lundi 22 septembre 2008

Comment vote le représentant des communes rurales durant le scrutin sénatorial ?

Cher lecteur, je tiens à te signaler un très intéressant billet d'Authueil, qui nous narre les dynamiques qui expliquent le succès de la gauche durant les sénatoriales qui se sont déroulées hier.


D'ailleurs, ce récit très vivant pose encore et toujours la question du suffrage indirect et de la réforme du Sénat. Vivement une véritable réforme de notre constitution.

dimanche 21 septembre 2008

Sortons de la polémique et parlons sérieusement des OGM.

Ces derniers jours, j'ai participé, de manière plus ou moins heureuse, à une intense discussion sur un blog concurrent que je cite souvent (avec moi, il va finir par exploser ses classements Wikio et Technorati). LOmiG, puisqu'il s'agit de lui, avait commis un billet dans lequel il se prononçait sur la sentence que le tribunal de Carcassonne venait de rendre contre José Bové et ses acolytes. Le billet, en lui-même, ne posait que peu de problèmes, malgré une conclusion un peu extrême (mais l'auteur aime ça !). Le débat qui a suivi m'a cependant fait beaucoup réfléchir et m'amène à écrire ce petit papier.

La question des OGM, cher lecteur, est un vieux serpent de mer. Elle occupe le devant de la scène médiatique régulièrement depuis la fin des années 1990. De quoi s'agit-il ? Depuis la fin des années 1970, les FTN de l'agro-business américain, suivies de près par leurs consoeurs japonaises et européennes, ont franchi la barrière de la génétique et se sont mises à mener des recherches pour modifier directement le code génétique des plantes, pour les doter de qualités que nous rechercherions dans le domaine agricole. Les recherches ont abouti d'abord sur certaines races de maïs, puis sur d'autres espèces. Ces plantes ont commencé à être testées puis diffusées dans le monde agricole. En fait, les modifications des espèces végétales ont toujours existé : l'homme n'a cessé de réaliser des croisements, de faire des sélections, de tenter des expériences. Les OGM ne sont qu'une façon plus rapide et plus directe d'agir sur le monde végétal et sans doute un jour animal.
Très vite, des aspects moraux sont apparus : l'homme doit-il pénétrer le mystère de la génétique ? En fait, cher lecteur, je te dirai que limiter un champ de la science est déjà en soi un questionnement que je trouve bizarre, et la recherche doit se poursuivre, dans toutes les directions possibles.

Cependant, les OGM posent deux problèmes supplémentaires qui sont régulièrement ressortis. Le premier est leur éventuelle nocivité pour l'homme. Je n'ai jamais lu d'études dans la presse démontrant cela à ce jour. On pourrait imaginer que les FTN diffusent des gènes nocifs, mais dans nos sociétés démocratiques où les contrôles sont nombreux, je doute qu'une telle chose soit réellement possible. Le second aspect est la pollution des espèces naturelles. Là, j'admets ne pas avoir les connaissances scientifiques nécessaires pour dire que l'impact sur l'environnement est nul, et les anti-OGM me touchent sur ces questions. Cependant, je me dis que nous avons de tels impacts, à toutes les échelles et dans tous les domaines de l'environnement, que ces gènes ne devraient pas poser tant de problèmes. Aujourd'hui, l'objectif est plutôt de sauver les espèces, tout simplement, que de les garder 100% naturelles. On peut aussi penser que la sélection naturelle fera que seuls certains gènes se diffuseront réellement dans l'environnement.

Finalement, dans la démarche OGM actuelle, l'aspect scientifique, si on peut toujours y mettre une part de fantasmes (chez moi comme chez les autres), ne pose pas vraiment de problèmes. Le problème est ailleurs : il est économique d'abord, et politique ensuite.

Les firmes qui commercialisent les OGM tentent sans arrêt de nous démontrer que les OGM sont indispensables pour répondre au problème de l'alimentation dans le monde. Bizarrement, quand je travaille mes ouvrages de géographie agricole pour préparer mes cours, je constate que la production alimentaire mondiale est normalement suffisante aujourd'hui pour nourrir l'ensemble des humains (environ 2200 kcal/jour disponibles) et qu'on pourrait encore mettre en culture des terres arables avec les espèces actuelles pour faire des gains de production. De plus, les techniques agricoles n'ont cessé de s'améliorer et sont de plus en plus productives. Certes, 800 millions de personnes souffrent de malnutrition, mais ce problème est bien plus lié à l'inégalité des richesses qu'à un problème de production. La hausse actuelle des prix des matières premières agricoles vient plus du fait que nos amis du Sud asiatique aimeraient manger comme nous, c'est-à-dire trop, que moyennement comme il faudrait qu'on le fasse tous.

Mais pour Monsanto et consorts, la situation est grave et nécessite les OGM. Ces firmes ont d'ailleurs beaucoup investi pour développer ces produits. Comme tu viens pourtant de le voir, économiquement parlant, les OGM ne sont pas indispensables. Les firmes mettent donc sur le marché des produits chers (car remplis d'innovations coûteuses) qu'elles risquent de ne pas pouvoir rentabiliser. Pour lutter, elles ont eu une idée géniale : breveter les innovations génétiques (merci la législation fédérale américaine) et obliger les agriculteurs à rendre les semences non-utilisées et non-revendues, voire rendre stérile certaines espèces modifiées. Ainsi, les agriculteurs deviennent dépendants car ils achètent les OGM chaque année, vu que ceux-ci sont censés être plus performants.

Ce processus pose de vrais questions. Je comprends le fait que les entreprises aient investi dans de l'innovation et souhaitent récupérer leurs investissements, y compris sur du long terme vu les coûts pharamineux de ces recherches. Or, quant on achète un produit récent, cher lecteur, on le paie, mais rapidement, des entrepreneurs le copient et les prix diminuent : c'est là tout le processus décrit par Schumpeter. Or, avec le système des OGM, l'innovation ne se diffuse pas, les FTN conservent leurs profits et mettent sous dépendance les agriculteurs, voire attaquent les copieurs et réclament leurs dûs aux agriculteurs qui n'ont pas choisi les OGM si le gène se diffuse dans les espèces précédemment exploitées et en fait, par la même, des OGM brevetés.

Les paysans pourraient continuer à cultiver les espèces précédentes, mais, craintifs de la productivité accrue de leurs voisins pour des prix d'achat de semences identiques, ils se rueraient sur les OGM en courant. Des systèmes agricoles entiers pourraient, à terme, se trouver dépendants de Monsanto.

Et là, le politique pointe le bout de son nez. Les FTN sont toujours liées, quelque part, à la politique. Que se passera-t-il dans les pays pauvres mais aussi dans les pays plus riches ? On pourrait imaginer des scénarios de fiction de pays entiers dépendants des entreprises de l'agro-business, qui sont toutes liées, de près ou de loin, à l'État américain.

Chez LOmiG, je proposai un référendum sur les OGM. En fait, je suis maintenant sur une position plus simple. Il est totalement normal que les entreprises détiennent des brevets, pour la période habituelle fixée par la loi. Il est tout aussi normal qu'elles attaquent les copieurs. Par contre, il est anormal qu'elles empêchent les utilisateurs des produits de faire ce qu'ils veulent des semences, vu que les agriculteurs sont bien incapables de les modifier de toute façon.
Puisque les OGM ne semblent pas être un problème environnemental et scientifique, légalisons-les. Cependant, imposons qu'ils soient commercialisés comme tous les produits, c'est-à-dire que les semences une fois achetées appartiennent à l'acheteur. Immédiatement, les prix vont s'élever pour retrouver le capital investi dans la recherche, car les FTN ne pourront plus bloquer le marché. Si ces graines sont si indispensables à notre économie, les agriculteurs les achèteront quand même car ils espéreront une vraie hausse de leurs profits. En plus, le temps que les copieurs agissent, il y aura sans doute une vraie marge. Si le prix est trop élevé par rapport à la concurrence actuelle des espèces sans OGM, les entreprises échoueront et le marché, pour une fois, fera son travail, en permettant aux acteurs économiques de choisir le mieux-disant.

Finalement, ce qui est scandaleux avec les OGM, c'est que les entreprises cassent les lois habituelles du marché. En effet, c'est le brevet qui symbolise l'innovation dans le produit et non plus le prix du produit. Je crois qu'on ne mesure pas assez l'importance de cette différence.

Me voilà devenu un défenseur du marché maintenant !!! On aura tout vu...

jeudi 18 septembre 2008

Et si on supprimait le SMIC ?

Alors que l'ensemble du système financier mondial est en pleine crise, il se diffuse dans la blogosphère de droite et chez quelques membres de l'UMP l'idée simple et suivante : et si on supprimait le SMIC ? J'avais déjà signalé la proposition régulièrement faite par les libéraux de mettre en place un revenu d'existence à destination de l'ensemble de la population, cette rente annulant toutes les autres aides collectives.

Il est intéressant que le SMIC vienne aujourd'hui sur le tapis politique. Le Salaire Minimum Interprofessionnelle de Croissance est pourtant une création de la droite : en 1970, J.-Ch. Delmas fait voter cette mesure qui vise à répondre aux aspirations au progrès social exprimées durant les événements de mai 1968. L'objectif du SMIC, qui remplace le SMIG datant de 1950, était de faire monter le salaire minimum pour qu'il se rapproche du salaire moyen des Français. Durant les années 1970, le gouvernement fait régulièrement monter le SMIC et les Français les plus pauvres connaissent une importante hausse de leur niveau de vie. Il est indexé sur l'inflation mais suit aussi la hausse du salaire moyen. Le SMIC horaire est de 14,79 F en 1980 contre 3,42 F en 1970.

Mais, et c'est la seconde bizarrerie, le SMIC va freiner sa croissance sous Mitterrand, lors du tournant de 1983. Mauroy puis Fabius ont voulu casser la spirale inflationniste, et le SMIC n'est plus indexé que sur l'inflation prévue par le gouvernement. D'ailleurs, la croissance est beaucoup moins rapide, mais cette tendance est compensée dans les années 1990 par des allègements de charges aux entreprises embauchant des smicards, ce qui fait repartir la hausse. Le SMIC a donc permis une hausse régulière des bas salaires, bien plus importante qu'à l'époque du SMIG. A cette période, le SMIG est passé 1,63 F en 1960 à 3,42 en 1970, alors que la croissance flirtait avec les 5%

Cet aspect me semble fondamental, et il faut revenir à l'argumentaire anti-SMIC. Pour ces personnes, le SMIC est un frein car il empêche les entreprises de créer des emplois peu payés. On interdit ainsi aux moins qualifiés de reprendre un travail, à cause de l'intervention de l'État qui passe encore son temps à réglementer l'économie alors qu'il devrait s'occuper de la police et de la défense, voire de la justice s'il a le temps. On devrait donc permettre la création d'emploi bien moins payé pour permettre à tous de travailler. Le chômage n'existe donc que parce que ce type de barrière gène le fonctionnement naturel du marché de l'emploi.

Il est intéressant de constater que, lorsque le salaire minimum était fixé au nécessaire vital et ne bougeait que peu, les salaires stagnaient réellement, même si cela ne concernait que les bas salaires. A une époque où la croissance atteignait les 5%, le salaire minimum imposé restant bas, les employeurs ne payaient pas souvent plus, sauf si les salariés potentiels étaient rares. Aujourd'hui, ces salariés disponibles sont très nombreux, et il n'y aura donc aucun moyen pour eux de faire une amicale pression sur les employeurs pour que les salaires minimums restent décents.

En clair, la suppression du SMIC entraînerait uniquement une baisse des salaires minimums. Permettrait-elle un retour à l'emploi de tous ces chômeurs ? Peut-être d'une partie, mais on peut constater en Angleterre et aux États-Unis que les emplois sous-qualifiés sont aujourd'hui souvent des temps partiels précaires, soit sans sécurité pour les salariés.

Au total, la question est de savoir si on préfère avoir sept points de chômage avec un SMIC décent et des aides pour les chômeurs, ou si on choisit d'avoir des bas-salaires faibles, qui tireront tous les petits salaires vers le bas vu la situation de l'emploi, des emplois précaires et mal payés et toujours 5 points de chômage (ce sont les chiffres des États-Unis avant la crise). Entre les deux, cher lecteur, mon choix est fait, et je préfère continuer à payer des cotisations-chômage...

Didier B., où es-tu ?

Une question me taraude, cher lecteur curieux : mais qu'est devenu Didier B. ? Si tu as la réponse, n'hésite pas à éclairer ma lanterne.

P.S. : je te signale au passage, cher lecteur, deux bons billets de Mtislav et de CSP. Ah, qu'il est sympa, ce privilégié qui pense à occuper ton vendredi soir...

Regardons ensemble la propagande : Carla Bruni sur Canal+.

Aujourd'hui, cher lecteur, la journée a été très agitée. Quelques bons billets sont parus sur des blogs sérieux (ou pas). Mes compères d'Avec nos gueules... ont été s'affronter avec LOmiG et quelques-uns de ses commentateurs les moins sympathiques, plutôt que de nous gratifier d'un (voire de plusieurs) excellent article sur notre blog collectif. Et moi, j'ai passé la journée classique d'un prof normal d'un lycée dit difficile.

Fatigué par cet harassant labeur quotidien, je suis rentré chez moi vers 18h30. Ma conjointe étant encore coincée dans une obscure réunion pédagogique (elle a la joie d'enseigner en école maternelle), j'ai commencé par lire mes blogs favoris et par répondre à quelques commentaires. Cependant, las, j'ai fini par m'aplatir sur le canapé, puis, en préparant notre repas du soir, j'ai branché la télévision.

Machinalement, j'ai zappé sur Canal+ qui diffuse à cette heure-là le Grand Journal. J'apprécie plus ce programme pour les quelques séquences comiques (et particulièrement les Guignols de l'info) que pour sa partie politique : souvent, l'invité, et surtout s'il est de gauche, a à peine le temps d'en placer une entre deux chroniques, deux gags et la météo. L'émission symbolise la personnalisation de plus en plus croissante de notre vie politique. C'est là que les journalistes, plutôt que de l'interroger sur sa politique éducative, avait demandé à Xavier Darcos de résoudre une règle de trois, ce qu'il avait avoué ne pouvoir réaliser. Ce fut un bon moment de rigolade, mais on ne peut pas dire que le débat politique y a gagné.

Et là, à la place du très sarkozyste Michel Denisot, se trouve assise CARLA BRUNI !!! Non, je ne rêvais pas : la première dame de France était en train de présenter l'émission. Pendant un instant, j'ai eu peur. Je me suis dit : ça y est, un putsch a eu lieu, les chaînes sont sous contrôle de l'État, et la femme du nouveau dictateur est en train de lire une déclaration. Mais non, elle était simplement la rédactrice en chef de l'émission pour cette soirée.

Je dois te dire, cher lecteur, que ce type d'initiative me pèse. On ne peut pas vraiment dire que Bruni parle politique elle-même, mais sa présence nous fait forcément penser au président. En plus, les journalistes en ont rajouté en interrogeant Carla sur sa vie privée avec son mari, sujet dont on se fout complètement. Pour moi, ce type d'intervention devrait être décompté du temps de parole de la majorité. Demain, le grand journal devrait être animé par Mme Bayrou, Mme Besancenot ou François Hollande (ben oui, l'ex de Ségolène...) pour donner à l'opposition un droit de réponse. Je n'ose proposer de faire venir Mme Cohn-Bendit, car on risquerait de voir débarquer José Bové ou Nicolas Hulot...

Mais, comme je te le disais plus haut, cher lecteur attentif, il y a une partie politique dans cette émission, et Carla devait choisir des invités. Elle avait donc convoqué deux membres du gouvernement : Martin Hirsch, l'ignoble promoteur du RSA qui taxe le capital, et Fadela Amara, celle qui trouve les tests ADN dégueulasses pour les étrangers. Il ne manquait plus que Bernard Kouchner et J.-P. Jouyet pour que tous les socialistes défroqués soient présents. Carla aurait ainsi voulu exprimer son attachement à ses racines de gauche.

Je n'en crois rien, cher lecteur. Ces invités sont des secrétaires d'État, et toute la stratégie a donc été montée par l'Élysée. L'objectif est on ne peut plus clair : montrer que Carla Bruni représente un pendant de gauche à son mari droitier, et compenser ainsi les errements conservateurs de ces derniers jours. On aurait presque pu supposer que la première dame aurait ainsi une influence sur son mari, puisqu'elle s'est présentée comme un soutien à Hirsch, qui, je te le rappelle, semble parvenir à mettre en oeuvre son RSA. Je ne sais pas si nos concitoyens gobent ces tours de passe-passe, mais une chose est sûre, Mme Sarkozy est loin d'être une oie blanche...

En seconde partie de programme, elle recevait ses amies ! Devant ces retrouvailles, je me suis dit qu'il fallait mieux les laisser seuls, et j'ai zappé pour regarder Laurence Ferrari, qui, décidément, fait tout pour paraître insipide depuis qu'elle anime le 20 heures. De dépit, j'ai éteint la télévision et suis retourné lire les ébats de Manuel et Fabrice avec les commentateurs de LOmiG...

mercredi 17 septembre 2008

Vive l'usure : les cartes de crédit de la grande distribution.

Je ne sais pas si tu as vu passer une information qui est primordiale, cher lecteur. Je sais, tu es en ce moment totalement obnubilé par la disparition potentielle de ton portefeuille d'actions et par l'effondrement du système financier mondial. Rassure-toi, cher lecteur pessimiste, les États paieront pour permettre aux citoyens d'être sécurisés. En fait, cela ne devrait pas tellement te rassurer car si l'État paie, cela veut dire que nous payons. Le capitalisme reste donc marqué par la collectivisation des risques, et c'est bien dommage.

L'information dont je te parlais plus haut tient à la publicité récente de quelques grandes marques de grande distribution, et particulièrement d'
Intermarché. L'idée est la suivante : voici une carte de crédit au nom d'un magasin qui te permettra, cher lecteur, de payer tes courses quotidiennes et hebdomadaires. Traditionnellement, en France, le crédit est plutôt réservé à de gros achats, à des vacances exceptionnelles, à un événement important ou à une situation de crise particulière. Là, la carte de crédit te permet de payer de toutes petites sommes que tu rembourses par de toutes petites mensualités.

Pour le consommateur, l'avantage apparent de ce système est de compenser la baisse nette de pouvoir d'achat de ces dernières années. Nous vivons dans une société, cher lecteur, où les appels à la consommation à outrance sont permanents. Or, depuis le début des années 1980, les salaires augmentent lentement, plus lentement que l'inflation. Depuis trois ans, la nouvelle hausse des prix n'a pas été compensée par des hausses de salaire, car les capitalistes souhaitent préserver la rente de leurs investissements, dont la part n'a cessé de croître dans la répartition du PIB, alors que les salaires et les impositions de l'État ont baissé. En France, dans nos élites, les termes même de "hausse de salaire" sont totalement tabous.
Intermarché, comme d'autres comme Carrefour, espère ainsi faire d'une pierre trois coups :
  1. Il s'agit d'abord d'aider les petits salaires à consommer plus, en permettant d'abattre l'hésitation du client, pour faire monter les bénéfices de l'enseigne.
  2. Il s'agit de fidéliser des clients dotés de la carte de crédit.
  3. Il s'agit enfin de compenser la hausse de l'inflation par un endettement sur l'avenir pour le client.

Ce type de système existe déjà à grande échelle aux États-Unis. Dans les grandes enseignes, tu peux, cher lecteur, payer n'importe quel achat avec une carte de crédit. Les supermarchés y trouvent leur compte, et les consommateurs aussi, dans un pays où les salaires n'ont pas variés depuis l'arrivée de Reagan au pouvoir.

A priori, les banques y gagnent aussi. Il faut voir le taux de ce crédit : entre 14% et 19% !!! C'est quasiment de l'usure. Si un consommateur se lâche un peu trop, rapidement, il ne rembourse plus que les intérêts de son crédit, et devient quasiment à la merci des établissements bancaires. Il peut certes faire faillite personnelle, mais il perdra alors tous ses biens et risque une mise sous tutelle sociale ! Un processus bien douloureux dont il faut user avec modération...

Voilà donc un beau système : comme les consommateurs ne peuvent pas espérer de hausses massives de revenus alors que les prix augmentent, on leur offre des crédits hors de prix pour leur permettre de continuer à consommer tout en s'endettant et en enrichissant un peu plus les capitalistes.

Ce processus est économiquement dangereux. Il construit une croissance sur du vide, c'est-à-dire les revenus supposés à venir de la majorité de la population. Il fait miroiter des bénéfices aux banques, tout en ne sachant pas si ces bénéfices viendront réellement. Et que se passe-t-il en cas de krach général ? Si on découvre brusquement que la majorité de ces crédits ne seront pas recouvrés alors que les prix continuent de grimper ?

C'est là la vraie différence entre la dette publique et la dette privée. Lorsque l'État s'endette, c'est ennuyeux mais on sait qu'il pourra toujours se refaire dans le futur grâce à l'impôt. Par contre, lorsque un particulier s'endette, lorsqu'il ne peut plus payer, le capital est perdu pour tout le monde, y compris pour les capitalistes. A ce moment-là, c'est l'État qui refinancera les banques, et nous paierons donc tous l'inconséquence de ces politiques de crédit.

La seule voie saine de croissance est le basculement d'une partie du PIB des revenus du capital vers les salaires. Le crédit à grande échelle ne produit que des risques et construit une croissance malsaine. Tant que l'on aura pas admis ces logiques économiques, on connaîtra toujours des crises régulières du système financier (tous les quinze-vingt ans environ) qui se propageront à l'économie réelle.

Un bon billet de Superno.

Ah, loué soit Nicolas qui nous communique cet intéressant billet ! Vite, lisez-le.

lundi 15 septembre 2008

La polémique "pape à Paris" : réglons nos comptes avec l'Eglise.

Cher lecteur, je ne m'étais pas encore exprimé sur la visite du pape en France. J'attendais simplement que la tournée papale soit achevée, histoire de me faire une opinion exacte sur les conditions de sa réalisation. Maintenant que le pape est retourné à Rome, il me semble intéressant de revenir sur tout cela.

Comme à chaque fois, la polémique a été forte à cause des agissements de Nicolas Sarkozy. Celui-ci a décidé de recevoir le pape, entraînant les réactions des défenseurs de la laïcité sur ce comportement du chef d'un État laïque, se compromettant avec un chef religieux.

Quand on réfléchit un peu à notre histoire, ce conflit traditionnel entre la République et l'Église est assez logique. A chaque fois, ce sont les années 1790 qui ressurgissent. Souviens-toi de tes cours d'histoire, cher lecteur cultivé. Avant la révolution, l'Église était le soutien inconditionnel de la monarchie absolue. Lorsque les événements de 1789 ont eu lieu, les prêtres élus aux États Généraux ont hésité, certains ralliant les députés de la constituante sans état d'âme. Cependant, l'Église de France a finalement combattu la révolution pour deux raisons : la constitution civile du clergé et la condamnation par le Vatican de la déclaration des droits de l'homme.

Le ralliement de l'Église à la République a été long, et la crise de 1905 a à nouveau creusé le fossé, car elle a coupé ce lien entre le religieux et le politique qui caractérisait la France depuis 313. Depuis, l'Église a rallié la démocratie, mais, dans les fantasmes de tous les Républicains, elle reste une menace potentielle car son comportement n'a pas été clair dans le passé. Ainsi, voir le président de la République rencontrer le pape fait toujours craindre le retour potentiel de la tyrannie.

Et pourtant, qu'est-ce que le pape aujourd'hui ? Il est le chef d'une institution religieuse qui peut encore avoir une certaine influence en France. Il défend certaines positions conservatrices qui peuvent poser problème. Il reste le leader spirituel de la plus grande communauté religieuse de la planète. Et il n'est rien d'autre que cela. Après tout, même s'il a de l'influence sur Sarkozy, qu'en a-t-on à faire ? On savait tous que Sarkozy était un conservateur. Ces deux-là sont de la même catégorie, du même groupe politique, et le fait que le pape fasse de la visite ici ne change rien du tout. Lorsqu'on a élu Sarko, on a élu un conservateur qui pouvait faire des courbettes devant le pape, comme Chirac le faisait avant lui. Croyez-vous pourtant que l'Église pourrait vraiment menacer notre République ? Non, vraiment, je sais que nos amis FAF en rêveraient, mais ce n'est pas le cas.

Finalement, le seul problème réel est que le pape est un soi-disant chef d'État, et qu'il peut utiliser ce statut pour se faire recevoir comme un chef d'État au frais de la République. Et là, tous les fantasmes ressortent. La seule solution serait que notre République ne reconnaisse plus le Vatican comme un État et gère les relations avec l'Église comme avec toutes les autres institutions religieuses.

Au final, il serait bon que l'Église renonce définitivement à la politique, et que les Républicains laissent tomber leurs fantasmes. Sinon, on continuera à s'intéresser à des questions qui occultent les vrais problèmes...