mercredi 15 octobre 2008

Ah, la Marseillaise sifflée réveille encore le syndrôme colonial...

Depuis hier soir, les sifflets contre la Marseillaise chantée par Lâam occupe largement la blogosphère de droite, qui exprime son mécontentement. Les blogueurs de gauche sont plus passionnés par la crise financière, mais se laissent quand même tenter. Mon camarade Manuel est tombé dans le piège de ce sujet d'actualité qui n'a dans le fond aucune importance réelle. La preuve de cette affirmation : le gouvernement s'est immédiatement saisi de l'événement et a annoncé des mesures débiles comme d'habitude. Voilà que maintenant, les stades devront être vidés si des sifflets sont entendus durant un hymne. J'espère que le ministère de l'intérieur prévoira des cars bien remplis de CRS lorsqu'il faudra vider 20 000 jeunes du 93 du Stade de France.

Parmi ces billets, j'ai découvert aujourd'hui celui de Criticus. Tu as déjà pu voir que nous avions avec ce blogueur, membre du politburo du réseau LHC, de nombreux désaccords. Encore aujourd'hui, je ne partage pas son indignation ni son inquiétude sur l'éventuel décès de la nation française.

Mais il y a une phrase qui m'a fait sursauter. Je te la livre ici : "Ni le Maroc, ni la Tunisie, n'ont été colonisés au sens strict."



Avec cette citation, pour te la remettre dans son contexte, Criticus s'étonnait du contentieux qui semblait occuper l'esprit des jeunes d'origine marocaine et tunisienne à l'égard de la France, se référant aux deux derniers matchs joués par la France contre ces deux équipes à Saint-Denis. Son argument central était que ces deux pays n'avaient pas été colonisés à la même échelle que l'Algérie.




D'une certaine manière, Criticus n'a pas complètement tort. Conquise entre 1830 et 1847, l'Algérie a subi une véritable mise en coupe réglée. Le gouvernement français a détruit les institutions locales, puis a mis en place une organisation ressemblant comme deux gouttes d'eau à l'administration métropolitaine. Près d'un million d'Européens sont venus s'installer sur place et ont vécu avec des droits de citoyens, alors que les indigènes n'en avaient pas. L'Algérie a été exploitée au plan agricole, industrielle et pour permettre l'influence de la France dans le monde.




Les deux autres territoires n'ont pas connu la même histoire. La Tunisie a été conquise à la fin des années 1880, et le Maroc en 1911 après une confrontation avec nos amis allemands. Dans ces deux cas, la France a mis en place des protectorats qui ont maintenu vivant les institutions présentes précédemment (le roi du Maroc descend de la famille régnant avant la colonisation). Les colons ont été peu nombreux dans ces deux cas, et l'exploitation moins intense. Ils servaient surtout à sécuriser l'Algérie et à permettre à la France de s'appuyer pour contrôler la Méditerranée.




Crois-tu pourtant, cher lecteur, que les Marocains et les Tunisiens ont mieux supporté la colonisation ? Comme les Algériens, les Indochinois, les Malgaches et les autres, les habitants de ces deux royaumes ont connu l'occupation, l'oppression et l'exploitation. Si on suivait ce raisonnement, on pourrait imaginer que ces deux territoires n'avaient pas vraiment de raison de se révolter contre nous. Pourtant, le Maroc a connu une grande révolte en 1925 qui a amené à l'une des plus sanglantes répressions de l'époque coloniale, la Guerre du Rif, menée d'une main de maître par le maréchal Pétain. De même, les Tunisiens et les Marocains ont lutté pour leurs indépendances : ils n'ont pas eu besoin de faire de guerres car la France a privilégié le sauvetage de l'Algérie, et a choisi de laisser filer.




Affirmer que les Marocains et les Tunisiens n'ont donc pas à être marqués par leur passé colonial est donc une affirmation grave, qui est pour moi teinté d'un esprit colonial, l'auteur semblant considérer que c'est encore à nous de décider qui des indigènes a des reproches à nous faire et qui n'en a pas. Quelle incroyable arrogance, cher Criticus, et je m'étonne que tu avances ce type d'arguments alors que tu montres tout de même souvent une certaine modération.




Je laisse à l'auteur la possibilité de me répondre, bien évidemment. Je suis sûr qu'il le fera. Cependant, sur cette question, habituel champ de débat entre gauche et droite, il y a aussi une analyse historique sur lequel, cher lecteur, je ne céderai rien.

Comment les néolibéraux répondent à la crise...

Va, cher lecteur, lire ce billet sur la Pire Racaille. Voilà ce qui nous attend du côté des néolibéraux ces prochains jours...

Charlatan Crépusculaire is back !

Avis au peuple : Charlatan Crépusculaire, l'un de mes plus fidèles commentateurs, a publié un billet !

Il ne l'avait plus fait depuis mi-septembre... Alors, allez le lire.

mardi 14 octobre 2008

Remarques sur l'abstention du PS au Parlement.

Aujourd'hui, le premier ministre a une nouvelle fois appelé à l'unité nationale devant la crise. Contrairement à son attente, l'Assemblée nationale va apparemment se diviser sur le plan Sarkozy pour sauver les banques.

Je voudrai revenir, cher lecteur, sur le terme d'Unité nationale. Ce vocabulaire-là n'est pas du tout innocent. Il date de la Première Guerre Mondiale. Au début du conflit, l'ensemble des partis politiques se réunirent pour former un gouvernement pour enfin régler leurs comptes aux infâmes Prussiens qui nous avaient scandaleusement dérobé l'Alsace-Lorraine. C'est à ce moment-là qu'un socialiste entra au gouvernement pour la première fois, Albert Thomas. Cette alliance tint bon jusqu'en 1917. L'Unité nationale est donc une tradition lorsque la patrie est menacée. Est-ce le cas ? La réponse est non.

François Fillon a sorti ce vocable dès le début de la débâcle boursière. Y avait-il un précédent économique ? La réponse est encore non. Bien au contraire, en 1929, la droite et la gauche française se sont royalement affrontées. La gauche est finalement parvenue à accéder au pouvoir en 1936. Il en fut de même dans les années 1970, la gauche du programme commun affrontant l'alliance centro-gaulliste. En France, la question économique n'a jamais fait l'objet d'un consensus quelconque, contrairement à ce qui peut se passer dans d'autres pays de notre beau monde développé.

Dès le début du mandat du petit président, les mouvements de gauche ont dénoncé l'inefficacité de la politique sarkozyste, celui-ci poursuivant la libéralisation tout en accroissant le poids du travail sur les salariés, coulant les finances publiques pour faire des cadeaux fiscaux aux plus aisés sans résultat économique avéré, gesticulant plus qu'agissant. Cette faiblesse des leaders de droite est une constante depuis les années 1980 dans le domaine économique.

Le vote par la gauche de ce sauvetage des banques n'est en rien une nécessité. Tout le monde sait qu'il faut financer le système bancaire pour éviter de ruiner les citoyens qui y ont mis leurs économies. D'ailleurs, le PS va s'abstenir et le PCF voter contre, mais vu le nombre de députés, cela n'empêchera pas le vote de la loi. Ce qui est plus scandaleux, c'est que le gouvernement tente de se refaire une légitimité sur ce sauvetage de l'économie alors qu'il a lui-même aggravé la crise, qu'il a refusé de voir venir, en sapant les moyens d'intervention de l'État.

Alors, cher lecteur, non seulement je soutiens les parlementaires de gauche dans leurs choix, mais je les appelle aussi à déposer une motion de censure. La crise était annoncée par certains économistes depuis au moins deux ans (je pense à Bernard Maris, à Pierre Larrouturou, à Joseph Stiglitz) mais ce gouvernement a refusé d'écouter les avertissements. A cause de cela, il mérite d'être mis à la porte.

Cher lecteur, répercute cet appel sur les autres blogs et sur les sites de journaux, et demande que le PS, le PCF et les Verts déposent une motion de censure. Pas question d'Unité Nationale avec une majorité d'irresponsables !

dimanche 12 octobre 2008

Deux questions politiques qui préoccupaient les historiens ce week-end.

Comme je te l'indiquais dans mon billet précédent, pendant que certains blogueurs se prélassent devant des films et que d'autres lisent des blogs de concurrentes, j'ai eu la chance d'aller passer quelques jours à Blois pour assister aux Rendez-vous de l'Histoire 2008.


Cette réunion est une création de Jack Lang, maire de Blois de l'époque, en 1997. Son objectif officiel était de réunir dans un même endroit des historiens reconnus pour leur permettre de s'adresser à un large public avec un système de conférences gratuites. Évidemment, Jack cherchait sans doute aussi à se faire mousser un peu et il était d'ailleurs présent durant l'une des conférences du week-end.

C'était la première fois que je me rendais là. Étudiant, je ne voyais pas l'intérêt d'aller à un endroit où j'allais réentendre les mêmes professeurs que j'écoutais chaque jour en cours ou que je lisais. Devenu professeur, je ne pouvais m'y rendre aisément, vu que l'ancien maire de Blois (Jack Lang, si tu as suivi) avait eu la bonne idée de placer cette manifestation en période scolaire, empêchant les enseignants, qui sont pourtant très souvent en vacances, de s'y rendre aisément.


Je m'attendais un peu à trouver une manifestation poussiéreuse (c'est mon image des historiens) avec le gratin universitaire venu se montrer et un public clairsemé. Je me consolais en me disant qu'il y avait peut-être une chance que certains des collègues avec qui je devais être en stage soient sympathiques. Ce fut d'ailleurs le cas, et nous avons ensemble dégusté les nombreux petits vins du pays blésois et tourangeau, et en particulier la bernache, juste arrivée, et le Oisly, un sauvignon très agréable en fin de soirée.

Ce fut bien la seule chose que j'avais prévue. Le reste fut tout différent : une foule incroyable se pressait dans toutes les conférences, mais aussi au salon du livre d'histoire organisé à la Halle aux grains de Blois. Je me suis même fait refuser de deux conférences ! En plus, la ville grouillait de profs d'histoire-géographie du secondaire, car l'académie d'Orléans-Tours autorisait les profs de la zone à venir sur place : impossible de boire un verre sans entendre parler de copies et d'élèves autour de moi ! Le grand public était là aussi, certes plus attiré par les stars venues se montrer que par les historiens peu connus, mais toujours diffus dans la ville. Je retiens d'ailleurs une image assez amusante du salon du livre : voir Jean-Louis Debré, venu dédicacer son dernier livre, Les oubliés de la République, attendre une bonne dizaine de minutes à son stand que quelqu'un lui tende nonchalamment son ouvrage. N'est pas historien qui veut !

Malgré l'ambiance studieuse, ça parlait politique souvent durant ce salon, et sur deux sujets différents :



  • Première préoccupation de mes collègues : la crise financière que nous vivons est-elle une rupture historique ? Durant les tables rondes mais aussi dans les cafés et les restaurants autour, j'ai pu entendre une multitude de comparaison menée par des spécialistes. En laissant traîner mes oreilles, j'ai pu comprendre que les historiens économiques semblent d'accord pour dire que la structure de cette crise est unique et qu'elle ne ressemble pas du tout à la crise de 1929 souvent évoquée par la presse. Certains historiens sont déjà prêts à travailler dessus. En tout cas, vu la passion des collègues, si la rupture n'est peut-être pas réelle (il est trop tôt pour le dire), elle marque largement les esprits.

  • Cependant, ce sujet occupait moins les tablées que la rumeur courant depuis quelques jours dans le milieu de la sortie de l'histoire-géographie des matières obligatoires au lycée et de la séparation de l'histoire et de la géographie. D'ailleurs, Xavier Darcos, qui devait passer, a finalement annulé sa venue et a laissé un inspecteur général se faire huer à sa place au moment de l'inauguration officielle le vendredi matin. La rumeur a finalement été démentie, mais le projet de réforme du lycée reste toujours très flou. Dès que le ministère aura enfin annoncé un projet stable, je t'en ferai bien sûr quelques billets.


En tout cas, cher lecteur, j'ai écouté quelques conférences qui peuvent avoir des consonances politiques, et je t'en parlerai bientôt, si l'actualité m'en laisse le temps.

En rentrant, j'ai découvert près d'une centaine de billets dans mon Netvibes. J'ai pu voir que LOmiG fêtait son anniversaire, mais je ne te cacherai pas que celui qui m'a fait le plus rire est celui-là. Il m'en reste encore 80 à lire. Au travail !!!

P.S. : source de l'image.

jeudi 9 octobre 2008

Mise en vacances du blog : les Rendez-vous de l'histoire de Blois.

Cher lecteur,

Je serai inactif durant quatre jours. En effet, j'ai eu la joie d'obtenir un stage pour aller me réactualiser en histoire aux Rendez-vous de l'Histoire de Blois. Je vais donc aller écouter de nombreux historiens sur des thèmes d'actualité, principalement l'Europe et mai 1968, dont les problématiques historiques sont en train d'être refondées.

Si je vois une conférence et/ou un historien qui méritent vraiment le détour et qui apportent quelque chose au plan politique, je t'en ferai quelques billets à mon retour.

En attendant, tu peux aller lire la réaction à un de mes derniers billets de Marie-Georges Profonde. Tu peux aussi aller engueuler Penthièvre sur le blog de LOmiG qui réclame l'abandon de l'ISF. Tu peux enfin continuer à lire mes deux compères sur Avec nos gueules...

A dimanche !

mercredi 8 octobre 2008

Jean Ziegler sur France Inter le 8 octobre.

L'avantage quand je me déplace entre différents lieux pour le travail dans la journée, c'est que j'ai l'occasion d'écouter la radio dans ma voiture. Au moins, je détruis la ressource mondiale et l'environnement en me cultivant. Souvent, je suis sur le service public, et majoritairement sur France Inter.

Aujourd'hui, en retournant vers mon lycée, je suis tombé sur l'émission Là-bas si j'y suis. Lorsque j'étais étudiant et jeune gauchiste, j'étais un inconditionnel de Daniel Mermet. Maintenant, je travaille en général à cette heure-là, et je suis parfois en désaccord avec certaines de ses positions.

Cependant, là, l'invité était Jean Ziegler, qui publie un nouveau livre sur les rapports Nord-Sud, la haine de l'Occident. C'est clair, c'est intelligent, c'est un discours d'un homme engagé mais rationnel. Je te conseille vraiment, cher lecteur, d'écouter cette émission, surtout si tu fais partie de ces gens qui considèrent que l'Occident est la seule civilisation qui peut encore servir de modèle universel.

Et Pascal Lamy s'imagina sauvant le monde de la débâcle financière...

Hier matin, Pascal Lamy, secrétaire général de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) était sur France Inter. L'objectif était de voir comment le chef de l'une des organisations mondiales taxées de néo-libéralisme réagissait à la débâcle générale des bourses ces derniers jours. L'ami Lamy a cependant été très clair, annonçant des choses qui m'ont beaucoup surpris : tout d'abord que l'OMC n'existait que pour réguler le commerce, qu'elle n'avait aucun intérêt à discuter qui intervenait sur les marchés et dans les échanges (entreprises publics ou privées !!!), et que l'OMC pouvait apporter une voie très positive aux évolutions en cours en stabilisant l'économie réelle.

Lamy s'est lancé dans un comparatif avec la crise de 1929. Voilà l'analyse du grand homme : la crise qui s'est déclenchée en 1929 était financière mais a provoqué un repli quasi-immédiat des États sur eux-mêmes. Ce protectionnisme croissant aurait entraîné la seconde guerre mondiale. Cette analyse ne manque pas d'une certaine forme de réalité, mais il faut la contextualiser. En effet, la crise de 1929 est très différente de la crise actuelle. Elle fut une crise financière au début, liée à une surévaluation des bénéfices futurs des entreprises de l'économie réelle par les financiers et les spéculateurs. Les grandes entreprises avaient surdimensionné leurs investissements productifs, alors qu'à la fin des années 1920, les marchés étaient saturés dans les pays riches, les colonies n'ayant pas les moyens d'acheter. En quelques jours, les financiers se sont effondrés, suivis par l'économie réelle. Aujourd'hui, nous sommes plutôt dans une économie qui commence à manquer de ressources et qui va avoir, avec la croissance des pays du Sud, besoin d'une production beaucoup plus forte. La crise d'aujourd'hui, très liée à la finance et à ses montages délirants, risque de freiner le développement des pays du Sud et de gêner la croissance. Processus totalement différent, donc...

Mais poursuivons l'argumentaire Lamy. D'après lui, l'ennemi est le protectionnisme, qui suscite des envies et des frustrations entre les États. L'existence de l'OMC, qui lie de nombreux pays, empêche le retour de cette hydre malfaisante. Le commerce restera donc au moins aussi ouvert qu'aujourd'hui et va empêcher le retour de bâton protectionniste qui pourrait apparaître.

En l'occurence, je pense que Lamy fait l'erreur classique des libéraux, qui tendent toujours à mettre en avant l'économique sur le politique dans les motivations humaines. Il faut en effet se rappeler que le mouvement de libre-échange actuel est né d'une volonté profondément politique exprimée dans la Charte de l'Atlantique et réalisée par les accords de Bretton Woods (1944). L'idée était que le commerce permettrait aux États de développer des relations amicales qui ne se distendraient plus. De plus, rendre la planète interdépendante aurait dû obliger tout le monde à une meilleure composition.

Mais tout cela reste lié au politique. Si les peuples, les États ou les ensembles régionaux décident de se renfermer sur eux-mêmes, l'OMC ne pourra rien faire. Pour nous, les États restent encore largement le cadre de référence, et on comprendra qu'un pays envoie paître l'OMC si besoin, mais pas l'inverse. De plus, elle n'a pas de réels moyens coercitifs envers les grands pays. Le commerce n'est donc que le symbole d'une volonté politique, qui peut changer à tout instant en fonction du contexte.

Désolé, M. Lamy, que vous fassiez preuve d'un tel angélisme, mais je vous donne au moins le crédit de vouloir être optimiste.