On commence maintenant à se rendre compte des différents aspects de la réforme des lycées que Nicolas Sarkozy a annoncé il y a bientôt un mois. En effet, son VRP… euh, son ministre, Luc Chatel, distille très lentement les éléments techniques sur ce qu'il adviendra du lycée français. Dans le discours de Nicolas Sarkozy, une annonce est passée relativement inaperçue, et pourtant, elle est réellement porteuse de nombreuses remises en cause du système éducatif français : « le redoublement doit devenir l'exception. »
Ah, le redoublement… Il n'a cessé de se réduire en France. Aujourd'hui, on ne peut plus redoubler en collège sans que les parents l'acceptent, et seul le passage de la seconde à la première reste sous le contrôle du système éducatif. Régulièrement, l'OCDE nous tacle sur ce système jugé totalement inefficace. En effet, en seconde, environ 15% des élèves redoublent, et dans certains lycées difficiles, comme le mien, on monte, les mauvaises années, à près de 30% de redoublement, voire plus… Ce sujet est un thème passionnel, d'abord entre enseignants, mais aussi entre citoyens de courants politiques différents.
J'ai d'ailleurs été très surpris que ce soit un président de droite, plutôt conservateur, qui annonce cette mesure, mais je te rassure de suite, cher lecteur, la logique est évidente : le redoublement coûte chaque année à la nation 7 milliards d'euros ! Le président ayant indiqué qu'on maintiendrait les moyens humains au lycée, qu'à cela ne tienne ! Dans deux ans, on commencera à supprimer des places en seconde puisqu'il n'y aura plus les 15% de redoublants pour les occuper, et les moyens diminueront d'eux-mêmes (je parle bien sûr des postes d'enseignant ici). Il ne restera plus que le redoublement en terminale, mais attention, le président n'a encore rien dit sur la question. Encore une fois, la logique financière prédomine, sans qu'on se pose de questions sur l'efficacité ou l'inefficacité de la mesure.
Personnellement, j'ai toujours été très partagé sur cette question. A l'évidence, et malgré toutes les bonnes intentions des profs, le redoublement reste vécu comme une punition par les élèves, et dans la très grande majorité des cas, comme les grandes difficultés ne sont pas traitées par l'Education nationale, les élèves restent exactement au même niveau et font un passage en première catastrophique, voire sont réorientés vers les autres lycées ou vers Pôle emploi. Depuis huit ans que j'enseigne, je n'ai connu que deux élèves dont les redoublements ont semblé avoir une réelle efficacité, et peut-être deux autres cette année, mais il est encore un peu tôt pour le dire. Ces cas correspondent à des situations très particulières. Attention, je parle ici du redoublement en seconde, car en terminale, c'est différent. La très grande majorité des redoublants finit par obtenir son baccalauréat au deuxième coup, même dans un lycée général très difficile comme le mien.
La mesure vaut-elle le coût ? Ma pratique professionnelle m'empêche de répondre, mais je crains qu'elle ne bénéficie qu'à une toute petite minorité des victimes de cette mesure. Il y a aussi un côté social au problème. Aujourd'hui, les redoublements sont inégalement répartis : ils se concentrent dans les quartiers populaires où prédominent nos concitoyens les plus pauvres. De fait, ils sont souvent vécus comme une discrimination sociale.
Comme je le disais plus haut, les enseignants sont très partagés. Certains s'opposent totalement au principe, d'autres estiment que c'est l'une des seules armes que nous avons pour obliger les élèves à travailler sérieusement en seconde. Cependant, je crois que la majorité reste très dubitative mais est consciente qu'il s'agit là d'un pilier d'un système français très hiérarchisé et totalement appuyé sur la contrainte et la mise sous pression, voire l'humiliation, des élèves.
Ce débat concerne aussi l'ensemble des citoyens, qui sont parents d'élèves, qui ont déjà, peut-être, doublé eux-mêmes et qui sans doute des choses à en dire, et se réduire à l'argument financier est, comme d'habitude, extrêmement réducteur.
Alors, j'avais envie de lancer une chaîne sur le sujet. Je sais que les chaînes éducatives ont peu de succès dans la blogosphère française, mais je trouve que ce sujet, même s'il n'est pas un grand sujet, pose de vraies questions sur nos visions de la société et la manière dont nous voulons élever nos enfants.
Je voudrais donc avoir l'avis de mes contradicteurs habituels sur les sujets éducatifs (Suzanne, Oaz, Cycee, l'Hérétique, SOS Education, MGP) mais peut-être aussi d'amis (Manuel et Fabrice ?) et de contradicteurs moins centrés sur l'éducation comme le Faucon, Rubin, Hypos (je sais qu'elle a des proches dans le système éducatif) et pourquoi pas Sarkofrance, qui en aurait aussi ?
Et puis, qui veut, parce que j'aimerais bien voir ce que les citoyens non-enseignants en pensent…