dimanche 7 septembre 2008

J.-M. Apathie pose une question qui mérite réflexion...

Je sais, cher lecteur étonné, que ce titre de billet doit te surprendre. Serait-il possible qu'un privilégié comme moi soit d'accord pour une fois avec le terrible journaliste de RTL-Canal + ? Serait-il possible qu'il ait pu me convaincre de quelque chose ? Aurai-je enfin admis l'idée que la seule politique viable pour notre République est la réduction des déficits par la diminution des dépenses ? Non, cher lecteur, je tiens à te rassurer tout de suite, loin de moi cette ignominieuse idée.

Il y a deux jours, Apathie a commis un
billet censé répondre à une attaque de Versac, ancienne star du classement Wikio. Dans ce billet, Apathie explique sa vision du blog, et en particulier de la relation avec les commentateurs. Il nous explique qu'il ne répond jamais aux commentateurs. Il considère émettre une idée, et trouve normal que les internautes réagissent. Par contre, si des dialogues peuvent se nouer entre commentateurs, il considère qu'il s'est déjà exprimé et qu'il n'a plus rien à dire.

Je ne sais pas si tu te souviens, lecteur fidèle, mais j'ai déjà eu une
conversation assez intéressante avec Nicolas de PMA et Nicolas de Humeurs de Vaches, suite à un billet sur l'intérêt des commentaires. Je te disais ma vision assez utilitariste du commentaire au départ et comment j'avais évolué dans ma pratique. Cependant, même si on est très cynique sur cet usage, il est évident que le but d'un blog est aussi de dialoguer avec d'autres, et qu'il faut répondre au maximum à tous les commentaires du moment qu'ils sont un peu intelligents.

D'autres se questionnent suite au billet d'Apathie, comme
Crise dans les médias. Le débat entamé chez lui est d'ailleurs assez intéressant.

En fait, je crois qu'Apathie nous cache la véritable raison qui explique son renoncement aux commentaires. Quand je lis ses billets, je constate souvent qu'il atteint les 200 voire les 300 commentaires par jour. Énormément de monde laisse un mot chez lui, souvent sans grand intérêt d'ailleurs, je suppose pour s'attirer des visites. Chez les autres blogueurs influents, c'est beaucoup moins que cela. Avec autant de dialogues possibles, comment Apathie pourrait-il même envisager de répondre ? Moi, avec mes 20 commentaires maximum par billet, je peux le faire sans problème. Je trouve qu'il aurait gagné à dire les choses franchement plutôt que de diffuser une vision idéologique du problème. Car sinon, son blog n'est-il pas exactement équivalent à ses chroniques sur RTL et Canal + ? A ce moment-là, pourquoi bloguer, d'autant plus qu'il dit lui-même s'imposer les codes du journalisme sur son blog ? Question à laquelle le sémillant Apathie ne répond malheureusement pas...

Xavier Darcos frappe encore : vive l'UMP-lycées !

Hier, les Jeunes Populaire avaient annoncé la création d'une UMP-lycées, pour recruter des jeunes lycéens dans les rangs du parti de droite. Est-ce que cela me choque, cher lecteur ? Non. Tous les partis ont toujours eu des organisations de jeunesse, ce n'est pas nouveau. D'ailleurs, je les vois moi-même souvent devant mon lycée dit difficile. Les JC, les JCR et le PS font régulièrement des distributions de tract à destination des élèves et des enseignants. Pas dans le lycée, bien sûr, mais sur le trottoir, devant la porte. C'est tout à fait légal et il n'y a rien à redire.

Par contre, les établissements scolaires sont soumis au principe de laïcité. Cela concerne bien sûr la religion, ce qui est le plus connu et le plus souvent redit dans les médias, mais aussi la politique. Les enseignants n'ont pas le droit d'exprimer leurs opinions politiques devant leurs élèves, et ces mêmes élèves doivent conserver une certaine neutralité politique durant les cours. C'est d'ailleurs, cher lecteur, une des raisons qui explique mon anonymat sur ce blog : je n'ai pas particulièrement envie que mes élèves, toujours prompts à chercher sur internet trace de leurs professeurs, connaissent mes idées politiques de A à Z.

Par contre, depuis 1986, les élèves peuvent adhérer à des syndicats lycéens et ceux-ci peuvent discuter avec le gouvernement, comme les syndicats de leurs parents. Souviens-toi, cher lecteur, tu les as vu s'exprimer durant les manifestations de l'année dernière. Deux syndicats dominent aujourd'hui dans le monde lycéen : l'
U.N.L. et la F.I.D.L. Comme souvent dans les syndicats, ceux-ci sont nettement marqués politiquement et personne n'est réellement dupé par la neutralité syndicale. De toute façon, qu'on soit de gauche ou de droite, il me semble impossible de s'engager dans l'action syndicale sans avoir un minimum de pensée politique.

Or, voilà que Xavier Darcos a franchi une nouvelle
ligne rouge. Le ministre de l'Education s'est en effet félicité de la naissance de ce nouveau groupe de l'UMP, estimant que "nous avons des associations lycéennes qui ont leur légitimité, mais qui sont très, très marquées à gauche, qui sont très antigouvernementales et qui parlent un peu au nom des lycéens, alors qu'elles parlent surtout au nom d'un parti. L'UNL est très liée au Parti socialiste, et donc je souhaiterais qu'on fasse un peu contrepoids, que d'autres lycéens puissent s'exprimer".
Darcos a franchi trois lignes rouges qui ne devraient jamais être traversées par un ministre d'une démocratie :
  1. Il tente de déstabiliser des syndicats lycéens que l'Etat reconnaissait jusqu'à ce jour comme représentatif en les accusant d'être de gauche. Comme il sait que ces syndicats contestent sa politique qui fait régresser l'école, il s'agit pour lui de dire qu'ils le font non pas parce qu'ils croient en des valeurs ou qu'ils dénoncent une politique délétère, mais parce qu'ils sont de gauche et qu'ils contestent mécaniquement la politique gouvernementale.
  2. En taxant de gauchisme les syndicats lycéens, le gouvernement détruit les interlocuteurs légitimes qu'il a en face de lui. Je tiens à te rappeler, cher lecteur étourdi, que Sarkozy voulait faire de sa présidence le symbole du dialogue social. Il semble bien que ce dialogue soit réservé à ceux qui pensent comme le ministre, et pas aux autres.
  3. Enfin, voilà un ministre qui souhaite qu'un parti politique s'implante dans les lycées. Il s'agit d'une grave entorse à la laïcité. On a eu suffisamment de mal à faire sortir des établissements scolaires les religieux et les partis. On est encore à la peine, dans nos lycées dit difficiles, contre les agressions permanentes des islamistes contre le système scolaire, pour ne pas avoir un ministre qui propose à l'UMP de mener la même stratégie. N'oublions pas que l'UMP n'est pas un syndicat mais un parti qui cherche à accéder au pouvoir et à le conserver. Ce n'est vraiment pas la même chose. Peut-être que Darcos rêve de syndicats partisans qui permettraient un contrôle plus efficace des masses ? Cela me rappelle vaguement le FN-Police...

En clair, j'estime que Darcos devrait démissionner, rien que sur cette affaire. Quand un ministre n'arrive pas à se taire sur ces sujets-là, il ne mérite pas son poste.

P.S. : En tout cas, pour revenir sur un ancien billet, je tiens à dire à mes deux commentateurs du moment que je confirme ce que je leur disais : tous ces gens ne sont pas des libéraux, car un libéral aurait plutôt tenté de détruire la logique collective pour imposer la logique individuelle. Ici, Darcos soutient une logique d'organisation collective de droite pour s'opposer à la logique d'organisation collective de gauche. On est bien loin des belles idées individualistes du libéralisme...

vendredi 5 septembre 2008

La rentrée n'est plus ce qu'elle était...

Aujourd'hui, cher lecteur, je dois te dire que je suis un peu déprimé. Pourquoi ? A cause de la rentrée. Tu vas me dire, cher lecteur énervé, que je suis encore en train de râler d'avoir repris le travail alors que je suis un sale privilégié qui a 15 semaines de vacances par an. Non, cher lecteur, ne me juge pas mal, ce n'est pas de cela que je parle. Je parle de l'ambiance dans mon lycée dit difficile.

Cela fait maintenant un peu moins d'une dizaine d'années que je travaille ici, ce qui veut dire que la rentrée des classes n'est plus tellement quelque chose qui m'angoisse. J'ai de bonnes bases pour mes cours, des élèves qui me connaissent et qui sont sympas globalement, de bonnes conditions de travail. Mon salaire est sorti de la zone qui me rendait la vie dans la région parisienne difficile. Vraiment, je n'ai pas de réelles raisons de me plaindre.

C'est vrai que pour certains profs, les conditions de la rentrée ne sont pas simples, comme je te l'expliquais ici, mais cela ne touche que les nouveaux pour le moment, ce qui devrait m'attrister, mais pas me toucher comme cela. Non, vraiment, je n'ai pas de raison de me plaindre.

Jusqu'à maintenant, la salle des profs, le premier jour, bruissait de projets pédagogiques, d'initiatives, de discussions sur des nouveaux cours, d'échanges sur nos élèves, de l'organisation du lycée. Tout cela se faisait dans un enthousiasme réel, et si une lutte devait surgir, elle se faisait aussi dans la joie et la bonne humeur, car nous avions tous le sentiment, que nous soyons de gauche ou de droite, de participer à une belle oeuvre qui honore notre nation : l'éducation de nos enfants et l'avenir de notre pays.

Les choses changent doucement. Ce qui me touche, c'est l'ambiance générale des salles des profs. Tout suinte la déprime et le renoncement. L'évolution de la politique gouvernementale nous montre que nos élites considèrent que l'éducation pour l'ensemble du peuple n'est plus la priorité. Il faut bien que tu comprennes, cher lecteur, que la massification de l'éducation est assez récente en France, puisqu'elle a commencé durant les années 1950 pour se parachever dans les années 1990. C'est donc un processus nouveau et qui n'est donc pas parfait. C'est vrai que des gamins sortent de l'école sans diplôme, c'est vrai que tous ne deviennent pas des citoyens emplis d'une culture humaniste, c'est vrai que certains ont des problèmes de lecture et d'écriture et c'est vrai que nous peinons, nous autres enseignants, à trouver des solutions. Mais est-ce une raison pour balancer le bébé avec l'eau du bain, à cause de difficultés qui concernent 3% des élèves ? Il faut au contraire réfléchir à aider ces 3% tout en continuant à éduquer convenablement les 97% restants.

Lorsque Sarkozy est arrivé, nous avons tous cru à une révolution libérale, comme je le disais hier. Nous étions prêts, nous les profs militants et investis, à défendre nos idées dans un débat démocratique et à nous confronter à ce gouvernement. Je m'étais dit aussi que si un modèle libéral se mettait en place, même si j'étais contre, ce serait le choix du peuple et il faudrait le faire. Ma réaction aurait été la même en cas de retour de notre système scolaire dans une logique réactionnaire comme Gilles de Robien la mettait en avant ces dernières années.

Mais là, rien de tout cela. La seule logique qui prévaut est la comptabilité. Il n'y a pas de projet positif, rien qui puisse nous dire qu'on va vers du différent même si on est contre. Il n'y a rien. Notre pays, alors que l'état du monde demande que nous investissions massivement dans l'éducation et la recherche est en train de renoncer à un modèle ancien, sans rien proposer d'autre. Nous voyons nos rêves et nos engagements de vie s'effondrer tout doucement. A cela, pas d'alternative apparente. Le gouvernement ne parle que d'heures supplémentaires et d'économie, de moins d'heures de cours pour les élèves. C'est tout. C'est désespérément tout.

Il ne s'agit pas pour moi de discuter du projet éducatif qui serait le plus valable pour notre pays. Il s'agit simplement d'affirmer que là où on voit le vrai déclin d'une démocratie, c'est lorsqu'elle renonce à éduquer de la même manière l'ensemble de ses enfants, mettant en place des inégalités qui ne peuvent que menacer la cohésion des citoyens. C'est lorsqu'elle renonce à la recherche et à l'aménagement. C'est lorsqu'elle renonce, en clair, à des projets collectifs qui peuvent nous donner des espoirs et nous faire rêver, pour nous et nos enfants, à un avenir meilleur.

Aujourd'hui, les profs sont déprimés. Nos syndicats, pas toujours capables d'exprimer des stratégies cohérentes, peinent car ils savent que le gouvernement ne considère plus que l'éducation est une priorité. Eux aussi sont en partie responsables de cette situation, mais ils savent que de toute façon, il n'y a aucune alternance qui se dessine avec un vrai projet éducatif et que la gauche de gouvernement semble ne plus beaucoup s'intéresser à cette question.

Pour une fois, je vais te citer une phrase de Danton : "Après le pain, l'éducation est le premier besoin d'un peuple".

P.S. : pour la première fois, aujourd'hui, je me suis dit que j'allais penser à changer de métier, car le combat n'en valait plus la peine. Écrire ce billet m'a servi de thérapie. Maintenant, cher lecteur, je suis prêt à repartir...

jeudi 4 septembre 2008

C'est mon centième billet : fêtons cela avec Nicolas Sarkozy.

Aujourd'hui, cher lecteur, je rédige mon centième billet sur ce blog. Cela fait 4 mois que je blogue, et je n'ai pourtant pas eu l'impression d'écrire autant. Quand je relis le premier, je me dis que beaucoup de chemin a été fait. Pour fêter dignement cet événement qui va retentir dans la blogosphère, je vais te parler un peu de notre cher président, et non pas de Rachida Dati enceinte, d'autres le font mieux que moi et font des visites avec...

De plus en plus, je m'interroge sur l'école politique à laquelle se rattache Nicolas Sarkozy. Lorsqu'il a été élu, j'ai eu tendance à le classer dans la catégorie des immondes libéraux. Au départ, certaines des mesures prises par le gouvernement, comme le projet de loi TEPA par exemple, rentraient complètement dans cette définition. Les réductions massives de postes que connaît la fonction publique y vont aussi, de même que la disparition de certains impôts (droits de succession) ou le bouclier fiscal. Parallèlement, la volonté de briser le mouvement social, tout en menant des négociations sur la démocratie syndicale, en était très proche.

Et pourtant, aujourd'hui, je m'interroge fortement. Je vais te donner deux exemples, cher lecteur, de ces interrogations qui me minent en ce moment.

C'est d'abord le cas du RSA. Même si la taxe sur le capital qui doit le financer est tempérée par le bouclier fiscal, le mode de financement est totalement hors de l'idéologie libérale. D'ailleurs, la charge que mène certains blogs de cette obédience contre cette taxe démontre que nous en sommes loin. En plus, comme je le découvre ici, l'État va tenter d'exploiter cette taxe à vide pendant six mois pour renflouer les caisses. Là, je suis troublé.

Et l'accord signé ce soir entre l'assurance-maladie et les syndicats infirmiers rajoutent à mon trouble. Voilà que l'État va réglementer l'implantation des infirmières pour aider les régions défavorisées au plan des soins. Il est vrai que la France est marquée géographiquement par une véritable fracture de la santé : les régions peu peuplées et le Nord vivent moins longtemps que le Sud et les Parisiens. Cependant, il faut aussi faire attention, car la mauvaise répartition des équipements et des personnels de santé n'est pas la seule cause de cette situation. L'alimentation, les modes de vie, les niveaux de vie et l'emploi jouent aussi sur ces inégalités territoriales.

Les libéraux, qui soutiennent la liberté pleine et entière des individus de vivre là où ils veulent (sauf pour les étrangers, faut pas pousser), vont sans doute dénoncer les résultats de cette négociation.

Et pourtant, cher lecteur, pour moi, cet accord n'est pas non plus de gauche. Nous savons en effet que les infirmiers manquent en France, et pas seulement parce qu'ils sont mal répartis. Si j'étais au gouvernement, j'aurai plutôt ouvert le numerus clausus pour permettre aux infirmiers libéraux d'être plus nombreux et j'aurai renforcé le système hospitalier par des embauches et des investissements en parallèle dans les régions en difficulté. Imposer aux gens de travailler là où ils ne le veulent pas ne me semble pas non plus une bonne chose car cela peut nuire à la qualité du travail. Pour pallier, on pourrait très bien aider les communes à financer des centres médico-sociaux en payant bien les infirmiers et les médecins pour les faire venir. Finalement, je suis contre cet accord aussi, mais pour d'autres raisons que les libéraux.

Au final, Sarkozy n'est pas libéral et pas de gauche non plus. Il ne fait que gérer des pénuries, tout en ne se donnant pas les moyens de regarder vers l'avenir. Je ne peux même pas dire qu'on se bat contre une idéologie quand on lutte contre Sarkozy. Finalement, on ne sait même pas contre quoi on lutte. Ce président a une force : il perd tout le monde, même son propre camp. Si tu as une explication, cher lecteur, je t'attends...

PS : tu remarqueras que depuis mon premier billet, je suis devenu un pro du lien...

Pétition pour sauver le service public postal.

Abadinte nous signale la mise en ligne par la CGT de sa pétition pour sauver la Poste publique.

Allez, hop, signez
ici.

mercredi 3 septembre 2008

Tiens, un article revigorant !

En lisant plusieurs de mes blogs favoris en ce début d'après-midi, je suis tombé sur cet article. Vraiment, je vous conseille de le lire et d'aller le commenter.

La Guerre Froide II, le retour

L’été diplomatique n’aura pas été calme, alors que la France somnolait dans un mois d’août pourtant peu clément. De nombreux événements importants ont chamboulé jusqu’à notre vision géopolitique de la planète. Et pourtant, cher lecteur, et pourtant, la crise géorgienne n’était pas une surprise, et elle pose la question de notre responsabilité de pays occidental.

On a sans doute du mal à percevoir le traumatisme qu’a représenté en Russie l’effondrement de l’Empire soviétique. Pour nous, le fait est très positif : un système totalitaire s’est écroulé, la mondialisation a réellement pu décoller, de nombreux conflits se sont éteints d’eux-mêmes. Je ne suis pas sûr que cette vision soit partagée en Russie. Ce cataclysme a d’abord entraîné la disparition de la Russie en tant que grande puissance, les Russes basculant d’un coup du côté des puissances régionales. Ensuite, elle a perdu un espace territorial immense, retombant au début du XVIIIe siècle au nouveau de son extension, et laissant partout dans les quatorze autres nouvelles républiques nées de l’URSS, d’importantes minorités russes. Enfin, suivant les bons conseils occidentaux, la Russie a certes construit un début de démocratie mais a libéralisé son système économique avec une telle brutalité, tout en laissant subsister un important secteur étatique totalement dépassé, qu’elle est entrée dans une récession très grave qui a couru tout au long des années 1990, ruinant de nombreux citoyens qui ne vivaient pas si mal que cela durant l’ère soviétique.

Évidemment, nous ne sommes pas pour grand-chose dans l’effondrement soviétique, mais nous avons donné des conseils aux Russes ensuite, nous leur avons prêté beaucoup d’argent, nous avons commencé à soutenir les pays baltes dans leur volonté de rattachement à l’UE. Puis, progressivement, nous nous sommes désintéressés de cet immense espace géopolitique, nous, les citoyens.

Pendant ce temps, agacés par leur effondrement, les Russes soutiennent l’accession au pouvoir de Vladimir Poutine en 1999. Celui-ci leur promet une rupture et un redressement économique. Il va y parvenir en ramenant l’État au cœur de l’économie, en reprenant le contrôle de l’activité pétrolière et gazière et en surfant sur la hausse des prix des matières premières. Grâce à cette politique, la Russie est, depuis le début des années 2000, en croissance forte (presque 5% par an) et la richesse du pays augmente.

En parallèle, Poutine, qui est très loin d’être un libéral, comme d’ailleurs la très large majorité des Russes, mène une politique qui réduit régulièrement les libertés, prend le contrôle des médias et utilise de plus en plus le nationalisme pour souder les citoyens derrière lui. Rien de plus facile : les Russes sont heureux de se sentir à nouveau une nation importante qui compte dans le monde. Au début, cela se manifeste par la lutte contre les terroristes islamistes à l’échelle mondiale, mais aussi par la deuxième guerre de Tchétchénie. De même, les autorités russes soutiennent des gouvernements amis dans les républiques voisines. Enfin, la Russie se lance, grâce aux dollars du pétrole et du gaz, dans la rénovation de l’énorme parc militaire soviétique, certes un peu vieilli maintenant, mais encore disponible et suffisamment dangereux pour effrayer n’importe quelle puissance de la planète.

Le problème d’un gouvernement dictatorial et nationaliste, c’est qu’il doit toujours avoir du grain à moudre pour alimenter sa propagande et tenir sa population, d’autant plus qu’il subsiste, même très affaiblie, une opposition en Russie. Poutine va s’appuyer sur les actes des pays occidentaux pour rebondir et trouver de nouveaux adversaires, et en jouant à la fois sur deux craintes fondamentales des Russes : la peur de l’encerclement et la peur du recul de la puissance.

En effet, qu’avons-nous fait pendant tout ce temps ? Nous avons d’abord intégré l’Europe de l’Est à l’UE. Bon, cela n’était pas trop grave, puisque ces pays n’étaient pas dans l’URSS, à l’exception des trois pays baltes, et ne sont pas tous slaves. Pourtant, il ne faut pas oublier que la Pologne faisait partie de la Russie au XIXe siècle… Ensuite, nous avons agi contre des alliés traditionnels de Moscou, comme la Serbie en validant l’indépendance du Kosovo, ou les anciennes républiques soviétiques en soutenant le renversement des régimes pro-russes (Ukraine, Géorgie, tentative en Belarus) et en promettant des adhésions à l’UE et à l’OTAN à plusieurs de ces pays, les rattachant ainsi à l’Ouest. Les Américains poursuivent leur projet de bouclier anti-missile qui vise officiellement les Rogue States, mais pourrait tout autant concerner la Russie. Ils installent aussi des bases militaires en Asie du Sud, occupent l’Afghanistan (juste au sud de l’ancienne zone d’influence soviétique…), influencent les Etats du Caucase pour contrôler les flux pétroliers sans passer par la Russie (oléoduc BTC).

En conséquence, les citoyens russes étaient inquiets et espéraient des actes qui rappelleraient le glorieux passé soviétique. Jusqu’ici, le gouvernement russe s’était contenté de paroles, mais cela ne pouvait suffire, car le peuple attendait. Une étape a été franchie avec la Géorgie, matérialisant une fuite en avant qui pouvait déjà se sentir dans le passé. Il est vrai que personne n’imaginait un tel passage à l’acte, moi compris dans mes cours de géographie. En agissant ainsi, les Russes nous adressent deux messages :

1. Il est hors de question que vous nous repoussiez dans nos frontières actuelles et que vous fassiez de nous des vassaux. Nous tenons à reprendre le contrôle de nos marges et à redevenir une grande puissance.

2. Si vous continuez à intriguer auprès de nos satellites, nous sommes maintenant prêts à utiliser la force s’il le faut pour nous imposer.

Ces deux messages sont le résultat de nos politiques passées et présentes. En y repensant, il est clair que les Etats-Unis et l’UE ont été légers dans leurs gestions des relations avec la Russie. Nous en payons aujourd’hui les conséquences.

Il y a maintenant plusieurs pistes possibles, mais aucune ne me satisfait réellement. Je crois que nous arrivons au bout d’un cycle et que les relations internationales vont se tendre. A côté, les islamistes nous apparaîtront comme un joyeux souvenir. Plusieurs pistes donc :

· Soit nous jouons du big stick, et nous disons maintenant aux Russes que nous sommes prêts à intervenir contre toute atteinte à l’intégrité territoriale d’un État souverain. Complètement enfermés, les Russes se lanceront alors à la recherche d’alliés (tiens, il semblerait que les Chinois et les Iraniens soient disponibles) et nous testeront. Il faudra alors être prêt à assumer les conséquences de nos paroles. Franchement, cher lecteur, cela ne me réjouit nullement, d’autant plus que le gouvernement russe actuel a montré sa capacité à user de la force si besoin.

· Soit nous usons plutôt du soft power, et nous définissons une zone d’influence maximale au Kremlin. Évidemment, cela nous décrédibilisera auprès des peuples à qui nous avons tout promis et que nous abandonnerons. D’un autre côté, cette solution est plus pacifique mais est aussi à risque, car rien ne dit que les Russes respecteront cet espace et ne prendront pas cette entente comme une faiblesse. Il faudra sans doute, à un moment ou à un autre, user de la piste n°1.

· Soit nous ne faisons rien et nous laissons tomber les États de la région, prêt à voir renaître une sorte de nouvelle URSS capitaliste (nouveau) et dictatoriale (pas nouveau). Nous serons complètement décrédibilisés, mais nous aurons peut-être la paix et éviteront la constitution d’un nouveau bloc eurasiatique.

Personnellement, je suis assez pour la deuxième piste, car j’ai toujours été éberlué de voir avec quelle légèreté nos gouvernements s’engageaient dans la région. Il faut que nous affirmions notre volonté, sans pour autant nous engager au-delà de notre capacité réelle. Il est vrai que je propose une sorte de nouveau containment. Je crains malheureusement que ce soit la seule solution viable…

Car ce que révèle cette situation est important : il n’existe pas de superpuissance capable de s’opposer à un grand État bien armé, du fait des moyens de destruction dont nous disposons tous maintenant, sans remettre en cause l’existence de notre espèce. Nous risquons rapidement de revenir à une situation de type guerre froide. J’espère que nous saurons la gérer sans prises de décisions inconsidérées.

Cher lecteur, aujourd'hui, je prédis la future communication politique de Xavier Darcos !

Cher lecteurs chéris, je vais d'abord... oui, bon, chéri, je sais, cela fait un peu trop proche, mais comme j'ai un peu abusé de la boisson ce soir, j'ai envie de te faire un peu partager ma bonne humeur, mais je m'égare... En effet, je veux te parler ce soir d'un sujet qui est la conséquence d'une incompétence administrative notoire et qui pourrait se transformer en un véritable argument politique positif pour le gouvernement.

Je vais te parler de l'Education nationale. En effet, depuis deux jours, nous, les privilégiés, avons repris le travail. Cela m'a permis de découvrir cette petite manipulation.

Durant l'été, Xavier Darcos avait annoncé une mesure nouvelle pour faciliter l'entrée des jeunes profs dans le métier. Il s'agissait de baisser le temps de travail de ces jeunes de deux heures par semaine pour un an, dans le but d'alléger le travail très dur et stressant de la première année et de remplacer cela par des heures de formation supplémentaires. Les jeunes profs s'attendaient donc à cette situation et arrivait dans les établissements lundi plutôt tranquillisés.

Mais ils ont vite déchanté. En effet, depuis 2002 et les suppressions massives de postes, l'Education nationale gère la pénurie de personnels. Aujourd'hui, on n'arrive plus à remplacer les congés maternités ou les longues maladies avec de vrais enseignants diplômés. On recrute des vacataires mal payés, sans expérience et incapables de faire très rapidement du travail correct. Or, les bahuts qui reçoivent beaucoup de jeunes profs (ce sont les plus durs) ont brusquement dû ôter à chacun de ces services deux heures. Cela semble facile comme cela vu de l'extérieur, mais en réalité, si un prof ne fait pas deux heures, il faut que quelqu'un d'autre le fasse, car les élèves doivent avoir cours. Or, on ne peut pas recruter un vacataire pour deux heures dans un bahut, on n'a plus de vrais remplaçants profs comme il en existait dans le passé et les autres profs, déjà tous pleins d'HS du fait de la politique gouvernementale, n'en veulent pas non plus.

Résultat : les jeunes profs se retrouvent avec deux heures supplémentaires plutôt que deux heures de service normal, soit le même temps de travail qu'avant, avec des heures de formation en plus. Leurs situations se sont donc dégradées. Je ne crois pas que le ministère l'ait fait exprès. Il n'a simplement pas pris en compte le résultat de sa politique par ailleurs.

Comment réagissent les néo-titulaires* ? Très majoritairement, ils acceptent ces heures, soit parce qu'ils débutent et ne veulent pas directement se faire repérer comme des agitateurs gauchistes, soit parce que les HS sont payées en plus et qu'ils ont besoin d'argent vu le niveau du salaire du début de carrière, soit parce qu'ils n'ont aucune idée du travail qu'ils vont fournir cette année et qu'ils pensent que cela ne sera pas grave, soit enfin parce qu'ils ont senti la pression de l'administration et des autres profs et qu'ils ne veulent pas directement se fâcher avec les collègues de leurs bahuts.

Bon, comme cela, c'est compliqué, mais venant de le vivre, je peux t'assurer que très peu de ces jeunes ont accepté les HS par un choix positif. Or, je suis persuadé que le gouvernement va dire le contraire.

Dans un mois ou deux, Darcos annoncera que les jeunes profs se sont rués sur les HS et que le "travailler plus pour gagner plus" fait effet, alors que ces jeunes se sont faits avoir pour la plupart et vont encore plus souffrir cette année. Nos concitoyens penseront que les profs sont en effet des fainéants puisqu'on a le temps de faire plein d'HS, et on mettra bientôt en avant l'idée d'une augmentation du temps de travail des professeurs en activité pour solder le problème de la pénurie.

Ainsi une incurie administrative se transforme en une bonne opération politique. Malin, Xavier Darcos !


* Un néo-titulaire est un prof du secondaire qui est dans sa première année d'activité professionnelle après l'année de stage. C'est du vocabulaire Education Nationale.