jeudi 18 septembre 2008

Et si on supprimait le SMIC ?

Alors que l'ensemble du système financier mondial est en pleine crise, il se diffuse dans la blogosphère de droite et chez quelques membres de l'UMP l'idée simple et suivante : et si on supprimait le SMIC ? J'avais déjà signalé la proposition régulièrement faite par les libéraux de mettre en place un revenu d'existence à destination de l'ensemble de la population, cette rente annulant toutes les autres aides collectives.

Il est intéressant que le SMIC vienne aujourd'hui sur le tapis politique. Le Salaire Minimum Interprofessionnelle de Croissance est pourtant une création de la droite : en 1970, J.-Ch. Delmas fait voter cette mesure qui vise à répondre aux aspirations au progrès social exprimées durant les événements de mai 1968. L'objectif du SMIC, qui remplace le SMIG datant de 1950, était de faire monter le salaire minimum pour qu'il se rapproche du salaire moyen des Français. Durant les années 1970, le gouvernement fait régulièrement monter le SMIC et les Français les plus pauvres connaissent une importante hausse de leur niveau de vie. Il est indexé sur l'inflation mais suit aussi la hausse du salaire moyen. Le SMIC horaire est de 14,79 F en 1980 contre 3,42 F en 1970.

Mais, et c'est la seconde bizarrerie, le SMIC va freiner sa croissance sous Mitterrand, lors du tournant de 1983. Mauroy puis Fabius ont voulu casser la spirale inflationniste, et le SMIC n'est plus indexé que sur l'inflation prévue par le gouvernement. D'ailleurs, la croissance est beaucoup moins rapide, mais cette tendance est compensée dans les années 1990 par des allègements de charges aux entreprises embauchant des smicards, ce qui fait repartir la hausse. Le SMIC a donc permis une hausse régulière des bas salaires, bien plus importante qu'à l'époque du SMIG. A cette période, le SMIG est passé 1,63 F en 1960 à 3,42 en 1970, alors que la croissance flirtait avec les 5%

Cet aspect me semble fondamental, et il faut revenir à l'argumentaire anti-SMIC. Pour ces personnes, le SMIC est un frein car il empêche les entreprises de créer des emplois peu payés. On interdit ainsi aux moins qualifiés de reprendre un travail, à cause de l'intervention de l'État qui passe encore son temps à réglementer l'économie alors qu'il devrait s'occuper de la police et de la défense, voire de la justice s'il a le temps. On devrait donc permettre la création d'emploi bien moins payé pour permettre à tous de travailler. Le chômage n'existe donc que parce que ce type de barrière gène le fonctionnement naturel du marché de l'emploi.

Il est intéressant de constater que, lorsque le salaire minimum était fixé au nécessaire vital et ne bougeait que peu, les salaires stagnaient réellement, même si cela ne concernait que les bas salaires. A une époque où la croissance atteignait les 5%, le salaire minimum imposé restant bas, les employeurs ne payaient pas souvent plus, sauf si les salariés potentiels étaient rares. Aujourd'hui, ces salariés disponibles sont très nombreux, et il n'y aura donc aucun moyen pour eux de faire une amicale pression sur les employeurs pour que les salaires minimums restent décents.

En clair, la suppression du SMIC entraînerait uniquement une baisse des salaires minimums. Permettrait-elle un retour à l'emploi de tous ces chômeurs ? Peut-être d'une partie, mais on peut constater en Angleterre et aux États-Unis que les emplois sous-qualifiés sont aujourd'hui souvent des temps partiels précaires, soit sans sécurité pour les salariés.

Au total, la question est de savoir si on préfère avoir sept points de chômage avec un SMIC décent et des aides pour les chômeurs, ou si on choisit d'avoir des bas-salaires faibles, qui tireront tous les petits salaires vers le bas vu la situation de l'emploi, des emplois précaires et mal payés et toujours 5 points de chômage (ce sont les chiffres des États-Unis avant la crise). Entre les deux, cher lecteur, mon choix est fait, et je préfère continuer à payer des cotisations-chômage...

5 commentaires:

  1. Belle démonstration, j'adhère aussi à vos conclusions!

    RépondreSupprimer
  2. Merci à vous deux ! Dommage que ce soit l'autre camp qui tient le pouvoir en ce moment...

    RépondreSupprimer
  3. "L'autre camp" n'est pas forcément pour la dispartition du SMIC, mis à part les libéraux.
    Comprenons-nous bien : le SMIC ne doit pas être considéré à la légère, son niveau pouvant avoir d'importantes répercussions en terme de compétitivité et d'emploi. Donc attention aux envies de le faire monter trop vite (cf le SMIC à 1500 euros de certains pendant la campagne présidentielle).
    Toute la subtilité est de savoir de combien on peut monter le SMIC, et jusqu'où, afin de favoriser les plus bas salaires sans plomber l'économie.

    Je n'ai personnellement rien contre le SMIC en soi.
    Je trouve qu'il y a d'autres paramètres bien plus important sur le marché du travail pour faciliter l'embauche : la flexibilité. Autrement dit la facilité pour embaucher et licencier.
    Quand on voit le recours à tout bout de champ des stages et CDD en tout genre, on s'aperçoit qu'il y a un vrai besoin des entreprises...Mais aussi des travailleurs : mieux vaut un contrat plus souple qu'un stage sous-payé, à mon sens...

    RépondreSupprimer
  4. @ Elyas : il me semble pourtant avoir lu dans la presse que Sarkozy avait évoqué la question.

    Nous sommes d'accord sur le fond, il y a bien d'autres paramètres sur lesquels il faut agir. La flexibilisation des contrats imposeraient cependant de vraies refontes de notre système d'assurance-chômage. Je crains que le patronat ne soit pas forcément prêt à aller dans ce sens.

    A bientôt,

    RépondreSupprimer

Laissez-moi vos doléances, et je verrai.

La modération des commentaires est activée 14 jours après la publication du billet, pour éviter les SPAM de plus en plus fréquents sur Blogger.