samedi 26 février 2011

Soutenir les associations n'implique pas d'aider les transnationales à faire encore plus de profit, elles en font assez comme ça.

Il y a quelques semaines, j'ai reçu, comme des centaines de blogueurs je suppose, un mail des Restos du coeur me proposant une opération de soutien. Le principe semblait simple. Il me suffisait de faire un billet dans lequel j'insérais un code qui produisait une jolie image. Grâce à cela, deux grandes transnationales françaises offraient dix repas à l'association. A priori, rien de scandaleux.

Pourtant, il m'a été impossible, idéologiquement parlant, de produire ce billet.

J'en ai très rarement parlé, mais cela fait maintenant douze que je suis bénévole dans l'une des plus grandes associations caritatives de France. Comme les Restos, nous avons organisé à plusieurs reprises des collectes alimentaires, qu'elles soient nationales ou locales. A chaque fois, ce mode d'action permet de récolter de substantielles quantités de nourriture, même si les gains varient beaucoup en fonction des années. On a par exemple pu mesurer, ces dernières années, l'impact de la crise économique sur nos concitoyens par rapport aux années 2000-2007.

A cette occasion, j'ai pu participer à des négociations avec les dirigeants locaux de supermarchés pour organiser ces opérations. Les supermarchés ne sont jamais à l'origine de ces collectes et ils répondent aux sollicitations des associations. En général, ils posent de nombreuses conditions qu'avec le recul, j'estime totalement scandaleuse, à l'exception des conditions de sécurité élémentaire et des conditions pour le bon fonctionnement du magasin. En effet, lorsqu'une association fait une collecte (et c'est encore plus vrai lors de la collecte alimentaire nationale de novembre) , le supermarché y gagne deux choses considérables : une très bonne image auprès de la population locale (la collecte est annoncée à l'avance, moult annonces au haut-parleur ponctuent la journée et le speaker rappelle sans cesse l'importante contribution du centre) et surtout une hausse très importante des bénéfices sur la/les journée(s). Il y a quatre ans, un directeur de supermarché m'a confié, sur le ton de la confidence, qu'il doublait son chiffre ce jour-là. D'ailleurs, les directeurs cherchent surtout à prévoir ces évènements pour multiplier leur stock...

Là réside toutes les limites de la charité dans notre société. Les compagnies qui soutiennent les associations ne le font jamais gratuitement. Cela fait totalement partie du jeu et est intégré par tous les responsables associatifs. Elles en attendent toujours un retour au plan de l'image qui devrait entraîner de bons profits pour plus tard. Au total, tout cela est bien loin de la bonne vieille charité chrétienne.

L'opération proposée aux blogueurs par les Restos est du même acabit. Il s'agit d'une campagne de publicité totalement gratuite pour les deux groupes qui financent, et pour un coût ridicule. Je ne sais pas si tu peux imaginer, cher lecteur, quel est le coût d'un repas servi dans une association ou d'un colis alimentaire, mais il est bien plus faible que ce qu'aurait coûté un paiement de tous les blogueurs pour qu'ils fassent deux publicités.

Alors, je voudrais aujourd'hui te dire, cher lecteur, une chose très simple : si tu veux aider une association, tu n'as pas besoin de faire des opérations médiatiques qui bénéficient surtout aux groupes qui se cachent derrière. Saisis-toi de ton carnet de chèque et envoie un petit montant à l'une des grandes associations qui pratique la distribution alimentaire : les Restos, la Croix-Rouge, le Secours populaire, le Secours catholique et de multiples associations locales. Tu n'as même pas besoin d'écrire au siège central : en regardant dans ton bottin, tu trouveras sans difficulté une antenne locale d'une de ces structures qui sera très heureuse de recevoir ton chèque. Tu recevras en plus une déduction fiscale de 66% de ton don sur l'IRPP (l'Etat creuse le trou).

Et puis, si tu as un peu de temps à consacrer à cela, le mieux est encore d'aller faire du bénévolat. Depuis la fin des années 1990, les associations caritatives n'ont pas cessé de perdre des bénévoles. Certes, on peut faire beaucoup avec des repas ou avec des chèques, mais s'il n'y a personne derrière pour transporter les colis, pour tout préparer et pour distribuer, cette argent ira juste dans un compte en banque pour thésauriser. Autant garder ce montant pour aller boire un verre.

Quant à nos deux compagnies, si leurs responsables ont vraiment un esprit charitable, qu'ils prennent donc leurs chéquiers et qu'ils donnent. Cela est d'autant plus facile que notre Etat, toujours prêt à creuser ses trous, accorde de généreuses déductions fiscales aux entreprises qui font du mécénat...

jeudi 24 février 2011

Le 19 mars, on manifeste pour l'Education ! Retrouvons-nous dans chaque académie.

Le collectif Un pays, une école, notre avenir relance une journée nationale de manifestation pour défendre et promouvoir l'école publique.

Ces manifestations se dérouleront le samedi 19 mars, avec une manifestation par académie et une manifestation régionale à Paris.

Je ne crois pas vraiment à l'efficacité de ce type de journée, qui commence à être récurrent, mais il ne faut pas rater une occasion de s'exprimer. D'autres n'ont pas (encore) accès à cette possibilité...


"L’éducation n’est plus une ambition pour ce gouvernement. Il aura supprimé 50 000 postes dans le service public d’éducation en cinq années mettant en difficulté écoles et établissements, dégradant de façon systématique les conditions d’accueil, de formation et de qualification des élèves, détériorant les conditions de travail de l’ensemble des personnels. La Révision générale des politiques publiques (RGPP) aura déstabilisé les personnels et affaibli les capacités de nombreux services comme celui de la Jeunesse et des Sports. Les universités sont confrontées à des difficultés budgétaires et des promesses non tenues. 
Le service public d’éducation, cible de la chasse budgétaire, est tiré vers le bas.
À la rentrée 2011, ce seront 16 000 postes supplémentaires qui seront supprimés malgré l’augmentation des effectifs d’élèves. Les conséquences auront des effets immédiats sur la taille des classes dans les écoles, les collèges et les lycées, la scolarisation des enfants de deux et trois ans, les élèves en difficulté, le fonctionnement des services et l’offre d’enseignement… Le gouvernement fait le choix de la régression. Il a fait aussi ce choix en supprimant la formation initiale des enseignants entraînant ainsi démissions et effondrement du recrutement. Dans le même temps, la majorité parlementaire a décidé de favoriser l’enseignement privé au détriment du service public.
Le gouvernement ne prépare pas l’avenir. Ses choix dessinent une Ecole où les inégalités seront renforcées, une École plus dure pour les moins favorisés, une Ecole où la concurrence entre établissements, par l’abandon de la sectorisation, sera la règle. Les enquêtes internationales, comme PISA, confirment que les inégalités se creusent. Le gouvernement ne répond qu’avec des effets d’annonce.
La mobilisation citoyenne doit permettre d’inverser ces choix. Les organisations, rassemblées dans le Collectif "L’École est notre avenir", appellent tous ceux et toutes celles qui soutiennent le service public d’éducation et son engagement permanent pour la réussite des jeunes, sans distinction de fortune et d’origine, à une journée nationale d’action déclinée dans chaque académie le samedi 19 mars."


* Les organisations à l'initiative de cet appel :
AFL - Cé - CEMEA - CRAP-Cahiers pédagogiques - EEDF - FAEN - FCPE - FEP-CFDT - FERC-CGT - FGPEP - FIDL - FOEVEN - Les FRANCAS - FSU - GFEN - ICEM-pédagogie Freinet - JPA - La Ligue de l'Enseignement - Fédération Léo Lagrange - OCCE - SGEN-CFDT - SUD Education - UNEF - UNL - UNSA Education


Les organisations qui soutiennent cet appel :
AEAT - AFPEN - AGEEM - AMUF - ANATEEP - APBG - APSES - APKHKSES - ATTAC France - CFDT - CGT - CMR - CNAJEP - CNAL - CSF - FFMJC - FNAME - Bureau national FNAREN - FNDDEN - FNFR - LDH - MRAP - PRISME - Solidaires - UDPPC - UFAL - UNSA

mercredi 23 février 2011

On fait redoubler le redoublement, ou pas ?

Il y a des moments où j'ai du mal à suivre.

Le gouvernement a apparemment décidé d'expérimenter la suppression du redoublement dans les collèges du Calvados. Cette mesure a un objectif simple : réduire les coûts ! En effet, l'administration avait estimé en 2007 que le redoublement coûtait 7 milliards d'euros par an au pays. La droite demande une réduction des dépenses publiques, le gouvernement le fait. Bon, à priori, c'est cohérent.

Or, à droite, ça râle. Il faut maintenir le redoublement, alors que ça coûte cher et que beaucoup conteste son efficacité, à commencer par l'OCDE.

J'ai vraiment du mal à vous suivre, les gars. Faudrait savoir ce que vous voulez.

Pour mémoire, la chaîne que j'avais lancé sur le sujet il y a quelques temps :

mardi 22 février 2011

Les syndicats enseignants n'ont jamais été aussi faibles qu'aujourd'hui...

Lorsque je lis la blogosphère de droite concernant la crise de l'Education nationale, on y trouve plus ou moins deux responsables à toute cette gabegie. Je vais te rassurer de suite, cher lecteur, il ne s'agit pas de la politique menée par les différents gouvernements qui se sont succédés au pouvoir depuis le milieu des années 1990.

Soit mes camarades de droite accusent les syndicats enseignants, citadelles marxistes ne pouvant se remettre en cause et devenir modernes, soit ils condamnent un gouvernement inopérant dans sa lutte contre ces citadelles marxistes imprenables. Finalement, si l'on synthétise la pensée globale de mes camarades de blogage, ce sont bien les syndicats, pesant de leur poids sur le système, qui cassent tout.

Ce qui est assez mystérieux, c'est de corréler cette constatation avec l'évolution du pouvoir de ces syndicats. Dans les années 1980, la défunte FEN revendiquait un nombre de syndiqués qui recouvrait presque 70% des salariés de l'Education. Ce cas, unique dans le monde syndical français, marquait un pouvoir réellement important. Lorsque la FEN lançait un mot d'ordre de grève, il était suivi. Certes, on peut bien évidemment, avec le recul, relativiser ces chiffres, mais un vieux collègue me disait récemment : "tu sais, quand on rentrait dans le secondaire dans les années 1970 ou 1980, on s'inscrivait à la MGEN et à la MAIF, on prenait sa carte au SNES ou au SNEP et on allait faire ses courses à la CAMIF. C'était comme ça, une espèce d'intronisation normale dans le monde enseignant."

Aujourd'hui, que dire des taux de syndicalisation ? Ils ont suivi la même courbe que dans le reste du monde syndical. Le SNES revendique un taux de syndiqués variant entre 20 et 25% des profs du secondaire, mais que dire des autres centrales ? Pour prendre le cas de mon lycée dit difficile, sur 82 profs, une vingtaine serait au SNES (c'est ce que dit le secrétaire local en tout cas), deux ou trois à SUD, un se revendique du SE-UNSA et un ou deux de FO. Chez les autres catégories de personnel, c'est très difficile à dire : les chefs d'établissement, leurs adjoints, les autres personnels ne s'affichent pas auprès des profs... En tout cas, on obtient un taux de syndicalisation sur mon établissement de 31% environ, et bien peu militent vraiment.

Et puis, il faut mettre tout cela en regard des victoires réelles des syndicats ces dernières années. Si tu lis régulièrement ce blog, cher lecteur, tu sais que je n'hésite pas à suivre les mots d'ordre de grève. Combien ont été gagnées depuis 1995 ? En écoutant les collègues plus âgés, il me semble qu'on ne peut retenir que le mouvement contre Allègre de 1998. Depuis, il n'y a pas eu de victoire. La grève reconductible de 2003 a été un échec et depuis, les syndicats hésitent entre un jusqu'au-boutisme très peu suivi (SUD, FO, CGT, CNT) et une compromission avec le pouvoir aux résultats très pauvres (SE-UNSA, SGEN-CFDT). Quant à la FSU, elle s'enferre dans une stratégie de grèves perlées mais régulières dont on ne peut pas dire qu'elles servent à grand-chose...

Pourtant, les syndicats restent encore écoutés dans les salles des profs. La participation aux élections professionnelles est toujours très élevée (près de 60% de participation en 2008, alors que les élections aux prud’hommes  peinent à dépasser les 35%) et les appels à la grève de la FSU sont toujours suivis.

Alors, qu'en conclure ?

Tout d'abord que les syndicats enseignants n'ont sans doute jamais été aussi faibles depuis la fin de la dernière guerre en France et qu'ils ne parviennent pas à bloquer la dégradation du système éducatif. Cette situation vient sûrement d'un grave problème de stratégie et d'orientation idéologique. Les blogueurs de droite se trompent donc de cible à mon sens, car finalement, les réformes gouvernementales passent.

Par contre, il suffirait de peu de choses pour que les profs se réinvestissent dans leurs syndicats, d'abord d'un véritable travail idéologique et ensuite de changements de stratégie. Cependant, je te rassure de suite, électeur de droite, cela n'arrivera pas de suite : les nouvelles lois sur le syndicalisme vont faire tellement de mal aux syndicats que c'est loin d'être gagné...

vendredi 18 février 2011

Est-ce bien le moment de bouleverser le paysage des syndicats enseignants ?

Lorsqu'on est enseignant, cher lecteur, il n'y a pas beaucoup de moyens de s'informer sur l'actualité politique de l'éducation. La presse classique ne parle que peu de ce milieu, sauf lorsqu'un homme politique décide que le moment est opportun. Les blogs tenus par des profs et qui ne sont pas des sites de partage de séquences pédagogiques sont aussi très peu nombreux. Certes, j'ai pu en croiser quelques-uns dans ma courte carrière de blogueur, mais ils ne parlent souvent pas que d'éducation, voire pas du tout, ce qui peut paraître tout à fait sain par ailleurs.

Heureusement, il y a le Café pédagogique. Ce site, qui veut nous transmettre "toute l'actualité pédagogique par internet", a l'avantage de répercuter de nombreuses informations sur notre milieu, autant au niveau national qu'au niveau européen et international.

Le Café est loin d'être neutre. Lorsque j'ai débuté et que je me suis abonné à la newsletter, il roulait très nettement pour le SGEN-CFDT, syndicat réformiste qui a longtemps porté des projets pour l'école très en rupture avec le système éducatif actuel. Dernièrement, le Café a pourtant cessé de retransmettre tous les communiqués de cette centrale (quoiqu'on en trouve encore parfois) pour se tourner vers le SE-UNSA.

Ce syndicat reste très minoritaire dans le secondaire, mais il y est présent par son puissant syndicat des chefs d'établissement (le SNPDEN-UNSA) et il a une implantation plus forte dans le primaire. Pour te situer politiquement ses militants, le Syndicat des Enseignants (SE) a été fondé au moment de l'éclatement de la Fédération de l'Education Nationale (FEN) par ceux qui constituaient le courant majoritaire en déclin de cette ancienne centrale très dominante de l'éducation, "Unité, Indépendance et Démocratie", et qui firent exploser la fédération majoritaire en 1992 en mettant dehors les syndicats dirigés par le courant "Unité et Action", principalement le SNES (pour les profs du secondaire) et le SNEP (pour les profs de sports). Les divergences entre les deux courants étaient nombreuses, mais pour te résumer les choses très schématiquement, cher lecteur, sache que UID se situait dans la sphère d'influence du PS alors que U&A traînait plutôt avec le PCF. Depuis, les choses ont beaucoup changé mais la rivalité subsiste. Les anciens militants UID ont fait adhérer le SE à l'UNSA pendant que les syndicats exclus ont inventé la FSU, fédération beaucoup moins contraignante avec ses syndicats que l'ancienne FEN. La FSU domine largement le syndicalisme enseignant depuis, autant en voix qu'en nombre de militant.

Or, on peut constater, sur le site du Café pédagogique, que les articles tentent systématiquement de lier le SE avec l'un des deux principaux syndicats de la FSU, le SNUipp, qui syndique les professeurs du primaire. Certes, le SE a récupéré une bonne partie des militants du Syndicat National des Instituteurs (SNI), qui était membre de la FEN, mais le SNUIpp-FSU, fondé de toute pièce en 1992 par les militants U&A du SNI, a pris très vite la majorité. Par contre, le Café ne parle quasiment plus jamais du SNES et répercute uniquement les appels FSU (lorsque le SNUipp est d'accord avec le SNES, donc), SE et ceux du SGEN une fois de temps en temps.

Ces recompositions signifient que le SE tente de faire exploser la FSU et de rattraper le SNUipp. Pour le moment, je ne pense pas qu'une telle évolution puisse arriver, mais les choses pourraient bien changer dans un futur très proche et...

Bon, tu vas me dire, cher lecteur : en quoi ces discussions ardues sur les syndicats enseignants me concernent-elles ? Je vais t'expliquer.

Comme tu le sais, l'Education nationale, pour de nombreuses raisons, va assez mal. Les syndicats enseignants ont l'avantage d'être quasiment tous opposés à la vision de l'éducation du gouvernement, même s'ils divergent sur la manière de réagir (le SE et le SGEN ayant tendance à prendre ce qu'ils estiment bon dans le paquet, les autres restant sur des oppositions systématiques, même si le SNES a pu montrer, sur la masterisation des concours, qu'il était brusquement capable de changer de posture...). Par contre, si jamais le PS l'emportait, se poserait la question de savoir quelle position tenir.

Depuis quelques temps, les élus PS jouent clairement le SE-UNSA contre les autres syndicats de l'éducation, et particulièrement contre la FSU, pourtant majoritaire en voix mais dont les dirigeants sont encore jugés trop à gauche. Cela signifie donc que le front syndical se fissurera. Dans ce cadre, la FSU pourrait fortement tanguer et le SE espère bien trouver des militants et des moyens en chopant le SNUipp au passage. En arrière-plan, se trouve les possibilités pour le PS de mener le catastrophique programme qu'il a l'air de vouloir mettre en avant, accroissant à mon sens les dérives actuelles du système.

Ces luttes d'arrière-cour montrent une chose : le PS n'a pas l'air de vouloir rechercher le vote enseignant en 2012 (près de 800 000 personnes quand même) et va vouloir s'appuyer sur des syndicats qui ont plus tendance à défendre une vision de l'école (celle du PS apparemment, mais peut-être est-ce la vision du SE qui est devenue celle du PS ?) que leurs syndiqués et leurs collègues. Le PS va chercher ainsi à flatter le reste de l'électorat, plutôt anti-prof.

Quel que soit le scénario, ces manœuvres sont dangereuses dans la situation actuelle car elles entraînent les syndicats dans des luttes intestines qui ne servent à personne, à part aux militants qui les mènent. Elles montrent à quel point les dirigeants politiques de la gauche sont détachés de la base, et à quel point le système syndical est dans un état déplorable. Est-ce normal qu'un grand parti de gauche s'inspire des idées d'un syndicat qui a fait 8,08% des voix dans le secondaire aux élections professionnelles de 2008 pour concevoir son programme sur le collège et le lycée ?

Or, que vont faire les 60% de profs qui votent à gauche d'habitude si le PS poursuit dans cette veine ? Bonne question que nous allons tous nous poser dans les prochains mois, ce qui ne va pas aider notre moral à s'améliorer.

Bon, encore faudrait-il que la gauche gagne en 2012, ce qui est vraiment très loin d'être fait...

jeudi 6 janvier 2011

Parlons sérieusement du temps de travail : et les profs ?

Les polémiques récentes ont ramené le temps de travail sur la table. Au-delà de la vague actuelle, il est intéressant de constater que cette question structure largement le champ politique français et qu'elle passionne nos concitoyens, quelle que soit leur position par ailleurs.

Dernièrement, le temps de travail des enseignants a largement occupé les médias. Le PS, dans ses récentes propositions, a repris l'idée de Ségolène Royal et proposé un réaménagement de notre temps de travail. La droite expérimente la hausse du travail par la suppression des personnels, obligeant les autres à travailler et anime un grand débat sur les vacances qui suscite de nombreuses réactions dans la profession mais aussi dans les lobbies touristiques.

Estimer le temps de travail réel qu'on utilise est réellement très compliqué. Cela doit être simple pour un salarié utilisant une pointeuse. Pour moi, je ne peux me baser que sur des estimations, forcément très personnelles et forcément très subjectives.

En théorie, notre boulot s'appuie sur différentes missions. Nous devons donner un certain nombre d'heures de cours en fonction de notre statut (15 heures ou 18 heures). Nous devons fournir des cours de qualité durant ces heures, s'appuyant sur la recherche universitaire actualisée (pas celle du moment où nous faisions nos études) et nous devons participer à toute une série d'examens, soit dans nos classes, soit dans des examens divers comme le brevet ou le bac. Notre temps de travail est calculé sur le temps de travail de 1950, qui était de 43 heures pour les salariés de l'époque. Pour moi qui suis agrégé, cela signifie que je suis censé travailler 2,86 heures pour une heure de cours effective. Nous avons de plus un certain nombre de semaines de vacances (j'exclus l'été car nous ne sommes pas payés sur cette période) durant lesquelles on travaille toujours un peu, mais évidemment bien moins que durant les 36 semaines de cours. Personnellement, je travaille beaucoup pendant les vacances de la Toussaint et celle de février, nettement moins en avril et quasiment pas durant les vacances de Noël.

J'avais estimé utiliser, en fonction des semaines travaillées, entre 30 et 45 heures. Ces variations importantes sont liées à l'organisation de l'année scolaire. Je travaille bien plus en début d'année (je prépare tous mes cours en les adaptant aux classes que je viens de découvrir) ou durant les périodes de conseil de classe et au moment des examens. Par exemple, une période assez calme est le mois de mai. On a tellement préparé de cours et on est tellement en retard sur le programme qu'on n'a plus grand-chose à faire en dehors des corrections.

Lorsqu'on interroge les collègues sur le sujet, ils affirment travailler beaucoup. Le billet de Cycee de ce matin en est un excellent exemple. Tous les profs vous diront que "c'est de plus en plus dur", que "les vacances sont encore loin" ou que "y en a marre de ce boulot lourd et si mal payé". En fait, quand on creuse, on constate que deux choses émergent nettement :

  1. ce sont finalement les heures de cours devant élèves qui sont citées comme étant réellement le moment usant du travail, surtout dans les bahuts difficiles, en particulier les collèges,
  2. et les enseignants ont le sentiment qu'on leur rajoute sans arrêt toute une série de trucs inutiles et sans intérêt, que ce soit dans les cours ou hors des cours, qui les éloignent de leur mission centrale qui est déjà assez difficile comme cela.
La droite est clairement vu comme responsable de cette dégradation : les suppressions de poste ont amené à une nette hausse des heures supplémentaires, certes bien payées, mais qui ont alourdi nettement la charge de travail. Elle a aussi contribué à toute une série de décisions qui n'ont cessé de faire penser aux profs qu'ils étaient mal considérés et qu'ils faisaient un peu tout et n'importe quoi.

Les propositions du PS ne sont pas vraiment mieux passés. Les socialistes proposent une diminution des heures de cours et une revalorisation salariale pour continuer à faire des économies en supprimant de nombreuses professions comme les surveillants, les conseillers d'orientation ou les CPE : les profs devraient ajouter bien d'autres missions à leurs arcs.

Je ne sais pas ce que souhaitent vraiment les profs, mais il y aurait deux bases pour discuter je pense :
  • que les changements dans notre temps de travail fassent du bien aux élèves (ce qui n'est pas le cas en ce moment, regardez les résultats de PISA),
  • que ces changements donnent l'impression (au moins) que l'on prend en compte le fait que notre travail premier (donner des cours) est important pour la société.
Si on s'appuie là-dessus, on pourra discuter. Sinon...

dimanche 2 janvier 2011

Le 22 janvier 2011, on manifeste pour l'Education !


Depuis la grosse branlée la fin du mouvement social contre la réforme des retraites, l'Education nationale semblait relativement apaisée. Il n'y a même pas eu la traditionnelle grève de novembre visant à contester le budget de l'année prochaine, pourtant aussi désastreux que ceux des années précédentes.


Heureusement, il semble enfin qu'une réaction se dessine, puisque le collectif "Un pays, une école, notre avenir", qui était parvenu à organiser une importante manifestation en octobre 2008, va tenter de réussir une nouvelle fois ce défi le samedi 22 janvier 2011, même si on n'aura pas cette fois-ci une manifestation nationale à Paris mais des manifestations locales.

Tu trouveras, cher lecteur, le texte de l'appel ci-dessous. Je te parlais, il y a quelques jours, des difficultés des sites des associations et des syndicats pour se faire référencer. Étonnamment, on trouve cet appel sur les sites des organisations membres du collectif mais pas sur le site du collectif lui-même.

L'appel est de plus assez restrictif, puisqu'il n'appelle à manifester que les acteurs de l'Education nationale (personnels, parents, élèves, étudiants) et pas l'ensemble des citoyens, alors que l'école est un sujet qui concerne tout le monde.

Comme d'habitude, on devra donc se contenter de ce texte très imparfait et faire avec. J'espère que les blogueurs que je peux croiser parfois dans les manifestations trouveront cette initiative suffisamment importante pour la relayer et même, peut-être, pour y participer.


"Communiqué de presse du Collectif « L’éducation est notre avenir » 
Paris, le 16 décembre 2010
Le collectif « L’éducation est notre avenir » dénonce les effets catastrophiques qu’aura la mise en œuvre du budget 2011pour l’Éducation nationale, s’il est adopté par le Parlement. D’ores et déjà, compte-tenu du résultat prévisible du vote, les organisations membres du collectif appellent tous les citoyens et futurs citoyens de ce pays à un premier acte de refus des conséquences de ce budget, le 22 janvier 2011.
Le budget 2011prévoit la suppression de 16 000 emplois et n’affiche d’autre ambition pour le système éducatif que la recherche d’économies à partir du dogme du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Pourtant, les effectifs d’élèves vont continuer d’augmenter et la part du PIB français destinée aux enseignements primaires et secondaires a diminué dans la période récente en passant de 4,5% en 1995 à 3,9% en 2006.
Le collectif appelle lycéens, étudiants, parents d’élèves et personnels de l’éducation à participer à la journée nationale de mobilisation du 22 janvier qui prendra des formes variées dans les départements (manifestations, rassemblements, débats). Cette première étape sera, n’en doutons pas, prolongée par d’autres initiatives durant les 2e et 3e trimestres.
Ensemble, refusons les fermetures de classes, la disparition des RASED, les suppressions de places en maternelle, la baisse des dotations des collèges et lycées, le manque d’ambition du plan Licence à l’université, les réductions de postes et d’options, les hausses d’effectifs dans les classes… Exigeons une véritable formation professionnelle des enseignants sans laquelle les écarts entre élèves vont continuer à se creuser !

Aujourd’hui plus que jamais, notre pays a besoin d’un système éducatif qui s’attaque réellement aux inégalités scolaires et traite la situation des élèves en grande difficulté. D’autres choix pour la réussite de tous les jeunes sont nécessaires afin que l’École remplisse les objectifs d’une École démocratique et ambitieuse."


* Les organisations à l'initiative de cet appel :
AFL - Cé - CEMEA - CRAP-Cahiers pédagogiques - EEDF - FAEN - FCPE - FEP-CFDT - FERC-CGT - FGPEP - FIDL - FOEVEN - Les FRANCAS - FSU - GFEN - ICEM-pédagogie Freinet - JPA - La Ligue de l'Enseignement - Fédération Léo Lagrange - OCCE - SGEN-CFDT - SUD Education - UNEF - UNL - UNSA Education


Les organisations qui soutiennent cet appel :
AEAT - AFPEN - AGEEM - AMUF - ANATEEP - APBG - APSES - APKHKSES - ATTAC France - CFDT - CGT - CMR - CNAJEP - CNAL - CSF - FFMJC - FNAME - Bureau national FNAREN - FNDDEN - FNFR - LDH - MRAP - PRISME - Solidaires - UDPPC - UFAL - UNSA



samedi 1 janvier 2011

Meilleurs voeux pour cette nouvelle année 2011.

Cher lecteur,

Durant toute l'année écoulée, tu m'as régulièrement suivi, lu, critiqué, soutenu, enfoncé, encouragé, démonté, renforcé.

Je tenais à te remercier pour tout cela. Je te souhaite une excellente année 2011 et espère que nous continuerons à partager de bons moments dans notre belle blogosphère française, peu influente mais au combien sympathique.

D'autre part, je tenais à remercier tous les blogueurs ci-dessous qui ont bien voulu faire un lien vers ce blog tout au long de l'année écoulée. Je vous souhaite à tous une bonne année pleine d'influence, de débats bloguesques et de rencontres avinées.



103 sites ont fait des liens sur http://lespriviliegiesparlent.blogspot.com/ depuis le 2010-01-01
Avec nos gueules...
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