lundi 9 juin 2014

Leçons pour la gauche des municipales dans le 93.

Parmi les défaites multiples des partis de gauche lors des dernières municipales, le cas de Bobigny a été, dans notre département, particulièrement marquant. Gérée depuis 1920 par le PCF, alliée ici avec un PS quasiment inexistant sur le terrain, la ville est passée à l'UDI, après une campagne extrêmement violente sur le terrain.

Je vais passer tous les épisodes de cette campagne, car ce sont les causes de la défaite qui me semblent particulièrement intéressantes pour le FdG mais aussi pour la gauche dans son ensemble.

Depuis quelques années, la ville avait développé une politique d'accueil à l'égard des Roms et de lutte pour améliorer leurs conditions de vie. Plusieurs campements s'étaient installées sur la commune et la mairie tentait de les consolider. Cette politique marquait la volonté du PCF d'aider tous les pauvres, y compris les plus pauvres et ceux qui sont le plus en difficulté.

La droite a attaqué à fond sur ce point, en développant le slogan "Rendez-nous Bobigny", en allant chercher les électeurs issus des autres groupes d'immigrés et en jouant les immigrés les uns contre les autres. Cette stratégie a apparemment fonctionné.

On peut d'ores et déjà en tirer trois leçons :

  • le PCF n'a apparemment pas eu suffisamment de remontées de terrain l'avertissant des craintes des habitants de la ville à l'égard des campements de Roms. C'est inquiétant concernant le réseau de militant-e-s du FdG qui aurait dû, normalement, avertir les élu-e-s du risque que courait la majorité ;
  • le PCF n'est pas parvenu à tranquilliser le reste de la population, soulignant d'ailleurs la difficulté de gérer la question des campements de Roms pour un maire qui voudrait faire autre chose que de les envoyer quinze kilomètres plus loin ;
  • le FdG ne parvient pas à convaincre les populations issues de l'immigration de Bobigny, alors qu'il est le parti qui les défend le plus, qu'il est plus intéressant de voter pour lui que pour la droite.
Un autre point a été fortement utilisé durant cette campagne et a peu été rapporté par les médias. Le futur maire de droite a diffusé une proposition de campagne qui a été mise en oeuvre à Drancy par Jean-Christophe Lagarde : la gratuité de la cantine à l'école.

Cette mesure a rendu Lagarde très populaire à Drancy. Bien évidemment, le prix de l'ensemble de la cantine est passé sur l'impôt, mais les familles ont adhéré à ce système malgré cela. A Bobigny, ville pauvre, cette idée a porté. De même, le nouveau maire a promis un ambitieux programme de rénovation des écoles.

Cette existence de la problématique scolaire illustre là aussi une faiblesse du PCF qui a laissé l'école de côté, alors que ce domaine représente un marqueur traditionnel fort de la gauche.

Cependant, tous ces facteurs ne suffisent pas à tout expliquer. Globalement, les campagnes de l'opposition municipale ne marchent que quand la mairie ne répond pas aux besoins basiques des habitants d'une commune (école, propreté, voirie, sécurité, place en crèches...). Si la droite est parvenue à l'emporter, c'est que la majorité était déjà affaiblie sur ces points cruciaux.

D'ailleurs, dans plusieurs villes de gauche tombées aux dernières élections, il est intéressant de constater que ces maires sortants étaient souvent persuadées que le 93 ne voterait jamais à droite et qu'ils n'avaient quasiment pas besoin de faire campagne, sauf en cas de division à gauche, même en cas d'insatisfaction des électeurs. Ainsi, le même phénomène s'est produit à Livry-Gargan, vieille commune socialiste.

En clair, pour garder une ville, le premier point est déjà d'en administrer convenablement les services de base. Une bonne leçon que toute la gauche devrait retenir, au-delà de l'impact du contexte national. Le PCF le prouve d'ailleurs, en gagnant des villes largement comme Tremblay, Stains ou Villetaneuse.

2 commentaires:

  1. tibor krasnahorta13 juin 2014 21:06

    J'ai bien rigolé en lisant ça : "pour garder une ville, le premier point est déjà d'en administrer convenablement les services de base..."
    Gageons que ça doit être pareil pour un pays...

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    1. @Tibor : blague à part, je ne crois pas que cela soit la même chose pour un pays. D'un autre côté, on n'a pas vu beaucoup de gouvernement ces 30 dernières années qui géraient bien les services publics.

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