vendredi 7 novembre 2008

Si on écoutait les médias, Jospin devait être président et Delanoë premier secrétaire du PS !

Cher lecteur, je ne te ferai pas un résumé sur la situation du PS. D'abord, je n'y milite pas, et j'aurai donc du mal à saisir les tenants et les aboutissants. Je n'ai d'ailleurs pas vraiment suivi la campagne du principal parti de gauche. Si j'avais été dans le parti, j'aurai voté soit pour Benoît Hamon, soit pour Utopia, mais je n'y suis pas. J'ai quand même lu régulièrement les pages des principaux blogs rattachés au PS et qui vont participer au congrès de Reims. Pour te faire une idée de la situation actuelle, je te conseille le billet de Sauce du jour, qui va te montrer à quel point tout cela est complexe, et un peu pénible quand on est pas engagé dans la machine.

Or, hier, je me trouvais en salle des profs à corriger des copies qui me pesaient lourdement. Quelques collègues se trouvaient là. Aucun n'était membre du PS, mais tous s'intéressaient un peu à la politique. Nous avons engagé la conversation sur ce sujet et avons fait des paris sur ce scrutin interne. Nous avons conclu soit à une égalité entre les trois grandes motions, soit à une courte avance de la motion menée par Martine Aubry.

Ce matin, en allumant la radio, j'ai été vraiment surpris en découvrant le résultat. Certes, j'avais suivi les discussions intenses des Leftblogs, mais, là encore, difficile de se faire une idée à travers eux. Et nous ne sommes pas dans les sections du PS : nous ne savons pas ce qui s'y passe et s'y dit. Je dois admettre que j'ai toujours autant de mal à supporter Ségolène Royal (encore ce matin sur France Inter) et à saisir son positionnement idéologique, mais je suppose qu'elle a su convaincre les militants socialistes qu'elle pouvait apporter quelque chose d'intéressant au parti.

Or, cher lecteur, je ne peux qu'être inquiet de la déformation que provoque les médias sur nos esprits. Si on lisait la presse il y a trois jours, on ne pouvait qu'en déduire la victoire de Delanoë ou d'Aubry. Ségolène apparaissait à peine dans la presse, d'autant plus qu'elle s'était officiellement retirée de la course au poste de premier secrétaire. Je n'ai pas dans ma mémoire le nom d'un journal, d'une radio, d'une télévision, d'un site internet d'information qui a donné Ségolène gagnante ces dernières semaines.

En tout cas, je ne sais pas comment tous cela va tourner maintenant, vu qu'il est évident que les médias ne peuvent nous donner une vision crédible de la vie du PS. On peut au moins être sûr que, même avec beaucoup d'informations, il est toujours aussi difficile de percevoir réellement la réalité intime des individus. Encore et toujours, il faut rester méfiant devant les données qu'on nous soumet par le prisme déformant du 4ème pouvoir.

En tout cas, j'aimerai bien comprendre ce qui a pu pousser un tiers du PS à donner sa confiance à Ségolène Royal. A ce jour, les blogs ne me donnent pas de réponses satisfaisantes...

jeudi 6 novembre 2008

Pour rénover la gauche, dépasser l'argument individualiste est une nécessité...

Il y a deux jours, cher lecteur, j'ai produit sur le blog collectif un article sur la retraite à 70 ans. Depuis, j'ai pu lire de-ci de-là différents articles pro-réformes des retraites qui se félicitaient de cette libéralisation et de l'individualisation de l'âge de départ à la retraite. Les argumentaires s'appuient systématiquement sur deux types de raisonnement :
  • On a d'abord le pragmatique qui se pique de faire du calcul budgétaire et qui constate, chiffres tirés du budget à l'appui, que, décidément, cela ne passe pas. Il faut donc trouver tous les moyens pour stabiliser le régime en diminuant les dépenses ou en augmentant les recettes, mais sans jamais envisager une réforme du mode de prélèvement des cotisations et de son assiette.
  • Il y a ensuite le libéral qui veut permettre, souvent de bonne foi, à l'individu de retrouver sa liberté. Continuant à nier l'existence de rapports de force dans le travail et développant une vision du travail qui correspond à un type bien précis de salariés (ceux qui sont heureux au boulot, qui sont minoritaires à mon avis) et qui oublie les nombreux inactifs, il considère que chaque individu doit faire comme il le souhaite et fixer librement son régime de retraite, l'âge de son départ. Évidemment, l'employeur doit aussi être d'accord avec ce processus.
Ces deux visions ont apparemment du succès, mais j'ai de plus en plus le sentiment que c'est la seconde qui l'emporte, vu que Xavier Bertrand avait utilisé un argument équivalent pour le travail du dimanche.

Je dois t'admettre, cher lecteur, que j'ai été estomaqué lorsque Bertrand Delanoé a déclaré comprendre cette réforme, et je me suis dit que la droite avait vraiment gagné un combat idéologique fort sur les élites qui dirigent aujourd'hui les partis de gauche de gouvernement.

Les idéologues de droite nous ont eu par un tour de passe-passe assez simple finalement. Au XXe siècle, la gauche s'est imposée sur le libéralisme classique en construisant une théorie de l'opposition de groupes sociaux. Finalement, en disant aux riches qu'on ne les pendrait pas avec leurs tripes comme en URSS, on leur a fait accepter des systèmes permettant une redistribution des richesses un peu plus équitable. Mais, à partir des années 1960, les libéraux ont trouvé la parade en jouant à la fois sur le désir consumériste des individus et sur la croyance que le démantèlement des services publics permettrait à chacun d'assouvir cette pulsion plus aisément.

La gauche n'a toujours pas trouvé de réponse, mais pour moi, il y en a une très simple : il suffirait de démontrer que l'emploi du secteur privé et de la concurrence, dans de nombreux domaines, est bien plus coûteux et plus dangereux pour l'individu et sa sécurité de consommateur que le passage par des systèmes publics, étatisés ou non. C'est nettement visible dans le secteur des systèmes de solidarité de santé ou de retraite. C'est par une réponse cohérente à l'individualisme mis en avant actuellement par la bourgeoisie que nous aurons de véritables portes de sortie. Cela tombe bien : la crise environnementale actuelle devrait nous obliger à brider notre consommation et à la faire considérablement évoluer.

Et pourtant, cher lecteur, et pourtant, quand je m'intéresse aux motions entre lesquelles le PS devait trancher ce soir, je trouve qu'on est loin du compte. Comme je le disais dans les commentaires de ce billet, nous ne pouvons faire l'économie d'un travail idéologique qui nous permette de briser l'individualisme adverse et de montrer que le collectif, loin d'être source de tyrannie, peut au contraire bénéficier au plus grand nombre.

Chers lecteurs de gauche, au travail !

P.S. : je te signale que mon camarade Manuel commence une série de billets sur Israël, sans doute poussé par les élections qui approchent. Tu peux déjà savourer sa prose ici et .

P.S. 2 : je te signale aussi cet article d'Eric, de
Crise dans les médias, qui fait peur.

Le bon lien Google du jour...

Le 5 novembre, une personne est arrivée sur mon blog en tapant la requête Google suivante :

"Recherche location studio chez homme riche a barcelone"

C'est marrant, ce que le fait d'avoir privilégiés dans le titre du blog peut amener comme visites...

mercredi 5 novembre 2008

Obama et Sarkozy, même combat ?

A l'évidence, la victoire d'Obama a provoqué un engouement tel que, en tant que blogueur privilégié et politique, je ne peux rester en marge de ce mouvement général de joie et de fête. Pourtant, cher lecteur, comme beaucoup, je sais que tu ressens un certain agacement, un désintérêt, voire même un j'en-foutisme affirmé face à cette auto-satisfaction des médias.

Pourtant, pour essayer un peu de me distinguer, je vais parler de politique française. Eh oui, cher lecteur, comme d'habitude, notre joyeux président s'est agité le premier pour féliciter le tout nouveau président américain. Habile, et conscient que les médias français reproduiraient abondamment ses mots, Nicolas Sarkozy a choisi d'insister sur deux thématiques fortes : la jeunesse du nouveau chef d'État américain (Clinton était plus jeune lors de son accession à la présidence) et le mot de "rupture" qui caractérise Barack Obama.

Lorsque j'ai découvert le communiqué, j'ai d'abord eu un moment de franche rigolade : voir que Sarkozy ne recule devant rien pour faire de la récupération, dès qu'un événement est populaire, est ridicule et digne de lui. Je pouvais m'arrêter là, et il n'y avait pas matière à billet.

Pourtant, j'ai gardé comme souvenir un certain engouement autour de la victoire de Sarkozy, et il faut comparer avec ce qui se passe aujourd'hui. Ce matin, on a pu tous voir ces scènes de larme et de liesse dans tous les États-Unis. Pour expliquer ce succès, j'ai entendu une analyse sur France Inter que je n'ai pas trouvé complètement idiote. Certes, Obama ne promet rien de très nouveau, ou pas grand-chose, à part peut-être la fermeture de Guantanamo et le départ d'Irak. Au plan économique, il s'agit d'un programme keynésien très classique. Par contre, la victoire d'Obama s'inscrit dans un processus judéo-chrétien très clair : il permet une forme de sublimation du passé esclavagiste et ouvre la possibilité de réintégration dans la nation américaine de l'ensemble des communautés. Il exploite au maximum le rêve américain. Il est d'ailleurs intéressant que le tout nouveau président ait annoncé la fin de la discrimination positive raciale et son remplacement par un soutien massif aux pauvres. A l'évidence, cette action contre le racialisme classique aux États-Unis et la remise en avant de la différence riches-pauvres abolit le néoconservatisme des trente dernières années. D'ailleurs, certains piliers de la communauté noire se sont déjà prononcés contre cette voie, comme Jesse Jackson, parce qu'ils ont construit leurs carrières sur cette politique de l'Etat américain.

Il est d'ailleurs intéressant de constater qu'Obama a insisté hier soir sur le terme d'"unité" et sur le mot "-Unis" du nom du pays.

En usant du terme de rupture, Sarkozy essaie de dire qu'il est dans la même veine qu'Obama, et qu'il est dans la rupture avec une idéologie qui a échoué, mais laquelle ?, et qu'il représente aussi en France ce facteur d'unité.

Et pourtant, quand je me remémore la campagne électorale de Sarkozy, ce n'est pas à tout cela que je pense. Au contraire, je me rappelle que Sarkozy a joué toute sa campagne sur le rejet de nombreuses choses, et sur le refus de nombreux aspects de la société française. Loin de prôner l'unité, Sarkozy a mis en avant la confrontation. Il a stigmatisé la gauche en jetant Mai 68 aux ordures ; il a rejeté l'immigration en prononçant sa phrase "La France, tu l'aimes ou tu la quittes", tirée des discours lepénistes ; il a dressé le secteur privé contre le secteur public en mettant en avant la lourdeur et la pesanteur de la fonction publique, responsable de la dette et du déficit ; il a attaqué le gaullisme en rejetant la droite qui gouvernait dont il fait pourtant partie ; il a annoncé une présidence respectueuse du peuple et s'est immédiatement rendu, dès son élection, sur le yacht d'un milliardaire pour jouir de son pouvoir acquis ; il a voulu construire l'espoir d'une majorité sur le rejet de pans entiers de la population française. Alors qu'Obama se veut le rassembleur d'un peuple, Sarkozy a voulu briser l'unité nationale en annonçant une rupture forte dans notre pays.

Heureusement, cher lecteur, je crois que plus personne n'est dupe de Sarkozy, mais, excuse-moi pour ce pamphlet, les discours du président agressent mon intelligence, et cela m'énerve...

Demain, je retrouverai mon ton modéré pour parler d'autres sujets...

mardi 4 novembre 2008

Faut-il toujours tout préserver ? L'exemple de l'abbaye de Cluny.

Je dois te dire, cher lecteur, que je suis ce soir en pleine attente du résultat de l'élection américaine. Certes, la blogosphère a d'ores et déjà annoncé la victoire du candidat démocrate, malgré l'agacement de certains blogueurs. Heureusement, McCain a reçu le soutien inespéré de Ivan Rioufol, ce qui devrait à l'évidence faire pencher la balance...

En attendant le résultat de cette élection primordiale, je vais un peu me projeter en arrière dans le temps, et te parler de mes vacances, puisqu'en tant que privilégié, j'en ai pléthore...

Comme je te l'avais indiqué, cher lecteur, je me suis rendu pour la première fois dans l'une des deux régions d'origine de ma conjointe. Elle est originaire de Saône-et-Loire, et nous avons eu le temps de visiter quelques endroits intéressants, malgré les trombes d'eau qui nous sont tombées dessus.


Parmi ceux-ci, je voudrai te parler aujourd'hui de l'abbaye de Cluny. Je ne suis pas sûr que la plupart des Français ait connaissance de ce lieu. Aujourd'hui, Cluny est une petite ville de 4 800 habitants, située dans un triangle entre Montceau-les Mines, Chalon-sur-Saône et Lyon. La ville est certes assez jolie, et vaut le détour en elle-même, mais rien ne justifie l'important afflux de touristes à première vue. Pourtant, au loin, un clocher et une tourelle se dressent. C'est pour ce petit bâtiment que se déplace des milliers de touristes chaque année.

Cet ensemble est tout ce qui reste de l'abbaye de Cluny. Au milieu du Moyen-Âge, cette abbaye rayonne à travers l'ensemble de l'Europe par sa culture, l'ensemble de ses domaines et l'influence de ses théologiens. Les moines ordonnent la construction d'une église qui devient la plus grande de la chrétienté, jusqu'à la construction de Saint-Pierre de Rome. A partir du XIVe siècle, l'ordre décline complètement, mais l'église subsiste, et elle est même rénovée au XVIIIe siècle. Mais, en 1791, les moines sont chassés, et, à partir de 1798, l'ensemble est vendu comme bien national et commence à être démoli. Progressivement, l'ensemble de l'église est démantelé, jusqu'en 1823 où l'on se rend compte qu'il ne reste plus grand-chose.


Aujourd'hui, à part la partie sud du chœur, il ne reste absolument rien de l'édifice. La route traverse même l'ouest du transept. La visite de la structure que tu peux voir ici prend globalement 5 mn. Or, les touristes se passionnent toujours pour ce lieu, et viennent.

Les autorités ont donc dû réagir pour contenter le touriste français ou étranger qui rêve de dépenser ses euros dans cette petite partie de la Bourgogne. Alors, on a mis en place un musée dans l'ancien palais de l'abbé, on a réalisé un film en 3D pour reproduire la grandeur de l'église, et on fait visiter au touriste les constructions qui ont été faites avec les pierres de l'église.

Cet ensemble d'attractions me pose de vraies questions politiques, car les autorités sont derrière tout cela. Certes, les bénéfices du tourisme sont primordiaux pour une région comme la Bourgogne, peu habitée et où les entreprises ont du mal à rebondir. Cependant, elles insistent beaucoup, durant l'ensemble de la visite, sur un sentiment nostalgique très discutable. En effet, derrière la destruction du bâtiment se cache la Révolution française et tous les troubles de l'époque autour de la religion. A Cluny, on est triste que les révolutionnaires aient permis la démolition d'un édifice qui aurait, aujourd'hui, ramené beaucoup d'euros à la région. Je crains que la dimension religieuse du problème soit lointaine...

Pourtant, en tant que professeur d'histoire-géographie, je peux te dire, cher lecteur, qu'on n'était pas aussi accroché qu'aujourd'hui aux traces du passé avant le début du XIXe siècle. En 1789, une abbaye comme Cluny est surtout la trace du pouvoir de l'Église, et démolir l'église est une manière d'en finir avec lui. Dans de nombreuses églises de l'époque, on dégrade, on mutile les statues, on gratte les peintures. C'est un épisode historique important de notre histoire. La disparition de Cluny est un symbole de cette période.

Aujourd'hui, nous sommes attachés à un passé révolu, et nous visitons souvent les vieilles pierres et les monuments. C'est notre tendance de société. Les autorités de notre pays encouragent ces mouvements car elles en tirent des bénéfices. Maintenant, si cela entraîne la glorification d'un temps ancien et un noircissement de la Révolution, qui a déjà bien des casseroles à se traîner, la méthode est discutable. On aurait pu aussi s'intéresser aux causes de la destruction d'un si formidable bâtiment, mais rien de tout cela : la Révolution est lointaine et négative, un torrent qui détruit le beau sans rien construire de mieux...

Il serait quand même une bonne chose que notre société apprenne à faire le deuil de son passé. Allez voir Cluny, cher lecteur, c'est beau, et contempler ce bras de l'ancienne église permet de se rendre compte de ce que fut ce lieu. Mais ne tombez pas dans la nostalgie du temps ancien. L'histoire s'est déroulée, c'est ainsi, et il faut l'accepter. La route passe maintenant au milieu de l'église, beau symbole du temps et de l'évolution de l'histoire de notre pays.

P.S. : photographies réalisées par la conjointe de l'auteur, tous droits réservés.

lundi 3 novembre 2008

Et si on revenait sur l'affaire Jean-Marc Rouillan ?

Durant mon séjour à Lyon, j'ai eu l'occasion, dans un dîner, d'aborder la question de Jean-Marc Rouillan. Ce nom te dit peut-être quelque chose : au début du mois d'octobre, l'ancien militant d'Action Directe, mouvement d'extrême-gauche fondé en 1979 et qui visait à mener la révolution par la violence, a été réincarcéré après avoir abordé ses actes passés dans le journal L'Express. Je tiens à te rappeler, cher lecteur, que Rouillan purgeait une peine de prison à perpétuité, assortie de 18 ans de sûreté, pour l'assassinat de deux personnes : l'ingénieur général René Audran en 1985 et le PDG de Renault, Georges Besse, en 1986. Il était sorti de prison fin 2007 à l'issue de sa peine de sûreté. A l'époque de la polémique, de nombreux blogueurs se sont exprimés sur la question et sur l'entrée de Rouillan au sein du NPA et sur la position ambiguë de Besancenot. Je m'étais bien gardé de commenter cet événement, car je ne souhaitais pas me mêler d'un épisode polémique durant lequel je risquais moi-même de déraper.

Maintenant que le feu a un peu baissé, je voudrais revenir sur cette affaire, non pour m'exprimer sur elle directement, mais pour la généraliser un peu. Dans une démocratie, le crime politique pose de réels problèmes. Il concerne généralement deux champs politiques : l'extrême-droite et l'extrême-gauche, qui sont parfois opposées à notre démocratie et dont certains membres souhaitent la fin. En France, ces deux violences ont existé à plusieurs reprises durant le XXe siècle. L'extrême-droite a fait parler d'elle durant la guerre, bien sûr, mais aussi plus récemment avec l'Organisation Armée Secrète (OAS). N'oublie pas que cette organisation a assassiné à de nombreuses reprises et qu'elle a tenté de tuer le président de la République en 1962. L'extrême-gauche française n'a que peu suivi la voie de la violence tracée par ses consœurs italiennes et allemandes. Finalement, Action Directe, organisation groupusculaire, ne s'est lancée dans l'assassinat que très tardivement, en 1979, alors que les Brigades Rouges étaient largement en fin de course en Italie.

Il me semble nécessaire, dans une démocratie qui assure l'État de droit, de condamner tout mouvement politique qui tombe dans la violence. Certes, les principes démocratiques prévoient l'idée de résistance à l'oppression, mais elle est envisagée dans un cas bien précis. La Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen de 1793 résume cela très bien dans son article XXXV : "Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs." Dans tous les autres cas, la révolte est totalement prohibée et illégitime.

Régulièrement, des mouvements politiques franchissent cette limite. Il ne faut pas faire de concessions. Ces mouvements doivent être dissous et pourchassés, et leurs membres qui ont commis des crimes doivent être jugés, et condamnés si nécessaire. Si cela arrive, ces personnes doivent purger leurs peines comme tous les condamnés de droit commun, avec les mêmes conditions de traitement. Il serait en effet anormal que les autorités gardent ces personnes moins ou plus que les autres, et qu'elles les traitent plus ou moins durement. Le crime politique, dans une démocratie, n'a pas à avoir une section à part dans les codes de loi.

Or, en France, il y a quand même une constante que je tiens à souligner avec force : l'État ne traite pas de la même façon les militants criminels d'extrême-droite et ceux d'extrême-gauche. L'OAS a commis des activités très importantes : l'organisation a effectué plus de 12 000 plastiquages, a blessé 5 000 personnes et en a tué 1 800. Il s'agit donc d'une oeuvre de grande ampleur. Le pouvoir en a pourchassé les membres, et quelques-uns furent fusillés, dont Bastien Thiry en 1963, leader du groupe qui tenta d'abattre de Gaulle au Petit-Clamart. Pourtant, la plupart des anciens de cette organisation sont libérés dès 1968, malgré la douleur des familles, et reprennent une vie normale. Action Directe a mené des actions de braquages, de larcins et d'attentats. En tout, si je ne me trompe pas, l'organisation a tué 13 personnes. Pourtant, deux des membres sont encore en prison, alors que le nombre de victimes est bien moindre que celui des membres de l'OAS, et Nathalie Ménigon jouit d'un régime de semi-liberté. Seule Joëlle Aubron a été libérée en 2004 pour problèmes de santé, et elle est décédée depuis.

Certes, cher lecteur, on est loin de la guerre d'Algérie. De Gaulle voulait clore ce douloureux épisode de notre histoire. Cela imposait-il la libération des fachos de l'OAS ? En parallèle, la sévérité de la détention des membres d'Action Directe pose question. Je ne dis pas que je souhaite la libération de ces criminels. Je me demande juste pourquoi l'Etat traite ces gens de manière si différente. Si les crimes sont tous équivalents selon le droit, les membres d'Action Directe auraient dû être libérés au milieu des années 1990, ou les membres de l'OAS auraient dû rester bien plus longtemps en prison. J'admets que je reste toujours aussi estomaqué devant ces inégalités de traitement, et je me demande comment les familles des victimes de l'OAS vivent cette situation.

Par contre, cela n'excuse en rien les ambiguités du NPA. Besancenot n'aurait jamais dû soutenir mordicus Rouillan. Le NPA vise à proposer une alternative crédible au libéralisme. Si l'objectif est de réintroduire l'idée de lutte armée, on fait à l'évidence fausse route. Vraiment, ces prises de position hésitantes ne laissent pas de m'inquiéter. Si le NPA veut un jour accéder au pouvoir, il doit avant cela donner de réels gages de démocratie. Il n'a pas besoin d'aller rechercher les pires errements de l'ultra-gauche pour dire des choses intelligentes. Des penseurs travaillent là-dessus, sans envisager de lutte armée. Laissons cela à l'histoire...

Pour conclure, j'affirmerai deux idées fortes :
  • Que notre démocratie traite tous les criminels politiques de la même façon, et qu'elle montre la même sévérité pour les meurtriers de la même manière, qu'ils soient de droit commun, d'extrême-gauche ou d'extrême-droite. Je ne m'explique toujours pas, cher lecteur, pourquoi le meurtre d'extrême-droite vaut moins de prison que les autres.
  • Que les mouvements politiques démocratiques rejettent définitivement dans les marges les militants qui pensent encore que le meurtre et la violence sont les seuls moyens pour faire progresser leurs idées.

Les privilégiés dans le Top 100 Wikio des blogs politiques !

Ca y est, cher lecteur, toi qui me suis fidèlement : ton blog politique favori est entré dans le top 100 wikio des blogs politique, à la glorieuse 64e place !!! Quoi de plus normal pour un privilégié de figurer parmi les meilleurs. Certes, il faut accepter de se mélanger un peu au peuple de ceux qui n'ont que cinq semaines de congés payés, mais on s'y fait...


Merci à vous pour les lectures et les liens.



Et, ce qui est encore plus incroyable, vu la jeunesse du blog,
Avec nos gueules... effectue aussi son grand bon en avant en se positionnant à la 97e place. Oh, joie...

Statistiques du mois de novembre 2008.

Cher lecteur, je sais que je t'ai furieusement manqué durant ces quelques jours. Je suis cependant revenu de vacances avec de nombreuses idées de billets dont tu vas être inondé bientôt. En attendant, je vais te faire le traditionnel bilan de ce mois d'octobre.

J'ai reçu ce mois-ci 1922 visites et 929 visiteurs uniques absolus. Ces chiffres représentent une stabilisation par rapport à septembre 2008, après une très forte croissance depuis le mois de mai. J'ai pu découvrir tout à l'heure que mon nombre de visiteurs équivaut à un septième du nombre de visiteurs du blog politique de Nicolas, ce qui n'est finalement pas si mal. Très bizarrement, c'est mon billet sur la grève des profs du 7 octobre qui m'a amené le plus de visites. Les internautes adorent les privilégiés lorsqu'ils sont en grève apparemment.

Voici la liste des blogs et des sites de référencement qui m'ont amené plus de 10 visites durant ce mois :

L'Inositol : 115
Betapolitique : 93
Avec nos gueules... : 60
Bouche de là : 56
Expression libre : 56
Wikio : 47
Technorati : 38
Humeurs de vaches : 26
Criticus : 26
La pire racaille : 22
Racisme et histoire : le tabou : 18
Charlatan crépusculaire : 16
Penthièvre : 13

Je constate de plus en plus que les blogs libéraux sont très présents dans ce classement, et qu'ils sont même en train d'imaginer me faire entrer dans LHC ! J'en suis honoré, mais, chers amis, même si j'ai beaucoup apprécié la discussion avec vous à la République des Blogs et que je suis heureux que LOmiG envisage de lire Marx après avoir bouclé Hayeck, je n'en suis quand même pas encore là...