Affichage des articles dont le libellé est ça se réfléchit. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est ça se réfléchit. Afficher tous les articles

mercredi 18 juin 2014

La pénurie de moyens remet en cause le redoublement en 2nde.

On entend toujours, dans les milieux conservateurs et réactionnaires, une petite musique visant à dissocier la question des moyens dans l'éducation et la question du niveau des élèves.

La situation des lycées du 93, en ce moment, démontre que les deux notions peuvent être intimement liées.

Depuis 2002, l'Etat a régulièrement diminué les postes dans notre ministère. L'arrivée des socialistes a interrompu ce processus, mais la situation ne s'améliore pas pour autant. En effet, le département est en forte hausse démographique (environ 1 600 élève de plus par an dans le second degré). Les quelques moyens attribués ne permettent pas de faire face et le nombre d'élèves par classe augmente régulièrement.

Pour y pallier, l'administration tente de faire augmenter chaque année le nombre d'heures supplémentaires des enseignants. En 2007, cela marchait bien parce que la situation du pouvoir d'achat était telle que les collègues acceptaient de gagner un peu plus en travaillant plus. Cependant, le nombre augmentant, il devient de plus en plus difficile de les caser.

Pour faire augmenter artificiellement le nombre d'HS, l'administration ferme et/ou n'ouvre pas les classes nécessaires en janvier, laisse les mutations se faire puis ouvre les classes en juin. Les collègues ayant déjà bougé, on ne peut plus ouvrir de postes et tout se fait donc en HS.

Or, en ce mois de juin, le Rectorat vient d'être pris à son propre jeu. Il a découvert la semaine dernière qu'il y avait beaucoup trop d'élèves en 2nde. En effet, il a donné ordre aux principaux de collège de faire passer un maximum d'élèves  de 3ème vers la 2nde (pour éviter les réouvertures) mais n'a pas anticipé les redoublements de 2nde.

Résultat : plus d'une vingtaine de 2nde à rouvrir en catastrophe, soit beaucoup trop d'HS à absorber.

Quelle conséquence ? En ce moment, les proviseurs font passer en masse des élèves qui devaient normalement redoubler, et les commissions d'appel de demain feront de même.

Les opposants au redoublement seront sans doute très satisfaits de cela. Cependant, par manque de moyens, le système en vient à se contredire et à envoyer à l'abattoir des élèves en difficulté.

Chatel l'avait dit en 2007 : le redoublement coûte 7 milliards par an à la nation. Il semble qu'il ne soit pas nécessaire de le supprimer officiellement. La pénurie s'en charge toute seule...

Camarades réacs, attention, vos propres dogmes jouent contre vous.

vendredi 8 mars 2013

Loi d'orientation : l'école du socle au programme.

Vincent Peillon est un type malin : depuis plusieurs semaines, il occupe les médias en injectant sans arrêt des éléments nouveaux sur une question clivante, celle des rythmes scolaires. Et pendant ce temps, la loi d'orientation sur l'école avance et a commencé à être analysée et modifiée par les parlementaires. Et le moins que l'on puisse dire est que, contrairement à ce qui est dit un peu partout, cette loi va assez loin.

On risque d'entendre beaucoup parler dans les prochains jours du concept d'école du socle. C'est un très vieux débat, cher lecteur.

Pour le résumer de manière très caricaturale (on est sur un blog, pas sur un site de sciences de l'éducation), il s'agit, en réalité, d'une division organisationnelle du système scolaire. Je te résume les positions existantes :
  • actuellement, le système scolaire est divisé en trois morceaux bien distincts qui permettent de mettre en place des ruptures dans la vie de l'enfant. On trouve l'école primaire, le collège et le lycée. L'école primaire et le collège font partie de la scolarité obligatoire (à l'exception de l'école maternelle, même si l'ultra-majorité des gamins y vont). Cependant, les deux sont nettement séparés. Au primaire, les enfants sont face à un enseignant généraliste qui traite l'ensemble du programme (même si des intervenants extérieurs sont fréquents, en fonction des moyens des communes). A partir de la 6e, les enfants sont face à plusieurs enseignants qui, eux, sont spécialisés dans un petit nombre de disciplines. Cette rupture est très critiquée, les enfants ressentant apparemment une vraie souffrance à ne plus avoir un seul enseignant qui les cajole toute la journée. La réalité est que, après une ou deux semaines d'attentisme, la plupart des 6e se comporte comme s'ils étaient au collège depuis toujours. Par contre, il est vrai aussi que les gamins en grande difficulté au primaire ne s'en sortent pas mieux ensuite au collège ;
  • les tenants de l'école du socle considèrent qu'il faudrait réunir le primaire et le collège avec une transition progressive et non pas brutale, en s'appuyant sur le célèbre socle commun de compétences, de connaissances et de culture, vieille marotte des libéraux qu'une partie de la gauche a aussi entretenu. La vraie rupture se placerait alors à l'entrée en 2nde. Le socle est très populaire au PS, mais c'est pourtant la droite qui en a mis en place une première mouture, que Peillon n'a pour le moment pas modifiée. Je ne vais pas me lancer ici dans le débat sur ce conflit à mon sens stérile sur l'opposition entre compétences et connaissances que je laisse à mes collègues qui préfèrent s'entretuer plutôt qu'avancer.
Cette division actuelle date de 1989. A cette date, Jospin a tranché entre le collège et le primaire et a provoqué de profonds remous dans le monde syndical enseignant. En effet, jusque là, enseignaient au collège des certifiés, des agrégés, mais aussi des PEGC, professeurs pouvant enseigner plusieurs disciplines. Or, ces PEGC se syndiquaient au grand syndicat du primaire de l'époque, le SNI-PEGC, alors que les autres émargeaient au SNES, au SNEP (pour le sport) ou au SNETAA (pour le professionnel). Ces deux syndicats (SNES et SNI-PEGC) appartenaient à la FEN, mais étaient chacun tenus par deux tendances opposées, Unité, indépendance et démocratie (plutôt proche du PS) pour le SNI-PEGC et Unité et Action (proche du PCF) pour le SNES. UID espérait, en permettant aux professeurs du primaire d'aller au collège, donner une perspective professionnelle à ses adhérents et rééquilibrer un peu les rapports de force au sein de la FEN car UA y progressait. En faisant ce choix, Jospin a choisi UA, et de fait, la FEN a explosé en 1992. La tendance UID a gardé la FEN qu'elle a transformé en SE-UNSA, et les membres d'UA, avec les autres tendances de la FEN, ont fondé la FSU.

Tu vas me dire, cher lecteur, que cette incise sur le syndicalisme ne concerne pas le sujet. En réalité, il est en plein dedans, car il faut bien voir que cette organisation actuelle de l'école n'est pas forcément venue de "l'intérêt de l'élève" mais bien de toute une série de rapports de force. Je ne sais d'ailleurs pas pourquoi Jospin a privilégié les proches du PCF, mais si un ancien du PS de l'époque passe par là, je serais très intéressé par son commentaire.

La loi d'orientation revient sur ce choix historique. En effet, elle met en place des conseils école-collège et prévoit que les enseignants des deux bords pourront aller enseigner chez les autres. Le PS est resté très accroché à cette idée que le SE-UNSA continue à défendre mordicus. Cependant, après réflexion, je continue à ne pas bien comprendre ce que le fait de faire venir des profs du primaire au collège, et inversement, pourra bien changer.

Les difficultés scolaires, dans le système actuel, apparaissent tout au long du système. Souvent, les gamins qui sont largués dans le primaire continuent à l'être ensuite. Dans le cadre actuel, nous sommes tous en échec sur les 120 000 gamins qui sortent du système sans diplôme. Ces 10% d'une classe d'âge restent notre grosse difficulté.

A partir de là, la question de l'école du socle apparaît plus comme une réforme institutionnelle que comme une réforme dans l'intérêt des élèves. Un enseignant du primaire a l'avantage de bosser 27h par semaine par rapport à un prof du secondaire qui en fait 18 ou 15. D'autre part, envoyer des profs du secondaire de certaines disciplines (langues, musique, arts plastiques, sports) permettrait de faire sauter tous les intervenants qui font souvent ces missions aujourd'hui.

En clair, où est l'intérêt des élèves dans tout cela ? Si quelqu'un a une idée...

lundi 25 février 2013

Rythmes scolaires : les enseignants peuvent-ils encore communiquer en France ?

La situation de la réforme des rythmes scolaires dans le premier degré illustre les difficultés de plus en plus grandes dans lesquelles se trouvent les enseignants pour faire passer un quelconque message positif.

Lorsque Vincent Peillon a décidé de poursuivre la réforme des rythmes entamée par son prédécesseur, il était évident que le sujet serait très glissant. Il touche en effet de nombreuses personnes et de nombreux acteurs de notre société :
  • les parents qui doivent réadapter leurs emplois du temps,
  • les profs qui doivent changer leurs modes de vie, mais aussi tous les autres personnels travaillant dans les écoles,
  • les communes qui doivent éventuellement embaucher et/ou débaucher du personnel pour la semaine et pour les périodes de vacances,
  • les associations et clubs sportifs, les groupes d'activité artistique, les religieux qui font du cathé... : beaucoup d'entre eux voyaient les gamins les mercredis,
  • les entreprises du tourisme, si jamais on touche aux vacances et à leurs durées...
En clair, c'est très compliqué. Et sur ce sujet-là, personne, parmi les spécialistes auto-proclamés ou pas, n'est vraiment d'accord. Je l'avais déjà évoqué dans ce billet, et je ne vais pas y revenir.

De toute façon, le ministre, même s'il vient de se relancer sur la question des vacances, a finalement adopté une réforme a minima (redéployer une partie des heures de cours sur une matinée de plus, sans augmenter le temps effectif de cours ni toucher aux vacances). Il doit pour cela obliger les communes à embaucher des personnels. Certaines vont sûrement fermer les écoles plus tôt ou les ouvrir plus tard.

Globalement, pour résumer très schématiquement, les gamins vont avoir le même temps de cours (24 heures par semaine) contre 27 avant la réforme Chatel, mais avec une demi-journée de plus dans la semaine. Le temps dégagé sera occupé par les communes, qui feront ce qu'elles pourront.

Ayant pas mal de professeurs des écoles dans mon entourage, j'ai pu entendre des réactions très diverses. D'abord, avant les annonces, j'avais trouvé que les collègues n'étaient pas forcément mécontents de retravailler une demi-journée de plus, car les cours du samedi matin se passaient souvent très bien. La division apparaît plutôt sur la demi-journée à choisir : dans mes connaissances, un tiers sont pour le samedi et deux tiers pour le mercredi, mais c'est très schématique, parce que cela porte sur six personnes...

Par contre, l'arrivée des communes dans le temps scolaire obligatoire est très mal vécue, car cela va avoir des conséquences lourdes de deux façons différentes :
  1. d'abord, le principe est gênant, car, de fait, les enfants de tout le pays vont voir arriver tout et n'importe quoi, parfois de très bonnes choses, parfois n'importe quoi. Les collègues auraient souvent préféré revenir à 27 heures dans ce cas (le programme est très dur à tenir en 24h)...
  2. ...car les communes vont souvent mettre ces activités en place sur la pause de midi. En effet, elles avaient déjà des personnels pour surveiller les cantines sur ces moments-là. Elles ne seraient donc pas obligées d'embaucher. Par contre, les profs resteront toujours autant de temps (mais avec 2h15 libérées le midi au lieu de 1h30), ce qui fait qu'ils resteront autant de temps qu'aujourd'hui à l'école les quatre jours de la semaine, et il faudra y ajouter les trois heures de la demi-journée supplémentaire.
Personnellement, je pense que ce type de réforme aurait pu passer si les collègues pensaient que les gamins y gagneraient des choses. C'est l'avantage de la grande majorité des fonctionnaires : n'ayant pas le profit comme appât, nous sommes heureux quand le service est bien rendu. On pourrait donc faire passer une réforme allongeant le temps de travail, même si c'était difficilement, avec l'idée derrière d'un travail mieux fait.

Avec cette réforme, les profs des écoles pensent que les conditions d'enseignement ne changeront pas, que la qualité de l'enseignement ne sera modifiée qu'à la marge (programmes identiques, temps identiques, personnels identiques...), qu'ils resteront plus longtemps à l'école (autant les quatre jours + trois heures le mercredi) et que les gamins, pendant ce temps, feront un peu tout et n'importe quoi avec les personnels des communes.

Ce qui ressort de cette réforme, c'est que le gouvernement pense résolument, sans que je comprenne bien pourquoi, que les collectivités territoriales sont les solutions à tous les problèmes du système éducatif. J'en reparlerai.

Reste que les grèves sont arrivées, et qu'elles ont été très bien suivies, bien plus que sous Sarkozy. Les syndicats ont diffusé deux types de messages : soit il ne faut rien changer (FO, SUD, CGT), soit qu'il faut faire la réforme mais en mieux (SNUIpp-FSU, certaines sections du SE-UNSA). Globalement, ce dernier message n'est pas passé dans les médias.

Ceux-ci, imbus de leurs idées anti-profs nantis, ont répercuté une seule idée : les profs se fichent des gamins et ne veulent simplement pas bosser plus. Et bien sûr, plutôt que d'aller interviewer des personnes qui réfléchissent à tout cela et qui ont des pensées nuancées, on va pêcher n'importe quel guignol dans une manifestation, on coupe l'interview pour qu'on entende simplement "touchez pas à mon mercredi !", et pendant que le pays s'effondre dans le marasme, on construit la vision d'un monde éducatif arc-bouté sur le temps de travail, sans aucune réflexion derrière et qui se moque de la situation des autres citoyens de ce pays.

Les médias ont été pitoyables, et les politiques pourtant de gauche au pouvoir aussi, avec des gens qui ont pourtant voté François Hollande à 75% au premier tour.

Globalement, ce qui ressort tout de même, c'est que les syndicats des profs du premier degré, pourtant mieux vu en général que ceux du second, n'arrivent pas à faire passer un quelconque message à travers le plafond de verre des médias.

Un dernier point : le SNUIpp-FSU, syndicat majoritaire, ne voulait pas faire grève sur ce sujet, justement à cause du piège médiatique potentiel et des risques pour l'image des collègues. Cela démontre bien les difficultés pour les syndicats, même pour les plus gros, de communiquer. Or, il y a été forcé par sa base. Des copains du SNU m'ont raconté que les AG avec les personnels avaient été très tendues, et qu'ils auraient eu de gros problèmes s'ils n'avaient pas choisi d'appeler.

En ce moment, on peut vraiment dire que l'on se mord la queue...

samedi 29 septembre 2012

La carte, un révélateur des inégalités ?

J'ai souvent été frappé des difficultés que pouvaient rencontrer les élèves comme de nombreux adultes avec les cartes routières. Il est vrai que, dans l’Éducation nationale, on utilise très peu cet outil et l'on se sert plutôt de cartes issus de la recherche, mais, si les gamins semblent mieux gérer ces représentations-là, on se rend vite compte qu'il n'en est rien.

Lorsque j'ai commencé à enseigner en lycée, j'ai corrigé la première année un paquet de 74 copies de terminale scientifique. Il y avait, dans cette épreuve, un croquis de géographie sur la puissance américaine dans le monde, sujet à l'époque ultra-classique, que tous les gamins avaient forcément étudié durant leur année de terminale. Or, le concepteur avait eu la bonne idée de mettre un fond de carte qui était centré sur l'Amérique, avec l'Europe à l'Est et l'Asie à l'Ouest. Cela était d'ailleurs totalement cohérent, puisque les Américains travaillent l'espace de cette manière-là. Or, sur la cinquantaine de candidats qui avait choisi de se lancer sur cette épreuve (l'autre était un croquis compliqué sur la mondialisation...), j'en ai eu trois ou quatre qui ont replacé les États-Unis à l'Ouest de la carte, comme si le fond de carte était notre classique fond de carte européano-centré. Ainsi, voyait-on New York localisé à la place de Dalian, Washington aux environs de Pékin, et Los Angeles vers Lhassa. En soit, les flèches, les points et les zonages étaient souvent bons (appris par cœur), mais simplement en Asie.

Très vite, on peut découvrir que même la conception de l'espace local n'est pas du tout acquise. Chaque année, en seconde, je distribue à mes élèves des cartes IGN de leurs communes et je leur demande de repérer le chemin qu'ils parcourent pour se rendre au lycée. Déjà, sur une classe de trente, il y en a toujours six ou sept qui éprouvent de réelles difficultés à localiser leur domicile, puis le lycée, et enfin le chemin qui les relie. Et quand il s'agit de passer à la représentation graphique...

En réalité, on ne travaille que peu à l'école sur des cartes comme les cartes routières, parce que ce n'est pas dans les programmes. Je me suis alors longuement demandé comment j'étais, moi-même, devenu assez bon aux maniements de ces outils.

Évidemment, se replonger dans son enfance entraîne un tri entre la reconstruction inhérente aux souvenirs et la réalité. Déjà, il est évident que pour utiliser une carte, il faut savoir lire... Il faut aussi être capable de faire le lien entre l'espace dans lequel on vit tous les jours et sa représentation graphique. Il faut enfin avoir un réel niveau d'abstraction lorsqu'on aborde des espaces non-connus.

Mon seul souvenir finalement concret est le suivant : lorsque mes parents préparaient un voyage avec ma sœur et moi, ils prenaient le temps de construire à l'avance l'espace dans lequel nous allions voyager. J'ai ainsi un souvenir d'un périple que nous devions faire en Espagne lorsque j'avais onze ans. Mes parents nous avaient acheté un livre pour ados qui présentait le pays, nous en avaient beaucoup parlé, et avaient acheté une carte routière de la Péninsule Ibérique qu'ils avaient mis à notre disposition. Ainsi, nous pouvions, si nous le souhaitions, repérer les lieux. Cela avait plusieurs résultats très positifs, à mon sens. Tout d'abord, cela brisait l'angoisse qu'on pouvait ressentir à se rendre dans un espace nouveau dont on ne maîtrisait que peu de choses, dont la langue d'ailleurs. Ensuite, cela nous permettait de faire le lien entre ce que l'on voyait et ce que l'on avait appris par ailleurs avant le voyage. J'ai en plus le souvenir d'avoir exprimé, à cet âge, des désaccords avec certaines idées que j'avais pu lire dans le livre de mes parents. J'ai enfin l'assurance d'avoir ensuite développé un attachement particulier pour ce pays, ses films, sa gastronomie, sa littérature...

Cette manie de la localisation et de la représentation spatiale m'est ensuite restée. C'est sans doute une véritable névrose, d'ailleurs, qu'un psychanalyste pourrait facilement relier à un aspect mal résolu de ma relation avec mes parents. Je m'en suis rendu compte il y a quelques semaines, alors que je me trouvais en vacances dans les Hautes-Alpes. Nous étions, avec la Privilégiée, dans un restaurant où on me proposa, pour accompagner mon plat, un verre de Mondeuse. Ce fut un moment tout à fait appréciable d'ailleurs, et j'ai été surpris de découvrir un vin rouge pareil, très structuré et riche en saveur, dans une région à propos de laquelle ma culture viticole se limitait à l'Apremont, tout à fait intéressant par ailleurs. Ayant apprécié le pinard, j'ai immédiatement voulu savoir d'où pouvait bien venir ce breuvage, à quel espace géographique, à quel terroir il pouvait bien être relié. J'ai donc appris plein de trucs, là où nombre de mes concitoyens seraient simplement restés sur le souvenir d'un bon verre.

Tiens, un jour, il faudrait que je fasse un billet sur le lien entre le vin, son espace d'origine et les souvenirs du buveur. J'y reviendrai.

Cette manie s'étend à tout. Dès que je lis une actualité, par exemple, sur un lieu dont je n'ai jamais entendu parler, je file le chercher dans un atlas ou sur internet. Et maintenant que Google Earth nous offre en plus des photos de toute la planète, il y a vraiment de quoi l'explorer.

Ce lien privilégié avec la carte vient donc de ma famille indirectement, et est maintenant un trait de ma personnalité. Il est extrêmement pratique, puisque je n'ai finalement maintenant quasiment pas besoin de cartes. Si tu me dis, cher lecteur, d'aller de chez moi à une grande ville française, je sais immédiatement par où passer. J'aurais peut-être besoin d'une carte pour localiser plus précisément une destination très précise, voire d'un GPS pour une adresse (mais on peut aussi demander à un passant lorsqu'on arrive). Au final, la localisation ne me pose aucun problème.

Et c'est là que l'inégalité ressurgit d'autant plus entre enfants, mais aussi entre adultes. La plupart de nos concitoyens ne sont pas particulièrement à l'aise avec l'espace et ont besoin d'aide pour l'appréhender (il n'y a qu'à voir à quel point les GPS ont du succès), et une partie non-négligeable est handicapée et éprouve de réelles difficultés dès qu'il s'agit de se déplacer. Dans mon lycée dit difficile, la proportion est nettement plus forte qu'ailleurs parce que les gamins viennent de milieux très pauvres qui ont un accès très faible à une culture qui pourrait corriger les difficultés de départ.

Suis-je en train de te dire que l'école ne peut rien ?

Il y a cinq ans, alors que je m'attaquais, avec une seconde générale, à l'activité dont je te parlais plus haut, cher lecteur, un gamin se leva et me demanda où se situait la voie piétonne qui longe mon lycée sur son côté ouest par rapport à notre salle de classe. Négligemment, je lui indiquais la direction du doigt. Le gamin me déclara donc : "ah, donc, c'est à droite". Il se retourna alors vers ses camarades et s'arrêta brusquement, et me dit : "ah, mais non, Monsieur, en fait, c'est à gauche, je me suis trompé."

Devant ce cas, je me suis retrouvé au bord du gouffre qui pouvait séparer deux individus qui avaient connu des histoires très différentes. A son âge, seize ans, je n'avais déjà plus besoin de cartes pour faire la plupart de mes déplacements dans Paris, et lui n'était toujours pas décentré de son propre corps pour la localisation... Il aurait donc fallu que l'école le prenne complètement en charge et lui transmette tout ce que ses parents et ses proches avaient été incapables de donner. Pour cela, aurais-je dû l'emmener faire un voyage en Espagne en le préparant comme ma mère l'avait fait ? Aurais-je dû larguer mes 29 autres élèves, bien moins en difficulté pendant que je prenais en charge ce garçon ?

La réalité s'est imposée. J'ai essayé de lui expliquer que c'est pour cela qu'on utilisait les points cardinaux pour se repérer, en se détachant du corps. Il m'a tranquillement répondu qu'il n'arrivait jamais à situer les quatre directions. J'ai donc voulu aller lui expliquer comment on pouvait faire, j'ai pris une dizaine de minutes pour cela, mais il ne comprenait pas mon explication, sans que je sois capable de dire pourquoi, alors que plusieurs autres gamins levaient la main et m'appelaient à l'aide. J'abandonnais lorsque, lui disant que la position du soleil pouvait aider à situer les directions, il me répondit que c'était impossible parce que le soleil changeait tout le temps de place, et que la nuit, c'était mort !

Tout ce qu'il allait falloir reconstruire ! Devrait-on sortir ce gamin de classe et refaire tout ce qui n'avait pas été fait avant ? Si on devait prendre en charge à plein temps les 10% de gamins dans cette situation, il est sûr que cela serait très positif pour eux, mais les défenseurs de l'équilibre budgétaire s'y opposeraient vigoureusement. Je crains que l'on soit là à la limite de ce que l'école peut faire...

samedi 25 août 2012

Les rythmes scolaires émergent seuls de la concertation sur l'école.

Depuis la fin du mois de juin, le ministre de L’Éducation nationale, Vincent Peillon, a entamé une concertation sur de nombreux thèmes concernant le système éducatif. Elle réunit de nombreux acteurs du système mais aussi d'autres contributeurs. Elle s'est interrompu mi-juillet et a repris mi-août. Elle devrait aboutir normalement à une loi d'orientation à la fin de l'année.

En entend-on parler ? Assez peu, je dois dire. Quelques recherches dans la presse en ligne montrent que c'est la question des rythmes scolaires qui passionne le plus les journalistes. Sans doute pensent-ils que, la majorité des Français ayant des enfants, ceux-ci sont intéressés par les rythmes de leurs futures vacances... D'autre part, c'est un sujet que tout le monde pense maîtriser. Enfin, c'est une bonne entrée pour taper sur les enseignants, ces éternelles feignasses.

Quand on s'intéresse un peu à la littérature, on trouve pourtant tout et n'importe quoi. Actuellement, les élèves sont en classe 36 semaines sur 52. Ils ont donc seize semaines de vacances réparties pour moitié sur les mois de juillet et d'août et pour moitié sur les quatre période de "petites vacances". La France se caractérise par un temps de vacances plus long que les autres pays développés, mais aussi des semaines nettement plus chargées en moyenne. De plus, il est intéressant de noter que la quantité de ce qui est enseigné n'a cessé de diminuer. En seconde générale, par exemple, nous sommes maintenant à 28h hebdomadaire par élève, alors qu'on était à 35-36h au début des années 1990. En primaire, on est passé en 2008 de 27h à 24h.

Et c'est là que la gabegie commence. Les spécialistes de chronobiologie semblent s'accorder sur le fait que l'idéal serait un temps de sept semaines de cours suivi de deux semaines de vacances. On relit cette idée dans de nombreux articles. Après, se pose la question de la journée de cours. Là, il semble aussi qu'un accord se dessine pour l'alléger, mais avec des problématiques nouvelles. En effet, l'allègement de la journée implique de modifier l'ensemble des rythmes :
  • soit en diminuant les vacances pour que les élèves continuent à travailler autant (mais là, les lobbies touristiques râlent),
  • soit en diminuant la quantité de ce qui est enseigné (mais là, les déclinistes râlent),
  • soit en augmentant le nombre de personnels pour que les élèves puissent faire la même chose en un temps plus court (mais là, les malades de la dette publique râlent).
En clair, ce n'est pas facile, d'autant plus que toute décision aura des conséquences lourdes. Si l'on diminue la durée journalière de cours, les familles vont voir leurs vies bouleversées : il faudra bien que quelqu'un vienne chercher les gosses plus tôt au primaire ! Le ministre a déjà dit que l'on pourrait créer des activités périscolaires gérées par les villes, mais cela va coûter (argh, la dette publique !) et les villes produiront des services totalement inégaux...

Pour les enseignants, il est très difficile, de manière empirique, de comprendre l'évolution de la fatigue des élèves. Personnellement, dans mon lycée dit difficile, j'ai toujours trouvé qu'il y avait deux périodes difficiles. La première se situe au mois de décembre, les élèves sortant crevés des quatre mois automne-hiver. Il est difficile de déterminer les causes, mais on peut dire que les vacances de la Toussaint sont plus courtes que les autres et que l'arrivée de l'hiver fatigue davantage. Ensuite, une autre période ressurgit au mois de février (encore l'hiver ?). Après, cela se passe mieux, sauf pour les terminales qui saturent fin mai-début juin...

Le ministre a pensé d'ores et déjà résoudre le problème en rajoutant deux jours de vacances à la Toussaint pris ailleurs. Ce n'est pas en soi une mauvaise chose, mais ces jours ne seront pas rattrapés partout. En lycée, nous bossons du lundi matin au samedi midi : je ne vois pas trop bien comment on va recoller des journées de cours dans la semaine. La seule solution serait de reculer le bac mais je n'ai vu aucune annonce à ce sujet. 

En tout cas, il est sûr qu'il faut faire quelque chose parce que le calendrier est toujours aussi ubuesque. Si on regarde, pour 2012-2013, le calendrier de la zone C (Paris-Bordeaux), on obtient :
  • sept semaines jusqu'à la Toussaint, ce qui est correct selon les chronobiologistes, avec deux semaines de vacances ensuite,
  • une première entorse avec six semaines pour la deuxième période,
  • ensuite, on arrive à huit semaines (!?) de suite dans une période traditionnellement dure pour les gamins,
  • on revient pour la quatrième période à six semaines, avec le premier pont dedans (week-end de Pâques),
  • enfin, merveilleuse dernière période, voici huit semaines de cours pour le primaire, six pour le collège et quatre ou cinq pour les lycées (les examens perturbant très souvent la fin de l'année) avec le pont de la Pentecôte en plus.
Ce rythme vient des célèbres trois zones, auxquelles les professionnels du ski sont très attachées. On verra si le gouvernement socialiste est capable d'écouter davantage les enfants que tous les lobbies qui tournent autour du juteux marché des vacances scolaires...

jeudi 23 août 2012

2012 : la pire rentrée dans l'Education nationale depuis 1995.

La rentrée 2012 va avoir un drôle de parfum.

Tu vas me dire, cher lecteur, que je suis encore en train de râler. C'est vrai, mais il faut bien comprendre que le changement de l’Éducation nationale ne peut être pour maintenant.

Je m'explique.

L’Éducation nationale est une lourde machine. Rien que pour recruter un professeur, par exemple, cela prend plusieurs années, parce qu'il faut le former et que, contrairement à ce que pensait la droite au pouvoir, cela demande des savoirs et de la formation professionnelle. Tiens, d'ailleurs, il n'y a plus de formation professionnelle. Le gouvernement actuel s'est engagé à la refondre, mais là aussi, cela va prendre du temps.

Le budget qui va s'appliquer à la rentrée 2012 est celui qui a été voté par la majorité sortante lors de la session d'automne 2011. En clair, nous allons perdre 13 000 postes de professeur à cette rentrée. Tu vas me dire que le nouveau gouvernement aurait pu annuler cette mesure, au lieu simplement de rajouter 1 000 postes au dernier moment.

Cela aurait été possible, mais qui aurait-on mis sur ces 13 000 postes ? Recruter un professeur, cher lecteur, prend maintenant deux ans. De plus, du fait de la masterisation et de la dégradation des conditions de travail et des revenus, il y a de moins en moins de candidats. On n'aurait donc pas pu trouver autant de gugusses en deux mois, à moins de recruter un bon pourcentage de personnes largement recalées aux concours. Le gouvernement aurait pu réouvrir les postes et y mettre des contractuels, mais là encore, cette solution présente de nombreux inconvénients, comme de mettre des gens non-formés qui viennent deux jours au lycée puis s'enfuient en courant. Le ministre a proposé d'aller chercher les collés aux différentes agrégations, mais là encore, on est sur des chiffres ridicules (quelques dizaines de personnes).

Au final, le gouvernement a choisi de privilégier l'équilibre de son budget. C'est ce qu'il avait annoncé, pas de surprise.

Nous allons donc vivre la dernière rentrée Sarkozy-Chatel (espérons-le en tout cas) ce qui signifie donc que, au niveau des moyens, elle va être la pire depuis 1995, d'autant plus que le nombre d'élèves est en pleine augmentation en primaire et en collège, baby-boom oblige.

J'ignore totalement comment les collègues vont supporter cela. Je ne sais pas non plus comment les familles et les élus locaux vont l'accepter. On a déjà vu que des problèmes émergeaient à la Réunion.

Depuis mai dernier, les enseignants sont dans l'attente de voir ce que le nouveau gouvernement allait leur proposer. Ils ont appris ensuite que la réforme du lycée ne serait pas remise en cause (à l'exception du retour de l'histoire-géographie en Tle S), que l'enseignement par compétences restait la matrice du gouvernement pour le primaire et le collège et qu'ils pouvaient toujours attendre une quelconque augmentation de salaire.

Je ne crois pas franchement à de grands mouvements sociaux, même si certains syndicats vont sans doute essayer de construire des mobilisations. Tant qu'on en restera à des préannonces, à des concertations, à des commissions voire à des comités, le gouvernement peut être tranquille. Les profs sont déjà tellement contents d'être sortis du désordre sarkozien...

C'est lorsque les annonces viendront qu'on peut craindre que les choses s'agitent. Mais dans quelle direction ? Là, franchement, aucune idée...

mardi 31 juillet 2012

Fin de la défiscalisation des HS : quid de l'Education nationale ?

Maintenant que le paquet fiscal est quasiment voté, on peut s'intéresser à une mesure qui a particulièrement concerné l’Éducation nationale : la défiscalisation des heures supplémentaires.

Jusqu'à 2007, les HS étaient principalement utilisées, dans l'éducation, pour adapter les services aux maximas de services des enseignants. En clair, quand les heures de cours à dispenser ne collaient pas aux maximas de 15 ou 18h, on pouvait rajouter une petite heure par-ci par-là pour faire passer. D'ailleurs, les décrets de 1950 prévoient que chaque enseignant ne peut refuser au moins une heure supplémentaire annuelle. Le recours aux HS était donc une mesure principalement technique.

Or, à partir de 2007, confronté aux suppressions de postes, le ministère a d'abord forcé la plupart des enseignants à prendre la fameuse heure obligatoire. Il a ensuite utilisé la défiscalisation des HS pour pousser à la consommation, en particulier en faisant passer les décharges en HS.

Qu'est-ce que cela signifie ? Les décrets de 1950 prévoient un certain nombre de décharges pour service particulier. Par exemple, un prof travaillant en prépa a une demi-heure de décharge pour une heure de cours effective. Un prof bossant en lycée et ayant au moins six heures de cours en première et ou terminale peut avoir une heure de décharge. Le ministère a poussé les chefs à faire passer ces heures en HS, en arguant du fait que les collègues faisaient ainsi leurs services complets. Il a joué le pognon contre le temps de travail, ce qui en région parisienne, avec des profs jeunes, des salaires en baisse constante par rapport à l'inflation et des loyers délirants, a eu un réel effet.

Grâce à cette mesure symbolique, qui devait principalement toucher le privé, on a fait passer de nombreuses suppressions de postes dans l’Éducation. C'est intéressant de voir que les profs sont devenus les principaux consommateurs de ce dispositif, permettant à l’État de supprimer des emplois...

Maintenant, à partir du 1er septembre, les HS sont à nouveau fiscalisés. Au MEN, on doit serrer les fesses. En effet, si jamais les profs se mettaient à refuser à nouveau les HS, on aurait un énorme problème.

Bon, je vais rassurer nos camarades socialistes et de droite : les collègues se sont habitués à un train de vie, et les gros consommateurs continueront à prendre les HS.

A noter tout de même que, plus on travaille dans l'EN, moins on fait de cours de qualité et d'évaluations pour éviter les copies en masse. Après, on a le système éducatif qu'on mérite.

mercredi 29 février 2012

25% = 44% ? Sarkozy doit encore bosser ses proportionnalités.

Annonce de Nicolas Sarkozy dans son discours sur l'éducation : proposer aux enseignants travaillant 18 heures de passer à 26 heures avec une augmentation de salaire de 25%.

Si on compte bien, cette augmentation du temps de travail correspond à 44% du temps précédent.

44% de hausse du temps pour 25% d'augmentation de salaire, avec toute la charge de travail en plus que vont amener ces 8 heures devant élèves ?

Tenté-e, cher-e collègue ?

Pour moi, c'est non. Accepter cela, c'est admettre que notre travail ne vaut pas grand-chose, et qu'il est actuellement payé au-dessus de sa valeur réelle. J'ai un minimum de respect pour moi-même et ce que je fais tous les jours.


PS : Cycee a fait quasiment le même billet, avec une image qui résume bien ma pensée.

samedi 7 janvier 2012

Ah, enfin des petits chefs à l'Education nationale !

Il est toujours passionnant de voir comment quelques idées, qui paraîtraient saugrenues dès qu'on prendrait le temps de réfléchir, subsistent dans le subconscient de la population.

Le président de la République en a aligné une bonne série lors de ses voeux aux profs aux militants de l'UMP. Il a annoncé comment il allait continuer à massacrer l'Education nationale si jamais il gagnait, comment il allait réutiliser la stratégie du bouc-émissaire, déjà employée en 2007 contre les retraites des cheminots, pour gagner des voix.

Parmi les idées étranges, existe dans l'inconscient collectif l'idée toujours vivace de l'homme providentiel. Ah, cette réincarnation permanente du roi, qu'on a injustement assassiné il y a quelques siècles, a survécu dans la peau magique du président, et dans l'entreprise, de l'entrepreneur. Souvenons-nous à quel point cet entrepreneur, personnalité centrale des doctrines économiques capitalistes, parvient, à lui seul, à susciter la création de richesse que le commun des mortels ne peut décidément pas faire par lui-même. Un vrai petit Louis XIV miniature...

Face à lui, il n'y a que des incompétents. On trouve le capitaliste, incapable de générer de la richesse autrement que par la rente mais qui sent parfois qu'il faut faire confiance à l'entrepreneur ; le salarié, qui n'est bon à rien d'autre qu'à obéir ; le syndicaliste, idiot fainéant qui ne pense à rien d'autre qu'à préserver ses propres privilèges, et éventuellement ceux de ses collègues ; le fonctionnaire qui est surtout là pour entraver l'entrepreneur.

L'Etat est d'ailleurs aujourd'hui dirigé comme cela, avec son entrepreneur en mouvement perpétuel à sa tête, entouré de gentils organisateurs très dynamiques, et gênés en permanence par toutes les pesanteurs de ce beau pays de citoyens à l'esprit obsolète, la France.

Mais voilà, cher lecteur, dans l'appareil d'Etat, d'entrepreneurs il n'y a point, le petit chef du haut ne pouvant tout. Et encore moins dans l'Education nationale. Comme on passe notre temps à étriller les profs, on considère que ceux-ci ne sont absolument pas innovants et qu'ils n'inventent jamais rien. On se demande presque ce qu'ils font, d'ailleurs, à part attendre tranquillement que cela se passe.

Les libéro-droitiers cherchent donc à mettre en place, dans l'Education, un entrepreneur qui va enfin donner à ce petit monde un peu de dynamisme. Ils ont trouvé pour cela le chef d'établissement, qu'ils rêvent de transformer en un petit entrepreneur qui mènerait tout ce petit monde grâce à son génie inné mais néanmoins flamboyant. Ce chef, mettant en place des projets, gérant les équipes, soutenant les enseignants plein d'initiative, deviendrait un moteur. Aujourd'hui, il est tellement contraint.

Par ailleurs, ce chef aurait la faculté de recruter ses profs et donc, par là-même, de les mater. La réforme en cours de l'évaluation, même si elle a été repoussée d'un an, est une nouvelle pierre de cet édifice.

Ainsi, quand, dans la classe politique, on parle d'autonomie des établissements, on parle en fait d'autonomie du chef d'établissement, qu'on conçoit comme une sorte de petit chef.

Le rêve est donc là :

  • des établissements indépendants dirigés par des petits chefs, eux-mêmes complètement soumis au pouvoir de l'administration, et donc, du politique, mais sans que cela ne soit dit ni clairement énoncé par le pouvoir politique en question,
  • des petits chefs qui se vengeront de cette réalité sur des enseignants vassalisés,
  • des enseignants frustrés, qui n'auront pas le droit d'enseigner comme ils le souhaitent, alors qu'ils sont maintenant recrutés à haut-niveau, et qui se vengeront sur les élèves, car ils seront jugés par le petit chef qui leur imputera les réussites et surtout les échecs des bambins,
  • des élèves aux parcours individualisés, qui seront bien évidemment responsables de leurs échecs et les profs n'arrêteront pas de le leur reprocher.
Cette école apprendra à tous l'art de la soumission. Fera-t-elle rêver les gamins ? J'en doute fortement. Mais après tout, le but n'est pas que les gamins rêvent, mais qu'ils soient soumis.

Cette utilité du petit chef, tu y crois, cher lecteur ? Je parierais que vous êtes tous, à un moment ou à un autre, tombé sur un petit chef qui avait enfin trouvé une raison à son existence : embêter les autres en étant chef. Ces personnes suscitent-ils plus de création de richesse que les autres ? Là encore, j'en doute fortement.

lundi 2 janvier 2012

Burn-out ta mère !

Suite au drame de Béziers, on a pu voir fleurir dans les médias des interrogations diverses à propos du burn-out des enseignants (barbarisme terrible, et je ne suis pas parvenu à trouver un mot simple en français  résumant ce concept : si quelqu'un a une idée). Evidemment, on voyait poindre une certaine forme d'étonnement devant un malaise dans cette profession de privilégiés patentés qui, avec leurs vacances, ne devraient pas être fatigués.

Dans l'esprit populaire, domine souvent l'idée que ces syndromes viennent, dans la plupart des cas, des comportements incontrôlés d'élèves de moins en moins gérables. Nos concitoyens font ainsi preuve d'un masochisme sans borne, puisque ces élèves sont aussi leurs enfants...

Pourtant, ce problème est loin d'être le seul.

Il y quelques années, se trouvait dans mon lycée une collègue particulièrement reconnue par tous les acteurs de l'établissement. Cette collègue faisait preuve d'une inventivité pédagogique évidente, était très sympathique, savait se faire apprécier et, surtout, était littéralement adulée par les élèves dont elle avait la charge. Elle était d'autant plus touchante qu'elle passait son temps à se remettre en question et à venir demander conseil à tous ses collègues, dont, souvent, à certains d'entre eux bien moins capables qu'elle.

A une rentrée, tout a basculé. Après quelques jours de cours, alors qu'elle n'avait pas de classe plus difficile que d'habitude, elle a brusquement éprouvé un sentiment de mal-être terrible. Elle nous disait ne pas parvenir à sortir de chez elle le matin. Si elle y parvenait, elle finissait par faire faire demi-tour à sa voiture sur le chemin du lycée. Elle a fini par demander à son médecin de la mettre en arrêt-maladie, après avoir tout de même pris la peine d'achever toutes ses séquences en cours et d'avoir corrigé au moins un paquet de copies dans chaque classe. Consciencieuse, jusqu'au bout...

Bien évidemment, on s'est tous interrogé, et comme son travail ne semblait pas différent des années précédentes, on a pensé, au début, que cette évolution devait correspondre à une situation personnelle compliquée, dont la très grande majorité d'entre nous ne savait absolument rien. Et puis, nous pensions que la collègue allait tout simplement reprendre après quelques semaines de repos, comme cela pouvait parfois arriver dans notre profession.

Et puis, non, elle n'est pas revenue. Le chef d'établissement a tout fait pour qu'elle puisse faire un retour en douceur et plusieurs collègues ont gardé des contacts avec elle, mais rien n'y a fait. Elle a tout simplement quitté la profession.

Je l'ai recroisé quelques temps plus tard. Bien sûr, elle ne niait pas que ses questionnements personnels avaient eu un impact sur son explosion en vol. Cependant, elle évoqua aussi des raisons strictement professionnelles.

Elle ne supportait plus qu'on passe notre temps à se faire culpabiliser. Dans sa discipline, tous les deux ans, l'inspecteur passait pour indiquer aux collègues qu'il fallait tout reprendre à zéro, que la pédagogie d'il y a deux ans ne servait plus à rien et ne donnait aucun résultat, et qu'il fallait donc tout refaire depuis le début. Ainsi, sérieuse comme elle était, elle remettait tout à plat. Mais ce qui semblait l'ennuyer le plus, c'est qu'elle était obligée, à chaque fois, de remettre en cause des séquences qui avaient bien fonctionné et que les élèves avaient appréciées. Elle en avait développé un fort sentiment de culpabilité, estimant que ce qu'elle croyait être bien n'était en fait que mauvais et que, tous les deux ans, elle était de fait en échec.

Bien sûr, ce cas individuel n'illustre pas les grands nombres, mais il a été pour moi, à l'époque, une révélation de quelque chose d'important. Les individus réagissent tous différemment à des situations identiques, en fonction de multiples facteurs très difficiles à démêler. Les collègues de sa discipline, pourtant soumis à la même logorrhée, ne réagissaient pas de la même manière. Certains refaisaient leurs cours mais sans éprouver de culpabilité, d'autres s'en moquaient comme de l'an 40 et poursuivaient avec les cours qu'ils estimaient efficaces, les derniers piochaient dans les discours de l'inspecteur tout en gardant les points positifs de ce qu'ils faisaient avant.

En clair, il est finalement très compliqué d'imaginer ce qu'une modification de l'environnement de travail peut avoir comme effet sur les salariés. Certains résistent mieux que d'autres à une situation donnée. Contrairement à ce que l'on pense, ce ne sont pas forcément les professeurs visés qui craquent lorsqu'on les met en difficulté. Cette collègue, au strict plan de la réussite des élèves, n'aurait jamais dû partir et quitter le système éducatif.

Tu vas me dire, cher lecteur : "elle ne devait pas être assez solide pour ce job !"

Sans doute.

Mais est-il normal qu'une personne fragile, par ailleurs très douée, soit broyée par le système ainsi ? Est-il normal que les élèves ne puissent plus profiter de la qualité de son travail, celle-ci ayant sûrement été issue aussi de sa fragilité ?

Je ne le crois pas.

PS : après relecture de ce texte, j'ai du mal à capter mon propre propos politique dans cette affaire. Cependant, je souhaitais partager cette histoire avec toi, cher lecteur. Je reviens un autre jour avec des textes plus politiques et, je l'espère, plus clairs.

dimanche 1 janvier 2012

Meilleurs voeux pour 2012 : la droite annonce sa politique sur l'éducation.

2012, je le disais hier, s'annonce comme une année faste, en particulier pour un individu comme moi qui aime à s'épancher sur internet de ses jugements et opinions. Les élections présidentielles vont nous apporter l'occasion de le faire à de multiples occasions.

Donc, bonne année à tous ! On aura besoin d'énergie pour supporter toutes les idioties que les candidat-e-s de tout bord vont se sentir obliger de dire durant les prochains mois.

Au moins puis-je me satisfaire d'un point : à l'évidence, l'éducation sera un des thèmes majeurs des prochaines présidentielles. Depuis septembre, la presse pullule de tribunes diverses sur le sujet. Encore une fois, beaucoup de bêtises vont être dites. Cela aura l'avantage de me donner plein de sujets de billets sans avoir besoin de me creuser trop la cervelle.

Tiens, un petit signe de l'ambiance du moment. Je te parlais, cher lecteur, il y a deux jours de la réforme de l'évaluation des profs. Un décret très récent vient de reporter l'application de ce texte au 1er janvier 2013.

En conséquence, Luc Chatel vient de passer un message clair à son électorat : je laisse le truc en suspens jusqu'aux élections, mais après, je peux vous assurer qu'on va se faire ces feignasses gauchistes de profs ! Donc, vous qui n'aimez pas les fonctionnaires, votez pour nous !

Allez, ne perdons pas le moral. Cette année, je le répète, s'annonce passionnante.

jeudi 29 décembre 2011

Évaluation des profs : encore des approximations...

La question de l'évaluation des enseignants n'a bizarrement pas beaucoup occupé la presse, ni la blogosphère d'ailleurs (en fouillant mon reader, je n'ai trouvé que deux articles sur le sujet en deux mois...). Pourtant, en pleine campagne électorale, le vote des 800 000 enseignants devrait quelque peu préoccuper, particulièrement à gauche, mais pour le moment, on ne peut pas dire que ce sujet passionne. On a eu le droit aux habituels déclarations des membres du gouvernement informant le peuple que les "profs allaient enfin être évalués", relayées par les chiens de garde du Figaro. Sur celui-ci, j'ai même vu un sondage, lors de la journée de grève du 15 décembre, qui demandait aux lecteurs s'ils trouvaient positifs que les profs soient évalués. Evidemment, la très grande majorité répondait oui, et moi aussi, impliquant ainsi que maintenant, on était dans la plus totale des libertés.

Il existe pourtant tout un courant pédagogique demandant que les profs ne soient pas évalués, et s'appuyant là-dessus sur l'exemple finlandais, où les enseignants ne sont pas suivis par un corps d'inspection. C'est d'ailleurs le cas dans de nombreux pays.

Bon, pour essayer un peu de clarifier le débat, cher lecteur, et ayant de très bonnes notes, je vais essayer de t'expliquer comment cela marche aujourd'hui.

Un prof est noté tous les ans, eh oui, avec une notation divisée en deux parties d'inégale importance. D'un côté, le chef d'établissement donne une note sur 40, et de l'autre, l'inspecteur de discipline distribue une note sur 60. Cela donne donc une note sur 100. Chaque année, lorsqu'on a suffisamment d'ancienneté dans un échelon, une commission paritaire analyse les notes de chacun des collègues de l'échelon et les répartit en trois catégories : les collègues passant au grand choix (les mieux notés) qui montent plus vite, les collègues au choix (qui sont au milieu) et les collègues à l'ancienneté (qui montent le moins vite).

Ces évolutions dans la hiérarchie sont assez lentes. Si tu es dans une entreprise privée, que tu es haut-cadre et que tu es très bien vu par ton boss, ton salaire augmente très vite. Pour moi, je ferai la grille en vingt ans en restant au grand choix toute ma carrière, alors qu'un prof à l'ancienneté la fera en 30 ans. Au final, la différence est tout de même très importante : pour un certifié, c'est presque 100 000 euros d'écart de revenu en dix ans... Et pour moi, qui suis agrégé, c'est encore plus important.

Il existe donc bien une notation au mérite ! Cependant, elle favorise certains types de collègues, du fait de la structure même de la notation.

Il faut en effet comprendre comment la note se construit. D'un côté, le chef d'établissement note des aspects très parcellaires de l'activité, globalement le respect des obligations de service (cahier de texte, arrivée à l'heure, respect des bulletins et des conseils de classe, participation aux réunions...), ce qui n'est tout de même pas rien. Un collègue qui arrive tous les jours en retard de 10 mn ennuie tout le monde : les élèves qui attendent, les collègues qui doivent supporter une classe à l'abandon qui met le souk dans le couloir, les surveillants qui doivent venir la récupérer ensuite, le chef qui n'a plus de surveillant. Cependant, dans la plupart des cas, les chefs sont tellement surchargés de boulot (ce que l'on ne dit pas beaucoup d'ailleurs) qu'ils ne pratiquent pas une évaluation fouillée, sauf dans les cas les plus problématiques. De même, ils ne peuvent favoriser réellement les collègues les plus méritants (ceux qui respectent les obligations de service strictement) et encore moins les favoris, car les notes sont contingentées. On ne peut aller au-delà du maximum de l'échelon. Donc, dans le système actuel, on peut être ralenti si on fait n'importe quoi, un peu accéléré si on est très bon ou bon copain avec le chef, mais cela ne va pas plus loin.

L'inspection a plus de poids, mais là encore, tout dépend de nombreux facteurs. On le dit peu, mais un collègue lambda est très peu inspecté. En moyenne, cela dépend des endroits, du type d'établissement, du nombre d'inspecteurs disponibles sur l'académie... Personnellement, je suis dans ma dixième année, et j'ai vu l'inspecteur trois fois, ce qui est déjà pas mal. En effet, on peut demander son inspection, ce que je fais personnellement chaque année. En moyenne, l'inspecteur vient dans ce cas une fois tous les quatre ans, car il a tellement de monde à voir qu'il ne peut pas se déplacer tous les ans. Il commence par papoter avec le principal/proviseur pour se faire une idée, puis assiste à une heure de cours, puis a un entretien avec le prof où il fait le point. Le rapport écrit arrive dans les deux à trois mois, puis la note dans l'année suivante. On sait alors si on va monter ou pas.

Là encore, les notes sont contingentées et ne peuvent dépasser un certain niveau pour éviter qu'un petit jeune soit très rapidement au-dessus des plus âgés. L'ancienneté garde, dans le système actuel, un rôle fondamental.

En clair, pour résumer un peu la situation :

  • Il existe une notation au mérite qui a un impact réel sur les revenus des profs,
  • elle est dépendante de deux évaluateurs qui ont peu de moyens et de capacités pour évaluer réellement les profs,
  • ce qui fait que pour beaucoup, elle devient inique car incomprise et trop peu fréquente,
  • et l'ancienneté garde un rôle très important, pour des raisons finalement logiques : il est cohérent de penser que quelqu'un d'expérimenté est meilleur qu'un jeune, même si les exceptions existent.
La réforme actuelle propose de confier le tout au seul chef, déjà incapable par manque de temps de noter aujourd'hui. En clair, cela ne réglera pas la problème de fond et n'aura qu'une conséquence : ne plus évaluer les cours eux-mêmes, mais tout le reste, soit finalement l'accessoire.

Que faudrait-il faire ? Personnellement, je pense qu'il faut maintenir le système actuel, mais en rendant l'inspection beaucoup plus fréquente et en reconstruisant une véritable formation professionnelle qui pourrait servir de recours aux inspecteurs pour aider les collègues en difficulté. Le licenciement ou la reconversion pourrait être l'arme ultime. Ils sont aujourd'hui inemployable, car comment justifier, en voyant un collègue une fois une heure tous les sept ans, qu'il ne mérite pas le concours très difficile qu'il a pourtant décroché dans le passé ?

On pourrait ensuite, pour favoriser les plus méritants, augmenter l'accès à la hors-classe, aujourd'hui très limitée par un accès uniquement au mérite en l’occurrence. Du moment que les critères sont clairement définis et que le copinage n'y intervient pas...

PS : très bizarrement, de nombreux collègues restent terrifiés par l'inspection, qui ne peut pourtant que vous faire passer à l'ancienneté dans le cadre actuel...

PS2 : ah, mais oui ! C'est tout simplement parce qu'il existe d'autres moyens de promotion dans l'Education nationale, dont on parle là encore très peu, et pour lesquels l'évaluation est vitale. Mais bon, j'y reviendrai une autre fois.

jeudi 21 juillet 2011

Désaffection des concours d'enseignement : quelques éléments complémentaires.

Laurent, dans un billet récent, s'est lancé dans une tentative d'analyse de la faible participation des étudiants aux concours d'enseignement de cette année. Il conclut sur une désaffection réelle à l'égard du métier et propose quelques pistes pour tenter de corriger le problème. Il loupe pourtant, à mon sens, les causes très récentes mais réelles de cet effondrement.

En effet, les chiffres sont spectaculaires. Malgré les suppressions de postes, l'Education nationale a été obligée d'embaucher moins que nécessaire pour maintenir le niveau des nouveaux enseignants. Il manque donc un tiers des profs nécessaires pour l'année prochaine. Laurent pointe certains facteurs, mais pas tous.

Certes, je l'ai dit de nombreuses fois sur ce blog, le métier est difficile et à eu tendance à se durcir. Cependant, ce n'est pas directement à cause des élèves. Etant prof depuis dix ans maintenant dans des établissements dit difficiles, il est clair que le comportement des élèves reste équivalent. Par contre, les conditions d'exercice du métier se sont dégradées indéniablement, du fait de la politique de réduction des dépenses. Il ne faut pas oublier, cher lecteur, que la dépense publique d'éducation a baissé régulièrement depuis les années 1990 et que, si l'Etat s'endette aujourd'hui, ce n'est pas en augmentant l'investissement dans l'éducation ! L'impact des suppressions se marque par la hausse du nombre d'heures supplémentaires exigé (de plus en plus par la pression de la hiérarchie), l'augmentation du nombre d'élèves par classe et la multiplication de missions souvent sans intérêt, allant largement au-delà de la mission de base de l'enseignant (enseigner, hein, faut-il le rappeler ?). Cependant, cela a-t-il un impact sur les vocations ?

Je ne le crois pas. Lorsque j'ai passé les concours, il y a dix ans, la difficulté du travail dans l'Education nationale était déjà un marronnier. Pourtant, à l'époque, pour 1 200 postes au CAPES d'histoire-géographie, il y avait 10 000 candidats inscrits contre 3 000 cette année. De même, la question salariale était déjà sur la table. Il faut d'ailleurs relativiser la question de la paie. Certes, le pouvoir d'achat s'érode régulièrement (un tiers de moins depuis 1980 et 10% depuis 2000) et il est de plus en plus difficile pour un jeune prof de vivre en région parisienne, mais tout de même, dans la majorité des régions françaises, débuter avec un salaire de 1 500 € par mois vous met déjà dans la moitié haute de la société. Personnellement, étant à l'échelon 7 de l'agrégation, je touche 2 500 € par mois, ce qui me place parmi les 20% des Français qui gagnent le plus... D'autre part, les vacances et la sécurité de l'emploi restent de forts leviers d'attractivité.

Alors, que se passe-t-il ? Laurent oublie une réforme très importante initiée Xavier Darcos et mise en musique par Luc Chatel : la réforme de la formation des enseignants. Pour résumer très rapidement :

  • les profs sont maintenant recrutés à BAC+5, soit au niveau master 2, ce qui implique que les étudiants financent sur leurs propres deniers deux années d'étude supplémentaires,
  • et là, ils n'ont plus de formation professionnelle et doivent directement enseigner, souvent dans les académies les plus difficiles, comme Créteil qui va encore accueillir l'année prochaine plus de 800 stagiaires,
  • et, malgré cette hausse du niveau de recrutement, le salaire n'a pas augmenté. Le gouvernement a simplement tassé les premiers échelons du statut pour simuler une augmentation de salaire qui n'aboutit pas ensuite. En clair, un agrégé masterisé à mon échelon gagnera exactement la même chose que moi, alors qu'il aura dû étudier deux ans de plus...
  • Il faut ajouter que cette nouvelle organisation du recrutement brise complètement le lien avec la recherche universitaire. Les étudiants devant préparer les concours et le master en même temps, ils ne s'investissent plus dans la recherche, et les universités sont d'ailleurs en train de mettre en place des masters dit enseignement.
Dans la plupart des cas, les étudiants réfléchissent et arbitrent. Il n'y a plus d'intérêt pour eux à faire encore deux ans d'étude pour avoir la même chose qu'avant, voire pire. Dans les disciplines, comme les mathématiques, où de nombreux débouchés existent, l'impact est immédiat. Il existe aussi en histoire où les débouchés sont faibles ailleurs.

En dehors de ce que Laurent a indiqué, il faut donc reprendre à zéro cette réforme pour ramener les jeunes vers ce métier. De nombreuses pistes sont possibles. Une contre-réforme devrait allier, pour moi, une hausse du niveau de recrutement, une formation professionnelle réelle et un lien fort avec l'université. J'y reviendrai dans un prochain billet.

Reste à comprendre ce que le gouvernement veut avec cette réforme. En fait, cher lecteur, les adultes seront bien là l'année prochaine devant les élèves. Ce seront des étudiants sortant de licence et qui seront embauchés sur contrat précaire, voire bientôt sur CDI, voire des profs de disciplines supprimées reconvertis. Ils seront encore moins bien payés que les titulaires, n'auront pas de formation et auront l'avantage pour l'Education nationale d'être corvéable et de ne pas embêter le monde à faire grève tout le temps. L'objectif visé derrière est le statut de fonctionnaire des enseignants. Tiens, cela aussi, il faut que j'y revienne, mais ce sera pour une autre fois.

dimanche 6 mars 2011

L'objectif du système éducatif : première réflexion.

Quelques billets sont sortis suite à la chaîne que j'ai tenté de lancer en début de semaine, et force est de constater qu'ils ont soulevé quelque chose qui me questionne.

Si tu avais lu l'appel à billets, tu aurais vu que je cherchais à ramener des blogueurs, très majoritairement hors de l'EN, sur le sujet de l'éducation, pour essayer de mesurer les attentes de nos concitoyens à l'égard de l'Education.

Finalement, cette démarche a été assez critiquée, autant dans les billets que dans les commentaires à mon propre billet, et il semble que l'on s'attache finalement bien plus aux moyens d'atteindre des objectifs que tout le monde semble avoir oublié ou refuse en tout cas de remettre en cause.

C'est intéressant, car cela prouve que l'objectif basique d'instruction et d'éducation de l'EN est partagé plus ou moins par tous, mais c'est aussi problématique car cela signifie que la grande majorité de nos concitoyens va se retrouver exclue des débats sur le sujet.

Est-on condamné à ce que le débat éducatif soit confisqué par des spécialistes auto-proclamés ?

Si c'est le cas, c'est extrêmement dommage...

PS : tiens, puisqu'il l'avait l'air intéressé, je soumets cette chaîne à Didier Goux...

PS' : à venir, un pearltree présentant tous les billets publiés sur le sujet.

jeudi 24 février 2011

Le 19 mars, on manifeste pour l'Education ! Retrouvons-nous dans chaque académie.

Le collectif Un pays, une école, notre avenir relance une journée nationale de manifestation pour défendre et promouvoir l'école publique.

Ces manifestations se dérouleront le samedi 19 mars, avec une manifestation par académie et une manifestation régionale à Paris.

Je ne crois pas vraiment à l'efficacité de ce type de journée, qui commence à être récurrent, mais il ne faut pas rater une occasion de s'exprimer. D'autres n'ont pas (encore) accès à cette possibilité...


"L’éducation n’est plus une ambition pour ce gouvernement. Il aura supprimé 50 000 postes dans le service public d’éducation en cinq années mettant en difficulté écoles et établissements, dégradant de façon systématique les conditions d’accueil, de formation et de qualification des élèves, détériorant les conditions de travail de l’ensemble des personnels. La Révision générale des politiques publiques (RGPP) aura déstabilisé les personnels et affaibli les capacités de nombreux services comme celui de la Jeunesse et des Sports. Les universités sont confrontées à des difficultés budgétaires et des promesses non tenues. 
Le service public d’éducation, cible de la chasse budgétaire, est tiré vers le bas.
À la rentrée 2011, ce seront 16 000 postes supplémentaires qui seront supprimés malgré l’augmentation des effectifs d’élèves. Les conséquences auront des effets immédiats sur la taille des classes dans les écoles, les collèges et les lycées, la scolarisation des enfants de deux et trois ans, les élèves en difficulté, le fonctionnement des services et l’offre d’enseignement… Le gouvernement fait le choix de la régression. Il a fait aussi ce choix en supprimant la formation initiale des enseignants entraînant ainsi démissions et effondrement du recrutement. Dans le même temps, la majorité parlementaire a décidé de favoriser l’enseignement privé au détriment du service public.
Le gouvernement ne prépare pas l’avenir. Ses choix dessinent une Ecole où les inégalités seront renforcées, une École plus dure pour les moins favorisés, une Ecole où la concurrence entre établissements, par l’abandon de la sectorisation, sera la règle. Les enquêtes internationales, comme PISA, confirment que les inégalités se creusent. Le gouvernement ne répond qu’avec des effets d’annonce.
La mobilisation citoyenne doit permettre d’inverser ces choix. Les organisations, rassemblées dans le Collectif "L’École est notre avenir", appellent tous ceux et toutes celles qui soutiennent le service public d’éducation et son engagement permanent pour la réussite des jeunes, sans distinction de fortune et d’origine, à une journée nationale d’action déclinée dans chaque académie le samedi 19 mars."


* Les organisations à l'initiative de cet appel :
AFL - Cé - CEMEA - CRAP-Cahiers pédagogiques - EEDF - FAEN - FCPE - FEP-CFDT - FERC-CGT - FGPEP - FIDL - FOEVEN - Les FRANCAS - FSU - GFEN - ICEM-pédagogie Freinet - JPA - La Ligue de l'Enseignement - Fédération Léo Lagrange - OCCE - SGEN-CFDT - SUD Education - UNEF - UNL - UNSA Education


Les organisations qui soutiennent cet appel :
AEAT - AFPEN - AGEEM - AMUF - ANATEEP - APBG - APSES - APKHKSES - ATTAC France - CFDT - CGT - CMR - CNAJEP - CNAL - CSF - FFMJC - FNAME - Bureau national FNAREN - FNDDEN - FNFR - LDH - MRAP - PRISME - Solidaires - UDPPC - UFAL - UNSA