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mardi 2 mars 2010

L'organisation de la formation professionnelle des enseignants pour l'an prochain se précise.

En fait, lorsqu'on lit la circulaire, signée par l'ancien recteur de Créteil, M. Blanquer, nouveau chef de la DEGESCO, c'est son incroyable flou.

Comme je vous l'avais annoncé, cher lecteur, les enseignants-stagiaires se retrouveront bien à plein temps, avec une décharge d'un tiers de l'année pour effectuer sa formation à l'université. Le texte précise que des enseignants-titulaires pourront remplacer les absents, mais comme il n'y en a plus, il est sûr que des vacataires non-formés, et même des étudiants en master II, feront le boulot.

Ce texte met aussi une charge supplémentaire sur le dos des chefs d'établissement, qui vont devoir trouver un moyen de donner un minimum de niveaux différents (deux dans le secondaire) sur un service complet. On y découvre aussi que l'enseignant-compagnon, qui suivra le stagiaire, sera lui-même déchargé de cours pendant les six premières semaines de l'année, ce qui signifie encore des remplacements effectués par des personnels non-formés.

Enfin, la perle de la circulaire vient de la territorialisation de la formation. Pour former des fonctionnaires d'État, l'État ne donne plus de consigne ni de programme. Ce sont les recteurs (pour le secondaire) et les inspecteurs d'académie (pour le primaire) qui vont organiser la formation. Est-ce une route tracée vers la régionalisation de l'Éducation ? Officiellement, non, mais il est tout de même étonnant que, dans un pays qui est censé construire une économie de la connaissance (objectif de la conférence de Lisbonne), on ne donne même plus de consignes sur la formation des profs.

Encore sept ans avec ces gens au pouvoir...

mardi 26 janvier 2010

Quelle cohérence de Sarkozy sur la titularisation des précaires de la fonction publique ?

On va encore m'accuser d'être un antisarkozyste primaire, mais j'ai vraiment du mal à suivre.

Depuis son arrivée au pouvoir, le président de la République a soutenu une politique visant à supprimer des postes de fonctionnaires pour réduire les dépenses publiques. L'effet est minime car le président s'est évertué à dézinguer le budget par ailleurs, mais passons, ce n'est pas le sujet.

Depuis, comme le travail existe, la fonction publique embauche des vacataires, soit des CDD qui ont l'avantage d'avoir un statut encore moins avantageux et qui sont mal payés et non-formés. Dans l'Éducation nationale, nous en voyons passer de plus en plus, des profs qui n'en sont pas, qui n'y arrivent pas et qui n'ont aucune formation. Merci pour les élèves et pour ces personnels eux-mêmes.

Or, voilà que le président vient d'annoncer hier soir, parmi un éventail très restreint de propositions, que ces vacataires allaient obtenir une titularisation. En clair, on va donc recréer des postes de fonctionnaires, si je comprends bien, en embauchant des gens souvent mal qualifiés, alors qu'on aurait pu les embaucher par la voie des concours sans condamner des vacataires à une vie infernale.

Quelqu'un pourrait m'expliquer le sens de tout ça ? Des fois, on essaie de le comprendre, Sarkozy, de saisir ses fondements idéologiques. Mais franchement, la...

jeudi 15 octobre 2009

1 500, cher lecteur, 1 500…

Évidemment, toi qui a été attiré par ce titre, tu te demandes de quoi je parle.

Aujourd'hui, par une source syndicale, nous avons appris que 1 500 gamins n'avaient toujours pas de place en classe de seconde sur l'Académie de Créteil. La plupart d'entre eux avait demandé une place en seconde professionnelle, et les conseils de classe de troisième avaient donné leur accord. Or, depuis deux ans, le lycée professionnel est en pleine réforme, mettant en place le bac professionnel en trois ans.

Au passage, le Rectorat de Créteil, sous l'impulsion ministérielle, ferme des places. Pourquoi ? Officiellement parce que le gouvernement s'est engagé à appliquer la loi d'orientation de 2005 visant à respecter le 100-80-50, soit 100% des élèves avec un diplôme, 80% avec un bac et 50% avec une licence. Or, seulement 35% des élèves vont maintenant vers le lycée général. Pour arriver à 50% d'une classe d'âge à BAC+3, il faudra donc pousser davantage d'élèves à aller au lycée général, car les deux autres lycées donnent plutôt accès à des cycles courts d'étude (BAC+2 par des BTS ou des DUT). Au passage, on récupère ainsi des postes…

Pour obliger les gamins à changer d'idée, on ferme donc les places et on les réaffecte en lycée général. Enfin, en théorie… parce qu'en parallèle, contraint par la politique de suppression des postes, le ministère de l'Éducation pousse à la fermeture de classe partout où c'est possible. Comme, officiellement, nous sommes, au lycée, dans un creux démographique, on fait des projections et on élague autant que faire se peut.

On arrive à une situation kafkaïenne ! Les élèves les meilleurs demandant le pro sont pris, vu qu'ils ont un bon dossier, et restent sur le carreau les gamins dont le dossier est le plus fragile. Ceux-là ne trouvent alors plus de place en lycée général, où s'ils en trouvent, risquent d'avoir de grosses difficultés. En parallèle, les élèves sortant de seconde générale et qui avaient demandé une réorientation vers le professionnel, alors que le président souhaite instaurer un droit à l'erreur dans l'orientation, se voient obligés de redoubler en seconde générale, en attendant des jours meilleurs.

Parmi ces 1 500 gamins, 400 ont moins de 16 ans. Ils sont donc soumis à l'obligation scolaire, mais ils ne peuvent poursuivre les études auxquelles ils ont droit de par leurs résultats. Certains ont donc été remis en troisième ! Mais oui, cher lecteur, tu as bien lu. Alors que le redoublement doit devenir l'exception, selon Sarkozy, on oblige des élèves ayant obtenu leurs passages à retaper une troisième. D'autres sont carrément hors de l'école, malgré leurs âges, et sont pris en charge par la Mission Générale d'Insertion, alors que celle-ci n'est pas censée s'occuper d'enfants de moins de 16 ans.

Et les autres, vas-tu me dire ? Eh bien, ils restent à la maison…

Depuis deux ans, les ministres et les recteurs affirment que les suppressions de postes et les réformes ne changent rien. Pourtant, pour la première fois, on entend parler de cas où l'école ne parvient pas à respecter la loi et à scolariser les gamins qui y ont droit. En clair, c'est le désordre…

Je suis sûr que dans quelques années, on va commencer à nous parler de privatisation ou de décentralisation parce que, soi-disant, cela ne marche pas…

dimanche 11 octobre 2009

Mardi, le lycée sait comment il sera mangé.

Enfin !

Quoi, comment ça, enfin ?

Eh bien, cher lecteur, nous y sommes. Le président de la République va annoncer, dès mardi, en fin de matinée d'après l'agenda de l'Élysée, sa réforme du lycée.

Car il s'agit bien de sa réforme, et il faut ici nous rafraîchir un peu la mémoire.

A la fin de l'année dernière, après une série d'annonces et de contre-annonces totalement désordonnées, Xavier Darcos décide finalement de suspendre la réforme du lycée. sous la pression d'un président effrayé par les événements en Grèce et par la croissance des cortèges de lycéens. Rapidement, le président de la République indique, lors de ses vœux à l'Éducation en janvier 2009, qu'il n'abandonne pas le projet de changer le lycée (pour l'UMP, la réforme du collège a été faite par François Fillon et celle du primaire par Darcos). Il indique cependant que cette réforme se fera à moyen constant, ce qui a quelque peu brimé les velléités réformatrices des cadres administratifs du ministère de l'Éducation (quoi, on ne supprime plus de postes ???).

Lorsque Luc Chatel arriva, les bruits qui parvinrent dans les salles des profs furent assez inquiétants. D'abord, le ministre semblait régulièrement faire la démonstration d'une ignorance crasse du fonctionnement du système éducatif. Ensuite, il se mit à imiter Xavier Darcos (fin connaisseur du système par contre) en tergiversant sur le processus de réforme. Il devait s'exprimer le 15 septembre, puis le 24 septembre. Finalement, c'est le président qui lui souffle la politesse et qui prend en main le dossier. Chatel n'aura plus qu'à gérer la mise en œuvre et à aller porter une parole qui n'est pas la sienne : un vrai porte-parole du gouvernement !

Cette prise en main de Sarkozy ne rassure pas, et j'ai pu m'en rendre compte durant les Rendez-vous de l'Histoire de Blois, en laissant traîner mes oreilles dans les troquets, les conférences et les librairies. En effet, le ministère a eu une fâcheuse tendance à appliquer scrupuleusement les déclarations du président, même quand elles aboutissaient au grand n'importe quoi. Ce fut le cas pour la lettre du Guy Môquet, puis pour l'instauration en catastrophe et dans un grand désordre de l'histoire des arts au collège.

Il est donc à craindre que le président fixe les cadres dès le début et qu'aucun espace de manœuvre ne soit accessible, pour les administratifs comme pour les enseignants, les parents et les élèves.

Ce week-end, le pouvoir a apparemment lancé des ballons d'essai dans la presse, semblant suggérer que cette réforme, bien moins ambitieuse que celle de l'an dernier, se contenterait de généraliser, encore, l'accompagnement éducatif en lycée.

Personnellement, j'attendrai les véritables annonces pour démêler les ballons d'essai des véritables roquettes...

mardi 22 septembre 2009

La Poste en route vers la privatisation : échec apparent de la grève d'aujourd'hui.

Apparemment, la grève à la Poste n'est pas majoritaire. Les postiers semblent touchés par le même syndrome qui frappe en ce moment les enseignants et que je vous décrivais il y a quelques jours.

C'est grave, car personne ne se battra pour ce service public, vu le climat social. D'ailleurs, très peu de blogs de gauche en parlent ce matin. Reste à espérer que les votations citoyennes du 3 octobre, action gratuite mais marquante symboliquement, auront un réel succès.

En attendant, le carton rouge de la langue de bois est attribué à Dominique Paillé, pour cette phrase magnifique :

"les capitaux resteront à 100% publics et c'est juste une question de gestion interne et de concurrence sur le marché qui nous obligent à ce changement de statut, rien d'autre"

Ce qui est comique, c'est que personne n'est dupe (la privatisation sera une suite inéluctable de l'ouverture à la concurrence) mais que des personnages publics jouent encore à ce type de manipulation...

J'espère que personne n'est dupe...

mercredi 8 juillet 2009

Luc Chatel commence déjà à faire des erreurs : espérons qu’il travaillera ses devoirs de vacances.

Ce matin, Luc Chatel était sur France Inter. Globalement, il a tenu à justifier l'ensemble de la politique de Darcos, en lançant au passage une bombe qui risque d'exploser à la tête du SNES-FSU durant les prochains mois : la revalorisation promise pour faire accepter aux syndicats la masterisation ne concernerait que les enseignants en tout début de carrière, sans doute dans les premiers échelons. Au passage, le ministre ne se démarque pas du tout, confirmant les suppressions massives de postes de l'an prochain, soit 16 000 profs en moins l'an prochain.


Par contre, dans la partie des questions des auditeurs, j'ai pu entendre le ministre dire une contre-vérité manifeste. Alors qu'un auditeur se demandait pourquoi on supprimait les RASED en primaire, alors que ces dispositifs relevaient de l'accompagnement éducatif, le ministre affirma sans faiblir que les RASED avaient pour but d'aider des élèves particulièrement atteints, des cas psychologiques graves pour la plupart.

C'est totalement faux : avant sa réduction, le RASED visait les élèves en difficulté, et pas du tout les élèves très atteints au niveau psychiatrique. Pourquoi dire une telle chose ? Sans doute pour ne pas dire que le but était de remettre ces enseignants spécialisés dans les classes en tant que simples enseignants, pour supprimer des postes, et ne pas discréditer l'accompagnement éducatif. Ces personnels, pourtant formés au soutien particulier, contrairement aux autres professeurs des écoles, voient donc leurs capacités inemployées, alors qu'on oblige les autres à faire du soutien personnalisé sans aucune formation…

Pour un auditeur moyen ne connaissant pas le système scolaire français, cela passe. Pour nous, cela trace l'avenir de notre service public. On a changé de tête, mais pas de politique.


Au passage, le ministre a lancé les grands chantiers de l'an prochain : réforme du lycée, masterisation et individualisation des parcours des élèves. Le rêve de l'école républicaine égalitaire a vraiment du plomb dans l'aile…

PS : Rébus a changé de plateforme. C'est ici.

vendredi 15 mai 2009

Tsunami dans le milieu éducatif : le nouveau programme de mathématiques de seconde.

Les changements de programme suscitent toujours des débats passionnants très caractéristiques du milieu éducatif. C'est l'occasion pour les enseignants, tous des intellectuels aptes à commenter les évolutions de leurs disciplines, de donner leurs opinions personnelles sur les décisions de nos inspections. Contrairement à ce que cette introduction pourrait laisser penser, je ne vais pas me lancer à me donner une opinion sur le programme de mathématiques. Je ne connais pas cette discipline. Je vais plutôt parler de la manière dont les réformes se font dans l'éducation.

Depuis 4 ans, le collège a vu son programme de mathématiques fortement revu. C'est devenu une question urgente car ce qui est maintenant enseigné au collège ne permet plus aux élèves d'aborder correctement le programme de seconde. Ce programme s'est appliqué cette année en troisième. Il fallait donc le refaire : tout le monde le savait et les collègues de maths attendaient depuis plusieurs mois la sortie du programme en question. Or, l'inspection, prenant en compte la réforme du lycée, attendait que la nouvelle organisation et les nouveaux horaires soient publiés, avant de sortir un programme adapté. Las ! Xavier Darcos décida brusquement de reporter sa réforme, laissant ce problème en plan. L'inspection se retrouvait donc obligée de proposer des changements au programme actuel, sans doute pour une durée courte, vu que la réforme est toujours sur la table, à toute vitesse car nous étions en décembre et le nouveau programme devait s'appliquer en septembre 2009. Or, un changement de programme pose de vrais problèmes. Il faut d'abord laisser les professeurs s'approprier le programme et préparer leurs cours, mais il faut aussi laisser aux éditeurs le temps de préparer et de publier leurs manuels, et là, il faut au moins cinq à six mois.

L'inspection a attendu. Le nouveau programme est sorti le 16 mars 2009, soit trois mois après le report de la réforme du lycée. Si tu es un spécialiste, cher lecteur, tu peux consulter cette première version ici.

Très vite, des contestations se sont élevées, autant chez les pontes des mathématiques que chez les collègues. Globalement, les collègues dénoncent l'abandon de la géométrie, alors que nous étions l'un des derniers pays occidental à l'étudier, l'abandon des vecteurs, pourtant utilisé dans les programmes de physique-chimie en parallèle, la rapidité de la procédure de consultation, l'aspect très calculatoire de ce nouveau programme et enfin le fait que tous les chapitres soient divisés en deux parties permettant la semestrialisation, fortement contestée par une majorité des enseignants et par les principaux syndicats.

L'inspection générale est d'abord restée silencieuse puis a réagi dans un courrier au Café pédagogique, indiquant qu'il n'y avait aucun lien entre la réforme des lycées et ce nouveau programme. Il a annoncé par la même les adaptations futures des programmes de première et de terminale, tout en prenant en compte la réforme du lycée à venir.

Cela pourrait ressembler à une tempête dans un verre d'eau. Je trouve plutôt que ce type de processus illustre à la fois le sentiment qui domine chez les enseignants que nos dirigeants continuent de tirer vers le bas les exigences, et à la fois la légèreté des cadres du ministère dans sa façon de mener des changements. On continue à mal réformer, comme d'habitude…

De nombreux blogs de profs de maths abordent la question de ces nouveaux programmes, pour les spécialistes. De plus, une pétition circule contre l'abandon de la géométrie et une autre contre l'ensemble du programme. Enfin, le SNES a publié un compte-rendu de son entrevue avec l'IG de maths, où sont résumées les positions de chacun.

lundi 13 avril 2009

Et pendant ce temps, les suppressions de postes se poursuivent dans l’Education.

En ce lundi de Pâques, qui est aussi synonyme de début de vacances pour nous, privilégiés de la zone C, je voudrais revenir sur les stratégies développées par les rectorats pour supprimer des postes dans notre belle administration.

La notion de poste, pour bien comprendre le problème, mérite que l'on s'y arrête. Dans l'éducation, tous les établissements du secondaire sont dotés d'un certain nombre de chaires de chacune des disciplines. Comme je te l'avais expliqué ici, les chaires correspondent au besoin de l'établissement pour pouvoir exécuter les programmes mis en place par le ministère à chaque niveau. Les établissements doivent définir, lors de leurs conseils d'administration (CA), le nombre de chaires dont ils ont besoin. Ils sont contraints par le temps de travail des enseignants, défini par les décrets de 1950.

L'existence d'une chaire signifie qu'un titulaire doit y être affecté. Cependant, cela n'est pas forcément le cas. Par exemple, dans mon bahut dit difficile, un certain nombre de postes n'ont pas été pourvu à la dernière rentrée, tout simplement parce que personne ne les a demandés, vu la réputation du coin. Dans ce cas, le poste est pourvu par un titulaire remplaçant, qui va rester au moins un an, et bénéficie, en fin d'année, d'un bonus de points pour obtenir le poste s'il souhaite rester et si le poste existe toujours.

Par contre, l'absence d'un poste ne signifie pas que des heures de cours n'ont pas lieu. Tout d'abord, les titulaires déjà présents peuvent prendre des heures supplémentaires. Les enseignants ont obligation d'accepter une heure sup annuelle, mais ils peuvent ensuite en prendre autant qu'ils veulent, sans aucune limite à part la capacité physique et mentale de l'individu. Ensuite, ces heures peuvent être effectuées par un titulaire remplaçant, par un contractuel ou par un vacataire. Chacun de ces statuts est dur pour les personnels, et particulièrement celui de vacataire : ton salaire est misérable et tu es embauché pour 200 heures, ce qui signifie que tu ne peux pas faire une année scolaire entière. Les élèves voient alors deux ou trois personnes passer dans l'année. Contrairement à ce qu'affirme Darcos, la suppression d'un poste n'a donc rien d'anodin.

La dernière fois, je t'avais expliqué comment le rectorat de Créteil essayait de faire voter des suppressions sans cohérence par les CA. Un nouvel épisode a depuis eu lieu. Montrant la volonté toujours aussi forte de nos politiques de développer l'autonomie des établissements, des postes ont été supprimés dans de nombreux établissements du 93, contre les votes des CA. Contrairement à ce que j'affirmais la dernière fois, les parents et les élèves ont souvent soutenu les démarches des enseignants, estimant que le titulaire valait mieux que le contractuel ou le vacataire plus instable. Les rectorats évitent d'agir aussi brutalement d'habitude, car ils bafouent leurs discours, mais la pression du ministre est telle qu'ils ne peuvent faire autrement, contre, souvent, toute logique structurelle.

Des mouvements de grève collectifs se sont donc engagés pour récupérer des postes qui pouvaient exister sur le papier, sauf en anticipant une baisse démographique qu'il est actuellement impossible de mesurer. Là, notre administration a été plutôt maligne. Les collèges ont globalement échoué à récupérer les postes, et ont fait des mouvements, d'une semaine en général, pour rien. Par contre, les quelques lycées qui se sont agités ont obtenu très vite satisfaction, souvent sans même avoir à déclencher une grève. Plusieurs facteurs expliquent cette décision. Le ministre sait pertinemment que le climat dans l'éducation est tendu, et il doit absolument éviter qu'un mouvement d'ensemble ne démarre. De plus, il faut prendre en compte le mouvement universitaire, toujours actif, et la négociation menée par la commission Descoings dans les lycées. Enfin, voir un mouvement dans les lycées démarrer implique souvent que les élèves s'en mêlent, sans que les enseignants le demandent d'ailleurs, et les mouvements lycéens, le gouvernement n'aime pas. Donc, on a gentiment arrosé les lycées et on a matraqué les collèges.

Les rectorats parviendront-ils, malgré tout, à supprimer les postes avec l'ampleur que souhaite le ministère ? Je doute, vu la tension déjà forte sur les personnels disponibles. En tout cas, je ne vois pas comment, en laissant le système tel qu'il est, le gouvernement pourra supprimer davantage. S'ils veulent avancer, il faudra faire des réformes avec cet objectif-là. Je ne suis pas sûr que ce gouvernement ait encore les reins pour se lancer dans cette aventure, mais attention les conclusions de Richard Descoings sur le lycée…

lundi 30 mars 2009

Que penser de la commission Descoings ? Première partie de la réponse.

Comme tu avais pu le lire, cher lecteur, j'ai été approché par Versac pour participer au nouveau site lancé par la commission Descoings concernant la réforme du lycée. Je t'avais expliqué les causes personnelles qui m'avaient amené à décliner cette offre.

Cependant, je souhaite maintenant revenir au fond du débat, un peu plus politique cette fois-ci. Je suis enseignant depuis 2001, et en poste dans mon lycée dit difficile depuis 2002. Depuis, la commission Descoings n'est pas la première à avoir réfléchi à la politique à mener dans l'éducation pour essayer d'améliorer le système. En 2003, nous avions eu la commission Thélot et en 2007, la commission Pochard. Ces commissions, mises en place par les gouvernements de l'époque, avaient bien évidemment des buts politiques très clairs. La commission Thélot, censée produire un rapport sur l'avenir de l'école, avait pour but de calmer l'éducation après l'énorme grève de 2003. La commission Pochard visait à habiller le programme de Xavier Darcos d'un sceau donné par des personnalités de diverses obédiences, dont Michel Rocard ou Eric Maurin.

La commission Descoings ne déroge pas à ces règles. En 2007, Xavier Darcos annonce une réforme du lycée. Cependant, il se consacre d'abord à la suppression des postes et à l'école primaire. Résultat, alors que Sarkozy voulait une réforme achevée avant la fin de son mandat, Darcos se met réellement au travail en juin dernier et avance trop lentement. Fin octobre, aucun projet clair n'est annoncé, mais il apparaît nettement que cette réforme va être une nouvelle tentative pour permettre des suppressions massives de postes. Devant la grogne montante, mais surtout, à mon avis, devant l'évidence que sa réforme ne sera pas prête à temps (la Grèce a sans doute joué aussi), Darcos, sous l'amicale pression du président de la République, reporte sa réforme à 2010.

Or, notre cher président est un fin politique. Conscient que son ministre vient d'en prendre plein la tête et ne souhaitant pas de mouvements lycéens dans un contexte de crise économique grave, Sarkozy encadre Darcos de divers adjoints : Martin Hirsch à la jeunesse, Yazid Sabeg à la diversité et Richard Descoings pour renégocier la réforme des lycées, dont on reconnaît ainsi les graves défauts.

La commission Descoings a adopté un mode de fonctionnement intermédiaire entre les deux commissions précédemment citées. La commission Thélot avait fait organiser des débats dans tous les bahuts de France, entre élèves, parents et enseignants, créant des échanges parfois fructueux mais parfois très bordéliques, et amenant des milliers de rapports. Au final, le rapport Thélot reprenait globalement les idées du gouvernement. La commission Pochard s'était contentée de recevoir les leaders des différentes organisations représentatives, et quelques personnalités, dont la première avait été Claude Allègre, un vrai amoureux de l'éducation comme tu le sais. Descoings est en position intermédiaire : il sillonne la France pour rencontrer des enseignants, des lycéens et des parents, il rencontre aussi les chefs d'établissement et devrait voir les dirigeants des grandes organisations représentatives.

Les deux blogueurs participant au site internet Descoings avec qui j'ai discuté à la dernière RDB m'ont semblé totalement convaincu que Descoings, plutôt proche du PS auparavant, pourrait vraiment présenter un projet alternatif qui serait suivi d'effets concrets. L'homme est populaire, bénéficie de la réussite des conventions ZEP-Sciences Po, et a de l'ambition. Pourtant, les mêmes m'ont expliqué que la crise de l'éducation venait aussi du blocage que représentait le politique d'un côté, le syndical de l'autre.

Autant, il est tout à fait possible que Descoings ignore totalement les arguments des syndicalistes (ce ne serait pas la première fois), autant je ne vois pas comment il pourra s'affranchir de suivre, au moins en partie, les projets du gouvernement. D'ailleurs, Darcos, en lançant les expérimentations de sa réforme précédente dans une centaine de lycées, a déjà donné sa réponse.

Soit Descoings produit une vraie synthèse totalement en décalage avec un gouvernement pour qui l'éducation n'est pas une priorité, c'est-à-dire un rapport dont le seul objectif n'est pas de justifier pédagogiquement la suppression des postes. A ce moment-là, ce rapport en rejoindra une multitude d'autres dans les cartons de la rue de Grenelle. Soit il est obligé de se conformer en partie au discours gouvernemental et dans ce cas, je ne vois pas l'intérêt de mener toute cette consultation. Autant faire comme la commission Pochard, dont le rapport était déjà écrit avant la réunion de la commission et les auditions.

C'est là qu'il faut s'intéresser au site internet qui, à mon avis, donne une vraie réponse sur la tendance que suivra Descoings. Je vous en reparle au prochain numéro.

vendredi 16 janvier 2009

Pourquoi des salariés jettent une journée de salaire par la fenêtre à Saint-Lazare ce mardi ?

En début de semaine, je me trouvais en stage, pour améliorer ma pratique concernant une des disciplines que j’enseigne. Ce stage se déroulait à Val de Fontenay, qui se situe sur un carrefour entre la ligne A et la ligne E du RER. Le mardi, je suis arrivé en retard (j’avais mal calculé mon temps de parcours) d’une dizaine de minutes, et je me suis dit que j’allais être affiché par la formatrice. Et là, en entrant dans la salle, j’eus la surprise de découvrir que nous n’étions que 4.

« Il paraît qu’il y a un problème sur la ligne E à cause de la grève à Saint-Lazare. » Ne passant jamais par là, je pose des questions et découvre que cette gare connaîtrait des perturbations régulières depuis plusieurs semaines. De plus, ce matin-là, ce serait particulièrement catastrophique. Habitué aux critiques des libéraux anti-grèves, je me dis que tout cela doit être assez déformé, et je passe à autre chose.

Le soir, en rentrant chez moi, j’ouvre mon netvibes et les sites internet de la presse et me rend compte que cette grève-là a largement débordé le simple cadre de la grève SNCF classique et habituelle. Le truc a été tellement important que même Manuel, de plus en plus indulgent avec les grévistes depuis que Fabrice et moi le travaillons sur ce sujet (il a même de la sympathie pour la grève du 29 janvier), a commis un billet d’humeur pour la dénoncer, reprenant les arguments des libéraux suscités.

La grève de Saint-Lazare s’appuie sur le sentiment d’insécurité qui traverse l’ensemble des agents de la fonction publique. En effet, ces 20 dernières années, l’agression contre les fonctionnaires et les agents des EPIC est devenue quelque chose d’assez habituel. Vue la culture française du respect de l’autorité de l’État, que le président a encore évoqué lundi, nous réagissons toujours de manière assez épidermique, et une grève de ce type n’est pas rare. J’ai moi-même déjà participé à une grève de ce type en 2002, suite à l’agression d’une collègue devant la porte de l’établissement. Il s’agissait de pousser le chef d’établissement à prendre des sanctions et à faire intervenir la police, ce que nous avons obtenu assez facilement. Je me suis d’ailleurs demandé à l’époque si le chef que nous avions à ce moment-là ne l’aurait pas fait de toute façon. Sans doute, cher lecteur, mais la grève immédiate a été une réaction épidermique à un problème de confiance et d’inquiétude pour notre propre sécurité, et le chef a agi très vite, mais je ne saurais jamais ce qu'il en aurait été.

Ces grèves épidermiques n’existeraient pas, à mon sens, si nous avions une quelconque confiance dans notre hiérarchie. Le travail de sape mené par nos gouvernants ces 20 dernières années des services publics a entraîné une perte de confiance envers une hiérarchie qui soutient forcément ces politiques (sinon, elle ne serait pas dans la hiérarchie). Dans l’éducation, la réduction toujours plus importante du nombre d’adultes dans les bahuts a forcément un impact sur la sécurité, mais les chefs d’établissement sont bien obligés de masquer cette réalité, pour ne pas désavouer leurs autorités de tutelle. Le phénomène est aggravé depuis la suppression de la carte scolaire, les chefs d’établissement camouflant les chiffres des violences, souvent avec la bénédiction des enseignants, pour éviter de provoquer une fuite des élèves : Darcos pourra dire bientôt que l’insécurité a nettement diminué dans les établissements du 93.

Après tout, on pourrait s’en moquer complètement, mais cela ne peut être le cas. D’abord, on se sent parfois menacé personnellement. Ensuite, beaucoup de personnes travaillant pour le public ont aussi choisi cela par vocation et se désolent de l’évolution de nos systèmes.

Évidemment, je ne tente pas de cacher les manipulations qui ont pu avoir lieu autour de cette grève. Je souhaite, cher lecteur, que tu puisses comprendre comment des salariés en arrivent à perdre une journée de salaire et à mettre un tel bordel sans aucune raison cohérente apparente. C’est l’absence de dialogue, l’absence de communication et la peur qui permettent le succès de tels initiatives.

Pour moi, les directions ont aussi des responsabilités. La réaction du patron de la SNCF à ce conflit, qui cède d’un côté aux grévistes mais casse de l’autre, ne risque pas d’améliorer les choses.

lundi 17 novembre 2008

Pour travailler sur le programme de la gauche, n'ayons pas peur de revenir sur les services publics.

Quelques commentaires, assez critiques finalement, reçus lors de mon billet d'hier m'amènent à me positionner un peu mieux que lorsque je m'énerve. Car hier, il faut quand même le dire, cher lecteur, j'étais quelque peu énervé.

Lors de la conférence à laquelle j'ai assisté aux Lilas il y a quelques jours, quelques problématiques très intéressantes ont été soulevées par Gérard Aschieri concernant les services publics. Certes, le leader de la FSU n'est pas un grand orateur, il n'enflamme pas les foules et ne suscite pas, lorsqu'il a l'occasion d'apparaître dans les médias, une grande passion, même chez moi. Pourtant, c'est à l'évidence un intellectuel qui a du fond, et qui mérite que l'on se penche sur son discours.

La conférence visait à se poser la question des services publics, et posaient des problématiques qui m'ont vraiment questionnées, autant en tant que citoyen qu'en tant qu'enseignant et que blogueur politique. Elles concernaient la manière dont la gauche devait à nouveau se saisir de la question des services publics pour rénover son discours et combattre la notion d'individualisme soulevée autant par les libéraux que par la droite gaulliste plus interventionniste.

Je me permets, cher lecteur, de te poser ces questions. Je ne vais pas rediscuter ici de la légitimité d'avoir des services publics autre que l'armée, la police et la justice. C'est ma conviction, et la crise en cours la renforce d'autant plus. J'en ferai peut-être des billets prochainement, mais pas aujourd'hui.

La première concernait le champ d'extension des services publics (SP). Les intervenants ont posé comme préalable que les membres du PS avaient accepté l'idée de concurrence et de remise en cause des SP depuis 1983. Pour rebondir, il faudrait, sans tabou aucun, accepter de débattre de ce qui doit être du champ du public et de ce qui doit être du champ du privé. Aschieri a suggéré que tout ce qui permettait une amélioration du développement de notre société (les composantes de l'IDH en somme), et tout ce qui avait des coûts fixes insupportables par le marché pouvait tomber dans les SP. Cependant, les interlocuteurs étaient aussi d'accord qu'il fallait se garder de tout dogme, chaque pays et chaque société ayant des traditions différentes. Dans d'autres États, l'eau est un SP alors que l'éducation n'en est pas. Ne soyons pas dogmatique.

La deuxième questionnait la salle sur la question de l'efficacité des SP. Nous étions tous d'accord que les SP marchaient souvent mal aujourd'hui, à la fois par manque de direction politique, par manque de moyens financiers et par manque d'investissement des citoyens dans leurs marches. Aujourd'hui, la gauche devrait présenter des politiques ambitieuses pour les SP, rendant la question des coûts accessoire : si le SP est bon, l'argument individualiste, vu son coût moindre et plus également réparti par le couple impôt-redevance, n'aurait plus réellement de sens.

La troisième visait à s'interroger sur la position des employés du SP. Évidemment, Aschieri, en bon syndicaliste, s'opposait à la remise en cause de la notion de fonctionnaire, du fait de la nécessaire protection du politique que nous devons avoir. Par contre, il a mis en valeur le fait que le SP devait être au service des citoyens, et non pas des consommateurs, et que les fonctionnaires ne devaient pas être considérés par les autres citoyens comme des gens inaccessibles et indiscutables. Il n'a pas réellement expliqué comment sortir de cette ornière, mais le débat mérite d'être posé. Je suis par exemple persuadé que les mauvais enseignants, s'ils sont difficilement ennuyés par la hiérarchie, sont tous les jours matraqués par les... élèves, bien plus impitoyables que le pire des inspecteurs...

Voilà quelques thèmes de réflexion que je soumets à ta sagacité, cher lecteur. N'hésite pas, bien sûr, avec ta bienveillance habituelle, à te positionner dans les commentaires...

P.S. : source de la photographie
ici.