lundi 8 février 2010

Comprend la Marseillaise, et tu l'aimeras.

Ce matin, par malheur, je suis tombé sur Eric Besson sur France Inter. Ce ministre me fascine : je m'étonne toujours qu'un homme soit capable d'avaler autant de couleuvres et de se tenir droit dans ses bottes. Dans quelques années, quand il aura disparu de la scène politique, j'aurai bien envie de l'interviewer.

En attendant, le sémillant ministre a lancé encore un nouveau boulet sur l'Éducation nationale, qui n'en avait pas besoin. Voilà que les résultats du débat sur l'identité nationale impacteront sur nos programmes et nos enseignements. Il ne manquait plus que ça. Déjà, Luc Chatel avait eu des velléités de nous faire participer, mais heureusement, les circulaires d'application ne sont jamais arrivées dans les établissements.

Ce matin, Éric Besson n'a rien dit, sauf qu'il a lâché que nous pourrions apprendre aux élèves le sens des paroles, pour qu'ils sachent que le sang impur n'est pas celui des étrangers mais des opposants à la Révolution. Pourtant, cette chanson fut chantée pour la première fois au moment de la déclaration de guerre de la France à l'Autriche, mais enfin, passons...

Étonnamment, je me suis senti concerné, car j'ai parfois mis en œuvre des séquences d'histoire sur ce sujet en seconde. Il s'agissait de s'appuyer sur les couplets pour comprendre l'inscription dans le contexte de la chanson, puis d'en montrer les évolutions durant la période révolutionnaire. De fait, nous abordons avec les élèves le sens des concepts et nous nous en servons comme d'une source historique comme une autre. Les programmes actuels prévoyaient d'ailleurs qu'on pouvait aussi traiter ce thème en première, en montrant comment ce chant très révolutionnaire était finalement devenu un symbole assez consensuel sous la IIIe République.

Or, dans cette démarche, il ne s'agit pas du tout de se plonger dans notre passé mais de faire comprendre les paroles aux gamins pour qu'ils aiment cette chanson, en en comprenant le sens. Quelle intrusion dans l'esprit de nos jeunes concitoyens, cher lecteur ! De quel droit pouvons-nous penser qu'un gamin aimera une chanson s'il comprend de quoi on parle ? Même si la Marseillaise est l'hymne national, n'importe quel citoyen a le droit d'y être indifférent, voire de la haïr totalement. L'Éducation nationale n'a pas à se vautrer dans ce genre de mission.

Éric Besson a déclaré ce matin que nos voisins étrangers étaient fascinés par ce débat et allait le mettre en œuvre. Je crois surtout que dans quelques années, on en rigolera, de toutes ces stupidités. Quoique... On en rigolera peut-être jaune...

9 commentaires:

  1. salut camarade ! je dois reconnaître que je ne suis pas fasciné par La Marseillaise.
    Dans le genre chanson française à succès je préfère de loin l'internationale dont les paroles sont autrement actuelles. Depuis la fin de l'urss elle est peut être libre de droit ?

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  2. D'une part, en effet, La Marseillaise n'est pas à l'origine un chant révolutionnaire, même si certains passages laissent observer une tendance révolutionnaire.

    D'autre part, tu as parfaitement raison de dire que l'identité nationale ne se résume pas à une soumission aux signes extérieurs de la Nation.

    Je vais même dire pire que cela. On peut être français, se sentir français et ne pas être républicain ou pro-laïque.

    C'est étrange, on ne cesse de vanter l'idéal démocratique tout en oubliant la règle première d'une démocratie : la pluralité des idées (y compris, celles qui vont profondément à l'encontre de ce qui semble nous définir).

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  3. Besson? Un super dossier sur lui dans l'émission Déshabillons-les avec Hélène Risser.

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  4. Mort de rire !

    Je suis plié de rire !

    Pour appuyer sa critique de l'inutilité du séminaire gouvernemental de lundi qui n'a fait resortir que de petites mesures, Jean-Michel Apathie a cité Georges Clemenceau: «Si vous voulez enterrer un problème, créez une commission».

    «Clemenceau a le droit de dire ce qu'il souhaite. C'est son analyse, pas la mienne», a réagi Nadine Morano, visiblement perturbée par cette référence historique.

    http://www.20minutes.fr/article/383360/Politique-Identite-nationale-Nadine-Morano-s-emporte-sur-RTL.php

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  5. @ Rimbus : personnellement, les deux me touchent, mais de là à expliquer pourquoi...

    @ Dorham : pour l'époque, la Marseillaise était très révolutionnaire, mais son sens a changé avec le temps.

    @ Anonyme2 : merci du conseil.

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  6. Quelque chose me dépasse dans votre logique. Détester sans connaître ni comprendre est certes une liberté, mais n'est-ce pas avant tout quelque chose de regrettable ?

    Je n'ai pas eu la chance de reçevoir l'enseignement ni des paroles ni du sens de celle-ci, chose que je ne peux que regretter. Toutefois je suis personnellement sensible à notre hymne, mais si certains veulent la détester (ce qui me heurte), je préfère que ce soit en en comprenant le contenu plutôt que par opposition primaire à ce et ceux qu'elle représente.

    Je pense que cette initiative - qu'elle soit électoraliste, tactique ou je ne sais quoi - reste intéressante.
    Le délabrement du patriotisme en France me désolé, cette disposition me paraît et légitime et utile.


    Victor

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  7. @ Victor W. : pour moi, cette compréhension ne peut se faire que dans un sens historique. Or, chaque prof, compétent dans sa discipline, doit pouvoir décider s'il faut le faire ou non, si cela s'inscrit dans sa séquence et dans l'esprit de la problématique de son cours.

    Si on impose la Marseillaise, ce n'est plus de l'histoire, mais de la politique. Et je ne suis pas prof de politique, mais d'histoire.

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  8. Et pour moi, n'enseigner ni le contenu ni le sens de la Marseillaise est une énormité. Je ne pense pas que cela doive être fait uniquement en cours d'histoire mais plutôt dans une matière de type éducation civique (car étant récemment sorti de lycée, je puis vous dire que depuis le collège, les créneaux horaires dédiés à cette matière n'ont été consacrés qu'à des cours d'histoire géographies plus ou moins cachés) histoire que - chose bête - ces heures aient une utilité.

    Toutefois, l'éclaircissement du sens des paroles notre hymne nécessitant auparavant l'apprentissage de certaines notions et une mise en contexte évidente, un professeur d'histoire est sans doute plus à même de procéder à cet explicitation de la Marseillaise.

    (Je persiste à dire que la Marseillaise est haïe par une part de la population sans que son sens ne soit compris, que cela est hautement offensant et enfin qu'il faut en finir avec cela.)

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  9. @ Victor W. : pour l'EC, ce n'est pas incohérent vu que les profs qui la font sont des profs d'HG. Ces heures sont toujours problématiques car c'est là que l'Etat fait de la propagande. Nous essayons donc de démocratiser le truc tout en respectant les programmes. Tâche délicate.

    Bon, sur le sens, je ne suis pas en désaccord avec vous, fondamentalement, mais je reste très rétif au fait qu'on m'impose mon document. En EC, il faudra vraiment cadrer le cours pour qu'il ne devienne pas une vague propagande mais un vrai cours, qui apprend quelque chose aux élèves.

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