jeudi 10 juillet 2008

Tentons de définir quelques idées simples sur l'immigration (4ème partie).

Une fois ce point de législation fait, je te propose, cher lecteur, d'aborder l'aspect politique des choses. La situation de la France est la suivante : la croissance démographique se poursuit, mais très lentement (0,5% par an), la population vieillit, le système de retraite a du mal, le solde migratoire est finalement faible (50 000 personnes par an, car il y a aussi des gens qui sortent). Au total, et tu l'auras compris dans tous mes billets précédents, je suis pour une immigration ouverte, et même très ouverte.


S'il ne tenait qu'à moi, cher lecteur, j'ouvrirai les frontières à tout va. Je suis persuadé qu'on aurait pas l'afflux qu'on nous annonce sans cesse. D'ailleurs, depuis l'entrée des nouveaux pays dans l'UE, il n'y a pas eu un afflux de Polonais, de Hongrois ou de Tchèques sur la France. Souvent, ces migrants-là viennent plutôt pour des contrats courte durée. Cependant, rien ne dit qu'il se passerait pas la même chose avec ceux du Sud, dont les pays sont souvent en bien plus mauvais état qu'en Europe de l'Est, et il est vrai qu'on ne peut pas tout accepter non plus. Aussi, je proposerai de fixer un chiffre annuel d'entrants sur le territoire français. Aujourd'hui, il rentre 100 000 personnes légalement (on l'a vu) et sans doute des clandestins en nombre imprécis. Je propose qu'on passe ce chiffre à 200 000 dans un premier temps. Il ne faut pas aller trop fort tout de suite, car nos concitoyens sont sensibles, mais il faudrait bien leur dire à un moment qu'il faut des gens pour payer les retraites. Cela ferait deux millions de personnes sur dix ans, mais en comptant les décès des baby-boomers et l'émigration, la population ne devrait pas exploser tant que cela, peut-être un solde migratoire de 100 000 personnes contre 50 000 aujourd'hui. Pour moi, il y a quatre voies pour entrer en France, et je vais te parler maintenant de ces quatre différentes voies.


Avant cela, je dois te dire que je suis entièrement contre la politique de quotas que les Etats-Unis appliquent. Nous devons être prêts à accepter ceux qui viennent puisqu'ils veulent venir. Les quotas montrent une vision communautariste qui n'a pour moi aucun intérêt. De plus, dire qu'il faut plus de Chinois, moins d'Arabes et autant de Latinos, pour moi, ce n'est pas le but et c'est du racisme. Je te confirme aussi que j'exclus de la question les citoyens de l'UE, qui font ce qu'ils veulent et ne comptent pas dans mon raisonnement, vu qu'ils ont déjà le droit de venir et ne sont pas réellement significatif dans le solde actuel.


Le premier moyen d'entrée est pour moi tous les systèmes qui relèvent des conventions internationales et des droits fondamentaux. Cela recoupe autant les demandeurs d'asile, qu'on ne devrait jamais rejeter, surtout qu'on connaît très bien les pays qui posent problème, les personnes mariées à des Français, les personnes ayant des enfants français, les étudiants. Toutes ces personnes là devraient rentrer en France quasiment automatiquement. Pour moi, leurs permis de séjour devraient automatiquement être de dix ans, renouvelables, avec des facilités faites pour obtenir la nationalité française. Il y a là une belle porte d'entrée, qui fera venir du monde et permettra de redorer un peu l'image de la France auprès de l'étranger. En plus, si les étudiants se plaisent, voilà des personnes qualifiées qui pourront s'établir. D'autre part, les demandeurs d'asile ont plutôt vocation à rentrer chez eux si la situation de leurs pays respectifs s'améliore...


La seconde voie est le contrat de travail. Si une personne obtient un contrat de travail en France, qu'elle l'ait obtenu sur place alors qu'elle était là en tant que touriste ou qu'elle l'ait obtenu depuis l'étranger, elle doit automatiquement recevoir un visa, correspondant à la durée du contrat (s'il s'agit d'un CDI, octroyons une carte de séjour de dix ans). A l'expiration du visa, l'immigré doit venir justifier, dans les six mois (ce qui lui laisse le temps de chercher) d'un nouveau contrat pour obtenir une prolongation du visa. Si l'immigrant parvient à rester de cette manière-là en France en travaillant légalement pendant trois ans, il obtient automatiquement une carte de séjour de dix ans, et des facilités pour obtenir la nationalité française dans les années qui suivent. S'il ne fait pas la démarche durant les dix ans, il devra alors justifier d'un contrat de travail, comme dans le cadre précédent, ou d'une pension de retraite versée par la sécurité sociale française.


La troisième voie est le regroupement familial. C'est aujourd'hui la principale voie d'entrée. Je propose de la maintenir, et, pour la mettre en place, pose le raisonnement suivant. Dès qu'un immigré obtient un visa de dix ans, il a le droit de faire venir en France sa femme et ses enfants. Il peut aussi faire venir tout enfant qu'il aurait reconnu. Je sais que les anti-immigrations vont me dire que c'est une porte à l'immigration inutile, mais la femme va consommer, les enfants vont se former et vont devenir des jeunes dynamiques et qualifiés, et tous ces braves gens vont contribuer à la croissance, à la démographie et à la culture de notre pays. De la même manière, une personne naturalisée obtiendrait le droit de faire venir son foyer, conformément à la première voie.


Avec ces trois moyens, arrivera-t-on à nos 200 000 migrants par an ? J'en doute. Aussi, je te propose d'adopter en France un quatrième moyen, qu'utilisent les Etats-Unis : la loterie nationale. Chaque année, proposons le nombre de places manquantes de l'année précédente à la loterie. Tout le monde peut se présenter, il suffit pour cela d'être motivé. Une seule condition : disposer d'un pécule au départ, qui permettrait de subvenir à tes besoins pendant deux mois en France (à définir pour la durée). Si tu es tiré au sort, la France te paie ton billet d'avion et t'accorde un visa d'un an. Cela te donne le temps de trouver un travail. Si tu n'as rien trouvé pendant tout ce temps, tu rentres chez toi. Cette méthode diversifierait l'immigration et permettrait de laisser un peu de place au hasard, ce qui peut s'avérer très bénéfique.


Ah, il rêve, le privilégié, parce qu'il oublie les clandestins. Ces ignobles clandestins... Ils sont la cible de notre cher président depuis 2002, lorsqu'il était ministre de l'intérieur. Tout le discours dans anti-immigrations repose sur le fait que les clandestins sont des délinquants qui ne respectent pas le droit. Je crois qu'il faut relativiser très fortement ce discours. Beaucoup de clandestins viennent en France, et en Occident, de manière parfois contrainte, ou, en tout cas, en étant manipulés : les prostituées par exemple, ou les ouvriers amenés de Chine ou de Turquie. Je pense qu'on ne pourra pas éviter les clandestins, jamais, à partir du moment où on décide de limiter l'immigration et que les richesses restent largement inégalement réparties sur l'ensemble de la planète.


Pour affronter cette question, je propose d'abord d'abandonner la chasse aux sans-papiers. Cela coûte de l'argent, pousse les policiers à faire des bêtises et ne fait que tendre l'ensemble de la société. La capture de clandestins doit donc se faire par hasard. Par contre, je vais te proposer, cher lecteur, une mesure qui va sans doute susciter des débats. Je propose que l'on octroie une carte de séjour de dix ans à tout clandestin qui se dénoncerait, balancerait les réseaux qui l'ont fait venir ici et les patrons qui l'ont employé. Si on arrête des clandestins, je propose aussi que la reconduite soit payée par le patron employeur si on doit la faire. Dans tous les cas, un clandestin qui arrive à démontrer qu'il est en France depuis plus de trois ans et qu'il a travaillé et payé des impôts, doit obtenir un titre de séjour, d'au moins un an, voire une carte de séjour de dix ans comme les autres. Après tout, ils sont là, et travaillent.


Évidemment, toutes ces propositions sont loin d'être parfaites, mais elles sont des voies possibles pour ouvrir un peu l'immigration sur des bases plus saines, et contribuer à la croissance économique de notre territoire. Elles sont aussi une prise en compte de la réalité du monde actuel, et du fait qu'on ne pourra pas s'en tenir à l'écart au plan migratoire, alors qu'on veut absolument mondialiser.


Mais, je sais ce que tu vas me dire, cher lecteur hostile : "On a déjà tant de problèmes avec les immigrés déjà présents et tu veux nous en rajouter plein d'autres ??? Tu délires ? La société française va littéralement imploser !!!" Eh bien, cher lecteur, je ne le crois pas, et, si nous avons des difficultés avec les immigrés déjà présents, je suis persuadé qu'on peut au moins essayer de les surmonter. Ce sera le sujet de mon prochain et dernier billet généraliste sur ce thème.


Et maintenant, cher lecteur, débattons-en !!!

13 commentaires:

  1. Tu vis dans un pays pro-chinois avec un bel avenir nucléaire sans accidents et où la police politique fourbit ses armes et tu voudrais en plus recevoir des étrangers ! Quand des boat people africains meurent, le Premier espagnol est triste lui. Allez, on te propose une immigrée italienne et un ploutocrate hongrois. Ca ira ? (j'ai fait un effort pour lancer ton débat, dans l'unique but, je le précise de faire de la publicité pour mon blog, j'ai l'autorisation du patron ).

    A part ça, mis à part le fait que tu lises des blogs libéraux, ce que je trouve courageux, d'ailleurs tu as l'air courageux, faut l'être quand on est privilégié, mis à part ça, je commence à te lire, comme quoi, je suis courageux moi aussi. Tu devrais aller sur mon blog : il est très libéral. C'est écrit où au fait que le blog il est libéral ? Je crois que je vais le rajouter. Finalement, faut s'assumer.

    RépondreSupprimer
  2. Bonjour,

    Toute la question est: "En quoi les immigrés nous dérangent-ils?"

    Une réponse toute faite et très politiquement correcte est: "Les Francais ne sont pas encore prêts"

    Prêts à quoi? Qu'il est difficile dans une démocratie de devoir à la fois plaire à l'opinion publique tout en n'étant pas dupe sur l'état d'esprit de cette opinion: "Pas prêts" signifie tout simplement que les francais sont "majoritairement et surtout inconsciemment racistes". Il n'y a pas d'autre explication possible. Ce racisme n'est pas du à une malignité génétique de nos concitoyens blancs, ne déformons pas mes propos. Non, ce racisme est engendré par moulte facteurs dont les principaux sont:
    - La nature hétérophobe de chaque être humain. Voir pour celà la définition d'Albert Memmi.
    - L'héritage colonial qui jamais n'a été remis en question et dont les fondements restent bien ancrés dans l'opinion.
    - L'incapacité de notre société à surmonter le sentiment de culpabilité et les tabous culturels ainsi créés pour diaboliser systématiquement les esprits pronant la "repentance et l'auto-flagellation".
    - La persistance d'un racisme institutionnel souvent utilisé comme um moyen de manipulation. En effet, un revers de notre démocratie (à laquelle je suis pourtant charnellement attaché) est qu'elle permet malheureusement parfois d'assouvir certains instincts de domination. Ceux qui en sont porteurs ne reculent devant rien pour atteindre leur but, et utiliser les faiblesses du peuple s'appelle tout simplement le populisme.

    Ce n'est pas, à mon sens, en légiférant que l'on changera l'opinion majoritaire et inconsciente. Non, c'est d'abord en se donnant le courage et les moyens de parler vrai.

    RépondreSupprimer
  3. @ Mtislav : désolé, mais je préfère les immigrés de mes classes. Ils sont plus démunis, mais sont quand même moins dangereux.

    C'est bon, je vais aller sur ton blog, mais s'il est anti-chinois, je ne sais pas si je supporterai. Seras-tu aussi bon que mes autres amis libéraux ?

    RépondreSupprimer
  4. @ Titophe : Titophe, je suis en colère. Tu viens de ruiner tout mon dernier billet. Bon, je vais le faire quand même, mais tu as évoqué tous les concepts que je voulais traiter... Ah, dur d'avoir des lecteurs cultivés sur cette question...

    A bientôt,

    RépondreSupprimer
  5. Titophe me plaît en tout cas, ça fait du bien, un peu d'humanité et de bon sens à côté de toutes les horreurs que je lis depuis que je suis vos blogs.
    Mathieu, je trouve que t'y vas un peu fort avec les 10 ans à tout va, sinon, oui, je te suis globalement.
    Mais comme Titophe le souligne, il faut un changement dans les mentalités des gens, on est dans un cercle vicieux qui rejette l'immigré ou fils de, et qui de ce fait, créé chez lui (en particulier les jeunes) un rejet de la France.
    Alors je suis persuadé que la France ne peut continuer sur cette voie de l'anti immigration, mais pour ouvrir avec intelligence il faut que la "gestion" (j'aime pas ce terme) de l'immigration sur notre sol soit plus positive. On ne peut pas continuer à générer tant d'hostilité de part et d'autre.
    Pas de réponse dans ce post, j'espère que tu auras quelques bonnes idées bientôt!

    RépondreSupprimer
  6. En fait, vos réactions me font me dire que j'aurai peut-être dû commencer par l'article sur les problèmes que rencontrent les immigrés en France. Je me mets donc au travail.

    Les dix ans te gènent ? Dans ma tête, l'idée de donner du dix ans est une manière d'amener à la nationalité française, le plus vite possible. C'est quand même mieux que d'être un immigré en sursis.

    A bientôt,

    RépondreSupprimer
  7. Je vous suggère de lire attentivement ce texte de Teun A. Van Dijk au préalable. C'est une synthèse parfaite de la corrélation entre les problématiques liées à l'imigration "économique et donc exogène" et celles liées au racisme. De plus c'est parfaitement documenté.

    RépondreSupprimer
  8. charlatan crépusculaire11 juillet 2008 à 16:22

    Je suis assez d'accord, peut-être même plus^^
    La notion de nationalité pourrait être plus souple. Pour être basique, je l'accorderais de facto à toute personne payant ses impôts en France (je sais, ce n'est pas réaliste, mais rien que l'idée de ne plus avoir ces soi-disants citoyens qui sont domiciliés en Suisse sous prétexte qu'ils sont riches, sortis de la nation, je savoure).
    Sérieusement, hormis quelques restrictions (ne pas pouvoir être élu au niveau national ou des trucs du genre pouvant avoir un impact à long terme sur la société), toute personne qui a choisi d'habiter en France devrait pouvoir profiter des avantages de la nationalité.
    Mais bon, la "prêtitude" des français n'est pas encore au rendez-vous. Tant que l'immigré sera stigmatisé comme un sans papier profitant des allocations, le rejet sera là.
    C'est dommage, ça ferait du bien à la sécu. :D

    RépondreSupprimer
  9. @ Titophe : Merci pour la source, je vais m'y plonger.

    @ CC : Malheureusement, nos gouvernants, prompts à nous reprocher de vider les caisses du système social, sont tout aussi prompts à nous priver de voies possibles de ressources. Désolé pour les éventuels immigrés qui me lisent, mais vous êtes aussi des personnes à taxer et qui vont cotiser. Cela ne peut être que bon pour le système social français. Mais pour les anti-immigrations, vous êtes avant tout des étrangers. Dans ce cas précis, ils manquent vraiment de pragmatisme.

    Et les apports culturels ??? J'en reparlerai prochainement.

    RépondreSupprimer
  10. Bonjour,
    Je suis d'accord avec une bonne partie de ce que vous proposez, mais que peut-on alors répondre à un argument souvent mis en avant par la droite, à savoir qu'il y a déjà beaucoup de Français au chômage, et que le fait de faire venir des étrangers qui vont "piquer" leur place ne va pas arranger les choses, surtout s'il acceptent de travailler pour des salaires moins élevés ?

    RépondreSupprimer
  11. @ Quentin C : je pense que cela ne changerait pas grand-chose. Pour moi, le chômage ne vient pas de l'importance de l'offre de travail, mais de la productivité et d'un partage des richesses de moins en moins équitables. Depuis 1983, 11% de la création de richesses se sont déplacés du travail vers le capital. Cela a, à la fois, nuit à la consommation, entraîné une diminution proportionnelle du pouvoir d'achat des classes moyennes et des plus pauvres, réduit les revenus de l'Etat et des systèmes sociaux. Cette diminution des revenus des salariés se fait au profit des possesseurs de capitaux, qui épargnent et consomment moins, car beaucoup moins nombreux.

    Pour faire baisser le chômage, c'est sur ces notions-là qu'il faut bosser, en augmentant les salaires nettement, en réduisant la productivité ou en diminuant le temps de travail, en luttant contre la précarité dans le travail aussi. Enlever ou rajouter des immigrés ne changerait pas grand-chose : ils vont même être très nécessaires, avec le grand nombre de retraités qui vont bientôt être là. Qui va payer les retraites ? Sinon, il va tous falloir qu'on se mette à faire beaucoup plus d'enfants que les 2,0 enfants par femme actuels. Au travail, Quentin C.

    RépondreSupprimer
  12. Bandes de dingues
    Laissez les étrangers dans leur pays

    sauf si ces étrangers sont des suedois, des allemands, des américains......etc......

    pour les autres basta

    RépondreSupprimer
  13. @ Anonyme : tout le monde n'a pas la trouille des autres...

    RépondreSupprimer

Laissez-moi vos doléances, et je verrai.

La modération des commentaires est activée 14 jours après la publication du billet, pour éviter les SPAM de plus en plus fréquents sur Blogger.