C'est vrai qu'en ce moment, l'actualité politique et économique ne donne pas envie de se réjouir. Entre le bordel au PS, la rehausse du chômage, la crise économique qui semble s'installer chez nous, EDVIGE, les politiques contre les étrangers, j'en passe et des meilleurs, le militant de gauche lambda a de quoi être abattu. Je regarde d'ailleurs avec toujours autant d'étonnement l'optimisme invétéré de la droite française devant les difficultés qui s'avancent et l'inefficacité patente de la politique gouvernementale pour relancer la machine et redresser le budget de l'Etat.
Mais il y a une bonne nouvelle, tombée ce matin dans nos journaux : Le Pen prend sa retraite. Enfin, le leader d'extrême-droite décide de jeter l'éponge. Il a écumé la vie politique française pendant une cinquantaine d'année. Le Pen a débuté sa carrière derrière Pierre Poujade dans les années 1950, se faisant élire député en 1956 pour la première fois. Il navigue ensuite dans l'extrême-droite française, submergée par la vague gaulliste. Il soutient Tixier-Vignancour en 1965, puis participe à la fondation du Front National en 1972 dont il prend vite le contrôle. Il est depuis candidat à la présidentielle à chaque fois sauf en 1981, n'ayant pu réunir les 500 signatures nécessaires. Il fait son premier gros score à la présidentielle de 1988, après des succès électoraux enregistrés par le FN à partir de 1983. Régulièrement, son score croît pour culminer en 2002 avec son passage au second tour de la présidentielle, à cause de l'effondrement du candidat socialiste.
En 2007, il ne faut pas le cacher, toute la gauche l'attendait au tournant. Marqué par 2002, beaucoup d'électeurs de gauche ont fait bloc derrière Ségolène Royal, entraînant l'effondrement des autres candidats (Buffet, Voynet, Laguiller, Bové...). Mais là, surprise ! Le Pen a été incapable de réitérer sa performance de 2002, s'effondrant aux alentours de 10% des voix. A l'époque, les journalistes n'ont cessé de parler du "siphonnage des électeurs du FN" que Nicolas Sarkozy a effectué, le présentant comme un réel succès du candidat UMP. Depuis, le FN vivote, en pleine crise financière et ayant été incapable de faire un score aux municipales de 2008, malgré le bon score de la fille du chef à Hénin-Beaumont.
Apprenant la nouvelle de la retraite, je ressens, cher lecteur, comme je l'avais déjà éprouvé en 2007, comme un lâche soulagement. Je fais en effet partie d'une génération qui a commencé à s'éveiller à la politique quand Le Pen est apparu comme un acteur central de la vie politique française. Toute mon adolescence a été marquée par la présence de ce personnage bizarre, à la fois très moderne dans sa manière de faire de la politique mais en même temps incarnation de tout ce que l'histoire de France peut compter d'expériences totalitaires et réactionnaires. Certains ont grandi dans le monde de la Guerre Froide, d'autres ont été marqués par Mai 1968 ou par l'apartheid. Moi, c'était Le Pen dans mon paysage politique, réapparaissant toujours à chaque grande élection, alors que les médias l'ignoraient totalement le reste du temps. En 2007, je me suis dit que nous allions enfin pouvoir faire de la politique sans craindre sans cesse que le FN parvienne un jour aux affaires. Une vraie bouffée d'air s'offrait à nous.
Mais ce soulagement ne peut être que lâche, car rien n'est en fait résolu. Certes, le FN est moribond et n'a plus de leader capable aujourd'hui de faire les scores du vieux chef. Cependant, les 20% d'électeurs qui votaient Le Pen en 2002 sont toujours là. Ils ont choisi Sarkozy et son discours de rupture en 2007, mais que feront-ils dans le futur, vu le naufrage actuel de notre économie et le démantèlement régulier et méthodique de l'Etat. Je ne vois pas ces électeurs-là se tourner ni vers le Modem, ni vers la gauche démocratique, ni vers le NPA. Il est à craindre que l'extrême-droite ressurgisse rapidement.
De plus, si Sarkozy est parvenu à "siphonner" l'électorat FN, c'est aussi qu'il a repris certains des discours lepénistes qui se sont diffusés parmi la droite démocratique. Je le constate parfois d'ailleurs dans les articles de la presse de droite, mais aussi chez mes camarades blogueurs de droite lorsqu'ils parlent des étrangers ou de certains thèmes économiques, voire de l'Union Européenne.
En fait, si Le Pen se retire vraiment, ne te rassure pas trop, cher lecteur. L'extrême-droite existait avant lui, et elle va lui survivre, et peut-être à une échelle que nous ne voyons pas encore bien mais qui mérite, indéniablement, qu'on s'en inquiète.