mercredi 23 juillet 2008

L'Etat doit la transparence aux citoyens, et à tous les niveaux !

Depuis que je suis enseignant et que je suis affecté dans mon lycée dit difficile, on me tient en général deux discours. Le premier est un discours plaintif : "Oh, mon pauvre ami, tu travailles à cet endroit-là ? Les élèves doivent être terribles. Tu tiens le coup ?" Le second est un discours agressif : "Ah, toi, tu es un privilégié ! T'as plein de vacances, et en plus, tu gagnes super bien ta vie, non ?"


Ce second discours m'a souvent amené à entamer des discussions salariales avec mes interlocuteurs. Je sais que dans notre beau pays, le fait d'énoncer son revenu n'est pas une habitude. La plupart de nos concitoyens refuse tout simplement de le dire, un peu gênée, et les autres envoient généralement paître l'impétrant qui demande "et sinon, toi, tu gagnes combien ?" dans une conversation.


Moi, pourtant, je donne mon salaire assez volontiers. Pourquoi ? Parce que je suis fonctionnaire et que mon salaire est issu de l'impôt. Il est donc normal que mes concitoyens sachent où passent leurs contributions. De plus, étant taxé régulièrement de privilégié, il est important pour moi de montrer que je ne suis pas pauvre, mais que je ne suis pas riche non plus, contrairement à ce que l'on croit souvent à propos des enseignants.


Ce comportement me semble on ne peut plus cohérent. Les personnes qui travaillent pour l'Etat sont les salariés de la nation. Ils participent au service public, et ils doivent donc rendre des comptes de leur action. On connaît tous les salaires, y compris celui du président de la République.


Tous ? Non ! Un petit village d'irréductibles salariés résistent obstinément à cette transparence. Il s'agit des conseillers divers et variés qui peuplent les cabinets des ministères. Ces personnels, qui ne sont pas des fonctionnaires au sens statutaire du terme, sont embauchés à discrétion par les politiques. Ils ne sont contrôlés par personne, alors qu'ils peuvent avoir une certaine influence. Leurs rémunérations sont négociées directement.


Je ne conteste pas que les politiques puissent s'entourer des conseillers qui leur sont utiles pour mener leurs missions. C'est parfois réglementé : les parlementaires ont par exemple le droit à trois attachés parlementaires et au service d'un secrétariat. Pour l'exécutif, les choses sont beaucoup plus flous, alors que tout cela fonctionne avec nos impôts. Il est vrai que les sommes sont peu importantes en proportion du budget de l'Etat dans son ensemble, mais il me semblerait quand même logique que les citoyens puissent s'informer de ce qui se passe dans les ministères s'ils le souhaitent.


Hier matin, sur France Inter, un citoyen du prénom de Patrice a souhaité poser cette question à Henri Guaino, conseiller de Nicolas Sarkozy, et lui a demandé au passage sa rémunération. Guaino a très mal réagi, expliquant qu'il était honnête et qu'il travaillait, et qu'il n'avait donc pas à se justifier de quoi que ce soit. Vous trouverez cette émission ici en cliquant sur Inter-activ', et l'échange se trouve autour de la 15e minute.


Pour moi, cette réaction est scandaleuse. On n'a pas demandé à Guaino de justifier de la qualité de son travail, quoiqu'on aurait très bien pu le faire aussi, mais de communiquer quelle part des fonds publics lui sont consacrés. Guaino aurait dû répondre, et sans barguigner, car nous le payons. Il est totalement anormal qu'il le refuse.


Même si je ne suis pas un blogueur z'influent, je trouverai normal que tous les blogs réclament de connaître les émoluments de M. Guaino et de tous les conseillers des ministères. Personnellement, je suis tout à fait prêt à vous communiquer les miens, car j'estime que cela fait partie des comptes que nous devons à la nation. La grille de salaires des enseignants est de toute façon disponible sur le site du ministère de l'Education Nationale.


Soyons transparents, car cela ne peut que permettre à notre État de s'améliorer.

10 commentaires:

  1. Ce tabou du salaire en France m'interpelle vraiment, on a honte de bien gagner sa vie, par contre on dit volontiers que la vie est dure quand on gagne mal sa vie.
    Pour ma part, c'est le contraire.
    C'est toute la mentalité française qui apparaît là. Il ne faut pas faire partie des vainqueurs. C'est mal vu.
    Alors Guaino n'est pas un citoyen lambda qui peut refuser de donner son salaire, il a le devoir de le faire, je suis d'accord avec toi.
    Je pense juste qu'il représente bien notre société.

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  2. Oui, enfin, Guaino représente le politicien type, qui s'enrichit en conseillant Sarkozy, mais qui joue l'honnête serviteur de l'Etat qui ne s'enrichit pas.

    Le journaliste qui a interviewé Guaino lundi a reçu des précisions de l'Elysée. Il en a parlé mardi matin. Apparemment, les conseillers de Sarko gagnent en moyenne 7000 € par mois, auxquels il faut ajouter des logements de fonction pour certains, les plus importants. Je suppose qu'il doit aussi y avoir une multitude de frais pris en charge par la collectivité.

    Si ces chiffres sont vrais, on est quand même pas sur des sommes délirantes. Je suppose que la réaction de Guaino est liée à la mentalité que tu évoques...

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  3. charlatan crépusculaire24 juillet 2008 à 13:45

    Oui, ça peut être une question de tabou, mais ça peut aussi être une réaction d'amour-propre "à chaud" qu'il n'aurait pas eu à tête reposée (amour-propre : si on me demande mon salaire on sous-entend a priori que je suis trop payé donc on critique mon travail).
    Concernant les infos venant de l'élysée, ça n'apporte rien : 7000 € en moyenne, brut ? net ? 12 ou 17 mois ? quels avantages en nature ? combien pour Guaino (10 à 7000 ou 9 à 4000 et 1 à 34000) ? et en ce qui concerne les frais ?

    Mais bon, sur le fond, ça la fout quand même mal pour des gens qui prônent l'argent décomplexé...

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  4. @ CC : venant de réécouter l'émission, le journaliste annonce 7 000 € net, n'incluant pas les primes qui restent discrétionnaires, ni les remboursements de frais, ni les avantages en nature éventuels. Apparemment, cette année, deux conseillers à la cour de comptes vont éplucher le budget de l'Elysée, ce qui est une première. D'autre part, Guaino, en tant que Conseiller à la Cour des Comptes, retrouvera son poste de fonctionnaire dès qu'il ne bossera plus pour Sarko.

    Guaino, ou l'argent complexée ? Pas mal comme slogan...

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  5. C'est vrai que c'est en soi assez ironique !

    Je ne peux que rejoindre les opinions précédentes, à savoir que le salaire est un tabou en France, surtout si celui-ci est "important" ou en tout cas considéré comme tel, auquel cas il faut s'en cacher et en avoir honte...

    Du coup je suis partagé : d'un côté les fonctionnaires, surtout proche de l'Elysée comme Guaino, se doivent de montrer l'exemple de la transparence.
    D'un autre côté, c'est généralement une information qui est "utilisée" pour les rengaines poujadistes habituelles : "regardez combien il gagne pendant que nous on se crève", ou encore "il demande la rigueur budgétaire, mais regardez son salaire". Du coup je comprends aussi la réaction défensive de Guaino...

    A priori le salaire devrait quand même être considéré pour ce qu'il est : une récompense pour le travail fourni et les compétences mises en jeu (même si la correlation bats parfois un peu de l'aile...).

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  6. Ah, Elyas, si seulement le salaire correspondait réellement à ce que tu dis, mais la manière dont les salaires sont fixés est bien plus obscure à mon avis.

    Attention, je ne réclame pas la transparence absolue pour tous, juste pour les fonctionnaires.

    D'autre part, lorsque les choses sont dites, le salaire doit pouvoir se justifier aisément contre tout poujadiste. C'est le secret qui permet à la rumeur de se répandre. Si Guaino avait donné ses revenus, je n'aurai rien écrit d'ailleurs. 7 000 €, c'est beaucoup, mais bien moins que les grands salaires du secteur privé...

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  7. La question n'est pas de se demander comment réagiront les gens.
    On lui demande son salaire, il est payé par l'Etat, donc nous, il doit répondre.

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  8. Bonjour,
    Je crois qu'Elyas a bien mis le doigt sur le fond du problème :
    "A priori le salaire devrait quand même être considéré pour ce qu'il est : une récompense pour le travail fourni et les compétences mises en jeu ".

    Je travaille dans une multinationale. A ma connaissance et sans que cela ne me surprenne le moins du monde compte tenu du sujet, personne n’a encore trouvé le moyen d’établir de manière, sinon scientifique, tout au moins raisonnablement objective, comment mesurer les compétences d’un individu donné. Il y a des tas de bouquins, de méthodes, de tests sur le sujet mais à la fin les promotions et les augmentations se font majoritairement sur un critère unique et bien connu: à la gueule du client !
    Si la méthode infaillible existait pour mesurer les compétences, il n’ y aurait aucune difficulté à publier officiellement les salaires puisque ceux-ci devraient pouvoir être fixés sur ce seul critère.

    Mathieu L. nous dit : "7 000 €, c'est beaucoup, mais bien moins que les grands salaires du secteur privé..."
    Vous ne croyez pas si bien dire !!!

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  9. @ Manuel : d'accord avec toi.

    @ RST : cette question de la réalité du salaire est un vrai problème. De nombreux économistes ont d'ailleurs écrit là-dessus. Il n'y a pas que la compétence et la gueule du client qui entre là-dedans. On trouve aussi les rapports de force dans l'entreprise, le niveau de diplôme, l'ancienneté... On pourrait en faire une liste immense. Dans le public, c'est très contingenté, mais très politique aussi. As-tu une idée des salaires des dirigeants de la filiale de ta multinationale ?

    Merci en tout cas de vos commentaires.

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  10. Non, il n'y a bien sûr pas de méthode infaillible.
    C'est d'ailleurs pour cela qu'en France nous avons (malheureusement) tendance à nous fixer principalement sur un indicateur : les diplômes, pour fixer le salaire "de départ" (jeunes diplomés). Puis interviendront les connaissances pratiques acquises et l'expérience professionnelle. Les deux facteurs déterminants, dans les grandes lignes, sont à mon avis la "rareté" (nombre de personnes avec les diplômes/expériences souhaitées par rapport au nombre de postes à pourvoir) et la "remplacabilité" (peut-on facilement remplacer par la formation de quelqu'un, avec deux personnes complémentaires,etc).
    Après, les variations (moins marquées) entre personnes pouvant théoriquement avoir la même fonction vont effectivement se faire "à la gueule" : affectif, jeux de pouvoir, capacité à réclamer et se mettre en valeur...

    Concernant la "publication" des salaires, c'est surtout culturel : aux USA par exemple, les gens échangent bien plus facilement leurs salaires respectifs, y compris entre personnes ne se connaissant pas. On touche là au rapport à l'argent et aux critères que l'on a de réussite personnelle.

    Même en pouvant clairement évaluer la compétence (chose illusoire tant les facteurs sont nombreux) cela ne veut pas dire que les salaires seraient connus. Je me rappelle avoir entendu un responsable RH dire en rigolant que si tous les salariés d'une entreprise donnée, ou entre entreprises, se mettaient tout d'un coup à se communiquer leurs salaires respectifs, les DRH seraient "foutus". Chacun demanderait effectivement pourquoi le voisin qui fait le même travail est mieux payé...

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Laissez-moi vos doléances, et je verrai.

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