mercredi 1 octobre 2008

Quelques réflexions sur l'obésité et la malbouffe.

Aujourd'hui, Manuel a publié un intéressant billet, suite à un post de Nicolas hier sur les mesures du gouvernement contre l'obésité. S'est engagée ensuite une discussion intéressante à huit mains (pour le moment). Cela m'a rappelé un texte publié sur mon ancien blog le 22 août 2007, à mon retour des États-Unis. J'y demandais qu'on laisse les gros et les maigres en paix, et qu'on paie leurs soins. J'ai d'ailleurs évolué là-dessus, car je ne crois plus à l'importance de l'éducation des enfants par l'école mais plutôt par la famille. Je maintiens cependant que les cantines scolaires doivent jouer un rôle qu'elles ne peuvent remplir vus les moyens disponibles. Voici donc ce texte un peu remanié et corrigé. Bonne lecture !

"Mon voyage aux États-Unis et mon passé récent m'ont amené à me poser des questions sur la façon dont notre société construit un modèle non seulement social mais aussi individuel qu'on tente de nous imposer.

Lorsque je vivais encore chez mes parents, avant 2001, j'étais un individu de constitution normale, avec un poids qui correspondait à ma taille, d'après ce que disait le médecin. Puis, j'ai déménagé dans mon premier domicile, où j'ai commencé à vivre ma vie de célibataire indépendant. J'ai constaté, au bout d'un an et demi, que certains de mes vêtements devenaient trop petits, mais à l'époque, j'ai considéré que cela venait des vêtements, et non de moi-même. J'ai vécu ainsi sans me poser de questions, et j'estimais que je devais me situer quelque part entre 80 et 90 kg (pour 182 cm). Un beau jour d'octobre 2004, j'étais chez mes parents avec ma soeur qui m'a mise au défi de remonter sur une balance, ce que je me suis empressé de faire pour ne pas paraître couard. Et là, avec effarement, j'ai découvert que je faisais 99 kg bien tassés !!!

Normalement, en comparant ma taille et mon poids, j'étais obèse. Pourtant, sur le moment, même si j'ai eu un sentiment d'abattement, j'ai continué à vivre comme avant, et je ne me suis pas senti mal. J'ai commencé à faire régulièrement du footing avec ma soeur, ce qui m'a permis de tomber à 91 kg, mais le poids repartait à la hausse dès que j'arrêtais de courir. C'est en juin 2006 que j'ai eu un déclic et que je me suis dit que j'en avais marre de ce corps : j'ai pris contact avec une nutritionniste, et j'ai remis en ordre mon alimentation. J'ai perdu, depuis juin 2006, 18 kg et maintenant, je me sens à nouveau bien. Pourtant, je supporte de plus en plus mal le processus de culpabilisation que mène la société contre les gros.

J'ai pu voir cet été que ce mouvement était particulièrement fort aux États-Unis, pays des obèses par excellence. Tous les magazines, toutes les publicités, toutes les personnes célèbres mettent en valeur la minceur, dans un pays où le système économique pousse les citoyens à manger largement au-dessus de leurs besoins alimentaires. L'industrie, loin de promouvoir une alimentation saine et équilibrée, pousse à la consommation de compléments de repas chers et dangereux pour la santé s'ils sont mal utilisés, tout en mettant en avant une nourriture de mauvaise qualité et trop importante en quantité de l'autre côté. Ma soeur et son mari, heureux habitants de la lointaine Amérique, me l'ont démontré : si on veut manger sain et équilibré aux États-Unis, il faut avoir des moyens financiers importants, ce que, encore plus qu'en France, les Américains moyens n'ont pas.

Alors, je me pose beaucoup de questions sur cette culpabilisation de groupe. Pour moi, la seule chose importante, c'est que les gens soient biens dans leurs corps. Lorsque j'étais gros, je ne me sentais pas mal, cela correspondait à un moment de ma vie. Cela a changé brutalement, sans que je sois vraiment capable d'expliquer clairement pourquoi. Or, les gros (et les très maigres d'ailleurs) sont culpabilisés.

Le seul argument qui pourrait expliquer que la société s'intéresse à ce problème, c'est la santé publique. Que nous soyons plus ou moins beau, plus ou moins séduisant, que nous dépensions plus d'argent en nourriture, que nous mangions des trucs dégueulasses, finalement, ce sont des problèmes individuels. La séduction et l'attractivité que chacun exerce est un choix personnel, et j'ai connu des gros (et des grosses) qui n'avaient aucun mal à trouver chaussures à leurs pieds. Maintenant, les Américains découvrent que l'obésité massive de leur population entraîne une hausse conséquente des dépenses de santé dans le PIB (ce que les industries pharmaceutiques trouvent assez intéressants...). A ce moment-là, a-t-on le devoir d'obliger les gens à atteindre leur poids optimal pour réduire les frais ? Ce type de politique peut être développé pour l'alcool ou le tabac parce que, dans ces cas précis, les saouls peuvent tuer des gens sur la route, et les fumeurs dérangent les non-fumeurs. Une personne qui mange beaucoup ou très peu est-elle une menace pour les autres ? A l'évidence, non, et si chacun prend des risques pour soi, c'est son droit. Nous cotisons tous au système de santé, et si un gros a plus de chances de tomber malade, ce n'est pas systématique, alors qu'un mince peut être lui aussi atteint d'un infarctus ou avoir un cancer. Il me semble donc impossible de faire des sélections dans les patients, et c'est justement là la beauté de notre système de santé : nous aidons tout le monde. Car si le poids se voit, on peut avoir bien d'autres faiblesses invisibles dont on est responsable. Le seul effort réel à faire est d'abord de mener une vraie éducation à l'alimentation à l'école, ce que les cantines scolaires devraient faire et qu'elles ne font pas du tout (pour des questions budgétaires, semble-t-il) et ensuite d'obliger les entreprises de l'agro-alimentaire à donner les vraies informations nutritionnelles sur leurs produits, pour que chacun puisse, avec la meilleure information possible, faire ses choix alimentaires en équilibrant le plaisir et la santé.

Pour moi, le poids optimal correspond à celui avec lequel on est bien, pas avec celui qui est bon pour notre santé. Si les deux collent, tant mieux. Sinon, eh bien, chacun est grand et responsable. De toute façon, les gens dans les extrêmes sont déjà sanctionnés par ailleurs: savez-vous qu'un obèse aura des restrictions d'accès au crédit par exemple ?"

8 commentaires:

  1. @Mathieu L.

    Mais que voilà un papier très emprunt de la notion de responsabilité individuelle, donnée que tu sais faire partie des trois piliers des principes du libéralisme (avec la liberté et la propriété).

    Ceci me plait bien, dans la mesure où c'est exactement ce que je m'efforce à faire partager sur les blogs de tous ordres.

    Fais gaffe quand même, tu vas passer dans le camp de l'ennemi!
    Et ton pote Fabrice ne va pas être très content.

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  2. T'es enfant de coeur de l'église Saint Libéral Penthièvre ? Pas de pensée hors le dogme ?

    Il existe toujours cet ancien blog ? Il devait avoir du poids !

    Bon, j'arrête l'excès d'acide dans les commentaires, c'est malsain.

    L'obésité ? Le gouvernement s'en préoccupe... Aaaaaaaaaaaaaaaah !!!!!!!!!!!

    Il faut avoir des moyens financiers pour manger correctement. Il faut du temps et de la liberté, deux choses qui te font immédiatement défaut quand tu entres dans un supermarché ou quand tu disposes d'une télévision.

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  3. @mtislav,

    Ne vous inquiétez pas, dans la mesure où vous déclarez irresponsable, on ne peut rien vous reprocher.
    En plus, je pense que vous êtes en état de souffrance.

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  4. Je trouve ce billet très bon parce qu'il m'apporte un éclairage inattendu sur une question dont on parle parfois à la maison sans être concernés (maigres)… Je crois qu'en effet la liberté de se nourrir correctement n'existe pas pour toute une partie de la population. Je connais une jeune femme trop forte, d'un foyer avec enfants, modeste, mais qui peut s'assumer financièrement normalement… Elle avait décidé de perdre du poids en consommant davantage de légumes que de féculents… Au bout d'un trimestre, elle revint à ses habitudes alimentaires anciennes, car des fruits et légumes chaque jour dépassaient son budget. Manger quotidiennement fruits et légumes est devenu un luxe!
    Je voudrais aussi dire que j'ai lu quelque part que des enfants NAISSENT avec une obésité programmée par l'alimentation de la mère avant leur naissance. Je ne me souviens malheureusement plus de la source et j'ignore donc si cette assertion est crédible… Il me semble qu'il y a un réel problème de santé pour les vrais obèses, dont les organes internes souffrent, et qui développent un diabète. Quant au fait que la stigmatisation des gens trop gros (trop maigres) est liberticide d'une certaine façon, je suis entièrement d'accord avec vous.

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  5. Bonsoir Mathieu,
    Autant je crois que les campagnes anti alcool et anti tabac ont quelques résultats, autant je pense qu'une campagne anti mal bouffe est vouée à l'échec. Il y a les raisons que tu as citées - essentiellement éducation et finances - mais aussi, le rapport irrationnel, profond et peu maitrisable que l'on a avec ce qu'on ingère.
    La relation complexe qu'on entretient avec la "bouffe", le rapport au corps que l'on a, comment ça évolue et pourquoi c'est comme ça, sont des questions qui me fascinent et que je me pose beaucoup (à travers mes textes depuis quelques mois, dans la série "donne nous aujourd'hui notre pain de ce jour", même si je sais n'en jamais arriver à bout vraiment !).
    C'est déjà compliqué d'aimer son corps, mais quand en plus, la société est obsédée par la minceur, et au delà, par la MAITRISE et le CONTROLE, ça peut atteindre l'insupportable, surtout pour une femme, qui reçoit encore plus de pressions.
    Et en plus, la vie qu'on mène, tellement exigente, nous pousse à céder de plus en plus à des pulsions rassurantes : fumer, boire, avaler des calories, sucer son pouce, ronger ses ongles, se saouler de vitesse, ...

    Dans ton billet, tu dis qu'il faudrait "d'obliger les entreprises de l'agro-alimentaire à donner les vraies informations nutritionnelles sur leurs produits", mais le paradoxe, c'est qu'ils en donnent !! et même parfois trop : tu peux connaitre le taux de glucides, de lipides, le pourcentage par rapport à tes besoins quotidiens, la composition ...
    Devant le rayon céréales par exemple, tu peux passer bien une demie heure (testé personnellement ...) à non pas comparer les prix (encore que ...) mais à choisir le paquet qui pour le même produit à peu près, contiendra moins de sucre parmi les moins chers niveau rapport quantité / prix ...
    J'ai bien peur que malheureusement, ces informations ne servent pas à grand chose (tu finis par prendre le plus chocolaté, ou le moins cher, où celui que ton gamin aime bien etc).

    C'est pourquoi je pense vraiment que la question n'est même pas celle que tu décris, mais bel et bien plus ... intime dirais-je, vraiment, au fond, quel est notre rapport à la nourriture (et à ce qu'absorbe ou non le corps).

    Me voilà bien pontifiante, mais le sujet me plait bien !

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  6. @ Penthièvre : contrairement à ce que tu as l'air de croire, la responsabilité n'est pas l'apanage du libéral. Je dirai même plus qu'une démocratie menant une action collective devrait amener à une plus grande responsabilité du citoyen. Ce n'est cependant pas le sujet ici.

    @ Mtislav : d'accord sur le temps et la liberté, et j'y rajouterai de l'argent.

    @ LCC : merci pour les compléments inscrits dans ce commentaire.

    @ Audine : j'avais délibérement ignoré la partie psychologique, car je veux que la société ne s'en mêle pas. La nourriture ne concerne que les individus et ne met pas en danger les autres. Laissons donc la collectivité hors de ce problème qui est profondément intime.
    Merci en tout cas pour ce long et riche commentaire.

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  7. Je ne suis pas bien sûr de ce que vous avez corrigé ou non, et de fait de comprendre ce qui est encore d'actualité ou non dans vos dires.
    Toutefois procédons par le début. Je suis tout à fait d'accord sur le fait que c'est avant tout par la famille que doit passer l'éducation de la bonne conduite alimentaire. C'est par là que l'on passe en premier, et par là qu'on passera le plus théoriquement dans sa vie, loin devant les plats changeants qualitativement des cantines et qui ne peuvent décemment pas véhiculer de bonnes habitudes à ce niveau là.
    Par contre, je trouve que ce n'est pas un mal que la société se mêle l'obésité. Effectivement, c'est un problème de Santé Publique critique qui nécessite une prise de conscience générale. Dans l'état actuel des choses, le nombre d'obèses ne peut qu'augmenter. Alors bien sûr, le problème est individuel dans l'absolu mais si la moitié de la population se trouve dans un état morbide, tant bien même qu'elle se sent bien dans son corps, on ne peut pas ignorer que la moitié de la population vient alors d'accroître ses risques d'accidents cardiaques, vasculaires, etc. Donc du point de vue santé publique, c'est désastreux. Par analogie, on lutte contre l'anorexie, qui a une dimension différente du point de vue médicale, certes, mais qui est une situation pathologique également et qui nécessite un effet "de groupe" pour pouvoir faire reculer ce fléau.

    Enfin, en rapport au commentaire d'Audine, il est vrai qu'il y a déjà trop d'informations sur les valeurs nutritives, malheureusement largement incompréhensibles pour bon nombre de gens, d'autant plus que les différentes marques s'efforcent de maquiller ces chiffres...Mais en ce qui concerne les campagnes préventives, je pense qu'elles peuvent avoir un impact (autre que la ridicule ligne sous les spots du mcdo qui disent "mangez bougez"), par ailleurs plus significatif que pour l'alcool et le tabac : la malbouffe est plus une question de méconnaissance générale tandis que le tabac et l'alcool souffrent du fléau de la dépendance physiologique...Mais comme vous le soulignez, l'alimentation doit d'abord passer par la famille et l'école où la nutrition devrait faire l'objet d'une priorité, au même titre que l'apprentissage du brossage des dents par exemple.

    Quant à croire qu'une taxe sur la malbouffe résoudra le problème...bon disons que c'était un bon moment de rigolade.

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  8. @ l'inositol : mais vous changez de login tout le temps, vous. On a du mal à suivre.

    Je reste en désaccord avec la fin du premier paragraphe. L'anorexie est un comportement morbide qui met en cause la vie du patient, et la société s'en mêle en tentant de soigner le patient. Je ne crois pourtant pas que l'on puisse comparer un bon vivant qui a un surpoids, et une personne qui se laisse mourir parce qu'elle ne mange plus. Quand je parlais des très maigres ou des très gros, je n'allais pas jusqu'aux gens qui se mettent en danger immédiat. La société met une pression forte sur un simple gros bidon...

    D'accord sur la 2e partie, mais Audine disait sur l'autre blog qu'on savait tous déjà tout, dans les commentaires du billet de Manuel. La famille et l'école sont importantes. Reste les méandres de l'intime, et c'est là que se joue la responsabilité de chacun.

    A bientôt,

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