jeudi 17 juillet 2008

Quand on voit les tarifs de la SNCF, on est pas prêt de sauver la planète !

Cher lecteur, je vais te faire partager aujourd'hui une aventure qui pourrait très bien avoir un petit sens politique. Avec quelques proches, je me prépare à faire un petit périple dans une de nos belles provinces, une randonnée d'une quarantaine de kilomètres qui devrait me faire faire un peu de sport, ce qui, en tant que privilégié en vacances depuis trois semaines, va me permettre de me désencroûter un peu.


Pour pouvoir faire ce parcours, il semblait évident de prendre le train, puisque nous allons faire une ligne droite, et que la voiture ne peut pas nous suivre en pilotage automatique. L'un de nos compères de virée travaillant le vendredi, nous devons donc prendre le train un vendredi soir, ce qui est certes cher, mais bon, on s'adapte à ses amis. Eh bien, pour trois personnes, je trouve un TGV avec changement à 176,40 € TTC, avec possibilité d'annuler, parce qu'une rando, par définition, nécessite d'attendre le bilan météorologique. On peut certes prendre un train Corail, qui dure 1h30 de plus, mais cela nous coûte encore 103,50 €.


Ce qui est encore plus intriguant, c'est que chaque train a maintenant un prix différent. Autrefois, à une époque que les blogueurs de moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, les tarifs SNCF étaient assez clairs. Il y avait des périodes, liées à la fréquentation, qui déterminaient le niveau des prix. A l'évidence, cela a encore un impact, mais les variations sont fortes entre les trains. En plus, il y a toute une série d'options nouvelles qui nécessitent, à l'évidence, de lire le mode d'emploi pour y comprendre quelque chose...


Immédiatement, je saisis Mappy et lui demande combien coûterait ce voyage en voiture, en prenant en compte un billet de car pour revenir, à la fin de la rando, au point de départ. Mappy, très bonhomme, m'indique que cela durera 3h30, soit autant que le voyage en Corail, et que nous dépenserons 49 € environ si on s'arrête dans des stations-services peu chères type supermarché.


Voilà donc le résultat : alors que j'ai envie de prendre le train et que je trouve cela meilleur pour l'environnement, le système m'incite à utiliser ma voiture, alors que cela va me compliquer en plus la vie. En pratiquant des tarifs qui sont toujours plus chers que la voiture dès qu'on est nombreux, la SNCF ne nous incite nullement à prendre le train, nous entraînant à polluer plus pour consommer plus.


Alors, tu vas me dire, cher lecteur libéral, qu'il faudrait ouvrir à la concurrence pour faire baisser les prix. Franchement, je n'y crois pas, car les coûts d'exploitation du train sont lourds et la concurrence ne s'intéresserait qu'aux destinations rentables, comme cela se passe aujourd'hui pour l'avion. Si on veut lutter contre la pollution automobile, dans un contexte de stagnation des revenus, il faut une politique volontariste vers le ferroviaire. Sinon, on continuera à polluer si on veut partir en vacances.


Une autre solution ? Ne plus partir en vacances... Oui, mais moi, en tant que bon privilégié, j'en ai plein. Ah, pitié, Nicolas, réduis-moi mon temps de vacances, que je puisse gagner plus et me payer le train...

6 commentaires:

  1. charlatan crépusculaire17 juillet 2008 à 23:45

    Pour moi, le train comme la Poste, ou d'une manière générale, tous les services qui nécessitent une infrastructure ou un réseau lourd sont par essence exclus de l'économie de marché. Et on a beau dire, mais les pays ayant des grandes régions de faible densité comme la France sont largement différents de ce point de vue.

    Tout à fait d'accord sur tout. Vu que j'ai plus de 20 ans, je me souviens du temps où on savait toujours quel prix allait nous coûter un billet de train en fonction du nombre de kilomètres parcourus. Cela dit, voyager à 3-4 a toujours coûté plus cher en train, peut-être pas dans ces proportions.

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  2. C'est vrai, cette situation a toujours été vraie, et c'est un problème dans le contexte actuel. Avant, quand l'environnement n'était pas un problème repéré par notre société, le fait que le train soit plus cher à quatre n'était qu'une contrainte parmi d'autres. Maintenant qu'il faut vraiment réduire les émissions de gaz à effet de serre, cela devient une vraie contrainte problématique.

    On pourrait imaginer un tarif dégressif en fonction du nombre de voyageur peut-être...

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  3. Habitant Genève, je m'étonne quand même qu'un trajet vers une grande ville ou capitale européenne soit moins cher en avion qu'en train, il faudrait également voir à une harmonisation des prix des transports ferroviaires en Europe (Europe...à la mode en ce moment...)
    Je me trompe peut être, mais l'entretien et le carburant d'un avion est quand même supérieur à celui d'un train...
    Je ne veux jeter la pierre à personne et je ne veux pas militer pour une privatisation car elle entrainerait une optimisation qui délaisserait les "petites villes", mais on peut certainement envisager quelque chose pour baisser les coûts, ou les bénéfices pour pouvoir baisser les tarifs.
    Car commander son billet 3 ans à l'avance, c'est pas possible, on sait que le tourisme a changé, et que les gens partent au dernier moment et se décident au denrier moment pour bénéficier des séjours "last minute" et pouvoir prévoir la météo à moindre risque.
    Sinon, je dirais que le train n'est pas le seul transport public qui soit cher ou non pratique.
    Je suis stupéfait par une chose dans ma région frontalière (62 744 frontaliers):
    Les bus et tram genevois roulent jusqu'à 1h du matin tous les jours, jusqu'à la frontière.
    Les bus français arrêtent de rouler à 21h00. Très intéressant comme tactique

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  4. @ Manuel : je pense que cette évolution tarifaire de la SNCF vient aussi du fait qu'elle doit maintenant prendre en charge directement une bonne partie de ses investissements. Cependant, attention : les constructions de lignes sont effectuées par RFF, qui elle est largement financée par l'argent public. Peut-être y a-t-il aussi les coûts de l'énergie et les résultats de l'exploitation du TGV. Si quelqu'un peut expliquer la logique des prix de la SNCF, je serai attentif.

    Concernant les transports locaux, ton problème est sûrement lié à l'existence de la frontière. En région parisienne, cela s'améliore par endroit : de plus en plus de métros, des lignes de bus la nuit qui fonctionnent relativement bien, un système d'information meilleur qu'avant. Ce qui reste encore à améliorer : le RER, qui est souvent en dérangement et les transports en grande banlieue.

    Tout cela, c'est de la volonté politique, finalement...

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  5. Allez hop, je viens encore m'immiscer et faire mon cheveux sur la soupe, je commence à aimer ça...
    Et bien oui, je pense qu'il faut privatiser ! Tu dis que les concurrents ne s'intéresseraient qu'aux destinations rentables...Et alors? Pour un certain nombre de destination, les plus rentables c'est-à-dire plus fréquentés et donc celles qui intéressent le plus de monde, cela aurait quand même pour effet de rendre les prix abordables et de favoriser le recours au train. N'est-ce pas le but? Tu donnes à juste titre l'exemple des transports aériens : je ne sais pas pour toi, mais moi en tant qu'étudiant et au même titre que beaucoup de personnes de mon entourage j'apprécie de pouvoir voyage pour beaucoup moins cher qu'avant ! D'ailleurs cela a provoqué un boom de ce genre de voyage, une démocratisation de l'avion...
    Pour ce qui est des destinations "non rentables" cela ne veut pas dire grand chose; si elles ne sont pas rentables c'est peut-être car l'offre est inadaptée. Ouvrir à la concurrence peut permettre l'apparition de compagnies de train low-costs (pas sur la sécurité bien sûr, mais sur le confort, absence de guichet "physique",...) qui en économisant ainsi sur les frais seraient rentables et pourraient proposer des prix plus faibles. Tandis que des compagnies plus haut de gamme offriraient de meilleures conditions de transport, mais pour un prix plus élevé...
    Bref chacun aura enfin du choix, ce qui n'est pas le cas actuellement, où la SNCF nous imposent ses décisions judicieuses ou non, en termes de tarification, de confort,...

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  6. Bonjour Elyas,

    Mais n'hésite pas, interviens, un blog est fait pour le débat.

    Je ne crois pas du tout aux bienfaits de la concurrence. Ayant eu l'occasion de voyager dans deux pays où les trains sont privés, j'ai pu voir les effets. Au Royaume-Uni, à l'évidence, c'est la sécurité qui a été sacrifiée, et les trains souffrent de lenteur et de retards permanents. Au Japon, les lignes sont d'excellentes qualités et confortables. Cependant, les compagnies privées se sont partagées les réseaux, ce qui entraîne des prix toujours élevés. D'ailleurs, c'est pareil pour l'avion : les compagnies ne s'affrontent réellement que sur les lignes très fréquentées. Allant régulièrement à Boston, il n'y a qu'un seul vol par jour hors-saison, assurée par Air France et Delta. American Airlines ne rajoute des vols qu'en été, et sans doute simplement parce que le trafic est en hausse.

    D'autre part, la qualité du service n'est pas liée au public ou au privé, mais aux moyens investis. En France, nous oublions souvent que nous avons l'une des compagnies ferroviaires les plus performantes du monde, très peu en retard, avec peu d'incidents. Ayant aussi voyagé au Canada, où le train reste public, j'ai pu expérimenter les retards systématiques et le manque d'investissement, qui ne gènent d'ailleurs pas vraiment les passagers, bien moins exigeants que les Français toujours prêts à râler contre la SNCF.

    A l'inverse, lorsque c'est privé, c'est nul au Royaume-Uni et excellent au Japon, mais cher. Tout cela est pour moi une question profondément politique.

    Quand aux prix pour les étudiants, j'ai pu voyager, lorsque je l'étais, sur la SNCF avec une carte qui rendait les prix très intéressants, alors qu'à l'époque, on n'évoquait même pas la concurrence. Cela dépend, là encore, de la volonté politique qu'on trouve derrière la compagnie. S'il y avait concurrence, tu paierais le prix le moins cher sur les grosses lignes, et le prix fort sur la ligne qui va dans le fin fond de la France, comme tout le monde. Y gagnerais-tu ?

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