dimanche 4 octobre 2009

Deauville : visite d'une ville de riches.

Ce week-end, avec la Privilégiée et un couple d'amis, nous avions décidé d'aller voir la mer. Je ne sais pas pour toi, cher lecteur, mais personnellement, cela m'apaise et me repose, après des périodes de travail intense, même si la route peut être fatigante par ailleurs. Cette fois-ci, nous ne nous sommes pas compliqué la vie : nous avons filé vers la Normandie, tout simplement parce qu'on y trouve de jolis sites et que c'est le littoral le plus proche de la capitale.

Aujourd'hui, nous nous sommes retrouvés à Deauville. Je me souviens y être venu avec mes parents, dans mon jeune temps, mais je n'en avais aucune image précise, à part peut-être la grande plage de sable fin. Dès que nous avons garé la voiture, j'ai été frappé par la particularité du lieu. Deauville, ville bourgeoise (ça, je le savais de par mes études de géographie), est une cité balnéaire de démonstration et d'apparence. Tout, ici, sent l'argent, pointe l'argent, représente l'argent. Toutes les grandes marques du luxe y ont un magasin. Les constructions ne ressemblent à rien de ce que l'on peut voir dans les alentours normands. Les touristes comme les habitants exhibent leurs automobiles, leurs vêtements, leurs habitudes… Tout de suite, nous nous sommes sentis exclus, et d'ailleurs, nous n'avons même pas pu déjeuner sur place (une crêpe complète à 15 €, faut pas pousser quand même). Nous nous sommes rapidement rabattus sur Trouville, un peu plus accessible pour nos budgets de classe moyenne.

J'ai toujours été dérangé par les espaces réservés de manière ostensible à une catégorie de la population. Pourtant, tous les jours, je travaille dans une zone qui est habitée quasiment uniquement par des pauvres, très souvent issus de l'immigration pauvre. Cependant, je me raisonne à chaque fois que je m'y rends. Ici, les gens n'ont pas choisi de vivre, ils sont là parce que c'est une obligation imposée par le marché immobilier d'Île-de-France et par les choix des autres groupes sociaux. Par contre, les riches, que ce soit dans l'Ouest parisien ou dans des villes comme Deauville, choisissent, tout à fait délibérément, de s'exclure du reste de la population.

Je comprends totalement qu'on ait envie de fréquenter des gens qui nous ressemblent. Cependant, Deauville, avec ses agents de sécurité et sa police qui tourne sans arrêt (bien davantage qu'en Seine-Saint-Denis), me questionne. Pourquoi les riches, aujourd'hui, alors que plus personne, à l'exception de quelques gauchistes hirsutes, ne remet en cause leur richesse, s'évertuent-ils à se mettre de côté, dans notre belle société capitaliste (beaucoup) et démocratique (un peu une fois de temps en temps) ?

En tout cas, à Deauville, on ne semble pas beaucoup touché par la crise : le parc automobile, flambant neuf, le démontre assez.

Au départ, cher lecteur, je voulais te dire de ne surtout pas te détourner de ton chemin pour aller voir cette horreur sociale et architecturale (on se croirait à Disneyland…). Cependant, à la réflexion, je t'y incite fortement. Voilà encore un ghetto de riches qui est ouvert, et où tu peux te balader et respirer le monde de nos élites financières. De toute façon, tu ne pourras pas faire autre chose, sauf si tu apprécies de payer ton demi à 5 € et ton café au même tarif.

25 commentaires:

  1. Honfleur reste-t-elle abordable ?

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  2. @ Mtislav : je ne sais pas, on ne s'y est pas arrêté.

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  3. Je n'ai jamais aimé Deauville, à peu près pour les mêmes raisons que vous évoquez ici:

    "Tout, ici, sent l'argent, pointe l'argent, représente l'argent. ".

    Mais je me suis toujours dit: "Tout, sauf les vagues, les mouettes, le sable, le soleil. Et tant pis pour ceux qui trouvent que je ne suis pas assez bien habillée, c'est à dire pas comme une vielle souche de bonne famille ;-)".

    Par contre, après dix ans passés en Normandie rurale, je me suis fait une petite idée des côtes normandes. La Côte Fleurie, à laquelle appartient Deauville, comprends aussi bon nombre de petites villes charmantes et bien plus sympathiques: Villers-sur-Mer, Cabour, Honfleur. Ce n'est pas beaucoup plus loin de Paris que Deauville mais bien plus accessible aux simples mortels. On y retrouve bien sûr les villes balnéaires typiques, mais on ne se sent pas à tel point sur une autre planète qu'à Deauville ou encore à la Baule, en Bretagne.

    Ne vous découragez pas! Après tout, vous êtes privilégié et pas eux! ;-)

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  4. @ Anya : merci de vos encouragements. Nous ne sommes pas privilégiés de la même façon.

    Oui, je connais d'autres stations dans ce coin, mais là, j'ai été frappé par cet endroit, et tellement étonné que j'ai oublié les mouettes et la plage, dont nous avons profité ailleurs. Trop sensible, sans doute...

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  5. T'es un peu maso sur les bords, mon Mathieu...
    Si ut veux éviter ce qui t'a frappe et dérange tu ne pouvais pas faire de pire choix... Honfleur plus joli et abordable pour la prochaine.
    La Baule est moche mais bien moins bourgeoise que Deauville...

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  6. D'ailleurs, vous n'avez pas besoin d'aller loin: tout près de chez vous il y a mieux que Deauville, il y a Paris!

    Cet été nous avons passé 5 jours à Paris avec les enfants. Lors d'une promenade dans les quartiers voisins de la Tour Eiffel, nous nous sommes arrêtés, interloqués, devant une vitrine d'agence immobilière. Pour expliquer notre état songeur à notre fils, on lui a dit que pour le prix d'un appart dans ce quartier, on aurait pu rembourser la dette de notre maison à Châtellerault et vivre tranquilles une bonne quinzaine d'années , comme nous vivons maintenant, mais sans devoir travailler.

    Et pourtant, j'adore Paris!

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  7. @ Manuel : toi qui aime le tourisme, tu sais bien qu'il ne faut pas non plus fuir nos réalités. Et de temps en temps, une bonne cure, cela fait du bien.

    @ Anya : oui, Paris est pleine de ghettos de riches, mais c'est peut-être moins frappant, parce qu'à Deauville, c'est concentré sur une toute petite surface.

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  8. Il y a Equemauville aussi, très jolie petite ville ;-) Par contre, décidément, je ne comprends pas ce qui attire les gens à Honfleur exceptée cette petite place du port, il n'y a vraiment rien de formidable... J'attends les réponses pour pouvoir y retourner et en revenir enfin comblée !
    Ah, Mathi : normalement, la mer produit cet effet apaisant à la majorité des gens car c'est le plus grand anxiolytique naturel ! D'où le fait que les psys recommandent souvent à leurs patients sortant de dépression d'aller séjourner quelques jours par an sur le littoral...

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  9. On pourrait faire le même genre de billets sur les quartiers juifs (ou arméniens, ou chinois) de bien des grandes villes. Ca donnerait : "ici tout sent le juif, pointe le juif, représente le juif" etc...

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  10. @ Nathalie : mais je ne suis pas dépressif ! Honfleur, c'est joli quand même. En tout cas, cela vaut le passage.

    @ Paul : tiens, la possession d'argent est liée à la religion ? Tous les quartiers communautaires me posent problème, je l'admets, mais je fais une différence entre le communautarisme par obligation (on est tous pauvre, donc on va tous au même endroit parce qu'on ne peut pas faire autrement) et le communautarisme par choix, qui me gène profondément, je l'admets. De plus, tu cites l'exemple des juifs qui est, à mon sens, mal choisi. Les juifs vivent assez peu en quartiers en France, sauf dans quelques cas bien précis.

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  11. La possession d'argent n'est pas liée à la religion, mais on peut facilement établir que les membres de certaines confessions sont globalement plus riches que d'autres. C'est pareil dans beaucoup de pays (avec pas forcément les mêmes rapports).
    Je trouve intéressant ta démarche de dire "les riches vont habiter où ils veulent, observont où ils vont". Mais je ne crois pas que les "riches" ne se regroupent qu'entre riches. Je ne connais pas très bien Paris, mais à Marseille par exemple, les arméniens sont bien plus riches que les musulmans ; les premiers se regroupent entre eux, tandis que les seconds se voient regroupés sans avoir le choix. Regroupement culturel ou simplement basé sur l'argent ? Un peu des deux à mon avis(pour ceux qui ont le choix bien sûr).
    Les gens qui se ressemblent cherchent à vivre ensemble, ça me paraît naturel. Nombre d'entre nous cherchent à gagner plus d'argent justement pour avoir le choix de leur logement. Je ne voix pas très bien ce qu'il y a de choquant là-dedans...

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  12. @ Paul : aux Etats-Unis, je sais que des géographes ont montré que les riches se regroupaient par groupes raciaux (j'ai oublié le nom de l'auteur, les études commencent à être lointaines). En France, je ne crois pas que le phénomène soit de ce type. Les communautés vivent ensemble, mais par groupe social. Je le vois bien dans mon propre lycée dit difficile. On a de nombreux groupes, mais tout ce monde est pauvre ou de petites classes moyennes.

    Cependant, je ne connais pas assez la bourgeoisie pour savoir si en France, on se sépare entre riches. Si un riche passe par ici, qu'il n'hésite pas à me dire ce qu'il en pense.

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  13. Euh... ne donne pas l'exemple de ton lycée "dit difficile", tu as dit plus haut que les pauvres ne choisissaient pas leurs fréquentations de voisinage !
    Le problème en France par rapport aux US, c'est que les études statistiques sur des critères raciaux sont n'existent pas.

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  14. (parce que les races n'existent pas en France)

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  15. @ Paul : si, justement, car les pauvres pourraient se subdiviser dans leurs quartiers. Or, dans l'EN, ce n'est pas visible. Je n'ai pas que des Algériens ou que des Chinois, mais un grand mélange de communautés diverses. Il y a quand même des choix possibles entres les villes du 93.

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  16. J'ai bossé dans un collège ZEP à Marseille, il n'y avait quasiment que des comoriens et quelques gitans, alors que beaucoup d'autres cités du 13e sont à dominante maghrébine.
    Cela dit, je ne crois pas qu'il s'agisse d'une volonté de rassemblement, mais plutôt d'une coïncidence entre date de construction des HLM et vagues d'immigration.

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  17. @ Paul : oui, les dates de construction ont un impact, de même que les périodes de vague d'immigration, le niveau social des habitants... Et il y a sans doute d'autres facteurs : zone urbaine ou rural, transports en commun, bassin d'emploi...

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  18. Petite remarque: Je pense que les fils et filles de la bourgeoisie française éprouvent le même malaise en allant à Deauville que le trés sympatique privilégié de ce blog. La grande bourgeoisie havraise préfèrait prendre ses bains de mer sur les galets d'Etretat mon cher... (lire le roman de Benoît Duteurtre, "Les pieds dans l'eau": l'auteur et un petit-fils du bon président Coty).
    Il y a donc deux points de vocabulaire intéressants à résoudre dans ce billet: qu'est ce qu'être "riche" aujourd'hui en France? Qu'est-ce qu'être "bourgeois" aussi? Peut-on comparer le mode de vie du vacancier à Etretat avec l'étalage bling bling du Deauville d'aujourd'hui? Je crois que vous confondez le haut et le bas de la rue Legendre mon cher(les Parisiens comprendront).
    Résumons-nous: Tout est relatif en ce bas monde! Votre séjour ne vous aurait-il pas troublé la vue? Mais je comprends que le choc a été rude.
    Un collègue amusé

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  19. @ Anonyme : bonne question. Cependant, le fait qu'une petite minorité de riches étale ses moyens à Deauville suffit à signifier l'écart des revenus existant dans ce pays, non ? Le choc a en effet été rude.

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  20. Jérémy Thiry-Cesaire7 mai 2010 à 14:41

    Vous critiquer Deauville, alors que vous pouver déguster un merveilleux chocolat viennois pour 8euros avec patisseries offerte (au Normandy Barrière) Vous allez me dire que c'est chère mai je me fais 5 tasses de chocolat pour 8 euros soit moins de 2 euros la tasse, et cela est pareil au fouquet's à Paris, au George V, au Crillon au Ritz, Deauville est une ville d'apparence comme Trouville si vous chercher les bonnes adresses éloigné vous des grands axes ou de la plage sinon aller dans les grands palaces. Mais pour conclure si vous n'aimez pas luxe alors éviter Deauville, Honfleur, Cabourg, Paris 1,2,3,4,5,6,7,8,9,16, Cannes, Saint-Tropez, Vernon, Versailles, Enghien, Saint-Raphael, Biarritz, Bordeauc, La Baule, Royan, Annecy, Villefranche sur Mer, Saint-Jean Cap Ferrat, Antibes, Chamonix, Courchevel, Evian, Mégève, Méribel, Val d'Isère. Je vous conseil les vieilles villes émergeantes des années 30 comme Le Touquet, Vichy, Royat, Chatel-Guyon, Le Croisic.

    Jérémy Thiry-Cesaire

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  21. @ J. Thiry-Cesaire : je ne vois pas pourquoi il faut s'interdire d'aller visiter les lieux de vie de la bourgeoisie. La question n'est pas de savoir si j'aime le luxe, mais juste de voir le monde tel qu'il est.

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  22. Totalement d'accords avec toi, mais a 550%, j'y suis allé aujourd'hui... It's an other world "excusez nous...", heureusement qu'a la piscine olympique on ne distingue plus (ou presque plus) les catégories sociales.

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  23. D'accord avec vous J.Thiry-Césaire, je comprend votre réaction, je vous ai vu à la télé avec le Président au Panthéon, pour revenir à votre dire, j'ai peut-être pas les moyens de m'offrir une chambre avec vu sur la mer à Deauville, les Deauvillais sont essentiellement des Parisiens, vous êtes sans doute riche sans en être prétentieux, qui est à votre honneur, mais admettez que tout le monde n'entre pas dans les Palaces. Par contre j'avoue Deauville est moins snob que Cannes ou Monaco.

    Walter

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  24. Monsieur l'auteur, en guise de doléance, une nuance s'impose et met en exergue la trivialité de votre propos. A Deauville, la grâce et l'excellence s'étaient en toute quiétude retrouvées loin du voyeurisme que les congés payés y ont introduit. Las, des individus ont posé un regard trop conscient sur tout ce subterfuge. Voyez !

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  25. Cela fait un moment que le post a été publié, mais une lecture sur l'analyse des Pinçons Charlots permet de comprendre "la dynamique urbaine de Deauville". Aujourd'hui, on observe une cohabitation spatiale à Deauville sur un territoire qui était dédié à l'aristocratie.... Je suis entièrement d'accord qu'il est anormal qu'un groupe social qui cherche à maintenir ses avantages soit exclut du reste de la population... c'est un phénomène que l'on observe pas depuis aujourd'hui et on ne retrouvera pas de mixité sociale avec un tel gouvernement... c'est la société qui veut ça, on est bien d'accord que c'est un choix.

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Laissez-moi vos doléances, et je verrai.

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