangs, alors que les bourses lycéennes ne sont plus revalorisées depuis des années et qu'elles sont notifiées très tardivement. Si depuis trois ans, les budgets successifs de l'Education Nationale suppriment des postes dans les établissements scolaires et dans les services administratifs, ces expérimentations sont financées sans aucune transparence. Vous comprendrez que pour les personnels, pour les parents, pour les lycéens, ce foisonnement d'initiatives ne semble finalement que poudre aux yeux, pour cacher la misère grandissante de notre service public.
Car la réalité est cruelle. En cette rentrée, des milliers d'élèves de plus de 16 ans n'ont pas d'affectation. Plusieurs dizaines, peut-être plusieurs centaines, d'élèves de moins de 16 ans ne sont pas scolarisés. Des centaines de classes n'ont pu suivre tous leurs cours, faute d'enseignants titulaires et de remplaçants disponibles. Vous avez, le 13 octobre, martelé votre attachement à l'enseignement des langues vivantes. Savez-vous qu'en Espagnol, en Anglais, pour ne citer que ces disciplines, le Rectorat de Créteil n'est même plus en mesure de recruter des contractuels ? Savez-vous combien les services administratifs des collèges, des lycées, des inspections d'académie, et même du Rectorat, manquent de personnels ?
Le plus grave, c'est qu'à nos yeux, la multiplication des expérimentations n'a pas seulement pour effet d'occuper le terrain médiatique et de voiler la réalité. Aucune de ces mesures (« prime d'assiduité », « Equipe Mobile de Sécurité », « Lycée d'excellence » de Sourdun, « Responsable des études », Médiateurs de vie scolaire...), ne répond aux difficultés des élèves et des personnels, qui s'aggravent avec la crise économique. La suppression de la carte scolaire renforce encore les inégalités et les « délits d'initiés » que vous même dénoncez. Cet amoncellement d’expérimentations marque en revanche un véritable mépris des personnels et de leurs compétences. Reposant pour la plupart d’entre elles sur des personnels précaires et non formés, elles participent au démantèlement du Service Public d’éducation. Elles tournent le dos aux valeurs qu'ici, nous tous accordons à l'Ecole. Elles font, Monsieur le Président, des élèves et des personnels de cette académie des véritables cobayes... Nous ne sommes pas des cobayes, Monsieur le Président, et le Service Public d'Education mérite à Créteil comme ailleurs, une autre attention de l'Etat.

Premiers signataires :
SNES-FSU Créteil, SNUEP-FSU Créteil, SNEP-FSU Créteil, SNASUB-FSU Créteil, SNUPDEN-FSU Créteil, SNICS-FSU Créteil, SNUIPP-FSU Seine-Saint-Denis, SNUIPP-FSU Seine-et-Marne, SNUIPP-FSU Val-de-Marne, SNUAS FP-FSU, FSU Seine-et-Marne, FSU Seine-Saint-Denis, FSU Val-de-Marne, UNL Créteil, FCPE 77, FCPE 93, FCPE 94..."

Si tu veux la signer, cher lecteur, le lien est ici.

Plongée chez Pearltrees et réflexions plus générales sur le travail.

Hier midi, j'ai eu le plaisir de visiter Pearltrees, la petite société web qui monte qui monte, et dont je fais d'ailleurs un usage assez important. Pour moi, c'était très intéressant : je n'ai que très rarement l'occasion de me plonger, même quelques instants, dans la vie d'une entreprise, et d'autant plus dans la vie d'une petite entreprise web innovante qui est en pleine croissance. Je remercie Patrice, François et surtout Julien (qui a dû me supporter pendant une heure en train de déblatérer politique et relations sociales durant le déjeuner) de la sympathie de leur accueil. En entrant, j'ai eu deux surprises.

La première fut lorsque Julien me montra une série de piles de papier, disposée apparemment dans un ordre très pensé, et m'expliqua qu'il s'agissait de l'architecture de Pearltrees, depuis ses débuts jusqu'à ce jour. Chacune était couverte de post-it, indiquant les remarques et réflexions des salariés. Ainsi, je découvrais que les super-techniciens de Pearltrees fonctionnaient avec des outils de « haute-technologie » : le papier et les stylos. Bon, apparemment, c'est courant dans les sociétés travaillant sur les logiciels et le web, et j'ai donc eu l'air d'une cruche : excusez, les gars, mais c'était un dépucelage de SS2I.

La seconde, que Manuel aurait adorée, fut de découvrir, chez Pearltrees, l'open-space intégral. Nous avons souvent débattu de la question de l'open-space sur les Gueules, Manuel se faisant un défenseur de ce système, tandis que Fabrice et moi nous placions dans l'opposition. Là, les sept techniciens sont tous installés autour d'une table unique, avec les ordinateurs. Juste derrière, se trouvent les trois autres salariés de la société. Vu qu'on se trouve dans un grand espace ouvert (à l'exception d'une salle de réunion fermée par des vitres), il n'y a donc aucun moyen de s'isoler en tant qu'individualité.

En tant que professeur très individualiste (je sais, cela peut surprendre chez quelqu'un qui défend le collectif en permanence) et ne supportant que très mal le regard que les autres peuvent porter sur mon travail (que je réserve à mes élèves qui savent très bien me faire sentir lorsque les cours sont ratés), toute une flopée de questions m'arrivèrent à l'esprit, que j'assénais à Julien quelques minutes plus tard : mais comment gérez-vous les conflits ? Vous devez bien avoir envie de vous taper dessus une fois de temps en temps ? Et votre président, il est tout le temps là ? Comment supportez-vous la pression qu'il doit forcément exercer, en tant que représentant du patronat exploiteur sur ses salariés exploités ?

Ces questions viennent de ma pratique du travail, des problèmes que j'y rencontre, mais aussi de mon habitude de travailler dans une structure très lourde qui pose de réelles questions d'organisation.

Julien défendit ce modèle : les décisions se prendraient en commun ; la discussion permanente permettrait d'éviter les conflits ; le président serait tout autant sous le regard des autres que les salariés, dont une bonne partie est de toute façon composée de fondateurs de la société ; les conflits sont rares et tout le monde s'entend bien.

C'est marrant : en ce moment, je me pose beaucoup de questions sur la représentation des personnels, l'action syndicale et les processus qu'il faudrait développer pour rénover tout cela. Or, en voyant le fonctionnement de Pearltrees, je me suis vraiment posé deux questions :

  • Comment, dans une société de ce type, avec des rapports humains de ce type, peut-on gérer les rapports de force inhérents à toute structure de travail, quelle qu'elle soit ? Apparemment, chez Pearltrees, cela se passe bien, et j'ai même eu l'impression que la question ne se posait même pas, mais on sait que les PME françaises ne sont pas exemptes des conflits du travail. Or, même si je n'ai pas, évidemment, interrogé Julien sur cette question, je suppose qu'il n'y a aucun militant syndical dans cette structure.
  • Seconde question qui découle de la première : Julien m'a expliqué qu'en dehors de ce fonctionnement très local, le contrat de travail était encadré par une convention collective de branche. Mais dans ce cas, comment les syndicats qui négocient ces conventions peuvent avoir une quelconque idée de ce que pensent les dix salariés de Pearltrees de leurs conditions de travail, du temps de travail, des retraites, des salaires ? Il n'y a personne, pas de relais de leur opinion, et finalement, aucun contrôle de ce que font les organisations théoriquement représentatives. Ici, la démocratie sociale n'existe pas au-delà de l'entreprise, et ce n'est pas en votant une fois de temps en temps aux Prudhommales que ces salariés se feront entendre. Que font maintenant les syndicats pour tenter de prendre contact avec tous ces personnels ? Mystère…

Cher lecteur, je vais bientôt commencer une série de billets sur le syndicalisme, que j'inaugure ici par ces quelques réflexions sur ce qu'il se passe dans une petite société.

En tout cas, je remercie vraiment l'équipe de Pearltrees pour son accueil, très riche d'enseignements pour moi, et qui va susciter plusieurs billets thématiques. J'espère qu'ils comprendront bien que je ne juge pas du tout leur fonctionnement, simplement que je profite de mes expériences pour enrichir mes réflexions.