dimanche 20 juillet 2008

La stratégie politique Larrouturou est-elle réaliste ?

Dans son dernier bouquin, Pierre Larrouturou, économiste membre du Parti Socialiste, s'inquiète du développement de l'idéologie néolibérale. Il s'alarme particulièrement de la politique de Sarkozy et propose une stratégie au PS pour virer notre président dès 2009 : mettre l'UMP à moins de 12% aux élections européennes. Son calcul est simple : De Gaulle a démissionné en 1969 et la France s'en est bien remis ; après une défaite monumentale en 1999 aux européennes, Sarkozy a quitté la tête du RPR ; le premier ministre japonais Shinzo Abe a démissionné en 2007 sans que la loi ne l'y oblige.


Franchement, cher lecteur intéressé, je dois bien te dire que j'adorerai virer Sarkozy dès 2009. Penser qu'il va encore falloir le supporter jusqu'en 2012 est un véritable poids. De plus, il est vrai que Sarkozy assume toujours seul sa politique, ce qui devrait signifier en cas d'échec sa démission. Enfin, on voit bien aujourd'hui que les hommes politiques de droite s'inquiètent de plus en plus pour leur avenir et sont largement ambigus face à leur leader. Le vote de demain sur la réforme constitutionnelle pourrait être un révélateur de cette situation, mais d'autres pourraient suivre.


Et pourtant, cher lecteur séduit, je crois que Larrouturou se trompe, et j'en suis bien triste d'ailleurs. Oh, il ne se trompe sans doute pas sur son analyse économique de la situation, mais sur cette solution politique possible pour permettre à la gauche de revenir au pouvoir. En effet, il me semble qu'il s'appuie sur une vision traditionaliste de la constitution française qui ne s'applique plus maintenant. Je vais essayer de te le démontrer :
  • Le lien avec le général de Gaulle ne peut tenir. Le général concevait la constitution comme une structure double. Le gouvernement était pour lui responsable devant le Parlement, mais celui-ci était surclassé par un président qui était responsable devant le peuple. Évidemment, la constitution ne prévoit pas du tout cela, et le président est totalement irresponsable. Pourtant, de Gaulle, dans une vision développée dès le discours de Bayeux en 1946, considérait que toute défaite, soit par des élections législatives, soit par un référendum, signifiait que le président était désavoué et qu'il devait partir. C'est ainsi qu'il obtint une nouvelle légitimité en 1962, en gagnant des législatives et un référendum en même temps et qu'il pu déjouer le mouvement de mai 1968, grâce à des législatives marquées par la peur des gauchistes. Par contre, les Français se rappelèrent au bon souvenir du général en avril 1969, en lui infligeant une défaite. Cohérent avec lui-même, le général quitta le pouvoir. Pompidou et Giscard n'ont pas eu à faire évoluer cette doctrine, car ils n'ont pas connu de défaite durant leurs mandats. Par contre, Mitterrand refusa de partir en 1986, malgré une nette défaite aux législatives, et cela changea toute la logique. Depuis, le président est quasiment inamovible, comme les présidents de la IIIe et de la IVe République, mais en plus, il a des pouvoirs. Seule une alternance législative pourrait l'affaiblir, mais avec le quinquennat, il n'y a plus de raison qu'elle se produise.
  • Sarkozy a certes démissionné de la présidence du RPR en 1999 après une cuisante défaite, mais on n'est pas dans la même situation. Diriger un parti, c'est être capable de le mener au pouvoir, et donc, de lui faire gagner des élections. En 1999, sa liste aux européennes s'est prise une formidable claque, et il a démissionné. Cela n'a pas obéré sa carrière politique, loin de là. En 1999, il ne pouvait faire autrement. Ayant soutenu Balladur en 1995, il avait arraché le RPR aux chiraquiens après la défaite de 1997 et venait d'accéder à la présidence. Cette défaite permettait à Jacques Chirac, loin d'être mort politiquement, de reprendre le contrôle du parti (souvenez-vous, c'est Michèle Alliot-Marie qui s'en est chargée). Aujourd'hui, Sarkozy est le président de la République. Il ne démissionnera que si ses amis le poussent dehors, ce qu'ils ne feront pas, car cela signifierait une défaite immédiate de la droite.
  • Reste l'argument de Shinzo Abe. Ce jeune et fringuant homme politique japonais (enfin, 52 ans, mais pour un politique japonais, c'est très jeune) avait relevé le défi de succéder au populaire Koïzumi. Il était présenté comme un homme populaire, très compétent et promis à une grande carrière. Et pourtant, quelques mois plus tard, battu aux sénatoriales et à moins de 30% dans les sondages, il a décidé de démissionner. Ce type de comportement se retrouve aussi dans de nombreux pays occidentaux, comme le Royaume-Uni, le Canada, l'Italie, l'Espagne ou l'Allemagne. Il se retrouve régulièrement en France chez nos chefs de gouvernement (souvenez-vous d'Edith Cresson, d'Alain Juppé, de Jean-Pierre Raffarin) mais sous la pression du président et pour le protéger. Cependant, en France, un président n'a jamais démissionné sous la Veme République, sauf de Gaulle, mais à cause de sa vision spécifique des institutions. Sarkozy a certes un certain panache, et il sera prêt à virer n'importe quel ministre impopulaire (il l'a dit), mais, alors qu'il a fait toute cette route pour devenir président, partira-t-il à cause d'une défaite aux européennes ? Les municipales n'ont pas eu l'air de beaucoup l'inquiéter cette année...



Alors, pourquoi cette théorie chez un homme politique qui connaît pourtant bien la vie politique française ? Je pense que Larrouturou cherche un moyen de dynamiser le PS et de le sortir de sa statégie apathique. Il donne un objectif à court terme au PS et à ses militants, propose un programme et une stratégie politique. Je trouve finalement dommage de faire croire qu'on pourra vraiment se débarrasser de Sarkozy comme cela. S'il faut en arriver à ce type de raisonnements pour faire bouger le principal parti de gauche, c'est qu'il y a dans celui-ci un vrai problème.

En tout cas, le programme de la Nouvelle Gauche est vraiment intéressant...

11 commentaires:

  1. Ouais parce que les gueguerres du PS, ça fait bien plaisir à la droite. De mon coté j'entends beaucoup plus parler de la LCR que du PS. Semblerait que n'ayant pas de personnage charismatique à leur tête, les socialistes perdent encore du chemin?

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  2. Petite remarque Pierre Larrouturou est tout saud un fin connaisseur de notre vie politique :-).
    Et surtout ne pas voir dans mon propos une critique. J'ai trop de sympathie pour l'homme et un engagement total à ses cotés

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  3. Bonjour,

    @ Homer : cela est sans doute dû à la stratégie des dirigeants actuels du PS (vivement qu'il se débarrasse de François H.) et à des médias qui préfèrent mettre en avant la LCR pour faire penser aux électeurs qu'il n'y a pas d'alternatives possibles à gauche. Pourtant, quand on parcourt les contributions du PS, on voit qu'il y a largement de quoi construire un programme dense et cohérent. C'est aussi le cas avec les autres partis de gauche démocratique. Le recours au leader, ce n'est pas vraiment obligatoire à gauche, pour le moment en tout cas.

    @ Marc : je sais pas, je connais pas bien le bonhomme. Je n'ai lu que ce livre de lui, très intéressant idéologiquement.

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  4. Je suis persuadé que Sarkozy ne démissionera jamais, il virera tout le monde à ses côtés mais restera debout jusqu'au bout, il aime trop le pouvoir pour ça.
    C'est pas très fondé comme argument, mais bon.
    Sinon Mathieu, tu dis que les médias donnent la LCR comme unique alternative au pouvoir actuel...Donc pas d'alternative.
    Ont ils tort?
    Y a-t-il vraiment quelque chose à gauche?
    La LCr est la seule gauche (trop à gauche pour moi) qui existe par ses idées.
    Tant que le parti socialiste ne se débarassera pas de sa gangrène Ségoliste et autres Fabius, la droite gagnera toujours, qu'elle soit crédible ou pas.

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  5. Oui, je crois qu'ils ont tort. Le PS, mais aussi le PC et les Verts ont plein de propositions. Les contributions du PS le prouvent largement. Encore faut-il un peu de courage politique, reprendre l'offensive et abandonner la guéguerre des chechefs... J'espère qu'ils vont vite s'y mettre.

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  6. C'est drôle, mais je n'ai pas souvenir d'une prise de position constructive, on est sans cesses dans la destruction du sarko, chose pas difficile en soi, mais peu constructive.

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  7. En fait, faut sortir du brouhaha de Ségolène et se pencher sur les programmes. Les journalistes ne le font pas vraiment. Par fainéantise ? Parce qu'ils pensent que cela n'intéressera pas les lecteurs et auditeurs ? Je ne sais pas...

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  8. charlatan crépusculaire21 juillet 2008 à 16:04

    Pas par fainéantise, mais parce que l'antienne populaire actuelle est de crier haut et fort que le PS, ou la gauche dans son ensemble, n'a rien à proposer sinon une guerre de chefs et que le premier qui osera dire autre chose se fera remarquer. Une manière habile de décrédibilser l'opposition.
    PS : moi, franchement, ça ne me dérange pas plus que ça que le PS n'ait encore rien de construit à proposer (je précise "construit" pour qu'on ne comprenne pas "rien" tout court), surtout en ce moment, avec le buzz libéral qui les a pris, vu qu'il n'y a pas d'échéance électoral à court terme (sauf européenne, mais là, la position est claire).

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  9. Y'a le temps, y'a le temps, mais je vois bien 2012 avec la misère comme celle de 2007

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  10. Je crois aussi qu'il n'y a pas le temps. Le PS doit se bouger, et vite !

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  11. Je suis également dubitatif sur notre capacité à contraindre Sarkozy à la démission en cas de défaite électorale, même cuisante.
    Il n'empêche, comme le dit le grand sage :"L'avenir appartient à celui qui ne doute de rien", alors pourquoi ne pas tenter le coup? en tout état de cause, je ne peux qu'inviter ceux qui ne connaissent pas encore P. Larrourutou et ses idées percutantes de lire, outre l'ouvrage dont il est question ici, son impressionnant "Livre Noir du Libéralisme" qui détaille ses solutions à la crise que traverse norte société depuis maintenant 30 ans.
    A consulter également le site de son groupe de réflexion: http://nouvellegauche.fr, où vous apprendrez :
    - comment redistribuer aux salariés les 200 milliards d'euros confisqués par le capital.
    - comment créer 1600000 emplois en CDI sans 1 centime d'augmentation de la masse salariale des entreprises ni du déficit budgétaire de l'état ni des impôts des contribuables (mesure expérimentée en France sur 400 PMEs depuis 15 ans!)
    - et bien d'autres solutions "puissantes" aux problèmes actuels.

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