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samedi 10 janvier 2015

Contre la peur, sortons par le haut de ce délire.

C'est évident, en ces journées difficiles, nous sommes tous choqués. Rien de plus normal. Notre pays vient de traverser un épisode atroce, ponctué de massacres, de coups de feu, de sirènes de police et d'alertes multiples partout où l'on pouvait passer en Île-de-France.

Dimanche, beaucoup d'entre nous vont manifester, se recueillir et se tenir chaud.

Mais après ?

Il va être très urgent que les femmes et hommes de gauche se mettent à réfléchir sur tout ce qu'il vient de se produire et à émettre des idées et des raisonnements pour construire.

Tout d'abord, il faut prendre la mesure de l'influence des réseaux islamistes en France et proposer des solutions qui ne soient pas celles de la droite et de l'extrême-droite. La tentation va être forte pour beaucoup de plonger dans le sécuritaire, poussés par l'extrême-droite qui va en rajouter dans le "on vous avait prévenu, les musulmans, y sont très dangereux". Cela fait pourtant de nombreuses années que les islamistes labourent le terrain des quartiers populaires et séduisent. J'en ai parlé à différentes reprises dans ce blog, dans le cadre du système éducatif sequano-dyonisien, et tous ces éléments sont toujours d'actualité. Évidemment, la répression a son rôle à jouer, mais on ne peut non plus oublier la question sociale, la déshérence des quartiers populaires, le retrait progressif des services publics de ces zones, l'abandon des milieux populaires et des classes moyennes et enfin l'absence d'alternative politique progressiste crédible, ne laissant plus à cette jeunesse que l'extrême-droite franchouillarde ou l'extrême-droite islamiste pour espérer sortir de son trou.

Ensuite, il faut réaffirmer la volonté de la gauche de défendre la liberté d'expression et de défendre ses valeurs. Il est intéressant de constater que nos dingo-islamistes ont frappé trois adversaires qu'ils estiment centraux : la gauche progressiste, les juifs et l'autorité républicaine. On a beaucoup dit ces derniers jours, du fait du métier des journalistes de Charlie, que c'était la liberté d'expression qui était attaquée. C'est vrai, bien sûr, mais cela ne résume pas tout le sens politique de ce crime. Nos dingos auraient parfaitement pu canarder le siège du Front National ou encore tenter d'agresser Nicolas Sarkozy, qui, rappelons-le, est à l'origine de la légitimation de l'islamophobie par le lancement du débat sur l'identité nationale. Ils auraient pu essayer de frapper les tenants de la théorie du grand remplacement qu'on a beaucoup entendus dans les médias ces derniers temps. 

Mais non, ils ont attaqué Charlie, journal militant mais aussi en difficulté financière importante et dont l'audience pouvait laisser penser qu'il ne représentait pas un adversaire substantiel, pour une raison simple : ceux que j'ai cités auparavant sont leurs alliés objectifs, car ils entretiennent l'amalgame entre musulmans et islamistes, et ils servent donc leurs intérêts en renforçant les craintes du reste de la population. Ces fachos jouent en permanence sur toutes ces ambiguïtés et ils les exploitent : un homme qui se moque des religions est un raciste, un juif est forcément un soutien total des politiques israéliennes, un policier est forcément un xénophobe. Les islamistes ont donc frappé la gauche progressiste, qui se permet de se moquer ouvertement d'eux et d'ouvrir les consciences, et qui est un réel adversaire politique qu'ils doivent faire taire.

Nous devons donc à la fois défendre la liberté d'expression mais aussi la liberté de se moquer de tout le monde, y compris d'ailleurs de nous-mêmes. Nous devons défendre une laïcité militante, pas celle qui vise à stigmatiser les musulmans et qu'on a trop souvent vu à l’œuvre ces dernières années, mais celle qui nous permet à tous d'être libres et de pouvoir se moquer et critiquer tout le monde.

Pour terminer, je crois qu'il faut aussi combattre un certain discours visant à dire que Charlie avait d'une certaine façon une responsabilité du fait de ses attaques récurrentes contre l'islam. Et quand bien même, un républicain ne peut laisser passer cela : en République, un journal peut être condamné lorsqu'il dépasse les bornes posées uniquement par la loi. Charlie a régulièrement été trainé en justice. On pourrait d'ailleurs demander à ceux qui soutiennent cette idée si la policière municipale de Montrouge l'avait aussi un peu cherché, ou si les clients de cet Hyper Cacher avaient aussi une part de responsabilité dans ce massacre qu'ils ont subi... Ensuite, nous devons dire que ce qui permettra à la situation des musulmans d'évoluer, c'est le traitement de la question sociale. Ce n'est qu'en améliorant la situation des Français dans leur ensemble, en réduisant le chômage, en permettant à l'école d'être plus égalitaire, en diminuant le temps de travail, en faisant monter les salaires et en partageant mieux les richesses, en réformant pour l'améliorer notre sécurité sociale, en faisant progresser la démocratie sous toutes ses formes, qu'on viendra à bout de tous ces abrutis qui n'ont qu'un rêve : nous pourrir la vie et vivre sur la peur que nous éprouvons.

lundi 20 mai 2013

Position sur la réforme des retraites à venir.

La réforme des retraites à venir commence à faire causer. Cela tombe bien : on nous a vendu il y a trois ans une réforme qui devait tout résoudre, et qui, bien évidemment, n'a rien résolu.

Il y a quatre manières de rééquilibrer les comptes du système de retraite :
  1. faire chuter le chômage, mais cela a l'air compliqué pour nos gouvernants actuels, et aussi pour leurs prédécesseurs d'ailleurs ;
  2. augmenter les cotisations, ce qui permettrait de réorienter une partie des flux financiers du capital vers les salaires (il ne faut pas oublier que les cotisations sociales sont une partie du salaire qui est prélevée et mis de côté pour des jours moins heureux) ;
  3. jouer sur les prestations des retraités en faisant baisser le poids des pensions ;
  4. jouer sur la situation des salariés en augmentant la durée de cotisation.
Je suis clairement pour la deuxième solution, et ce d'autant plus qu'on a déjà joué, dans toutes les réformes précédentes, sur le point 4. Quant au point 3, je suis résolument contre l'idée d'attaquer les pensions des retraités, car beaucoup touchent peu, et ceux qui touchent beaucoup ont beaucoup cotisé dans le passé : cela saperait toute confiance dans le système.

Enfin, je suis totalement contre la fiscalisation des recettes des caisses. En effet, il ne faut pas oublier qu'un prélèvement par l'impôt ne pèse que sur les salaires nets, alors que les cotisations sociales pèsent sur le capital puisque celles-ci augmentent la part des salaires.

Et toi, cher lecteur, qu'en penses-tu ?

vendredi 12 avril 2013

Patrimoine certes, mais aussi conflit d'intérêts.

Je dois dire que je suis assez surpris des déclarations de patrimoine qui se multiplient dans la presse. Franchement, tout connaître des richesses de Copé, Fillon, Mélenchon ou Désir, je ne vois pas l'intérêt. Que les déclarations de patrimoine soient consultables, c'est une chose, mais de là à en faire des papiers en grand nombre, il y a un monde. On peut de toute façon supposer qu'ayant exercé de nombreux mandats bien indemnisés, ils ne sont pas pauvres.

Ce qui serait nettement plus intéressant, ce serait de savoir quels sont les éventuels conflits d'intérêt qu'un homme ou une femme politique peut rencontrer, mais pas seulement.

Ainsi, il me semble toujours problématique qu'on ne cite jamais les ancrages de nombreux intervenants des médias, comme les soi-disant experts qu'on nous inflige à tour de bras. Pourquoi ne dit-on jamais pour qui ces personnes travaillent, voire où ils sont encartés. Par exemple, de nombreux économistes médiatiques sont aussi aux conseils d'administration de sociétés privés, ce qu'il faudrait savoir pour saisir certains positionnements.

Les hommes politiques, au moins, ont le mérite de la franchise. On sait où ils sont. Mais il est intéressant de savoir si un ministre des finances est un ancien banquier ou un ministre de la santé un ancien dirigeant d'une entreprise pharmaceutique.

Pour résoudre ce problème, il suffirait qu'un journaliste, avant d'interviewer une personnalité, énonce toutes ses casquettes. Un peu fastidieux, certes, mais nécessaire.

lundi 25 février 2013

Rythmes scolaires : les enseignants peuvent-ils encore communiquer en France ?

La situation de la réforme des rythmes scolaires dans le premier degré illustre les difficultés de plus en plus grandes dans lesquelles se trouvent les enseignants pour faire passer un quelconque message positif.

Lorsque Vincent Peillon a décidé de poursuivre la réforme des rythmes entamée par son prédécesseur, il était évident que le sujet serait très glissant. Il touche en effet de nombreuses personnes et de nombreux acteurs de notre société :
  • les parents qui doivent réadapter leurs emplois du temps,
  • les profs qui doivent changer leurs modes de vie, mais aussi tous les autres personnels travaillant dans les écoles,
  • les communes qui doivent éventuellement embaucher et/ou débaucher du personnel pour la semaine et pour les périodes de vacances,
  • les associations et clubs sportifs, les groupes d'activité artistique, les religieux qui font du cathé... : beaucoup d'entre eux voyaient les gamins les mercredis,
  • les entreprises du tourisme, si jamais on touche aux vacances et à leurs durées...
En clair, c'est très compliqué. Et sur ce sujet-là, personne, parmi les spécialistes auto-proclamés ou pas, n'est vraiment d'accord. Je l'avais déjà évoqué dans ce billet, et je ne vais pas y revenir.

De toute façon, le ministre, même s'il vient de se relancer sur la question des vacances, a finalement adopté une réforme a minima (redéployer une partie des heures de cours sur une matinée de plus, sans augmenter le temps effectif de cours ni toucher aux vacances). Il doit pour cela obliger les communes à embaucher des personnels. Certaines vont sûrement fermer les écoles plus tôt ou les ouvrir plus tard.

Globalement, pour résumer très schématiquement, les gamins vont avoir le même temps de cours (24 heures par semaine) contre 27 avant la réforme Chatel, mais avec une demi-journée de plus dans la semaine. Le temps dégagé sera occupé par les communes, qui feront ce qu'elles pourront.

Ayant pas mal de professeurs des écoles dans mon entourage, j'ai pu entendre des réactions très diverses. D'abord, avant les annonces, j'avais trouvé que les collègues n'étaient pas forcément mécontents de retravailler une demi-journée de plus, car les cours du samedi matin se passaient souvent très bien. La division apparaît plutôt sur la demi-journée à choisir : dans mes connaissances, un tiers sont pour le samedi et deux tiers pour le mercredi, mais c'est très schématique, parce que cela porte sur six personnes...

Par contre, l'arrivée des communes dans le temps scolaire obligatoire est très mal vécue, car cela va avoir des conséquences lourdes de deux façons différentes :
  1. d'abord, le principe est gênant, car, de fait, les enfants de tout le pays vont voir arriver tout et n'importe quoi, parfois de très bonnes choses, parfois n'importe quoi. Les collègues auraient souvent préféré revenir à 27 heures dans ce cas (le programme est très dur à tenir en 24h)...
  2. ...car les communes vont souvent mettre ces activités en place sur la pause de midi. En effet, elles avaient déjà des personnels pour surveiller les cantines sur ces moments-là. Elles ne seraient donc pas obligées d'embaucher. Par contre, les profs resteront toujours autant de temps (mais avec 2h15 libérées le midi au lieu de 1h30), ce qui fait qu'ils resteront autant de temps qu'aujourd'hui à l'école les quatre jours de la semaine, et il faudra y ajouter les trois heures de la demi-journée supplémentaire.
Personnellement, je pense que ce type de réforme aurait pu passer si les collègues pensaient que les gamins y gagneraient des choses. C'est l'avantage de la grande majorité des fonctionnaires : n'ayant pas le profit comme appât, nous sommes heureux quand le service est bien rendu. On pourrait donc faire passer une réforme allongeant le temps de travail, même si c'était difficilement, avec l'idée derrière d'un travail mieux fait.

Avec cette réforme, les profs des écoles pensent que les conditions d'enseignement ne changeront pas, que la qualité de l'enseignement ne sera modifiée qu'à la marge (programmes identiques, temps identiques, personnels identiques...), qu'ils resteront plus longtemps à l'école (autant les quatre jours + trois heures le mercredi) et que les gamins, pendant ce temps, feront un peu tout et n'importe quoi avec les personnels des communes.

Ce qui ressort de cette réforme, c'est que le gouvernement pense résolument, sans que je comprenne bien pourquoi, que les collectivités territoriales sont les solutions à tous les problèmes du système éducatif. J'en reparlerai.

Reste que les grèves sont arrivées, et qu'elles ont été très bien suivies, bien plus que sous Sarkozy. Les syndicats ont diffusé deux types de messages : soit il ne faut rien changer (FO, SUD, CGT), soit qu'il faut faire la réforme mais en mieux (SNUIpp-FSU, certaines sections du SE-UNSA). Globalement, ce dernier message n'est pas passé dans les médias.

Ceux-ci, imbus de leurs idées anti-profs nantis, ont répercuté une seule idée : les profs se fichent des gamins et ne veulent simplement pas bosser plus. Et bien sûr, plutôt que d'aller interviewer des personnes qui réfléchissent à tout cela et qui ont des pensées nuancées, on va pêcher n'importe quel guignol dans une manifestation, on coupe l'interview pour qu'on entende simplement "touchez pas à mon mercredi !", et pendant que le pays s'effondre dans le marasme, on construit la vision d'un monde éducatif arc-bouté sur le temps de travail, sans aucune réflexion derrière et qui se moque de la situation des autres citoyens de ce pays.

Les médias ont été pitoyables, et les politiques pourtant de gauche au pouvoir aussi, avec des gens qui ont pourtant voté François Hollande à 75% au premier tour.

Globalement, ce qui ressort tout de même, c'est que les syndicats des profs du premier degré, pourtant mieux vu en général que ceux du second, n'arrivent pas à faire passer un quelconque message à travers le plafond de verre des médias.

Un dernier point : le SNUIpp-FSU, syndicat majoritaire, ne voulait pas faire grève sur ce sujet, justement à cause du piège médiatique potentiel et des risques pour l'image des collègues. Cela démontre bien les difficultés pour les syndicats, même pour les plus gros, de communiquer. Or, il y a été forcé par sa base. Des copains du SNU m'ont raconté que les AG avec les personnels avaient été très tendues, et qu'ils auraient eu de gros problèmes s'ils n'avaient pas choisi d'appeler.

En ce moment, on peut vraiment dire que l'on se mord la queue...

lundi 31 décembre 2012

La seule personne vraiment de gauche, c'est moi !

Tiens, je vais sortir quelques instants de mon silence, suite à un billet-bilan de l'année de Captain Haka, qui évoquait la défaite de Nicolas Sarkozy.

Il revient sur l'annulation de la taxation à 75% des revenus au-delà d'un million d'euros, en employant à mon sens quelques idées assez étonnantes.

Tout d'abord, il rappelle que la droite utilise massivement le terme d'amateurisme à ce propos. Pourtant, lors de la dernière mandature, plusieurs mesures-phares de Sarkozy sont passées à la trappe de cette façon, comme par exemple la célèbre taxe carbone. Or, à l'époque, on avait accusé le président d'avoir joué un double-jeu et d'avoir préparé ce rejet pour mieux enterrer le projet, très contesté par de nombreux pans de son électorat traditionnel. J'ignore si c'est ce qu'il s'est passé ici, mais de toute façon, Hollande pourra toujours se présenter comme un socialiste assez radical mais dont les velléités ont été entravées par le conservatisme d'un conseil constitutionnel dominé par la droite, ce qui devrait lui permettre de se sortir du traquenard.

Notre capitaine préféré poursuit pourtant son argumentaire en revenant sur les bisbilles à gauche, et en disant que cette mesure, très contestée à droite, illustrait l'ancrage à gauche du pouvoir en place.

Restant un lecteur assidu de la blogosphère politique, je vois bien que ce débat occupe largement mes compères. Je le trouve sans intérêt et inutile, malgré le fait que mon parti préféré en soit largement à l'origine.

Savoir si l'on est de gauche ou pas est une question sempiternelle qui traverse toute la gauche. Personnellement, proche du Front de Gauche, je peux aisément qualifier mes camarades socialistes de droitier, mais je te rassure, cher lecteur, je trouverai toujours un trotskyste pour me qualifier de social-traître. Être vraiment de gauche qualifie à l'exercice du pouvoir dans notre camp, et c'est pour cela que tous les partis se plongent dans ce débat. Si le FdG, aujourd'hui, attaque sur l'identité du PS, c'est aussi parce que celui-ci n'a cessé de ranger notre programme à l'extrême-gauche. De notre côté, qualifier le président d'Hollandréou permet de se situer politiquement, même si le calembour, je le reconnais, peut-être lourd. Cela permet de dire que la politique d'Hollande donnera à long terme les mêmes résultats qu'en Europe du Sud, et ça, par ailleurs, je le crois totalement.

A droite, on se pose moins ce genre de questions. On est de droite, mais avec des sensibilités différentes. Et quand surgit un véritable débat d'orientation idéologique, comme ce fut le cas ces derniers mois à l'UMP, on s'échine à le cacher sous des conflits de personnes. En effet, les militants UMP avaient en fait à trancher entre un rapprochement avec le FN, ou pas. Ils ne l'ont d'ailleurs pas fait...

A gauche, une fois qu'on est sorti du débat "qui est de gauche", on peut simplement admettre qu'il existe des sensibilités très diverses, et que celle qui a gagné la présidentielle a pu le faire grâce à un personnage qui a joué à fond la personnification, un programme qui promettait un changement extrêmement limité (les Français ne voulaient pas d'une social-démocratie apparemment) mais surtout, un appareil politique derrière suffisamment important et structuré pour exercer le pouvoir, ce qui reste, il faut bien l'admettre, la faiblesse du FdG.

Après, pour voir qui est de gauche, on pourra faire le bilan à la fin. Pour moi, si la société est restée aussi inégalitaire qu'elle l'est maintenant, on pourra dire que la politique menée n'était pas de gauche. La lutte contre le chômage ou contre la dette ne suffit pas, car il y a bien des façons de lutter contre ces deux fléaux, et la droite en a à revendre.

Pour terminer avec le billet de mon glorieux collègue, l'UMP critiquera forcément le PS. De fait, qualifier la gauche d'incompétence est un crédo de la droite, persuadée qu'elle est que l'exercice du pouvoir lui est dû. Pas besoin du conseil constitutionnel pour que ce point soit sans cesse soulevé...

lundi 5 novembre 2012

Rapport Gallois : 30 milliards d'impôts en plus, 20 milliards de baisse de revenus.

Le rapport Gallois proposerait de baisser de 30 milliards d'euros les cotisations sociales, dont 10 milliards sur la part salariale et 20 milliards sur la part patronale.

Il faut rappeler que les cotisations sociales constituent une part du salaire, dont le versement est différé à l'arrivée d'un évènement particulier : naissance, chômage, maladie, retraite...

On peut supposer que les employeurs continueront à verser les dix milliards salariées (sinon, cela se verrait trop) mais que les salaires n'augmenteront pas dans les vingt prochaines années à cause de cette hausse qui n'en est pas une. Par contre, il est certain que les 20 milliards vont aller voir ailleurs si j'y suis, soit vers l'investissement (ce serait bien, mais ce ne sera certainement pas la majorité), soit vers le capital (qui a déjà gagné 10 points de PIB en trente ans).

D'un autre côté, l'Etat va récupérer les 30 milliards sur la consommation et sur les revenus.

Pour les salariés et les indépendants qui ne touchent pas de revenus du capital (une majorité des Français), cela signifie donc que le salaire perçu va augmenter de 10 milliards mais que les prélèvements vont augmenter de 30 milliards, soit une baisse de revenus de 20 milliards.

Ils sont mignons, les employeurs, avec leur choc de compétitivité. C'est plutôt un choc rigoriste  et toujours pour les mêmes, cette affaire...

Et dans quatre ans, la droite accusera le PS d'avoir fait baisser les revenus des Français en voulant maintenir la gabegie des dépenses publiques (cela s'appelle, en français, la protection sociale) et ils reviendront au pouvoir, accompagné du FN, avec un programme de baisse drastique des dépenses publiques et des privatisations massives.

Espérons que le gouvernement saura gérer ce document correctement...

samedi 22 septembre 2012

Le 30 septembre, on manifeste contre le TSCG, mais sans grand espoir...

La très grande majorité des Français semble se désintéresser totalement des votes que les députés et les sénateurs émettront dans quelques jours sur les différents traités européens négociés par Nicolas Sarkozy avec ses homologues européens. Pourtant, le débat sur le TCE avait passionné les foules en 2005. La raison en est simple : il n'y aura pas de référendum. La France signant chaque année des dizaines de traités, il est finalement assez naturel que nos concitoyens s'en fichent totalement.

Les conséquences seront pourtant fondamentales. Ces traités organisent une austérité perpétuelle et condamnent de fait toute politique autre que libérale. Il est toujours surprenant de voir à quel point les politiques de notre époque s'échinent à border les capacités d'action du peuple souverain...

Bon, pour commencer à débattre, il faut avant tout lire le texte, et cela tombe bien, parce que contrairement au TCE, le texte, quoiqu'aride, est court. Tu peux le trouver ici.

Y a-t-il là-dedans des points positifs ? Le seul que j'ai pu trouver est l'apparition de la notion de "déficit structurel" que les économistes keynésiens réclament depuis de nombreuses années pour améliorer le pacte de stabilité et de croissance. Cependant, ce terme n'est pas défini et, lorsque l'on sait ce que pensent les libéraux des dépenses structurels, il est à craindre que cette petite victoire soit vite vidée de son contenu. Pour moi, par exemple, les dépenses d'éducation correspondent à de l'investissement (puisque l'on produit du capital humain qui font augmenter le PIB et notre qualité de vie...) mais je suis bien certain que beaucoup y voient du structurel qui devrait vite fait aller au secteur privé.

Pour le reste, à part de la limitation de notre souveraineté nationale, je ne vois rien de positif. Comment accepter que le budget de la nation soit visé par des institutions non-élues ?

Après, reste que les moyens de s'y opposer sont faibles. Hollande n'a même pas évoqué cette question le 9 septembre à la télévision, tout en annonçant toutes les conséquences de cette signature. Il avait promis une renégociation qui n'a pas eu lieu. Pour le reste, il s'est assis sur ses promesses. Je n'en attendais de toute façon pas moins du PS qui continue sans relâche à soutenir sa ligne social-libérale.

Peut-on espérer faire craquer le gouvernement ? Il y a un vrai débat mais j'admets que je suis très sceptique, et ce pour plusieurs raisons :
  • En 2005, les Français ont voté "non" et un nouveau traité reprenant les grands principes l'a rapidement remplacé, sans que les médias et les politiques s'en offusquent.
  • Plusieurs députés PS et EE-LV voteront contre, mais avec les votes de la droite, le texte passera sans problème.
  • Malgré toute l'affection que je porte à Mélenchon, la manifestation du 30 septembre, à moins qu'elle soit énorme, n'aura aucun impact. D'ailleurs, les dirigeants du FdG n'y croient pas ; ils espèrent juste marquer des points pour plus tard...
 Dans le futur, on pourrait parfaitement espérer qu'un gouvernement français déterminé, à la tête de la deuxième puissance économique du continent et de la bientôt première puissance démographique, puisse envoyer paître la Commission Européenne et mener la politique qu'il souhaite. Par contre, je plains d'avance les petits pays...

Cet état d'esprit défaitiste, je dois bien l'admettre, ne m'empêchera pas d'aller manifester dimanche prochain, tout en oubliant pas que la vraie bataille a été perdue auparavant, lors des élections en particulier. Au moins cette manifestation nous permettra-t-elle de nous retrouver et d'entretenir notre moral...


vendredi 18 mai 2012

Quelques réflexions sur un mandat qui débute.

Quand on réfléchit au nouveau quinquennat qui débute, on ne peut que s'inquiéter de l'avenir, et particulièrement des élections de 2017. Tu vas me dire, cher lecteur, que je prends de l'avance, mais il faut bien y penser.

Je n'aimerais pas être à la place de François Hollande. Déjà, il faut déjà avoir de sacrés névroses pour vouloir occuper ce poste (égo surdimensionné, surmoi énorme). Ensuite, l'avenir proche est tellement sombre pour le continent qu'il faut y ajouter de sérieuses tendances masochistes, dans ce contexte, pour l'avoir voulu maintenant.

Surtout, le président est face à une sacré responsabilité.

Les Français ont choisi l'une des composantes de la gauche, le Parti socialiste, pour exercer le pouvoir. Cette désignation s'est faite dans le cadre d'une crise économique grave, d'un niveau élevé de l'extrême-droite et d'un rejet fort de Nicolas Sarkozy. En clair, nos concitoyens sont inquiets, ont fait un choix en grande partie par défaut et peuvent maintenant observer les actes du président et de son gouvernement sans avoir l'objectif de virer le précédent.

Pourtant, la situation historique, d'une certaine façon, oblige le président et la majorité à la réussite ! 

Si la gauche échoue, vu l'évolution de l'UMP, il est possible que nous ayons au pouvoir un attelage FN-UMP. Certes, j'aimerais croire que le Front de Gauche pourrait succéder au PS, comme le crie Mélenchon partout, mais je ne suis pas naïf : la tradition dans notre pays est de faire alterner la gauche et la droite, et nous ne sommes pas encore dans une situation grecque (même si cela nous pend au nez).

Il va donc falloir à la fois résoudre la crise économique que nous vivons et améliorer les conditions de vie des plus pauvres de notre pays : une belle croix à porter...

Un collègue m'a transmis un article de Gérard Filoche qui appelait le Front de Gauche à bouger son positionnement pour relever ce défi avec le PS. Il faudrait que Mélenchon abandonne son kominternisme maladif et, en contre-partie, que le PS abandonne le social-libéralisme. Les deux me semblent totalement hors de portée pour le moment.

Filoche critique vigoureusement la tactique anti-Le Pen de Méluche. D'autres l'ont fait dans la blogosphère. A mon sens, ils se trompent complètement. Depuis 30 ans, on a hésité entre une ignorance du FN, une diabolisation ou sa normalisation. Tous les partis ont navigué là-dedans, y compris d'ailleurs les composantes actuelles du Front de Gauche. Ces trois tactiques ont échoué. Mélenchon veut affronter Le Pen sur le plan des idées et de la théorie. Je ne sais pas si cela marchera, et sans doute pas si Mélenchon s'obstine à manier parfois l'insulte. Je crois qu'il faut combattre le FN sur le plan des idées pour montrer que cette femme à un programme qui n'est pas de gauche, contrairement à ce qu'elle dit, mais qui n'est pas de droite non plus et qui n'est même pas républicain. Certains s'inquiètent du risque de médiatisation à outrance du FN : son absence des médias entre chaque élection depuis 30 ans ne l'a pas empêché d'avancer, alors, mettons ses contradictions en lumière ! Cependant, je l'admets complètement : le seul moyen de faire vraiment reculer le FN est de sortir ses électeurs de la mouise, en sachant qu'on ne pourra pas ramener de toute façon une part de l'électorat habituellement d'extrême-droite.

Filoche dit une seconde bêtise. Il affirme qu'il faut que le FdG concentre ses attaques sur la droite globalement pour faire baisser le FN. Au contraire, il ne faut pas faire cela. Les deux camps sont différents et n'ont pas les mêmes objectifs. Si l'on se concentre sur l'UMP, on laisse à penser que le FN, lui, est moins dangereux. De toute manière, le FdG n'a pas cessé aussi d'attaquer Sarkozy durant la campagne, mais pas sur les mêmes motifs. Pour moi, l'UMP reste un parti républicain. On n'est pas d'accord sur un grand nombre de points, mais on ne peut la ranger dans le camp de l'extrême-droite. Sinon, on diffuse dans la population l'idée que, hors de la gauche, la démocratie serait menacée. Ce n'est pas vrai, et l'alternance que nous venons de vivre le prouve.

Après, si l'UMP fait le choix de l'alliance avec le FN, il faudrait changer de position, mais pour le moment, heureusement, ce n'est pas le cas.

lundi 7 mai 2012

Très vite, François Hollande va pouvoir montrer s'il a du cran !

Certes, cher lecteur, on est content que Sarkozy ait perdu et on peut savourer ce moment. Je ne me fais que peu d'illusion sur les capacités du président élu à imposer une autre politique à l'Union européenne, mais on va le savoir très vite. En effet, le président élu va devoir rapidement se mettre à l'ouvrage.



Dès aujourd'hui, l'Europe doit affronter la crise grecque qui vient de connaître un nouveau rebondissement. Les médias français se sont focalisés sur l'entrée au Parlement du parti néo-nazi Chryssi Avghi et on ne peut que le déplorer : voir des nazillons au Parlement dans un pays où, pendant la seconde guerre mondiale, un Grec sur sept a trouvé la mort, c'est affligeant. Cependant, la Grèce souffre terriblement et ce score est un signe de cette crise. 

Pourtant, il faut largement le relativiser. Ensemble, tous les partis de gauche ont la majorité en voix (et personne ne le dit ici). Ils ne peuvent cependant pas gouverner ensemble car le parti conservateur a reçu un bonus de 50 sièges pour être arrivé en tête, et le PASOK et les autres s'opposent totalement sur l'austérité. Le parti conservateur va tenter de trouver une majorité avec le PASOK, qui a assumé avec lui les plans de rigueur. Il lui manque juste le soutien d'un autre parti pour pouvoir gouverner (les deux partis ont 149 sièges sur 300). S'il n'y parvient pas, François Hollande va rapidement pouvoir montrer ses capacités de leader de caractère européen en essayant de pousser Angela Merkel à bouger sa position sur la gestion de la crise de la dette, avant que la Grèce ne claque la porte de l'euro et fiche la monnaie unique en l'air.


A propos de la Grèce, les médias ne disent rien, ou très peu, sur les scores très importants des partis équivalents à notre Front de Gauche, avec une des formations qui se place devant le PASOK et un total de plus de 30% des voix. On reproduit ici ce qu'on a fait en France ces deux dernières semaines, en occupant la scène avec une extrême-droite très minoritaire et en nette baisse, puisque le LA.O.S. (équivalent du FN) a nettement baissé suite à sa participation au gouvernement. On évite ainsi de parler des différents choix possibles face à la crise de la dette. 

Une seconde échéance permettra à François Hollande de montrer qu'il a du cran : le sommet de l'OTAN a lieu à Chicago à partir du 20 mai. Le président élu s'était positionné pour un retrait d'Afghanistan d'ici à la fin de l'année, avançant d'un an l'échéance fixée par Nicolas Sarkozy. On verra vite s'il parvient à résister aux pressions de nos alliés pour rester dans ce pays. Tiens, si on quittait l'Afghanistan, on réduirait les dépenses publiques au passage.

En attendant, le nouveau président peut profiter, pour très peu de temps, du bénéfice du doute...

samedi 28 avril 2012

Ah, enfin un 1er mai où il y aura du monde !

Le titre du billet est provocateur, cher lecteur, je le sais très bien, et il faut que je m'en explique.

Cela fait maintenant onze ans que je travaille. N'étant pas issu d'une famille ancrée dans les rites syndicaux, ma participation aux défilés du 1er mai avait été avant très épisodique. Depuis, je m'y suis mis progressivement, et le moins que l'on puisse dire est que le 1er mai ne mobilise pas massivement les foules.

J'ai souvenir de trois 1er mai relativement important : le premier était de loin celui de 2002, à cause du passage de Le Pen au second tour, très politique celui-là ; le deuxième celui de 2003, lorsque nous étions en plein démarrage du mouvement contre la réforme Fillon des retraites, où il y avait eu énormément de monde ; le dernier était celui de 2010, alors que la réforme Woerth des retraites s'annonçait, commençant à faire bouger les foules.

A part ces deux dates, et sans renier nullement la charge symbolique de cette journée, il faut quand même admettre que la masse des travailleurs a cessé de considérer cette manifestation comme un passage obligé pour s'en servir uniquement dans des situations difficiles ou conflictuelles. Le reste du temps, le 1er mai est un rassemblement de personnes souvent engagées ou très concernées, qui peut être important, mais qui ne réunit pas non plus des foules délirantes. L'affaiblissement régulier des syndicats ces trente dernières années explique sans doute cela de même que la capacité à rédiger des appels unitaires, mais aussi la difficulté du travail pour de nombreux salariés et la volonté de profiter d'un jour férié bienvenu ou d'un pont très bien placé, comme celui de cette année d'ailleurs. Peut-on leur en vouloir ? Non, bien sûr...

Or, ce mardi, le 1er mai reprend un ton politique, comme en 2002, mais pour des raisons différentes. En effet, notre président a choisi d'en faire un moment de clivage de sa campagne. En dehors de tous les délires de dénonciation saisissant les deux camps, il faut faire quelques rappels bienvenus.

Tout d'abord, est-il normal que le 1er mai se politise ? Bien sûr ! Il faut rappeler que son origine vient de l'internationale socialiste en 1889. Il s'agit donc, à l'origine, d'une date très politique dans laquelle les syndicats s'inscrivent.

Est-ce un problème pour les syndicats ? Je ne vois pas vraiment en quoi, d'autant plus que plusieurs ont appelé à faire battre Sarkozy, en particulier la majoritaire CGT. Les syndicats auraient maintenant du mal à dire qu'ils souhaitent rester totalement en dehors de tout ce qu'il se passe autour d'eux !

Est-il normal que les partis de gauche manifestent avec les syndicats ? Depuis dix ans que je fais des 1er mai, les partis de gauche sont toujours présents, en général sur les trottoirs, et clairement visibles. Le PS est d'ailleurs en général présent aussi, ce qui rend la volonté de Hollande d'atténuer les choses assez mystérieuse finalement. Donc, il n'y a rien d'anormal.

Est-ce un problème que les autres mouvements politiques s'en saisissent ? Cela fait trente ans que le FN a tenté de récupérer le 1er mai, et c'est loin d'être une nouveauté à l'extrême-droite, dont toute une frange a un ancrage social fort. Il s'agit pour elle de cliver face à la gauche et de se trouver une date symbolique qui permet un rassemblement. Quant à l'UMP, il est évident que Sarkozy fait une tentative de clivage et de récupération qui ne tiendra que cette année : il n'y a aucune tradition à droite de ce type de choses, et les manifestations, ce n'est pas le genre de la maison.

Y a-t-il un risque que cela dérape, vu que tout ce beau monde va se retrouver dans les rues ? On se pose chaque année la question, vu que le FN se réunit dans Paris, mais cela n'arrive pas, tout simplement parce que les cortèges ne se croisent pas. D'ailleurs, cette année encore, le FN se réunit le matin devant la statue de Jeanne d'Arc alors que les syndicats ont appelé à Denfert-Rochereau à 15h. Quant au rassemblement de l'UMP, à 13h30 au Trocadéro, il est encore plus éloigné du parcours plus tardif Denfert-Rochereau-Bastille.

Quant aux éventuels affrontements qui pourraient se produire, je n'y crois pas une seconde. En effet, Sarkozy n'y a aucun intérêt, vu que c'est lui qui a souhaité ce clivage et cette confrontation. Si cela dérape, il sera tenu pour responsable de tout ce bordel et je ne pense pas qu'il en ait besoin pour gagner cette élection. On peut donc penser que la mobilisation policière sera elle aussi très conséquente.

Après, restent tous les autres défilés, mais il me semble que la manifestation sarkozyste se cantonnera à la capitale...

Alors, ce 1er mai, souhaitons que le cortège des syndicats soit le plus massif possible et rassurons-nous, tout se passera bien, à priori...

mercredi 4 janvier 2012

Elections en Grèce : pour qui voter ?

Je n'aimerai pas être citoyen grec en ce moment.

Comme tu le sais sans doute, cher lecteur, la Grèce est dirigée depuis novembre 2011 par un gouvernement d'Union nationale visant à rassurer les marchés qui vident le pays depuis 2009. Cette coalition reste dominée par le PASOK, mais elle est maintenant menée par un Premier ministre technicien, Lucas Papademos, ancien vice-président de la Banque Centrale Européenne, qui avait participé au truquage des comptes de la Grèce lors de son accès à l'euro... Ça doit rassurer tout le monde...

Ce gouvernement accueille deux ministres du parti conservateur, autant mouillé dans les truquages que le PASOK, mais aussi un ministre issu du parti d'extrême-droite, Mavroudis Voridis, qui se trouve aux transports. Un secrétaire d'Etat est aussi issu de ce parti, Adonis Goergiadis.

Ces nominations n'ont pas franchement soulevé de tollé en France. On ne peut que s'étonner de cette évolution, car ces avancées de la droite extrême se produisent partout en ce moment, comme en Hongrie. Et en France, Marine le Pen caracole dans les sondages autour de 20% au premier tour des prochaines présidentielles.

L'extrême-droite grecque fait maintenant campagne sur le thème de la protection de la souveraineté nationale et de l'arrêt des privatisations et des baisses de salaire et des pensions de retraite, que le PASOK a rigoureusement appliqué suite aux demandes de l'UE.

Aux dernières élections, le parti Laos n'était qu'à 5,63% des voix. Il est à craindre que son score, avec ce programme et malgré sa participation au gouvernement, soit en nette hausse.

Avec une telle alliance, que reste-t-il comme choix au citoyen lambda grec qui rêverait d'une autre politique ?

Aucun, je le crains...

Et les élections législatives ont lieu dans un mois...

lundi 31 octobre 2011

La Grèce fait le choix de la démocratie : enfin, on arrive au dénouement...

On vient de l'apprendre : les Grecs devront dire s'ils acceptent l'accord européen de la semaine dernière par référendum.

Depuis les dernières élections, la population a subi des plans à répétition qui ont concerné les classes moyennes, les retraités, les fonctionnaires, les pauvres, mais très peu les riches, l'armée, l'Eglise... Certes, les Grecs portent une lourde responsabilité dans leur situation.

Voilà qu'on leur donne la possibilité d'assumer les responsabilités de ce qu'ils vivent, ou pas !

Certains ont peur. Moi, non. Le peuple grec va s'exprimer, librement, et va pouvoir choisir la faillite ou le plan européen. L'enjeu est important, nous sommes bien sûr concernés, mais il est tout de même fondamental qu'une population puisse librement s'exprimer sur ce qui lui arrive, qu'elle est le droit de se prononcer sur la tutelle étrangère, qu'elle puisse dire aussi si elle s'estime responsable du désordre qu'elle supporte.

Si nous pouvions trancher par le vote, accepterions-nous les idées de notre président et de son gouvernement ? Aurions-nous majoritairement la même vision que nos dirigeants sur les causes et les solutions à apporter ? Au moins aurions-nous la possibilité d'en débattre bien plus franchement que nous ne le faisons aujourd'hui...

Dans tous les cas, on approche du dénouement...

mercredi 10 août 2011

La crise risque de faire ressortir la stratégie des bouc-émissaires.

Suite à un début de discussion sous un billet publié par H16, je voudrais signaler un danger qui risque de traverser le débat politique dans les prochaines semaines, voire dans l'année électorale à venir.

Nous entrons, cher lecteur, dans une nouvelle phase de la crise financière débutée en 2008. A l'époque, les banques ont connu des difficultés et les Etats leurs sont venus en aide. Aujourd'hui, on atteint le stade suivant, qui est une crise générale de la dette publique, à laquelle s'ajoute, même si ce n'est que très peu évoqué, une crise de la dette privée qui se poursuit depuis 2008.

Très rapidement, tous les courants politiques vont mettre en avant leurs habituels bouc-émissaires pour faire passer leurs programmes. De notre côté, à gauche, nous allons nous mettre à taper sur les riches et sur les entreprises, ce qui est notre habitude, il faut quand même l'admettre. Les autres courants vont pousser leurs idées. Les libéraux vont demander la rigueur et un retrait de l'Etat. La droite étatiste va frapper sur les fonctionnaires, les assistés, les immigrés et les pays étrangers (on a fait le coup des PIGS, on attaque la Chine en ce moment) et proposer des réformes bling-bling. L'extrême-droite va se mettre à accuser les juifs, sans doute, et/ou tous les types de non-Occidentaux qui pillent nos budgets, couverts par les socialo-communistes. Ces arguments sont faciles, mais ils ne régleront rien. Ils nous mettront en route vers l'un des moyens classiques de résoudre les crises de la dette publique et/ou privée : la guerre, tout simplement.

Pour affronter cette crise de la dette, il faut que tous les courants politiques soient capables de mener des analyses sérieuses et argumentées. Il faudrait ne pas se contenter de quelques phrases, de quelques dogmes. La situation nous oblige à passer au-dessus de cela, d'être capable de proposer des solutions. Devant l'urgence, on attend des propositions concrètes. Tout le monde doit être capable de proposer des solutions en toute conscience et en toute responsabilité, compréhensibles par les électeurs et qui ne se contentent pas de désigner des adversaires.

Il n'y a qu'une question fondamentale, pour moi : qui va payer cette dette et comment va-t-on faire pour réinventer un système qui ne fonctionnera pas à crédit ? Là, je suis dans une vision politique, mais il me semble évident que c'est cet usage délirant, sans contrôle et sans appui sur le réel du crédit qui est à la base de tout cela. Il faut en sortir. J'ai mes idées sur la question, mais je trouve toujours intéressant de lire celles des autres, du moment qu'on est capable de sortir de la caricature et de la bouc-émissarisation (tiens, je viens d'inventer un mot) du discours politique.

Personnellement, je trouve que c'est un beau moment. On est sorti des dogmes et des recettes toutes faites. Le moment historique est là où tout le monde peut proposer ses idées librement, sans pression idéologique. Voilà un beau moment qui peut produire une belle rénovation de la démocratie. Les électeurs devraient avoir la possibilité, en 2012, de choisir comment il faudra payer cette dette et quelles sont les recettes, proposées par les courants politiques de tout poil, qui seront appliquées.

On peut aussi se décider à s'enfoncer dans le non-débat. On peut aller ainsi vers la guerre. C'est comme cela qu'en 1914 et en 1939, nous avons résolu cette problématique, en détruisant du capital et en repartant de plus bas. J'espère que je me trompe, mais l'histoire a une lourde tendance à me donner raison.

lundi 8 août 2011

Pendant que le système économique s'effondre, on se mord la queue.

J'ai beau être sexy et intelligent, voire même parfois capable de certaines fulgurances, il y a vraiment quelque chose que je ne comprends pas, dans cette crise.

Comment est-il possible, alors que le PIB des pays occidentaux, globalement, a quasiment doublé depuis les années 1970 (époque où les Etats-providences existaient déjà et où le poids des impôts et de toutes les cotisations sociales de tout poil était lourd), nous soyons tous en train de nous effondrer sous le poids de nos dettes publiques et/ou privées aujourd'hui ?

Je ne sais pas s'il y a un déclin de l'Occident, mais si ce déclin existe, sans doute est-il bien plus idéologique et intellectuel qu'économique...

vendredi 22 juillet 2011

Je suis allé me faire voir chez les Grecs : quelques impressions.

Ça y est, cher lecteur ! Une nouvelle fois, sous nos yeux ébahis, les dirigeants européens se sont réunis pour sauver la Grèce du gouffre financier dans lequel elle est plongée. Après avoir fermé les yeux pendant dix ans sur les trucages que les différents gouvernements grecs pratiquaient dans leurs comptabilités, les moralistes européens continuent de mettre en place des plans de sauvetage. Hier, c'est la vision de l'Allemagne qui l'a emporté.


Dans ce maelström financier, on pourrait penser que les Grecs seraient tentés par des idées révolutionnaires. Plusieurs choses pouvaient laisser le penser. On ne s'en rappelle que peu, mais en 2008, ce pays a été secoué par des violentes émeutes sur la question salariale. Aujourd'hui, les salaires et les pensions de retraite sont en train de baisser ! D'autre part, la population grecque pourrait largement se sentir en colère devant les manipulations de leurs hommes politiques. Faut-il rappeler que les fameux plans de sauvetage, s'ils exigent des réductions drastiques des budgets sociaux et des privatisations massives, ne demandent pas du tout au gouvernement grec de taxer les plus riches (tiens, leurs impôts viennent de baisser) alors que les inégalités sont parmi les plus fortes d'Europe, de baisser les exorbitantes dépenses militaires (dont la France et l'Allemagne profitent largement) ou de taxer l'Eglise, l'un des principaux propriétaires du pays et qui bénéficie de l'exemption fiscale ?

Il s'avère qu'avec la Privilégiée, nous avons passé quelques jours en Grèce et nous venons de rentrer, ce mercredi. J'étais impatient de découvrir cette ambiance pré-révolutionnaire joyeuse et positive qu'en tant que bon gauchiste, j'aimerais trouver partout. En effet, les médias français avaient un peu joué sur ce risque ces derniers temps. On avait abondamment vu des images des quelques affrontements qui s'étaient déroulés en juin dans le centre d'Athènes. De plus, la ville était touchée par une extension du mouvement des Indignados, apparu en Espagne, et qui avait fait des petits en Grèce, sur la place Syndagma, place centrale d'Athènes où se situe en particulier le Parlement. Si tu es venu à Athènes, cher lecteur, c'est là où les touristes viennent voir les gardes en robes et à pompon faire leur relève.



Nous nous sommes donc lancés dans Athènes, dans notre arrivée sur place. En plus, le hasard faisait bien les choses : nous avions trouvé un hôtel dans le quartier d'Exarchia, quartier étudiant et très à gauche, où nous espérions bien pouvoir observer la révolution en marche.


D'ailleurs, mes compatriotes étaient assez compatissants envers nous : "mais vous êtes sûrs que c'est une bonne idée ? Et si jamais le pays faisait défaut, dans quel désordre vous allez vous retrouver ! Vous devriez peut-être prendre des Travelers et éviter d'utiliser vos cartes de crédit. Et surtout, pas de liquide ! Faites bien attention à vous à Athènes, hein ?"

Je dois te dire que nous n'avons pas du tout trouvé ce que je cherchais. Certes, la présence policière à Athènes est réelle et même un peu pesante, mais nous ne nous sommes jamais, à un quelconque moment, senti menacé par qui que ce soit, de jour comme de nuit. Certes, un vague campement subsiste sur la place Syndagma, mais il doit rester au maximum 300 personnes présentes. D'ailleurs, lorsque nous étions présents, le maire d'Athènes a convoqué les représentants des Indignés pour leur demander de lever le camp, histoire de préserver la saison touristique : bonne preuve de la faiblesse de ce mouvement. Ailleurs, dans le pays, que ce soit dans la région d'Athènes ou sur les îles, nous n'avons vu aucun signe d'une éventuelle révolution en marche.


Dans les discussions que nous avons pu avoir avec quelques Grecs, l'idée révolutionnaire était pourtant présente, mais de manière très lointaine, et c'était le désespoir qui dominait. Très souvent, revenait l'idée que les Grecs eux-mêmes avaient des responsabilités et qu'ils allaient devoir changer. Cependant, les plans d'austérité et l'intervention de l'UE et du FMI sont vus comme des diktats et l'idée dominante est que les vrais responsables (la classe politique et la bourgeoisie grecque) ne sont pas du tout remis en cause. D'ailleurs, nos interlocuteurs se demandaient bien pour qui ils pouvaient bien voter, vu la compromission générale de leurs politiciens, que ce soit la droite qui avait participé au trucage des comptes ou le PASOK qui mettait en musique les plans d'austérité.

Ce désespoir se manifestait aussi dans l'abord de la saison touristique. Les Grecs en espéraient apparemment beaucoup, histoire de soutenir l'économie et de mettre un peu d'huile d'olive sur la fêta. Certains médias ont malheureusement fait leur office. D'après une hôtelière, si les Français, les Anglais et les Scandinaves restaient massivement présents, en ce début du mois de juillet, les Allemands, très importants d'habitude et gros consommateurs, étaient totalement absents, de même que les Américains. La saison touristique s'annonce donc moins bonne que d'habitude.

En clair, les Grecs que nous avons rencontré se partageaient entre résignation et désespoir. Pas d'espérance en un monde meilleur pour le moment, semble-t-il.

Certes, je n'y ai pas trouvé le vent révolutionnaire que j'attendais, mais plutôt une sourde inquiétude. Il faudrait quand même que nos dirigeants comprennent qu'en assommant les populations et en brisant les possibilités d'espérance, on ne rend pas service à la démocratie. Les conséquences pourraient être graves sur le plan politique, dans un futur assez proche. Quand un peuple n'a pas d'issue, que fait-il, cher lecteur ?

jeudi 30 décembre 2010

Par la réforme du bac STI, la France entérine la disparition de son industrie.

En France, on se passionne toujours, lorsqu'on parle d'éducation, sur des sujets touchants les matières générales. Par exemple, la disparition de l'histoire-géographie en terminale scientifique a fait couler beaucoup d'encre durant les mois précédents. On s'intéresse beaucoup moins à toute une série de matières et de disciplines qui concernent plutôt les domaines techniques et industriels. Aujourd'hui, il existe plusieurs bacs techniques et professionnels qui forment à ces voies. Dans les lycées généraux et techniques, on trouve principalement les bacs Science et technologies industrielles (STI) et Sciences et technologies de laboratoire (STL). Ces bacs aboutissent à des formations courtes dans le supérieur et donnent en général de bons débouchés aux élèves qui les choisissent. Ils ont largement participé à la démocratisation du baccalauréat engagée dans les années 1980.

Le bac STI nécessitait une réforme car ses programmes dataient de 1993. Les syndicats enseignants la réclamaient largement et un premier projet était en préparation sous les gouvernements Raffarin puis De Villepin, avec de fortes discussions entre entreprises, gouvernement et syndicats enseignants. Il avait presque abouti mais Xavier Darcos le suspendit brutalement en 2007. A l'époque, nous avions pensé que le ministère allait tout simplement le supprimer, laissant ces formations à l'enseignement professionnel.

Or, dans le cadre de la réforme du lycée, le gouvernement y est revenu, annonçant au début de 2010 la naissance du bac Sciences et technologies Développement Durable (STI2D)... Bon, voici encore le développement durable qui réapparaît et qui encadre le futur de nos ouvriers spécialisés. Actuellement, ce terme figure dans tous les programmes de l'école, à tous les niveaux. A ceux qui croient que l'éducation n'a plus d'objectifs politiques...

Au-delà de ce terme, il est intéressant de regarder ce que contient ce nouveau diplôme qui remplacera la STI le 1er septembre prochain. Tout d'abord, les enseignements généraux sont nettement augmentés (avec l'arrivée de la 2e langue). Surtout, on change totalement l'approche de la partie technique en abandonnant le travail sur machines et en s'appuyant uniquement sur des notions théoriques et de conception. En clair, on met en place un bac qui n'est plus du tout une voie permettant de former des ouvriers très qualifiés mais visant plus précisément à former des concepteurs et des ingénieurs. La formation des ouvriers retombe donc sur le lycée professionnel.

On peut voir clairement l'objectif budgétaire qu'il y a derrière ça : en se passant des ateliers, on fait d'importantes économies, et les régions qui ont construit ces dix dernières années de magnifiques lycées autour de machines flambant neuves vont en être pour leurs frais. Il y a aussi là-dedans de grosses économies de postes et les premières vraies attaques contre les statuts des enseignants, mais je voudrais plutôt souligner autre chose et m'intéresser aux discours des inspecteurs de ces disciplines.

Lorsque ceux-ci présentent le nouveau bac aux enseignants, ils n'y vont pas par quatre chemins et sont très directs : la France ne doit plus former d'ouvriers, même très qualifiés, mais des concepteurs. Nous sommes dans une situation où il est évident que les tâches de fabrication ne se feront plus ici et il devient inutile d'envoyer des jeunes dans le mur en les formant à des métiers qui n'existeront plus dans notre beau pays.

Cette réforme permet de se comprendre trois choses à propos des politiques menées actuellement par notre gouvernement :

  • Tout d'abord, on peut vraiment remettre en cause ce calcul. En effet, les nouveaux pays industrialisées se sont depuis longtemps attaqués à la conception mais ne maîtrisent pas toutes nos techniques industrielles. Se priver de bons ouvriers en s'appuyant sur une organisation du travail déjà dépassée est très risqué. Très vite, nous n'allons plus du tout être les commandants de la production des usines du Sud, mais les concurrents de ces mêmes pays sur des productions industrielles équivalentes aux nôtres. Nous pourrions encore conserver un peu d'avance, mais si nous formons des cerveaux, nous n'aurons plus de bras.
  • Ensuite, cette réforme sépare les parcours possibles pour les jeunes entre le général et le professionnel. Que vont devenir tous ces gamins qui partent aujourd'hui dans le technique s'ils n'ont plus le choix qu'entre du général pur ou du technique très élevé mais forcément difficile, et du professionnel très mal vu dans notre pays ?
  • Enfin, on peut clairement remettre en question les beaux discours de notre président sur la soi-disant réindustrialisation nécessaire de la France. On peut toujours ramener des usines ici, mais si on a plus d'ouvriers très qualifiés à y mettre, quel intérêt ?
En clair, l'Etat a fait un choix fort : la France poursuivra définitivement sa désindustrialisation. On ne peut que s'en étonner et même s'en inquiéter.

Je me demande bien ce qu'en pensent les patrons des entreprises industrielles qui sont encore en France et qui ont choisi d'y rester. Sont-ils informés que les filières qui leur fournissent leurs salariés vont profondément changer ? Cher camarade employeur, il est à craindre que tu sois obligé de délocaliser, même si tu ne le voulais pas.

Étonnante époque...

vendredi 3 décembre 2010

Solidarité ? Ah, ben non...

Le vendredi soir, je quitte mon lycée dit difficile entre 17h30 et 18h00. Pour rentrer dans ma commune de résidence, je dois traverser la moitié du département. Durant mon trajet, j'emprunte une ligne de tramway.

Ce soir, je me trouvais tranquillement assis, en train de m'amuser avec mon smartphone. J'étais à deux stations du terminus et je venais de lire mes mails et de constater que Manuel avait dégainé cinq billets en trois jours, provoquant les habituels sarcasmes bienveillants de Fabrice. J'ouvrais donc mon reader pour voir si Manuel avait réussi à parler d'autre chose que d'Israël.

A ce moment précis, j'ai eu un drôle de sentiment, comme une menace pendante qui se trouvait près de moi. Nous étions à un arrêt et le chauffeur du tram était en train de faire retentir la sonnerie indiquant qu'il allait boucler définitivement les portes. Une main se posa sur mon téléphone et tenta de l'arracher.

J'ai eu un pot énorme, pour deux raisons simples. Tout d'abord, mon téléphone est équipée d'une coque en plastique qui peut être assez glissante, d'autant plus qu'elle a une lourde tendance à retenir tout ce qui traîne sur mes mains lorsque je me retrouve dans les transports. Surtout, à ce moment précis, j'étais agrippé au téléphone, impatient de lire la prose de mon petit camarade.

J'ai tiré sur le téléphone, me demandant ce qui allait se passer. Le gamin, parce que c'en était un, d'après ce que j'ai pu apercevoir, pouvait très bien me décocher une mandale, histoire que je lâche, d'autant plus que j'étais assis et que je ne pouvais riposter ou me défendre sans lâcher le téléphone. Or, le gosse a fait un choix stratégique tout autre. Voyant que je ne lâchais pas, il a préféré filer vers la porte qui se refermait pour éviter de se retrouver coincé avec moi dans la cabine du tram. Il a réussi, d'autant plus que personne n'a tenté de l'arrêter.

Je suis resté estomaqué quelques secondes, puis j'ai repris ma lecture, en espérant que Manuel avait été bon. Malheureusement, je suis tombé sur un billet sur les futures coupes du monde de foot...

Je pourrai me lancer ici dans un billet sur la dangerosité congénitale du 93, sur la gravité de la délinquance juvénile ou sur la mauvaise qualité des transports en commun. Franchement, non... Cela fait 33 ans que j'habite ce département, et c'est la première fois que je subis un truc pareil. Cela fait donc une agression tous les 33 ans, ce qui fait tout de même une bonne moyenne. Par ailleurs, on sait tous que le vol existe, même dans les sociétés les plus policés. Je suis juste atterré de voir un gamin qui n'avait sans doute pas plus de 15 ans se lancer dans des actes pareils.

Par contre, je dois te dire que je ressens un véritable agacement à l'égard des autres passagers de la rame. Certes, il leur était impossible d'intervenir : le gamin avait parfaitement préparé son coup. Il passait simplement dans le couloir, et il n'y avait absolument personne entre moi et la porte. Même la dame en face de moi n'aurait sans doute rien pu faire, du fait de la rapidité du geste.

Mais après, cher lecteur ? Certes, la dame assise en face a levé les yeux de son livre et m'a fait un sourire mais personne n'a daigné m'adresser la parole. Quelqu'un aurait au moins pu juste me dire un mot. Non, rien, absolument rien. Seul un homme est venu me voir, lorsque le tramway est arrivé à son terminus (5 mn plus tard) et que je me dirigeais vers le RER, pour me proposer un témoignage. Je l'ai remercié de sa sollicitude, mais comme le portable était toujours dans ma poche et que je n'avais pas vu le visage de l'enfant, on en restait là.

Cette absence totale de solidarité est tout de même étonnante. Je n'attendais pas non plus un élan massif, mais un simple "ça va, Monsieur ?" aurait pu suffire amplement. Certes, il n'y a finalement rien de grave et la vie continue, avec mon téléphone. Elle aurait continué de la même façon sans.

Mais ce soir, je suis de bonne humeur, parce que j'ai eu un coup de chance. Tant mieux. Je vais aller jouer au loto.