jeudi 6 janvier 2011

Parlons sérieusement du temps de travail : et les profs ?

Les polémiques récentes ont ramené le temps de travail sur la table. Au-delà de la vague actuelle, il est intéressant de constater que cette question structure largement le champ politique français et qu'elle passionne nos concitoyens, quelle que soit leur position par ailleurs.

Dernièrement, le temps de travail des enseignants a largement occupé les médias. Le PS, dans ses récentes propositions, a repris l'idée de Ségolène Royal et proposé un réaménagement de notre temps de travail. La droite expérimente la hausse du travail par la suppression des personnels, obligeant les autres à travailler et anime un grand débat sur les vacances qui suscite de nombreuses réactions dans la profession mais aussi dans les lobbies touristiques.

Estimer le temps de travail réel qu'on utilise est réellement très compliqué. Cela doit être simple pour un salarié utilisant une pointeuse. Pour moi, je ne peux me baser que sur des estimations, forcément très personnelles et forcément très subjectives.

En théorie, notre boulot s'appuie sur différentes missions. Nous devons donner un certain nombre d'heures de cours en fonction de notre statut (15 heures ou 18 heures). Nous devons fournir des cours de qualité durant ces heures, s'appuyant sur la recherche universitaire actualisée (pas celle du moment où nous faisions nos études) et nous devons participer à toute une série d'examens, soit dans nos classes, soit dans des examens divers comme le brevet ou le bac. Notre temps de travail est calculé sur le temps de travail de 1950, qui était de 43 heures pour les salariés de l'époque. Pour moi qui suis agrégé, cela signifie que je suis censé travailler 2,86 heures pour une heure de cours effective. Nous avons de plus un certain nombre de semaines de vacances (j'exclus l'été car nous ne sommes pas payés sur cette période) durant lesquelles on travaille toujours un peu, mais évidemment bien moins que durant les 36 semaines de cours. Personnellement, je travaille beaucoup pendant les vacances de la Toussaint et celle de février, nettement moins en avril et quasiment pas durant les vacances de Noël.

J'avais estimé utiliser, en fonction des semaines travaillées, entre 30 et 45 heures. Ces variations importantes sont liées à l'organisation de l'année scolaire. Je travaille bien plus en début d'année (je prépare tous mes cours en les adaptant aux classes que je viens de découvrir) ou durant les périodes de conseil de classe et au moment des examens. Par exemple, une période assez calme est le mois de mai. On a tellement préparé de cours et on est tellement en retard sur le programme qu'on n'a plus grand-chose à faire en dehors des corrections.

Lorsqu'on interroge les collègues sur le sujet, ils affirment travailler beaucoup. Le billet de Cycee de ce matin en est un excellent exemple. Tous les profs vous diront que "c'est de plus en plus dur", que "les vacances sont encore loin" ou que "y en a marre de ce boulot lourd et si mal payé". En fait, quand on creuse, on constate que deux choses émergent nettement :

  1. ce sont finalement les heures de cours devant élèves qui sont citées comme étant réellement le moment usant du travail, surtout dans les bahuts difficiles, en particulier les collèges,
  2. et les enseignants ont le sentiment qu'on leur rajoute sans arrêt toute une série de trucs inutiles et sans intérêt, que ce soit dans les cours ou hors des cours, qui les éloignent de leur mission centrale qui est déjà assez difficile comme cela.
La droite est clairement vu comme responsable de cette dégradation : les suppressions de poste ont amené à une nette hausse des heures supplémentaires, certes bien payées, mais qui ont alourdi nettement la charge de travail. Elle a aussi contribué à toute une série de décisions qui n'ont cessé de faire penser aux profs qu'ils étaient mal considérés et qu'ils faisaient un peu tout et n'importe quoi.

Les propositions du PS ne sont pas vraiment mieux passés. Les socialistes proposent une diminution des heures de cours et une revalorisation salariale pour continuer à faire des économies en supprimant de nombreuses professions comme les surveillants, les conseillers d'orientation ou les CPE : les profs devraient ajouter bien d'autres missions à leurs arcs.

Je ne sais pas ce que souhaitent vraiment les profs, mais il y aurait deux bases pour discuter je pense :
  • que les changements dans notre temps de travail fassent du bien aux élèves (ce qui n'est pas le cas en ce moment, regardez les résultats de PISA),
  • que ces changements donnent l'impression (au moins) que l'on prend en compte le fait que notre travail premier (donner des cours) est important pour la société.
Si on s'appuie là-dessus, on pourra discuter. Sinon...

dimanche 2 janvier 2011

Le 22 janvier 2011, on manifeste pour l'Education !


Depuis la grosse branlée la fin du mouvement social contre la réforme des retraites, l'Education nationale semblait relativement apaisée. Il n'y a même pas eu la traditionnelle grève de novembre visant à contester le budget de l'année prochaine, pourtant aussi désastreux que ceux des années précédentes.


Heureusement, il semble enfin qu'une réaction se dessine, puisque le collectif "Un pays, une école, notre avenir", qui était parvenu à organiser une importante manifestation en octobre 2008, va tenter de réussir une nouvelle fois ce défi le samedi 22 janvier 2011, même si on n'aura pas cette fois-ci une manifestation nationale à Paris mais des manifestations locales.

Tu trouveras, cher lecteur, le texte de l'appel ci-dessous. Je te parlais, il y a quelques jours, des difficultés des sites des associations et des syndicats pour se faire référencer. Étonnamment, on trouve cet appel sur les sites des organisations membres du collectif mais pas sur le site du collectif lui-même.

L'appel est de plus assez restrictif, puisqu'il n'appelle à manifester que les acteurs de l'Education nationale (personnels, parents, élèves, étudiants) et pas l'ensemble des citoyens, alors que l'école est un sujet qui concerne tout le monde.

Comme d'habitude, on devra donc se contenter de ce texte très imparfait et faire avec. J'espère que les blogueurs que je peux croiser parfois dans les manifestations trouveront cette initiative suffisamment importante pour la relayer et même, peut-être, pour y participer.


"Communiqué de presse du Collectif « L’éducation est notre avenir » 
Paris, le 16 décembre 2010
Le collectif « L’éducation est notre avenir » dénonce les effets catastrophiques qu’aura la mise en œuvre du budget 2011pour l’Éducation nationale, s’il est adopté par le Parlement. D’ores et déjà, compte-tenu du résultat prévisible du vote, les organisations membres du collectif appellent tous les citoyens et futurs citoyens de ce pays à un premier acte de refus des conséquences de ce budget, le 22 janvier 2011.
Le budget 2011prévoit la suppression de 16 000 emplois et n’affiche d’autre ambition pour le système éducatif que la recherche d’économies à partir du dogme du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Pourtant, les effectifs d’élèves vont continuer d’augmenter et la part du PIB français destinée aux enseignements primaires et secondaires a diminué dans la période récente en passant de 4,5% en 1995 à 3,9% en 2006.
Le collectif appelle lycéens, étudiants, parents d’élèves et personnels de l’éducation à participer à la journée nationale de mobilisation du 22 janvier qui prendra des formes variées dans les départements (manifestations, rassemblements, débats). Cette première étape sera, n’en doutons pas, prolongée par d’autres initiatives durant les 2e et 3e trimestres.
Ensemble, refusons les fermetures de classes, la disparition des RASED, les suppressions de places en maternelle, la baisse des dotations des collèges et lycées, le manque d’ambition du plan Licence à l’université, les réductions de postes et d’options, les hausses d’effectifs dans les classes… Exigeons une véritable formation professionnelle des enseignants sans laquelle les écarts entre élèves vont continuer à se creuser !

Aujourd’hui plus que jamais, notre pays a besoin d’un système éducatif qui s’attaque réellement aux inégalités scolaires et traite la situation des élèves en grande difficulté. D’autres choix pour la réussite de tous les jeunes sont nécessaires afin que l’École remplisse les objectifs d’une École démocratique et ambitieuse."


* Les organisations à l'initiative de cet appel :
AFL - Cé - CEMEA - CRAP-Cahiers pédagogiques - EEDF - FAEN - FCPE - FEP-CFDT - FERC-CGT - FGPEP - FIDL - FOEVEN - Les FRANCAS - FSU - GFEN - ICEM-pédagogie Freinet - JPA - La Ligue de l'Enseignement - Fédération Léo Lagrange - OCCE - SGEN-CFDT - SUD Education - UNEF - UNL - UNSA Education


Les organisations qui soutiennent cet appel :
AEAT - AFPEN - AGEEM - AMUF - ANATEEP - APBG - APSES - APKHKSES - ATTAC France - CFDT - CGT - CMR - CNAJEP - CNAL - CSF - FFMJC - FNAME - Bureau national FNAREN - FNDDEN - FNFR - LDH - MRAP - PRISME - Solidaires - UDPPC - UFAL - UNSA



samedi 1 janvier 2011

Meilleurs voeux pour cette nouvelle année 2011.

Cher lecteur,

Durant toute l'année écoulée, tu m'as régulièrement suivi, lu, critiqué, soutenu, enfoncé, encouragé, démonté, renforcé.

Je tenais à te remercier pour tout cela. Je te souhaite une excellente année 2011 et espère que nous continuerons à partager de bons moments dans notre belle blogosphère française, peu influente mais au combien sympathique.

D'autre part, je tenais à remercier tous les blogueurs ci-dessous qui ont bien voulu faire un lien vers ce blog tout au long de l'année écoulée. Je vous souhaite à tous une bonne année pleine d'influence, de débats bloguesques et de rencontres avinées.



103 sites ont fait des liens sur http://lespriviliegiesparlent.blogspot.com/ depuis le 2010-01-01
Avec nos gueules...
Liste générée à partir des infos du Top Blog Wikio par le Jegounotron

vendredi 31 décembre 2010

Les dix billets les plus lus en 2010.

J'ai abandonné définitivement, sur ce blog, les billets de bilan. Je vais sans doute très rapidement mettre, sur le côté, un petit encart d'audience qui les remplacera. Cependant, je voudrais revenir un peu sur les dix billets les plus lus de cette année. Comme durant l'année précédente, ce ne sont pas forcément les billets que j'estime être les meilleurs qui se retrouvent en tête de classement. En dehors des blogueurs qui lisent un peu de tout, la plupart des visiteurs arrivent par des requêtes Google souvent très hasardeuses. D'autre part, les billets informatifs sont les plus consultés. Il y a cependant quelques bonnes surprises.

Je vais t'indiquer, cher lecteur, le nombre de visites reçu par chacun des billets cités. Il faut que tu prennes en compte le fait que ce chiffre indique le nombre de fois où le billet a été ouvert pour lui-même. La plupart du temps, les visiteurs arrivent sur la page d'accueil, où ils peuvent lire le billet, ce qui est enregistré à part. Tous ces chiffres sont issus de Google Analytics.

"Ouh, le beau système de stage pour les enseignants que voilà !" : je suis très heureux que ce billet arrive en tête. La réforme de la formation des enseignants a émergé dans les médias avant tout par les réseaux alternatifs d'information, alors que le gouvernement avait clairement choisi de se taire sur le sujet. Aujourd'hui, les médias se passionnent pour cette question et ne cessent de publier des interviews de stagiaires en crise. Cependant, il faut bien reconnaître que la réforme est passée malgré tout. Ce billet a reçu 1 636 visites.

"Grève du 6 septembre des enseignants du secondaire : peut-être quelques bénéfices secondaires..." : ce type de billet a de plus en plus de succès en période de mouvement social. Malgré les diatribes médiatiques, il semble que les internautes s'intéressent beaucoup aux motivations des grévistes et aux raisons des mouvements sociaux, souvent de manière très positive. Ce billet parlait de la grève de l'éducation lancée par le SNES le 6 septembre, mouvement relativement bien médiatisé même si son succès a été faible. Ce texte a reçu 1 518 visites.

"Le Raincy : l'étonnant "petit Neuilly"" : je pouvais m'interroger sur l'intérêt de faire des billets sur des sujets très locaux. La position de ce billet m'a montré que les internautes pouvaient rechercher des informations sur un sujet très local et réagir très vigoureusement sur la question, surtout s'ils étaient aiguillonnés par un influent blogueur local. Ce document-témoignage a reçu 748 visites.

"Appel intersyndical à la grève le 27 mai 2010." : ce billet n'avait en soi qu'un intérêt très limité, mais les appels à la grève republiés sur un blog attirent toujours beaucoup de monde, surtout si les grands médias en parlent peu et que les internautes cherchent de l'information. Bizarrement, Google met souvent ces documents venant de blogs en avant. Peut-être les syndicats devraient-ils s'interroger sur la manière dont leurs pages web sont référencées. Ce manifeste a reçu 745 visites.

"Proposition de politique pour casser la crise financière : dévaluons l'euro !" : ce billet était tout à fait mauvais. Je me suis mélangé les pinceaux dans mon explication et mes commentateurs m'ont clairement rappelé à l'ordre. Je suppose que c'est pour cela qu'il a ameuté autant de monde. Il a reçu 546 visites.

"La grève du 12 mars 2010 : explication de la stratégie des syndicats enseignants." : encore un billet d'analyse des motivations des grèves de prof, sur un mouvement qui n'a pas eu un franc-succès et qui a été très mal relayé par les médias. Les internautes semblaient encore chercher une autre vision sur ces thèmes. Cette explication de texte a reçu 528 visites.

"Émeutes urbaines de Grenoble : c'est encore la démocratie qui trinque." : ce type de thème attire beaucoup les visiteurs, car il fait polémique. Sur internet, en dehors du sexe, la sécurité est un bon appeau à visiteurs. Cependant, ce billet aurait dû rester un simple billet conjoncturel mais il a été la source d'une réponse de l'Hérétique, blogueur ayant un panel de visiteurs bien plus large que moi. Cela explique sans doute son succès relatif. Ce pamphlet a reçu 521 visites.

""Notre point G, il est dans la penderie."" : j'ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce texte. Il s'agit d'une réflexion à vocation humoristique mais néanmoins politique sur la manière dont la publicité traite l'amour et/ou la sexualité. Il a été beaucoup relayé, ce qui peut expliquer son audience. Ce sketch a reçu 472 visites.

"Liste des manifestations du 7 septembre 2010." : voici le billet-type qui illustre les problèmes de communication des syndicats, les internautes tombant sur mon billet qui n'était qu'un copier-coller d'une publication de la CGT. Il faut vraiment travailler votre référencement, les gars. Cette liste a reçu 467 visites.

"Les ados d'aujourd'hui : des drogués du sexe ?" : tiens, un vieux billet de 2009... Il faisait suite à une affaire de viol dans un collège d'Arras et était une réponse à deux billets du Chafouin et d'Homer sur la question. Il illustrait comment une affaire judiciaire pouvait être vue politiquement de manière très diverse. Cependant, je crains que le succès postérieur de ce texte soit lié au titre, puisqu'on y trouve à la fois les mots ados, drogués et sexe... On est bien peu de choses, ma bonne dame... Cette contribution a reçu 436 visites.

Ce qui est étonnant, et malgré mon freinage brutal de la fin d'année, c'est que le nombre de visites par billet a nettement augmenté. Le billet le plus visité de 2009 était à 682 fois et celui de 2008 à 486 fois. Il ne s'agit sans doute pas vraiment d'une question d'influence mais ce blog a été plus consulté cette année. Merci, chers lecteurs, de l'intérêt que vous avez pu porter à ces quelques écrits.

jeudi 30 décembre 2010

Par la réforme du bac STI, la France entérine la disparition de son industrie.

En France, on se passionne toujours, lorsqu'on parle d'éducation, sur des sujets touchants les matières générales. Par exemple, la disparition de l'histoire-géographie en terminale scientifique a fait couler beaucoup d'encre durant les mois précédents. On s'intéresse beaucoup moins à toute une série de matières et de disciplines qui concernent plutôt les domaines techniques et industriels. Aujourd'hui, il existe plusieurs bacs techniques et professionnels qui forment à ces voies. Dans les lycées généraux et techniques, on trouve principalement les bacs Science et technologies industrielles (STI) et Sciences et technologies de laboratoire (STL). Ces bacs aboutissent à des formations courtes dans le supérieur et donnent en général de bons débouchés aux élèves qui les choisissent. Ils ont largement participé à la démocratisation du baccalauréat engagée dans les années 1980.

Le bac STI nécessitait une réforme car ses programmes dataient de 1993. Les syndicats enseignants la réclamaient largement et un premier projet était en préparation sous les gouvernements Raffarin puis De Villepin, avec de fortes discussions entre entreprises, gouvernement et syndicats enseignants. Il avait presque abouti mais Xavier Darcos le suspendit brutalement en 2007. A l'époque, nous avions pensé que le ministère allait tout simplement le supprimer, laissant ces formations à l'enseignement professionnel.

Or, dans le cadre de la réforme du lycée, le gouvernement y est revenu, annonçant au début de 2010 la naissance du bac Sciences et technologies Développement Durable (STI2D)... Bon, voici encore le développement durable qui réapparaît et qui encadre le futur de nos ouvriers spécialisés. Actuellement, ce terme figure dans tous les programmes de l'école, à tous les niveaux. A ceux qui croient que l'éducation n'a plus d'objectifs politiques...

Au-delà de ce terme, il est intéressant de regarder ce que contient ce nouveau diplôme qui remplacera la STI le 1er septembre prochain. Tout d'abord, les enseignements généraux sont nettement augmentés (avec l'arrivée de la 2e langue). Surtout, on change totalement l'approche de la partie technique en abandonnant le travail sur machines et en s'appuyant uniquement sur des notions théoriques et de conception. En clair, on met en place un bac qui n'est plus du tout une voie permettant de former des ouvriers très qualifiés mais visant plus précisément à former des concepteurs et des ingénieurs. La formation des ouvriers retombe donc sur le lycée professionnel.

On peut voir clairement l'objectif budgétaire qu'il y a derrière ça : en se passant des ateliers, on fait d'importantes économies, et les régions qui ont construit ces dix dernières années de magnifiques lycées autour de machines flambant neuves vont en être pour leurs frais. Il y a aussi là-dedans de grosses économies de postes et les premières vraies attaques contre les statuts des enseignants, mais je voudrais plutôt souligner autre chose et m'intéresser aux discours des inspecteurs de ces disciplines.

Lorsque ceux-ci présentent le nouveau bac aux enseignants, ils n'y vont pas par quatre chemins et sont très directs : la France ne doit plus former d'ouvriers, même très qualifiés, mais des concepteurs. Nous sommes dans une situation où il est évident que les tâches de fabrication ne se feront plus ici et il devient inutile d'envoyer des jeunes dans le mur en les formant à des métiers qui n'existeront plus dans notre beau pays.

Cette réforme permet de se comprendre trois choses à propos des politiques menées actuellement par notre gouvernement :

  • Tout d'abord, on peut vraiment remettre en cause ce calcul. En effet, les nouveaux pays industrialisées se sont depuis longtemps attaqués à la conception mais ne maîtrisent pas toutes nos techniques industrielles. Se priver de bons ouvriers en s'appuyant sur une organisation du travail déjà dépassée est très risqué. Très vite, nous n'allons plus du tout être les commandants de la production des usines du Sud, mais les concurrents de ces mêmes pays sur des productions industrielles équivalentes aux nôtres. Nous pourrions encore conserver un peu d'avance, mais si nous formons des cerveaux, nous n'aurons plus de bras.
  • Ensuite, cette réforme sépare les parcours possibles pour les jeunes entre le général et le professionnel. Que vont devenir tous ces gamins qui partent aujourd'hui dans le technique s'ils n'ont plus le choix qu'entre du général pur ou du technique très élevé mais forcément difficile, et du professionnel très mal vu dans notre pays ?
  • Enfin, on peut clairement remettre en question les beaux discours de notre président sur la soi-disant réindustrialisation nécessaire de la France. On peut toujours ramener des usines ici, mais si on a plus d'ouvriers très qualifiés à y mettre, quel intérêt ?
En clair, l'Etat a fait un choix fort : la France poursuivra définitivement sa désindustrialisation. On ne peut que s'en étonner et même s'en inquiéter.

Je me demande bien ce qu'en pensent les patrons des entreprises industrielles qui sont encore en France et qui ont choisi d'y rester. Sont-ils informés que les filières qui leur fournissent leurs salariés vont profondément changer ? Cher camarade employeur, il est à craindre que tu sois obligé de délocaliser, même si tu ne le voulais pas.

Étonnante époque...

lundi 27 décembre 2010

Plan d'investissement exceptionnel pour les collèges en Seine-Saint-Denis : le PS risque de payer un taux politique très lourd.

Cher lecteur, dans un département comme la Seine-Saint-Denis, marqué par la pauvreté, les enseignants n'ont cessé de constater l'état affligeant des collèges du département. Je ne parle pas ici des efforts de l'Etat mais bien des bâtiments eux-mêmes et de leurs équipements.

Le département a été géré depuis sa création par le PCF. Il symbolisait la banlieue rouge et le parti n'a perdu le département que lors des dernières élections cantonales, supplanté par le PS et son dirigeant local, Claude Bartolone. Durant les vingt dernières années, le PCF a clairement laissé les collèges à l'abandon. Il n'y a qu'à voir, par exemple, l'état de l'équipement au niveau du numérique, les cantines ou encore l'état des bâtiments eux-mêmes. Les constructions, alors que l'explosion démographique est réelle dans l'Est du département, sont lentes.

Or, le nouveau président du conseil général a annoncé en octobre dernier un très ambitieux "plan d'investissement exceptionnel pour les collèges" de près de 700 millions d'euros. Dans l'Education, cette annonce nous a tous surpris. En effet, nous savons que le conseil général est dans une situation financière catastrophique. La majorité précédente a joué avec de nombreux emprunts toxiques typiques de la période de délire financier que nous traversons. En tout, ce sont près de 886 millions d'euros, à 97% constitués d'emprunts toxiques que le département doit honorer, pour des annuités de 82,5 millions d'euros. De plus, il est aussi fortement gêné, comme tous les départements du pays, par le fait que l'Etat ne reverse pas ce qu'il devrait dans le cadre de la décentralisation.

Dans ce cadre, ce plan exceptionnel étonne, d'autant plus que les élus locaux PS ne cessent de s'en vanter. Ce fut le cas lors de la dernière séance du conseil municipal du Raincy, durant laquelle M. Lapidus, leader de l'opposition PS, signala à plusieurs reprises que le collège public de la commune (Jean-Baptiste Corot, situé sur le Rond-point Thiers) serait reconstruit.

Les enseignants réclamaient depuis longtemps un plan de rénovation de cette envergure, malgré les difficultés financières de la collectivité territoriale. Déjà, mes collègues de collège trépignent et demandent à participer à la conception des futures constructions. Cependant, on a pu découvrir que les syndicats enseignants du département avaient massivement voté contre la partie "construction" du projet lors du CDEN convoqué sur ce sujet.

En effet, le PS a trouvé une voie étonnante pour financer son projet, permettant le contournement de sa dette abyssale. La partie construction sera réalisée en "partenariat public-privé" pour 324 millions d'euros. En clair, les bâtiments vont être construits par de grands groupes privés (les groupes pouvant le faire sont peu nombreux : Eiffage, Vinci, Bouygues...) qui demanderont un loyer. Au bout de 25 ans, le département pourra devenir propriétaire. Sur le papier, la structure est claire : cela permet de ne pas avancer de fonds et de ne pas emprunter, tout en menant les constructions quand même.

Plusieurs points soulèvent une grande inquiétude :

  • Sans vouloir casser du sucre sur le dos des grands groupes immobiliers français, nous savons tous, cher lecteur, qu'ils se fichent pas mal du service public et qu'ils souhaitent faire du profit. En clair, ils vont faire payer un loyer largement au-dessus du niveau d'un emprunt pour le département. Alors que la partie "rénovation" est financée par des emprunts à 2%, les loyers équivaudront à des emprunts à 9%. Certes, au début, cela paraîtra peu de choses, mais il faudra fournir ces mensualités pendant 25 ans et les prélever sur les impôts locaux. En clair, ce seront les Dyonisiens qui paieront la note sur cette longue période à venir, nettement plus qu'avec des emprunts. Il faut ajouter à cela que le département a déjà voté un budget en déséquilibre en 2010 de près de 75 millions d'euros.
  • Ensuite, que se passera-t-il dans la gestion quotidienne ? Certes, le département a annoncé que les personnels resteront publics, mais il est bien évident que le propriétaire cherchera d'autres moyens de rentabiliser ces constructions. On pourra donc louer ou ouvrir le bâtiment hors du temps scolaire, et dans ce cas, ce sont des salariés de droit privé qui vont pénétrer dans les murs. De plus, les collèges actuels sont déjà surchargés très souvent et il est à craindre que les activités se concurrenceront.
  • Enfin, que se passera-t-il dans 25 ans ? Je te fais le pari, cher lecteur, que le propriétaire va bien entretenir au début, puis, l'échéance approchant, va gentiment laisser le bâtiment se dégrader. La collectivité récupérera donc des locaux en mauvais état au final et risque de ne pas avoir d'autre choix que de rebâtir et/ou de resigner de nouveaux PPP avec de nouvelles entreprises.
Au delà de ces critiques, il faut tout de même admettre que la situation du département est telle que, de toute façon, les habitants devront payer ces établissements qui sont nécessaires, mais il est très grave de se lancer dans ces dispositifs de privatisation des impôts, qui sont d'ailleurs sans arrêt invoqués par le gouvernement actuel comme la solution idéale à tous les problèmes des collectivités territoriales.

Aujourd'hui, le PS communique massivement sur ce plan, matraquant à la fois la droite mais surtout le PCF (qui s'est opposé au plan) du fait de sa responsabilité évidente dans cette situation.

Cher lecteur, je crois qu'il fait là une erreur grave. Je voudrais apporter ici quelques éléments qui devraient faire réfléchir les militants de ce parti à l'échelle nationale et inciter leurs dirigeants à faire très attention :
  1. Le PS co-dirigeait le département avec le PCF et ne peut donc pas lui-même se dégager de la responsabilité des emprunts toxiques.
  2. Le PS sera tenu pour responsable de la hausse importante des impôts locaux qui suivra inévitablement. Il aura beau arguer de la part de l'Etat (qui ne paie pas la décentralisation, je te le rappelle), les citoyens verront le montant de la taxe d'habitation et de la taxe foncière et ne penseront qu'à cela.
  3. Le PS continue à donner du grain à moudre à tous ceux qui l'accusent de mollesse voire de droitisme. Le fait que les élus du 93 soient majoritairement des Fabiusiens va d'ailleurs faire beaucoup de mal à ce courant soi-disant plus à gauche que d'autres (DSKistes et Ségolénistes en particulier).
Que fallait-il donc faire, dans ce cas, cher lecteur ? Il fallait emprunter ou ne rien faire, tout simplement. Tu vas me dire que les PPP vont permettre à mon département d'avoir rapidement de beaux collèges. C'est vrai, mais on entre dans une logique idéologique détestable. La politique, c'est avant tout des idées et des valeurs, et là, on ne sait pas bien où on les trouve. Le PPP est une politique éminemment de droite, puisqu'elle permet à des groupes privés de faire main basse sur les revenus fiscaux à des taux prohibitifs, en tout cas bien plus qu'avec des emprunts souvent réalisés auprès de partenaires publics comme la Caisse des dépôts. Dommage que le PS se vautre là-dedans...

samedi 25 décembre 2010

La chaîne des dix évolutions du blog en 2010.

En cette soirée de Noël, étant rempli de foie gras, saumon fumé et autres joyeusetés que nous consommons à cette période (et je passe sur les alcools), j'ai envie, le coeur léger, de répondre à la chaîne que Nicolas m'a adressée il y a deux jours.

Le leader de la blogosphère politique me demande de citer dix évolutions de ma manière de bloguer en 2010. Malheureusement, je ne peux en citer qu'une : j'ai failli arrêter !

Malgré le fait que la blogosphère soit un petit milieu, les arrêts ou les décrochages des blogueurs sont fréquents. Certains arrêtent au bout d'un moment parce qu'ils ont fait le tour de la problématique de leur blog, d'autres parce qu'ils n'en voient plus l'intérêt, la plupart n'indique pas pourquoi ils le font.

Personnellement, je crois que j'ai éprouvé un véritable ras-le-bol. J'ai tenté de l'expliquer ici, mais j'y ajouterais d'autres éléments maintenant. Pour résumer l'ensemble, le blogage avait pris trop de place dans mon existence. Je m'imposais littéralement de faire des billets, mais aussi d'en lire à la pelle. Je m'infligeais des billets parfois très agaçants rien que pour trouver des thèmes et/ou des idées.

L'arrivée de mon smartphone a été un véritable déclencheur. Auparavant, le blogage était cantonné à mon domicile et à quelques lieux de vacances. Etant enseignant, il m'est en effet très compliqué de me connecter au lycée : si je sors mon ordinateur portable et que je me branche sur le réseau en plein cours, cela se voit ! Quant à la salle des profs, les ordinateurs sont placés de telle manière qu'il m'est impossible de bloguer sans que mes collègues s'en aperçoivent. Or, le téléphone-internet m'a permis de bloguer depuis tous les lieux possibles. Au début, je me suis mis à lire les billets des autres (j'ai maintenant près de 500 blogs dans mon reader) dans le RER, le métro et le bus, parfois sans même prendre conscience du temps (j'ai failli rater mes arrêts à plusieurs reprises en septembre...). Contrairement à ce que j'escomptais, je n'ai pas pour autant diminué mon activité à mon domicile.

Alors, s'ajoutant à toutes les autres raisons que j'ai déjà évoqué, j'ai eu un trop-plein que je commence à peine à évacuer.

Depuis, je lis beaucoup moins le reader (seulement mes blogueurs favoris), je prends plus de temps à réfléchir à mes billets et je ne publie que lorsque je le souhaite, je ne commente plus à tire-larigot des billets dans le seul but d'attirer des visiteurs. En clair, je me sens totalement libre de faire ce que je veux.

Je sais que si je décidais d'arrêter, je le ferai, ce qui était inimaginable il y a trois mois. Au final, je ne regrette rien.

Bon, si tu relis ce billet et le précédent sur le sujet, tu trouveras sans doute les dix évolutions.

Allez, il faut transmettre le bâton, et je le passe à Rubin, Homer, l'Hérétique, June Prune et Slovar.

En attendant, cher lecteur, je te souhaite un Joyeux Noël.

lundi 20 décembre 2010

La Seine-Saint-Denis risque d'être la victime n°1 des suppressions de poste de l'Education nationale en 2011.

La nouvelle est tombée vendredi 17 décembre : l'Académie de Créteil devra rendre, pour le secondaire, 426 postes à la rentrée 2011, devenant ainsi l'une des académies les plus touchées cette année par les suppressions. Le ministère maintient le système mis en place depuis deux ans, qui est finalement très simple. On annonce que le rectorat devra sabrer 426 postes, mais on ne lui donne aucune consigne sur la manière de s'y prendre. Le recteur doit donc innover et inventer pour trouver un nouveau moyen de s'acquitter de cette tâche. Je suis d'ailleurs sûr qu'il existe un système d'évaluation des recteurs par lequel on note ceux qui réussissent le mieux sans déclencher trop de grèves et de mouvements sociaux.

Les années précédentes, le rectorat de Créteil a utilisé plusieurs leviers. Ce fut d'abord les remplaçants titulaires, dont le nombre n'a cessé de baisser, puisqu'ils sont aujourd'hui à peine 5% des corps, alors qu'ils étaient 10% en 2005. Puis, le rectorat tapa sur les stagiaires l'année dernière, bénéficiant de la fantastique réforme de la formation des maîtres qui supprima le stage. Cependant, on est arrivé au bout des possibilités sans remettre en cause directement l'obligation qui est faite au service public de mettre en oeuvre des programmes et des horaires d'enseignement.

Il reste pourtant, dans le secondaire, quelques marges de manœuvre.

Tout d'abord, le lycée n'a finalement pas connu de suppressions massives jusque là. L'an dernier, la réforme du lycée a été installée sans qu'on retire trop de moyens, pour éviter que les enseignants ne râlent trop. Or, cela ne pourra pas durer. Je vois deux leviers que le rectorat pourrait actionner sans difficulté. Tout d'abord, il peut parfaitement nous débarrasser de l'accompagnement personnalisé (deux heures par classe pour y faire un peu n'importe quoi prises sur des cours l'an dernier) en prétextant que les enseignants et/ou les établissements n'en font rien de bien. Il suffira d'un rapport fait par un inspecteur général aux ordres pour enterrer cette belle usine à gaz, alors que le gouvernement a communiqué énormément là-dessus et le fait encore. Cela permettrait de sabrer trois à quatre postes par lycée. Ensuite, les heures dédoublées, qui étaient autrefois imposées nationalement (maths, histoire-géographie, français, anglais en seconde) mais qui sont maintenant laissées à la disposition des établissements, pourront elles aussi disparaître : cela représenterait plusieurs postes par lycée là aussi. Enfin, la structure de la nouvelle première permet de regrouper tous les élèves de général sur certains cours communs, ce qui permettrait là encore de grosses économies, au dépend des élèves les plus en difficulté.

Mais l'académie a un autre gros problème : la logique démographique. Depuis la fin des années 1990, la France connaît un boom démographique. Notre pays a beau être le plus décadent du monde, voilà que ses habitants se reproduisent, suffisamment vite pour menacer réellement la belle logique de suppressions de poste de notre ministère. Sur Créteil, les effectifs dans les collèges du Val-de-Marne et de la Seine-et-Marne sont en hausse constante, et le phénomène est d'une durée suffisante, puisqu'il se poursuit aujourd'hui, pour que cela perdure.

En toute logique, la Seine-Saint-Denis devrait être la victime de ce phénomène. D'abord, le département bénéficie des restes des politiques de l'éducation prioritaire en collège, ce qui donne aux établissements du cru des moyens supplémentaires importants, en particulier au niveau du nombre d'élèves par classe. Vu le tapage que nos dirigeants ont fait autour du soi-disant échec de l'éducation prioritaire (alors que ce sont leurs politiques qui sont des échecs cuisants), il leur sera facile de justifier politiquement des coupes dans ce domaine. Cela sera accentué par le fait que le nombre d'élèves dans le 93 augmente peu, du fait de la fuite que connaissent les collèges de ces zones, en tout cas certains d'entre eux. On pourrait d'ailleurs dresser une carte passionnante de l'évitement en Seine-Saint-Denis : on y verrait des collèges pleins à craquer, et, à parfois 200 m, des établissements qui se vident de leurs élèves.

Personnellement, je table sur des coupes plus fortes dans les collèges de Seine-Saint-Denis que dans les lycées, mais le rectorat a de tels objectifs qu'il est à craindre qu'il utilise les deux leviers. En effet, peu de gens défendront l'éducation prioritaire que les médias se sont échinés à dévaloriser.

Cher collègue, je crains que la quatrième en Seine-Saint-Denis à 27 élèves soit une réalité dès l'an prochain, comme nous verrons revenir les secondes à 35-40 dans les lycées considérés statistiquement comme difficiles. L'année 2011-2012 s'annonce particulièrement drôle...