lundi 20 mai 2013

Position sur la réforme des retraites à venir.

La réforme des retraites à venir commence à faire causer. Cela tombe bien : on nous a vendu il y a trois ans une réforme qui devait tout résoudre, et qui, bien évidemment, n'a rien résolu.

Il y a quatre manières de rééquilibrer les comptes du système de retraite :
  1. faire chuter le chômage, mais cela a l'air compliqué pour nos gouvernants actuels, et aussi pour leurs prédécesseurs d'ailleurs ;
  2. augmenter les cotisations, ce qui permettrait de réorienter une partie des flux financiers du capital vers les salaires (il ne faut pas oublier que les cotisations sociales sont une partie du salaire qui est prélevée et mis de côté pour des jours moins heureux) ;
  3. jouer sur les prestations des retraités en faisant baisser le poids des pensions ;
  4. jouer sur la situation des salariés en augmentant la durée de cotisation.
Je suis clairement pour la deuxième solution, et ce d'autant plus qu'on a déjà joué, dans toutes les réformes précédentes, sur le point 4. Quant au point 3, je suis résolument contre l'idée d'attaquer les pensions des retraités, car beaucoup touchent peu, et ceux qui touchent beaucoup ont beaucoup cotisé dans le passé : cela saperait toute confiance dans le système.

Enfin, je suis totalement contre la fiscalisation des recettes des caisses. En effet, il ne faut pas oublier qu'un prélèvement par l'impôt ne pèse que sur les salaires nets, alors que les cotisations sociales pèsent sur le capital puisque celles-ci augmentent la part des salaires.

Et toi, cher lecteur, qu'en penses-tu ?

vendredi 12 avril 2013

Patrimoine certes, mais aussi conflit d'intérêts.

Je dois dire que je suis assez surpris des déclarations de patrimoine qui se multiplient dans la presse. Franchement, tout connaître des richesses de Copé, Fillon, Mélenchon ou Désir, je ne vois pas l'intérêt. Que les déclarations de patrimoine soient consultables, c'est une chose, mais de là à en faire des papiers en grand nombre, il y a un monde. On peut de toute façon supposer qu'ayant exercé de nombreux mandats bien indemnisés, ils ne sont pas pauvres.

Ce qui serait nettement plus intéressant, ce serait de savoir quels sont les éventuels conflits d'intérêt qu'un homme ou une femme politique peut rencontrer, mais pas seulement.

Ainsi, il me semble toujours problématique qu'on ne cite jamais les ancrages de nombreux intervenants des médias, comme les soi-disant experts qu'on nous inflige à tour de bras. Pourquoi ne dit-on jamais pour qui ces personnes travaillent, voire où ils sont encartés. Par exemple, de nombreux économistes médiatiques sont aussi aux conseils d'administration de sociétés privés, ce qu'il faudrait savoir pour saisir certains positionnements.

Les hommes politiques, au moins, ont le mérite de la franchise. On sait où ils sont. Mais il est intéressant de savoir si un ministre des finances est un ancien banquier ou un ministre de la santé un ancien dirigeant d'une entreprise pharmaceutique.

Pour résoudre ce problème, il suffirait qu'un journaliste, avant d'interviewer une personnalité, énonce toutes ses casquettes. Un peu fastidieux, certes, mais nécessaire.

mercredi 10 avril 2013

Quelques leçons de l'ANI...

Tout le débat sur l'ANI pose de vraies difficultés que le mouvement syndical devra bien, à un moment, surmonter.

Je ne vais pas m'étaler ici sur les raisons qui font que je suis contre cet accord. Des dizaines de textes ont été publiés pour expliquer pourquoi il fallait s'y opposer. Trois syndicats de salariés ont choisi de signer ce truc, et les députés n'ont pas été capable de l'amender. Il reste le Sénat, mais il est certain que le PS trouvera quelques voix de droite pour le faire passer en l'état.

Je préfère revenir sur les questions qui sont posées par tout ce qu'il s'est passé, et sur les étapes de cette affaire.

1) Est-il normal que le gouvernement convoque les "partenaires sociaux" et impose un ordre du jour et une date-limite pour trouver un accord ? En théorie, un gouvernement a un programme et n'a donc pas besoin des syndicats pour trouver des idées. Le pouvoir peut éventuellement demander un avis, mais dans un pays où la loi républicaine prime sur tout, cette étape n'est nullement indispensable. D'autre part, les partenaires sociaux sont libres de signer des accords sur tous les sujets qui les intéressent, d'autant plus qu'un accord signé obligerait forcément le Parlement et le gouvernement à s'en saisir.

2) Le deuxième point porte sur la réalité du programme gouvernemental. En convoquant cette négociation avant la publication des chiffres de la représentativité, le gouvernement a démontré qu'il craignait de se retrouver avec FO et la CGT majoritaires. Il a donc poussé les consultations avant que ces résultats soient publiés, faisant ainsi appliquer son programme par les syndicats réformistes et par le patronat. Finalement, les députés et les sénateurs socialistes peuvent utiliser cet argument ("les partenaires sociaux ont négocié et signé") et gentiment se planquer derrière. Tout cela dénote bien un refus d'assumer la poursuite de l'application de la politique de l'offre.

3) La publication des chiffres de la représentativité arrange bien le patronat et les futurs gouvernements. Je dois dire que je ne cesse de m'étonner de ce bloc de 51% (chiffre tout à fait surprenant), et ce d'autant plus que j'ai une véritable expérience syndicale. Autant, la CFDT est réellement présente sur le terrain, dans le privé comme dans le public, autant on peut s'interroger sur cette force de la CFTC et de la CGC (qui, au passage, ne représente que les cadres...).

4) Il est de plus en plus problématique que certains syndicats construisent leurs mandats sur l'opposition aux autres syndicats et pas sur les revendications des salariés. Quand on lit que la CFDT n'est pas un syndicat qui s'oppose, on voit bien que le but est de créer de la division. Or, sans unité syndicale, les victoires sont très difficiles à obtenir. Pour moi, les syndicats qui font la course à l'échalote avec les autres organisations, et qui, pour exister, s'amusent à signer n'importe quoi, sont grandement responsables de la décrédibilisation des organisations syndicales auprès des salariés et de la délégitimation de la représentativité.

5) Mais il est vrai que cette représentativité ne s'appuie que sur des résultats électoraux, et évacue définitivement et complètement la question du nombre d'adhérents des syndicats. Cette logique s'appuie sur le fonctionnement des partis, mais on ne peut raisonner de la même façon. Un parti tire sa légitimité de ses résultats électoraux, un syndicat de son action sur les lieux de travail. La logique électoraliste amènera, à terme, les syndicats à ne pas se battre particulièrement pour conserver des adhérents et à se bureaucratiser encore davantage.

6) Et c'est là que nos organisations ne représenteront vraiment plus rien, à part les pensées de leurs permanents. Ce sera d'autant plus criant lorsque ces permanents seront aussi encartés dans divers partis politiques...

Alors, il faut d'ores et déjà réfléchir à revoir la représentativité sur plusieurs points :
  • intégration des syndicats patronaux dans le calcul de la représentativité. On verrait ainsi que le MEDEF représente le CAC 40 avant tout.
  • ajout, dans les critères de représentativité, de l'implantation réelle des syndicats dans les entreprises et les services publics. On pourrait imaginer, par exemple, demander aux employeurs de déclarer la liste des sections syndicales qui sont effectivement présentes en face d'eux dans la vie de tous les jours. On se rendrait compte ainsi que SUD fait peu de voix aux élections mais a souvent des militants actifs sur le terrain, ce qui n'est pas forcément le cas d'autres organisations.
  • maintien du rôle souverain du Parlement sur le droit du travail, les accords patronat-syndicats donnant des orientations à suivre, ou pas, en fonction des programmes des partis au pouvoir. Sinon, vu que le MEDEF ne signera pas d'accord de gauche, on n'est pas prêt d'avancer.
En attendant, cher-e-s ami-e-s, si vous êtes syndiqués, il serait temps de regarder un peu ce qu'il se passe dans vos orgas. J'ai franchement de la peine pour les camarades cfdtistes, qui doivent assumer l'ANI sur le terrain. Les prochains congrès pourraient être le moment de remettre les pendules à l'heure avec vos directions. Quant aux non-syndiqués, après tout, hein, vous aviez qu'à l'être, mais il vous est possible de vous engager. C'est quand on reste en dehors qu'on accepte que d'autres décident pour vous.

lundi 1 avril 2013

Pour les Américains, je suis un soc-dém.

Tiens, j'ai fait le plus honnêtement possible le test politique américain que Sarkofrance relayait ce matin. Voici le résultat :



Bizarrement, je n'ai aucune tendance du côté autoritaire, alors que le Front de Gauche en a, lui...

Mais cela me confirme une chose : le FdG a, pour moi, un vrai programme social-démocrate comme pouvait l'être le programme du PS dans les années 1970. Et de révolution, là-dedans, on parle peu. Non pas que je rejette l'idée révolutionnaire en soi, mais elle ne se décrète pas, elle arrive. Je ne me suis jamais senti à l'aise avec les politiciens qui nous promettaient la révolution sur commande.

Mais ces tests devraient être oubliés. Ils tendent à la simplification. Jetons à la poubelle les tests politiques, les évaluations professionnelles, les agences de notation et Robert Parker, et on s'en portera tous mieux.

lundi 25 mars 2013

Dites, et si on reprenait un peu de hauteur ?

Bon, ce qui est sûr, c'est que le climat politique actuel n'est pas à la sérénité.

Il y a quelques jours, j'ai écrit un billet sur Cahuzac, où j'écrivais qu'on se moquait des personnes, et que ce qui comptait était la ligne politique. Si on est en désaccord avec le gouvernement, on l'attaque sur sa ligne, pas sur ses membres.

Ce week-end, les camarades du PG ont dit des conneries. Si on acceptait l'idée que Moscovici puisse être un salopard, il suffirait donc de le virer et de mettre un autre membre du PS à sa place, et tout irait bien. C'est ce qu'on disait d'ailleurs de Sarkozy à l'époque. Or, le problème n'est pas là : ce qui compte, c'est la ligne politique. Un autre socialiste, du fait de la ligne adoptée par le président, ferait la même chose.

Ce qu'il faut combattre, c'est la ligne de la rigueur, et inutile pour cela d'être insultant: les faits suffisent à eux-mêmes.

Après, les multiples réactions des socialistes étaient tout aussi stupides. Le coup de l'antisémitisme, c'était quand même énorme, et cela démontre juste qu'Harlem Désir n'a pas la carrure d'un chef d'un grand parti national.

Et je voudrais dire quelque chose à mes amis socialistes (et à d'autres) : si Mélenchon est aussi peu important et se contente d'être simplement un populiste insultant, pourquoi lui consacrer autant d'énergie (surtout que les résultats électoraux du Front de Gauche ne sont pas à la hauteur encore et que c'est plutôt le FN qui devrait inquiéter tout le monde), de même qu'aux blogueurs du FdG ? C'est bien que vous utilisez la forme pour essayer de détruire le fond, car en réalité, la politique d'Hollande ne vous satisfait pas pleinement non plus et vous trouvez certaines critiques du Front de Gauche tout à fait pertinentes.

Et si vous perdez des élections partout, si le gouvernement est au plus bas dans les sondages, ce n'est pas à cause de la critique du FdG (et c'est dommage, parce que j'aimerais bien) mais bien du fait de la politique menée, et c'est elle qui sera sanctionnée en 2014 puis en 2017, si rien ne change.

En fait, là où Mélenchon fait une erreur tactique, c'est qu'en devenant insultant (et en étant obligé de se justifier en permanence pour expliquer ses insultes), il donne des armes au PS pour riposter durement et pour qu'on oublie le fond, et il empêche toute alliance future si les socialistes changent de ligne. J'espère qu'on va rapidement changer de posture et revenir à une critique raisonnée et constructive. C'est comme cela qu'on pourra éventuellement faire bouger ce gouvernement, et sinon, espérer le remplacer à la tête de la gauche.

Et encore, je ne parle pas de la droite. La défense outrancière de Sarkozy était ridicule. Là encore, attendons que la justice fasse son boulot, et arrêtons les bêtises. La France mérite mieux que ça. Et que dire des manifestants qui découvrent que c'est la préfecture qui fixe le parcours, qu'elle le fait dans l'intérêt du pouvoir et que, quand on obéit pas, les CRS frappent ? C'est pathétique...

mercredi 20 mars 2013

Démission de Cahuzac : on s'en fout.

La polémique monte dans la blogosphère à propos de la démission de Jérôme Cahuzac. Certains veulent en profiter pour se faire le Front de Gauche, alors que Mélenchon avait été très clair avec Cahuzac sur France 2 lorsqu'ils avaient débattu, affirmant son refus de rentrer dans cette polémique (ce qui n'avait pas empêcher après un débat très vigoureux). Il faudrait se rappeler, à gauche, les critiques que nous émettions durant le mandat de Nicolas Sarkozy sur sa personne, car le problème est le même.

Alors, qu'en dire ? Quelques réflexions :
  1. Il est positif qu'un ministre démissionne (ou soit démissionné) dès que la justice le met en examen, tout simplement pour qu'il puisse se défendre et qu'il n'entame pas l'image globale du gouvernement. Les ministres mis en examen de Sarkozy, voire condamnés, ne l'ont pas aidé à se faire réélire, j'en suis sûr : Woerth évidemment mais aussi Hortefeux condamné pour injures raciales.
  2. Est-ce que cette démission représente cependant une défaite du social-libéralisme ? Aucune, puisque la même ligne est toujours au pouvoir. Les électeurs ont fait un choix, et ce n'est pas par les déboires fiscaux d'un ministre qu'il sera remis en question.
  3. Cette affaire révèle les affres de la personnalisation. On en avait souvent parlé sous Sarkozy. En soi, Sarkozy était très pénible par son côté agité, désordonné et parfois totalement irresponsable, et par sa manière de concevoir le rôle du président. Par contre, sa défaite n'a pas remis en cause la ligne politique qu'il défendait à droite, puisque Copé a réussi à se maintenir à l'UMP sur un programme presque plus à droite et que certains pans de ce parti souhaitent le rapprochement avec le FN.
Que tirer de tout cela ? On ne combat pas des personnes mais des idées. Et si on veut faire bouger les lignes, attaquons sur le fond.

Quant à Cahuzac, laissons-le se débrouiller avec la justice. Mais je dois te dire, cher lecteur, que je me moque pas mal de ce qui se passera durant cette enquête. La seule chose importante est que s'il y a eu délit, il y ait bien condamnation, comme pour tout citoyen de notre pays. Et là-dessus, s'il y a une quelconque entrave à la justice, le blogueur que je suis sera le premier à le dénoncer.

vendredi 8 mars 2013

Les 11 questions du vendredi.

Malgré le fait que je ne blogue presque plus, voilà que je suis visé par une chaîne ! Bordel !

Bon, il faut répondre à onze questions. Allons-y :

1/ Alors, en weekend ? Oui, demain, mais en même temps, je suis en vacances, alors...
2 / Chien ou chat ? Plutôt chat. Les chiens, ça bave partout. Je me demande ce qu'ils donnent dans les lasagnes.
3/ Appréciez-vous cette presse spécialiste du foot ? Je n'y connais rien en foot, mais j'ai déjà eu So Foot entre les mains, et j'ai trouvé ce magasine plutôt bien fichu.
4/ Les verts, dont la seule préoccupation visible est de déranger le conseil constitutionnel pour demander à instaurer une parité homme – femme à la présidence des groupes parlementaires, sont-ils grotesques ou vont-ils sauver la patrie des droits de l’homme ? Les Verts sont surtout occupés à préserver leurs mandats électoraux...
5/ La dernière fois où vous avez mangé des lasagnes ? C'était le 29 novembre dernier (je sais, c'est précis) et c'était fait avec de la viande du boucher. Miam !!!
6/ Que penser des élections en Italie ? Que l'austérité suscite un sacré bordel...
7/ A-t-on le droit d’être réticent sur l’adoption d’enfants par des couples de même sexe sans être traité d’homophobe, et d’être opposé au droit de vote des étrangers sans être traité de raciste ? Je suis contre le droit de vote des étrangers mais pour l'adoption d'enfants par les couples homo. Après, tout dépend de la manière d'argumenter ses idées.
8/ Si on traitait une dame de « mi femme, mi cochonne », les féministes nous recommanderaient elles au Nouvel Obs pour faire sa une ? Vous pouvez répéter la question ?
9/ Bon, c’est qui Laurent Obertonne au final ? Je ne connais pas, mais vu le bouquin, cela ne va pas être ma tasse de thé.
10/ Quand est ce que Montebourg va quitter le gouvernement ? Pas avant les prochaines législatives.
11/ Ca vous branche, une escalope avec une belle salade ? De veau, pas de dinde SVP.
Ah, ça faisait longtemps que je n'avais pas répondu à une chaîne. Ouf...

Loi d'orientation : l'école du socle au programme.

Vincent Peillon est un type malin : depuis plusieurs semaines, il occupe les médias en injectant sans arrêt des éléments nouveaux sur une question clivante, celle des rythmes scolaires. Et pendant ce temps, la loi d'orientation sur l'école avance et a commencé à être analysée et modifiée par les parlementaires. Et le moins que l'on puisse dire est que, contrairement à ce qui est dit un peu partout, cette loi va assez loin.

On risque d'entendre beaucoup parler dans les prochains jours du concept d'école du socle. C'est un très vieux débat, cher lecteur.

Pour le résumer de manière très caricaturale (on est sur un blog, pas sur un site de sciences de l'éducation), il s'agit, en réalité, d'une division organisationnelle du système scolaire. Je te résume les positions existantes :
  • actuellement, le système scolaire est divisé en trois morceaux bien distincts qui permettent de mettre en place des ruptures dans la vie de l'enfant. On trouve l'école primaire, le collège et le lycée. L'école primaire et le collège font partie de la scolarité obligatoire (à l'exception de l'école maternelle, même si l'ultra-majorité des gamins y vont). Cependant, les deux sont nettement séparés. Au primaire, les enfants sont face à un enseignant généraliste qui traite l'ensemble du programme (même si des intervenants extérieurs sont fréquents, en fonction des moyens des communes). A partir de la 6e, les enfants sont face à plusieurs enseignants qui, eux, sont spécialisés dans un petit nombre de disciplines. Cette rupture est très critiquée, les enfants ressentant apparemment une vraie souffrance à ne plus avoir un seul enseignant qui les cajole toute la journée. La réalité est que, après une ou deux semaines d'attentisme, la plupart des 6e se comporte comme s'ils étaient au collège depuis toujours. Par contre, il est vrai aussi que les gamins en grande difficulté au primaire ne s'en sortent pas mieux ensuite au collège ;
  • les tenants de l'école du socle considèrent qu'il faudrait réunir le primaire et le collège avec une transition progressive et non pas brutale, en s'appuyant sur le célèbre socle commun de compétences, de connaissances et de culture, vieille marotte des libéraux qu'une partie de la gauche a aussi entretenu. La vraie rupture se placerait alors à l'entrée en 2nde. Le socle est très populaire au PS, mais c'est pourtant la droite qui en a mis en place une première mouture, que Peillon n'a pour le moment pas modifiée. Je ne vais pas me lancer ici dans le débat sur ce conflit à mon sens stérile sur l'opposition entre compétences et connaissances que je laisse à mes collègues qui préfèrent s'entretuer plutôt qu'avancer.
Cette division actuelle date de 1989. A cette date, Jospin a tranché entre le collège et le primaire et a provoqué de profonds remous dans le monde syndical enseignant. En effet, jusque là, enseignaient au collège des certifiés, des agrégés, mais aussi des PEGC, professeurs pouvant enseigner plusieurs disciplines. Or, ces PEGC se syndiquaient au grand syndicat du primaire de l'époque, le SNI-PEGC, alors que les autres émargeaient au SNES, au SNEP (pour le sport) ou au SNETAA (pour le professionnel). Ces deux syndicats (SNES et SNI-PEGC) appartenaient à la FEN, mais étaient chacun tenus par deux tendances opposées, Unité, indépendance et démocratie (plutôt proche du PS) pour le SNI-PEGC et Unité et Action (proche du PCF) pour le SNES. UID espérait, en permettant aux professeurs du primaire d'aller au collège, donner une perspective professionnelle à ses adhérents et rééquilibrer un peu les rapports de force au sein de la FEN car UA y progressait. En faisant ce choix, Jospin a choisi UA, et de fait, la FEN a explosé en 1992. La tendance UID a gardé la FEN qu'elle a transformé en SE-UNSA, et les membres d'UA, avec les autres tendances de la FEN, ont fondé la FSU.

Tu vas me dire, cher lecteur, que cette incise sur le syndicalisme ne concerne pas le sujet. En réalité, il est en plein dedans, car il faut bien voir que cette organisation actuelle de l'école n'est pas forcément venue de "l'intérêt de l'élève" mais bien de toute une série de rapports de force. Je ne sais d'ailleurs pas pourquoi Jospin a privilégié les proches du PCF, mais si un ancien du PS de l'époque passe par là, je serais très intéressé par son commentaire.

La loi d'orientation revient sur ce choix historique. En effet, elle met en place des conseils école-collège et prévoit que les enseignants des deux bords pourront aller enseigner chez les autres. Le PS est resté très accroché à cette idée que le SE-UNSA continue à défendre mordicus. Cependant, après réflexion, je continue à ne pas bien comprendre ce que le fait de faire venir des profs du primaire au collège, et inversement, pourra bien changer.

Les difficultés scolaires, dans le système actuel, apparaissent tout au long du système. Souvent, les gamins qui sont largués dans le primaire continuent à l'être ensuite. Dans le cadre actuel, nous sommes tous en échec sur les 120 000 gamins qui sortent du système sans diplôme. Ces 10% d'une classe d'âge restent notre grosse difficulté.

A partir de là, la question de l'école du socle apparaît plus comme une réforme institutionnelle que comme une réforme dans l'intérêt des élèves. Un enseignant du primaire a l'avantage de bosser 27h par semaine par rapport à un prof du secondaire qui en fait 18 ou 15. D'autre part, envoyer des profs du secondaire de certaines disciplines (langues, musique, arts plastiques, sports) permettrait de faire sauter tous les intervenants qui font souvent ces missions aujourd'hui.

En clair, où est l'intérêt des élèves dans tout cela ? Si quelqu'un a une idée...