dimanche 6 janvier 2013

Le plan B ? C'est maintenant qu'il faut le construire.

Il y a un véritable avantage à l'explosion de la gauche en plusieurs chapelles différentes : cela suscite des débats.

Il y a quelques jours, je me suis retrouvé dans un repas avec un ami de mes parents, assez proche idéologiquement de François Hollande et par ailleurs très satisfait de ses premiers mois à la tête du pays. Évidemment, il me connaissait de longue date et se doutait que je n'étais pas dans les mêmes dispositions. Comme beaucoup de socialistes, il a commencé à se plaindre de l'action de sape des autres partis de gauche, particulièrement du FdG. Heureusement, on a assez vite dépassé cette discussion pour se replonger dans l'histoire récente de la gauche française.

On est revenu sur le TCE et son référendum. Mon contradicteur (dont j'ai oublié la nature du vote en 2005) m'assena le célèbre "plan B", qui avait beaucoup occupé les commentateurs de l'époque. Son argument était simple : "on a voté non en 2005, mais rien n'a changé. Il est où, votre plan B ? Au final, l'Europe n'a pas changé du tout, et c'est même presque pire."

Le TCE était une très large synthèse de tous les traités européens précédents, dont celui de Maastricht déjà adopté par les Français par référendum. C'était un texte d'une lourdeur extrême, nécessitant de réelles compétences en droit européen pour en décrypter de larges parties. Sans le coup du président Chirac, ce texte aurait été validé par les parlements et on aurait continué comme avant sans aucun problème. Or, quatre pays ont décidé de consulter les peuples. A partir de là, la question changeait totalement de nature. La France, l'Espagne, le Luxembourg et les Pays-Bas demandaient de fait à leurs peuples de valider toute la construction européenne. Cela aurait permis de sortir l'UE de son petit cadre élitiste pour en faire une institution confirmée par les peuples. 

A l'époque, on nous a annoncé une catastrophe d'ampleur mondiale en cas de "non", qui n'est pas arrivée puisque tous les autres traités restaient en vigueur. Depuis, la construction par nos élites s'est poursuivie et se poursuit toujours, sans aucune inflexion réelle, à part qu'on est pas prêt de redemander leurs avis aux peuples. Nos élites ont pourtant poursuivi l'objectif de la constitutionnalisation. Avec le TSCG, voilà la règle d'or qui est entrée dans les lois fondamentales. Pourtant, malgré ce coup de jarnac, on peut relativiser.

Les ouiouistes utilisaient l'argument du plan B en suggérant que les nonistes de gauche n'avaient pas d'alternative. A posteriori, je ne suis pas vraiment sûr qu'ils en avaient vraiment une (ce qui est le cas aujourd'hui, si on prend la peine de lire le programme du FdG). Cependant, ce n'était pas la question posée. Dire "non", c'était refuser d'inscrire dans le marbre d'un texte dit constitutionnel une vision très idéologique de l'UE. Certes, de nombreux types de "non" se sont associés pour faire battre cette idéologie, mais le message était clair : la majorité des peuples français et néerlandais s'opposaient à cette Europe. Le "oui" des Espagnols et des Luxembourgeois ne pouvaient pas permettre l'adoption du traité (unanimité oblige...).

Tant qu'il n'existe pas de consultation référendaire touchant toute l'UE et imposant un résultat même si certains pays votent "non", aucun principe de celle-ci ne sera gravé dans le marbre. De fait, ce sont les gouvernements qui continueront à construire l'Europe. Il est donc possible qu'à un moment, on change de doctrine si les gouvernements changent.

Le "oui" de la France et des Pays-Bas aurait interdit cela. L'austérité et le libéralisme, la concurrence entre pays et le moins-disant social auraient été légitimés. On n'en est pas là.

Malheureusement, l'Europe reste encore trop peu présente dans les campagnes électorales de nos pays (contrairement à l'Europe du Sud). C'est pourtant une thématique primordiale à mettre en avant, avec des effets concrets sur la vie des gens : les Grecs, les Espagnols, les Portugais et les Italiens en savent quelque chose !

Doit-alors regretter notre "non" ? Certainement pas ! Ce "non" nous a laissé la liberté, un jour, de prendre l'UE en main, de réfléchir, de construire des projets alternatifs, de les défendre et de les présenter au moment des élections à des peuples. Au travail, donc !

lundi 31 décembre 2012

La seule personne vraiment de gauche, c'est moi !

Tiens, je vais sortir quelques instants de mon silence, suite à un billet-bilan de l'année de Captain Haka, qui évoquait la défaite de Nicolas Sarkozy.

Il revient sur l'annulation de la taxation à 75% des revenus au-delà d'un million d'euros, en employant à mon sens quelques idées assez étonnantes.

Tout d'abord, il rappelle que la droite utilise massivement le terme d'amateurisme à ce propos. Pourtant, lors de la dernière mandature, plusieurs mesures-phares de Sarkozy sont passées à la trappe de cette façon, comme par exemple la célèbre taxe carbone. Or, à l'époque, on avait accusé le président d'avoir joué un double-jeu et d'avoir préparé ce rejet pour mieux enterrer le projet, très contesté par de nombreux pans de son électorat traditionnel. J'ignore si c'est ce qu'il s'est passé ici, mais de toute façon, Hollande pourra toujours se présenter comme un socialiste assez radical mais dont les velléités ont été entravées par le conservatisme d'un conseil constitutionnel dominé par la droite, ce qui devrait lui permettre de se sortir du traquenard.

Notre capitaine préféré poursuit pourtant son argumentaire en revenant sur les bisbilles à gauche, et en disant que cette mesure, très contestée à droite, illustrait l'ancrage à gauche du pouvoir en place.

Restant un lecteur assidu de la blogosphère politique, je vois bien que ce débat occupe largement mes compères. Je le trouve sans intérêt et inutile, malgré le fait que mon parti préféré en soit largement à l'origine.

Savoir si l'on est de gauche ou pas est une question sempiternelle qui traverse toute la gauche. Personnellement, proche du Front de Gauche, je peux aisément qualifier mes camarades socialistes de droitier, mais je te rassure, cher lecteur, je trouverai toujours un trotskyste pour me qualifier de social-traître. Être vraiment de gauche qualifie à l'exercice du pouvoir dans notre camp, et c'est pour cela que tous les partis se plongent dans ce débat. Si le FdG, aujourd'hui, attaque sur l'identité du PS, c'est aussi parce que celui-ci n'a cessé de ranger notre programme à l'extrême-gauche. De notre côté, qualifier le président d'Hollandréou permet de se situer politiquement, même si le calembour, je le reconnais, peut-être lourd. Cela permet de dire que la politique d'Hollande donnera à long terme les mêmes résultats qu'en Europe du Sud, et ça, par ailleurs, je le crois totalement.

A droite, on se pose moins ce genre de questions. On est de droite, mais avec des sensibilités différentes. Et quand surgit un véritable débat d'orientation idéologique, comme ce fut le cas ces derniers mois à l'UMP, on s'échine à le cacher sous des conflits de personnes. En effet, les militants UMP avaient en fait à trancher entre un rapprochement avec le FN, ou pas. Ils ne l'ont d'ailleurs pas fait...

A gauche, une fois qu'on est sorti du débat "qui est de gauche", on peut simplement admettre qu'il existe des sensibilités très diverses, et que celle qui a gagné la présidentielle a pu le faire grâce à un personnage qui a joué à fond la personnification, un programme qui promettait un changement extrêmement limité (les Français ne voulaient pas d'une social-démocratie apparemment) mais surtout, un appareil politique derrière suffisamment important et structuré pour exercer le pouvoir, ce qui reste, il faut bien l'admettre, la faiblesse du FdG.

Après, pour voir qui est de gauche, on pourra faire le bilan à la fin. Pour moi, si la société est restée aussi inégalitaire qu'elle l'est maintenant, on pourra dire que la politique menée n'était pas de gauche. La lutte contre le chômage ou contre la dette ne suffit pas, car il y a bien des façons de lutter contre ces deux fléaux, et la droite en a à revendre.

Pour terminer avec le billet de mon glorieux collègue, l'UMP critiquera forcément le PS. De fait, qualifier la gauche d'incompétence est un crédo de la droite, persuadée qu'elle est que l'exercice du pouvoir lui est dû. Pas besoin du conseil constitutionnel pour que ce point soit sans cesse soulevé...

mardi 6 novembre 2012

Plutôt que d'élargir le droit de vote aux étrangers, simplifions l'accès à la nationalité française.

Je suis contre le droit de vote des étrangers. De tous les étrangers, y compris ceux venant d'un autre pays de l'Union Européenne et votant actuellement aux municipales : ce vote-là ne se justifie qu'aux élections européennes.

En effet, je ne comprends pas que l'on puisse laisser quelqu'un voter et participer aux décisions de la Cité sans que cette personne ne soit obligée d'assumer les décisions du souverain, à n'importe quel niveau institutionnel.

D'abord, je ne vois pas pourquoi les étrangers voteraient aux municipales, et pas aux autres élections. Le droit de vote ne peut être saucissonné de cette manière.

Ensuite, si l'on considère que les étrangers voteraient à toutes les élections, un non-citoyen n'aurait à priori pas d'obligation de défendre le territoire contre une agression extérieure par exemple, alors qu'il pourrait élire des gouvernants souhaitant aller faire la guerre à d'autres nations...

Pour contrer ce problème, il faudrait que la nationalité soit accessible assez facilement, selon des critères objectifs qui ne pourraient pas être questionnés par un fonctionnaire un peu trop tatillon voire soumis aux pressions racisantes d'un gouvernement quelconque.

Je te soumets une proposition de texte, qui figurait dans la deuxième constitution française, votée en juin 1793 mais jamais appliquée :


Article 4. - Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis ; - Tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année - Y vit de son travail - Ou acquiert une propriété - Ou épouse une Française - Ou adopte un enfant - Ou nourrit un vieillard ; - Tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l'humanité - Est admis à l'exercice des Droits de citoyen français. 
Article 5. - L'exercice des Droits de citoyen se perd - Par la naturalisation en pays étranger - Par l'acceptation de fonctions ou faveurs émanées d'un gouvernement non populaire ; - Par la condamnation à des peines infamantes ou afflictives, jusqu'à réhabilitation.
Il y aurait évidemment des choses à revoir là-dedans. Par exemple, dans l'article 4, il faudrait changer "une Française" par "un Français" et remplacer "Ou nourrit un vieillard" par "Ou assiste un vieillard". Dans l'article 5, je ne suis pas pour maintenir l'idée qu'on soit obligé de perdre sa nationalité d'origine pour être français. Par contre, je trouverais très positif qu'on puisse retirer sa nationalité à un Français acceptant des fonctions ou des honneurs d'une dictature : on se débarrasserait de nombreux parlementaires... Enfin, toujours dans l'article 5, il faudrait remplacer "Par la condamnation à des peines infamantes ou afflictives, jusqu'à réhabilitation"  par une formule du type "Par une condamnation inscrite au casier judiciaire du citoyen".
En clair, il est bien plus cohérent de permettre à des étrangers d'obtenir la nationalité que de voter sans être soumis aux obligations afférentes.
Quand à l'argument habituel sur les impôts, une personne habitant un pays utilise les services publics, les infrastructures et les équipements, au niveau municipal comme aux autres. Il est donc normal qu'elle paie des impôts.

lundi 5 novembre 2012

Rapport Gallois : 30 milliards d'impôts en plus, 20 milliards de baisse de revenus.

Le rapport Gallois proposerait de baisser de 30 milliards d'euros les cotisations sociales, dont 10 milliards sur la part salariale et 20 milliards sur la part patronale.

Il faut rappeler que les cotisations sociales constituent une part du salaire, dont le versement est différé à l'arrivée d'un évènement particulier : naissance, chômage, maladie, retraite...

On peut supposer que les employeurs continueront à verser les dix milliards salariées (sinon, cela se verrait trop) mais que les salaires n'augmenteront pas dans les vingt prochaines années à cause de cette hausse qui n'en est pas une. Par contre, il est certain que les 20 milliards vont aller voir ailleurs si j'y suis, soit vers l'investissement (ce serait bien, mais ce ne sera certainement pas la majorité), soit vers le capital (qui a déjà gagné 10 points de PIB en trente ans).

D'un autre côté, l'Etat va récupérer les 30 milliards sur la consommation et sur les revenus.

Pour les salariés et les indépendants qui ne touchent pas de revenus du capital (une majorité des Français), cela signifie donc que le salaire perçu va augmenter de 10 milliards mais que les prélèvements vont augmenter de 30 milliards, soit une baisse de revenus de 20 milliards.

Ils sont mignons, les employeurs, avec leur choc de compétitivité. C'est plutôt un choc rigoriste  et toujours pour les mêmes, cette affaire...

Et dans quatre ans, la droite accusera le PS d'avoir fait baisser les revenus des Français en voulant maintenir la gabegie des dépenses publiques (cela s'appelle, en français, la protection sociale) et ils reviendront au pouvoir, accompagné du FN, avec un programme de baisse drastique des dépenses publiques et des privatisations massives.

Espérons que le gouvernement saura gérer ce document correctement...

dimanche 4 novembre 2012

FN=FdG ? Une stratégie de la droite pour préparer les listes communes aux municipales avec le FN.

Il y a en ce moment un vrai problème de fond à gauche dans le débat politique.

Dans les médias, il est devenu classique de se jeter, entre mouvements de gauche, différents noms d'oiseaux (je ne pense pas à "pigeon" ici...) qui illustrent un conflit latent.

On peut être surpris : si le PS a eu besoin de nos voix pour être élu, tout va bien maintenant. Le FdG ne dispose pas des possibilités pour bloquer des lois, et même un vote contre du Sénat n'a que peu d'importance, car, faut-il le rappeler, l'Assemblée nationale a le dernier mot, et le PS y a la majorité seul.

Tout vient, si on essaie de comprendre ce qui a bien pu changer par rapport à l'époque de la gauche plurielle par exemple, de la volonté des partis composant le Front de Gauche de se penser et de se poser comme une alternative au PS, et non plus comme de simples satellites de celui-ci. C'est plus cela qu'une véritable menace venant de ce même FdG. En effet, même si le PS se cassait complètement la binette durant les cinq prochaines années, le contexte politique actuel laisse à penser que les bénéficiaires en seraient la droite et surtout l'extrême-droite.

Personnellement, j'espérais que la campagne du FdG aux dernières élections permettrait à mes idées de sortir du carcan habituel de la gauche radicale française. Cela n'a pas été possible cette fois-ci, et il est encore impossible de dire si la stratégie actuelle le permettra dans le futur.

Ce positionnement d'alternative à gauche change tout. Evidemment, le FdG se doit de mettre ses votes dans les institutions où il est présent en accord avec son programme car il perdrait toute crédibilité auprès de ses 11% d'électeurs. Impossible donc de voter pour un budget qui instaure une austérité combattue pendant toute la campagne, même si cela doit amener à des votes en commun avec l'UMP (surtout que le gouvernement ne chute pas et peut continuer à mener sa politique tranquillement). Ce positionnement impose aussi de se préparer à perdre la plupart des villes encore tenues par le PCF aux prochaines municipales, car les alliances avec le PS sont nombreuses et je ne vois pas bien comment on pourrait aboutir à des plateformes communes, à moins de réduire les propositions à des minima que les électeurs pourraient ne pas goûter.

Cette situation impose-t-elle une diabolisation mutuelle ? A mon sens, non, personne n'a besoin de ça ! Laissons le PS agir, exposons simplement nos désaccords à nos concitoyens, présentons nos idées, et au final, les électeurs trancheront.

Et puis, on peut constater dans la blogosphère de droite que de plus en plus, l'idée que le FdG est identique au FN fait son chemin. Cette idée se diffuse de plus en plus au PS et chez les blogueurs qui en sont proches, alors que ce parti cogère de nombreuses collectivités avec le PCF et sait très bien que celui-ci a depuis longtemps abandonné ses projets révolutionnaires pour un projet socialiste simplement plus radical que le sien. D'ailleurs, les électeurs le savent très bien aussi : dans les communes de Seine-Saint-Denis encore tenues par les communistes, point de kolkhozes ni de sovkhozes. Juste une gestion qui ressemble assez largement à une version plus rouge de ce que fait le PS ailleurs.

Il ne faut pas tomber dans le panneau. A droite, on se prépare tranquillement à l'alliance avec le FN. Aux municipales, l'UMP menacera le PS en disant : "si tu fais alliance avec le FdG, je peux m'allier avec le FN puisque c'est pareil." Et hop, voilà, dans tout le Sud-Est et l'Est de la France, de magnifiques listes communes qui écraseront la gauche, quelle que soit son orientation, au passage.

Cette menace devrait suffire à faire rapidement cesser les combats de coq et les querelles de chiffonniers. Que le PS mène sa politique sociale-libérale, vu que cela a été le choix des électeurs. Nous, construisons notre programme et soyons prêts !

Tiens, au passage, le FdG devrait réfléchir à ce qu'il peut proposer pour les municipales, parce que sinon, les électeurs ne verront aucun intérêt à ce vote-là. Le communisme municipal a fait le succès du PCF dans le passé. Un nouveau programme demande une certaine dose d'innovation et des propositions programmatiques nouvelles. Pour que les électeurs fassent une rupture, il faut qu'ils y voient un intérêt.

samedi 6 octobre 2012

Leçons des salmigondis des divers pigeons de la semaine.

L'affaire des Pigeons, ce mouvement de droite apparu sur internet cette semaine contre une réforme de la taxation des autoentrepreneurs, est révélatrice de plusieurs phénomènes.

Tout d'abord, des militants de droite savent utiliser Twitter, y compris en racontant n'importe quoi. Bon, on s'en fiche, tu vas me dire, cher lecteur, mais enfin, c'est bon à savoir...

Deuxièmement, le gouvernement s'est couché assez rapidement, même si ce n'est que partiellement, devant un mouvement qui s'est contenté d'envoyer des twits sans rien faire de plus.On se demande ce qu'il se serait passé si ces pigeons avaient décidé de manifester physiquement. Heureusement qu'à droite, on ne manifeste qu'une fois tous les vingt ans...

Ce qui amène à une leçon que tout femme ou homme de gauche doit méditer : on ne peut faire reculer ceux qui ont du pouvoir et construire un modèle social plus juste sans un important mouvement social qui accompagne fortement et massivement l'équipe au pouvoir, qu'elle soit sociale-démocrate ou plus radicale. Ce fut le cas en 1936, en 1945 ou encore en 1968 et 1981.

Et aujourd'hui, cher lecteur, tu vois un mouvement social d'ampleur ?

C'est la principale faiblesse de ce gouvernement socialiste : la population française a massivement intégré les solutions rigoristes et ne souhaite pas se battre pour une autre société, même une société plus régulatrice et plus redistributrice que pourrait éventuellement nous vendre le PS. Même si les Français ont renvoyé Sarkozy à ses chères études, ils restent majoritairement de droite économiquement et socialement.

Et c'est une bonne leçon pour nous, au Front de Gauche. Si Hollande n'a même pas le soutien populaire pour renvoyer les pigeons dans leurs volières, peut-on vraiment imaginer que Mélenchon aurait pu réaliser une véritable rupture avec le capitalisme ? J'ai beau en avoir une envie furieuse, j'en doute furieusement.

Alors, si demain, il faut descendre dans la rue pour donner du poids au gouvernement et faire des réformes, j'y serai prêt. Encore faut-il que quelqu'un nous y appelle...

Et à part le FdG dimanche dernier, que fichent les syndicats et le PS ? S'ils ont besoin d'aide, on est là. Hou hou, on est là. On veut bien la faire, la guerre à la finance. Eh, y a quelqu'un ?

samedi 29 septembre 2012

La carte, un révélateur des inégalités ?

J'ai souvent été frappé des difficultés que pouvaient rencontrer les élèves comme de nombreux adultes avec les cartes routières. Il est vrai que, dans l’Éducation nationale, on utilise très peu cet outil et l'on se sert plutôt de cartes issus de la recherche, mais, si les gamins semblent mieux gérer ces représentations-là, on se rend vite compte qu'il n'en est rien.

Lorsque j'ai commencé à enseigner en lycée, j'ai corrigé la première année un paquet de 74 copies de terminale scientifique. Il y avait, dans cette épreuve, un croquis de géographie sur la puissance américaine dans le monde, sujet à l'époque ultra-classique, que tous les gamins avaient forcément étudié durant leur année de terminale. Or, le concepteur avait eu la bonne idée de mettre un fond de carte qui était centré sur l'Amérique, avec l'Europe à l'Est et l'Asie à l'Ouest. Cela était d'ailleurs totalement cohérent, puisque les Américains travaillent l'espace de cette manière-là. Or, sur la cinquantaine de candidats qui avait choisi de se lancer sur cette épreuve (l'autre était un croquis compliqué sur la mondialisation...), j'en ai eu trois ou quatre qui ont replacé les États-Unis à l'Ouest de la carte, comme si le fond de carte était notre classique fond de carte européano-centré. Ainsi, voyait-on New York localisé à la place de Dalian, Washington aux environs de Pékin, et Los Angeles vers Lhassa. En soit, les flèches, les points et les zonages étaient souvent bons (appris par cœur), mais simplement en Asie.

Très vite, on peut découvrir que même la conception de l'espace local n'est pas du tout acquise. Chaque année, en seconde, je distribue à mes élèves des cartes IGN de leurs communes et je leur demande de repérer le chemin qu'ils parcourent pour se rendre au lycée. Déjà, sur une classe de trente, il y en a toujours six ou sept qui éprouvent de réelles difficultés à localiser leur domicile, puis le lycée, et enfin le chemin qui les relie. Et quand il s'agit de passer à la représentation graphique...

En réalité, on ne travaille que peu à l'école sur des cartes comme les cartes routières, parce que ce n'est pas dans les programmes. Je me suis alors longuement demandé comment j'étais, moi-même, devenu assez bon aux maniements de ces outils.

Évidemment, se replonger dans son enfance entraîne un tri entre la reconstruction inhérente aux souvenirs et la réalité. Déjà, il est évident que pour utiliser une carte, il faut savoir lire... Il faut aussi être capable de faire le lien entre l'espace dans lequel on vit tous les jours et sa représentation graphique. Il faut enfin avoir un réel niveau d'abstraction lorsqu'on aborde des espaces non-connus.

Mon seul souvenir finalement concret est le suivant : lorsque mes parents préparaient un voyage avec ma sœur et moi, ils prenaient le temps de construire à l'avance l'espace dans lequel nous allions voyager. J'ai ainsi un souvenir d'un périple que nous devions faire en Espagne lorsque j'avais onze ans. Mes parents nous avaient acheté un livre pour ados qui présentait le pays, nous en avaient beaucoup parlé, et avaient acheté une carte routière de la Péninsule Ibérique qu'ils avaient mis à notre disposition. Ainsi, nous pouvions, si nous le souhaitions, repérer les lieux. Cela avait plusieurs résultats très positifs, à mon sens. Tout d'abord, cela brisait l'angoisse qu'on pouvait ressentir à se rendre dans un espace nouveau dont on ne maîtrisait que peu de choses, dont la langue d'ailleurs. Ensuite, cela nous permettait de faire le lien entre ce que l'on voyait et ce que l'on avait appris par ailleurs avant le voyage. J'ai en plus le souvenir d'avoir exprimé, à cet âge, des désaccords avec certaines idées que j'avais pu lire dans le livre de mes parents. J'ai enfin l'assurance d'avoir ensuite développé un attachement particulier pour ce pays, ses films, sa gastronomie, sa littérature...

Cette manie de la localisation et de la représentation spatiale m'est ensuite restée. C'est sans doute une véritable névrose, d'ailleurs, qu'un psychanalyste pourrait facilement relier à un aspect mal résolu de ma relation avec mes parents. Je m'en suis rendu compte il y a quelques semaines, alors que je me trouvais en vacances dans les Hautes-Alpes. Nous étions, avec la Privilégiée, dans un restaurant où on me proposa, pour accompagner mon plat, un verre de Mondeuse. Ce fut un moment tout à fait appréciable d'ailleurs, et j'ai été surpris de découvrir un vin rouge pareil, très structuré et riche en saveur, dans une région à propos de laquelle ma culture viticole se limitait à l'Apremont, tout à fait intéressant par ailleurs. Ayant apprécié le pinard, j'ai immédiatement voulu savoir d'où pouvait bien venir ce breuvage, à quel espace géographique, à quel terroir il pouvait bien être relié. J'ai donc appris plein de trucs, là où nombre de mes concitoyens seraient simplement restés sur le souvenir d'un bon verre.

Tiens, un jour, il faudrait que je fasse un billet sur le lien entre le vin, son espace d'origine et les souvenirs du buveur. J'y reviendrai.

Cette manie s'étend à tout. Dès que je lis une actualité, par exemple, sur un lieu dont je n'ai jamais entendu parler, je file le chercher dans un atlas ou sur internet. Et maintenant que Google Earth nous offre en plus des photos de toute la planète, il y a vraiment de quoi l'explorer.

Ce lien privilégié avec la carte vient donc de ma famille indirectement, et est maintenant un trait de ma personnalité. Il est extrêmement pratique, puisque je n'ai finalement maintenant quasiment pas besoin de cartes. Si tu me dis, cher lecteur, d'aller de chez moi à une grande ville française, je sais immédiatement par où passer. J'aurais peut-être besoin d'une carte pour localiser plus précisément une destination très précise, voire d'un GPS pour une adresse (mais on peut aussi demander à un passant lorsqu'on arrive). Au final, la localisation ne me pose aucun problème.

Et c'est là que l'inégalité ressurgit d'autant plus entre enfants, mais aussi entre adultes. La plupart de nos concitoyens ne sont pas particulièrement à l'aise avec l'espace et ont besoin d'aide pour l'appréhender (il n'y a qu'à voir à quel point les GPS ont du succès), et une partie non-négligeable est handicapée et éprouve de réelles difficultés dès qu'il s'agit de se déplacer. Dans mon lycée dit difficile, la proportion est nettement plus forte qu'ailleurs parce que les gamins viennent de milieux très pauvres qui ont un accès très faible à une culture qui pourrait corriger les difficultés de départ.

Suis-je en train de te dire que l'école ne peut rien ?

Il y a cinq ans, alors que je m'attaquais, avec une seconde générale, à l'activité dont je te parlais plus haut, cher lecteur, un gamin se leva et me demanda où se situait la voie piétonne qui longe mon lycée sur son côté ouest par rapport à notre salle de classe. Négligemment, je lui indiquais la direction du doigt. Le gamin me déclara donc : "ah, donc, c'est à droite". Il se retourna alors vers ses camarades et s'arrêta brusquement, et me dit : "ah, mais non, Monsieur, en fait, c'est à gauche, je me suis trompé."

Devant ce cas, je me suis retrouvé au bord du gouffre qui pouvait séparer deux individus qui avaient connu des histoires très différentes. A son âge, seize ans, je n'avais déjà plus besoin de cartes pour faire la plupart de mes déplacements dans Paris, et lui n'était toujours pas décentré de son propre corps pour la localisation... Il aurait donc fallu que l'école le prenne complètement en charge et lui transmette tout ce que ses parents et ses proches avaient été incapables de donner. Pour cela, aurais-je dû l'emmener faire un voyage en Espagne en le préparant comme ma mère l'avait fait ? Aurais-je dû larguer mes 29 autres élèves, bien moins en difficulté pendant que je prenais en charge ce garçon ?

La réalité s'est imposée. J'ai essayé de lui expliquer que c'est pour cela qu'on utilisait les points cardinaux pour se repérer, en se détachant du corps. Il m'a tranquillement répondu qu'il n'arrivait jamais à situer les quatre directions. J'ai donc voulu aller lui expliquer comment on pouvait faire, j'ai pris une dizaine de minutes pour cela, mais il ne comprenait pas mon explication, sans que je sois capable de dire pourquoi, alors que plusieurs autres gamins levaient la main et m'appelaient à l'aide. J'abandonnais lorsque, lui disant que la position du soleil pouvait aider à situer les directions, il me répondit que c'était impossible parce que le soleil changeait tout le temps de place, et que la nuit, c'était mort !

Tout ce qu'il allait falloir reconstruire ! Devrait-on sortir ce gamin de classe et refaire tout ce qui n'avait pas été fait avant ? Si on devait prendre en charge à plein temps les 10% de gamins dans cette situation, il est sûr que cela serait très positif pour eux, mais les défenseurs de l'équilibre budgétaire s'y opposeraient vigoureusement. Je crains que l'on soit là à la limite de ce que l'école peut faire...

samedi 22 septembre 2012

Le 30 septembre, on manifeste contre le TSCG, mais sans grand espoir...

La très grande majorité des Français semble se désintéresser totalement des votes que les députés et les sénateurs émettront dans quelques jours sur les différents traités européens négociés par Nicolas Sarkozy avec ses homologues européens. Pourtant, le débat sur le TCE avait passionné les foules en 2005. La raison en est simple : il n'y aura pas de référendum. La France signant chaque année des dizaines de traités, il est finalement assez naturel que nos concitoyens s'en fichent totalement.

Les conséquences seront pourtant fondamentales. Ces traités organisent une austérité perpétuelle et condamnent de fait toute politique autre que libérale. Il est toujours surprenant de voir à quel point les politiques de notre époque s'échinent à border les capacités d'action du peuple souverain...

Bon, pour commencer à débattre, il faut avant tout lire le texte, et cela tombe bien, parce que contrairement au TCE, le texte, quoiqu'aride, est court. Tu peux le trouver ici.

Y a-t-il là-dedans des points positifs ? Le seul que j'ai pu trouver est l'apparition de la notion de "déficit structurel" que les économistes keynésiens réclament depuis de nombreuses années pour améliorer le pacte de stabilité et de croissance. Cependant, ce terme n'est pas défini et, lorsque l'on sait ce que pensent les libéraux des dépenses structurels, il est à craindre que cette petite victoire soit vite vidée de son contenu. Pour moi, par exemple, les dépenses d'éducation correspondent à de l'investissement (puisque l'on produit du capital humain qui font augmenter le PIB et notre qualité de vie...) mais je suis bien certain que beaucoup y voient du structurel qui devrait vite fait aller au secteur privé.

Pour le reste, à part de la limitation de notre souveraineté nationale, je ne vois rien de positif. Comment accepter que le budget de la nation soit visé par des institutions non-élues ?

Après, reste que les moyens de s'y opposer sont faibles. Hollande n'a même pas évoqué cette question le 9 septembre à la télévision, tout en annonçant toutes les conséquences de cette signature. Il avait promis une renégociation qui n'a pas eu lieu. Pour le reste, il s'est assis sur ses promesses. Je n'en attendais de toute façon pas moins du PS qui continue sans relâche à soutenir sa ligne social-libérale.

Peut-on espérer faire craquer le gouvernement ? Il y a un vrai débat mais j'admets que je suis très sceptique, et ce pour plusieurs raisons :
  • En 2005, les Français ont voté "non" et un nouveau traité reprenant les grands principes l'a rapidement remplacé, sans que les médias et les politiques s'en offusquent.
  • Plusieurs députés PS et EE-LV voteront contre, mais avec les votes de la droite, le texte passera sans problème.
  • Malgré toute l'affection que je porte à Mélenchon, la manifestation du 30 septembre, à moins qu'elle soit énorme, n'aura aucun impact. D'ailleurs, les dirigeants du FdG n'y croient pas ; ils espèrent juste marquer des points pour plus tard...
 Dans le futur, on pourrait parfaitement espérer qu'un gouvernement français déterminé, à la tête de la deuxième puissance économique du continent et de la bientôt première puissance démographique, puisse envoyer paître la Commission Européenne et mener la politique qu'il souhaite. Par contre, je plains d'avance les petits pays...

Cet état d'esprit défaitiste, je dois bien l'admettre, ne m'empêchera pas d'aller manifester dimanche prochain, tout en oubliant pas que la vraie bataille a été perdue auparavant, lors des élections en particulier. Au moins cette manifestation nous permettra-t-elle de nous retrouver et d'entretenir notre moral...